Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Une vie dans les bois

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Callum
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MessageSujet: Une vie dans les bois   Dim 6 Aoû - 15:46

La pluie terrible passa avec l'arrivée du matin, comme bien souvent, même si cette dernière reprendra son doute assez tôt dans la journée, ou peut-être cet après-midi, comme tous les ans lorsque débutait la saison des pluies, et ce avant que cette dernière ne s'abatte tous les jours et toutes les nuits. Les chemins détrempés et souvent porteurs de grands trous étaient trompeurs et il était facile de s'enfoncer dans la gadoue. Les charrettes, lorsqu'elles passaient, projetaient aussi terres et saletés contre les voyageurs à pied, tout comme les gros chevaux de traits dirigés par les paysans et fermiers. Callum marchait un peu lentement qu'à son habitude, ayant mis presque quatre jours pour rentrer, alors qu'il y aurait pu faire le trajet en une journée, ou même une demie-journée à cheval. cependant, la fatigue, le mauvais temps, les arrêts obligatoires pour chasser et le temps passé chaque soir à trouver un abri pour dormir l'avaient considérablement ralenti. Par ici, les lignes droites étaient impossibles, entre les forêts et les campagnes vallonnées, mais il connaissait bien la région et les sentiers à emprunter. Néanmoins, la fatigue lui pesait et sa démarche en devenait plus lourde. laissant retomber la capuche le protégeant de la pluie sur ses épaules, il inspira l'air vif et humide, voyant à la hauteur du soleil qu'il ne devait pas être loin de midi. A mesure qu'il approchait du village d’Adent, un bourg important et proche du château royal d’Émeraude, il y avait de plus en plus de monde à circuler.

Sa cape assez sombre, quoi que délavé, couvrait son épée longue et les deux autres petites armes à sa ceinture, comme les quelques poches où il conservait des plantes pour se soigner en cas de coups durs et un peu d'argent, gagné grâce aux services qu'il proposait, en tant que mercenaire. Sa seule arme bien visible était l'arc de chasse dans son dos, avec son carquois de flèches. A Adent, tout le monde s'affairait, telle une immense fourmilière ne se reposant jamais. Les commerçants ambulants vantaient leurs marchandises, les tenanciers saluaient ceux qui entraient dans leurs tavernes, une odeur délicieuse sortait des boulangeries, les tailleurs travaillaient avec des mètres de tissus, des enfants couraient pieds nus dans la poussière en se chamaillant parfois et des paysans passaient avec des charrettes et carrioles remplies de leurs marchandises ou de matières premiers dont ils avaient besoin et qu'ils achetaient auprès des fournisseurs dans ce village. S'arrêtant tout d'abord chez un tanneur, Callum vendit quelques bêtes intactes chassées la veille, que la tanneur prit pour la qualité de leur peau, puis lui demanda s'il avait en ce moment des personnes recherchant un mercenaire pour des services particuliers. Le commerçant haussa les épaules en le payant, répondant qu'il n'en avait pas entendu parler pour le moment. L'ancien soldat le remercia puis quitta l'atelier, allant tout d'abord au puits de la place centrale pour en tirer un peu d'eau, qu'il se passa sur la figure et la nuque, avant de boire longuement.

Autour de lui, les villageois s'arrêtant parfois pour discuter, sur la place, commentait l'attaque récente du dragon, l'affaire avait eu vite fait de courir dans toute la contrée, chacun tenait à rester informé de ces affaires et les coursiers ne tardaient pas à relayer les nouvelles. Le mercenaire s'essuya la bouche puis s'écarta, allant acheter un bout de tourte à la boulangerie du coin, mourant presque de faim et cherchant à reprendre des forces, après cette longue traque. En tout et pour tout, trois bébés dragons détruits, en plus de l'adulte d'il y a quelques temps. Il mangea tout en déambulant dans le village, pensant se reposer un peu puis repartir dans la région, voir s'il n'y avait pas encore d'autres bestioles à y traîner. Le ménage avait déjà bien été fait, les chevaliers n'étant pas seuls à rechercher les bêtes, les soldats du royaume et ceux des autres contrées y travaillaient aussi. Après avoir mangé, il but encore à la gourde qu'il avait remplit puis prit le chemin pour quitter le village et se rendre vers la forêt, de nouveau. Son refuge, sa maison, le dernier endroit où il se trouvait en paix. Hormis des chasseurs, des bûcherons, parfois des pêcheurs et les bêtes sauvages, il y était seul et cela lui convenait. Le brouhaha du village s'estompa derrière lui, puis disparut, lorsqu'il s'enfonça dans les bois, faisait fuir un petit écureuil roux à son passage. Callum habitait près du fleuve, à une quinzaine de mètres, dans une cabane de bûcheron abandonnée qu'il avait retapée entièrement pour s'en faire un abri.

– Bonjour mon gros Bail, sourit-il en voyant le gros chat marron venir miauler quand il approcha. Tu m'as manqué.

Il s'accroupit pour que sa bestiole grimpe dans ses bras puis continua son chemin avec elle. c'était un chat errant, sir lequel il était tombé en venant s'installer dans le coin, vivant dans la forêt et se nourrissant de rats et de souris, près du fleuve. Entre les deux solitaires s'était noué une certaine affection et Callum avait fini par lui donner un nom. Le chat venait parfois dormir chez lui, sur sa couchette, le soir, lui amenant de temps en temps des souris qu'il avait chassé. Après quelques minutes de marche, sa maison fut en vue. Une cabane en bois, renforcée par des pierres et autres matériaux récupérés, qu'il avait retapé. Une pièce principale servant à la fois de cuisine, lieu de repos et de chambre, le lit était séparé du reste par un vieux rideau troué, et une autre pièce plus petite, où Callum rangeait avec soin les livres emmenés avec lui et d'autres achetés depuis, en plus de ses armes. dans un coin de la grande pièce, un petit établi lui servait à confectionner ses poisons et divers remèdes. Au-dehors, une fine barrière était encore là, reste d'un enclos construit par l'ancien propriétaire des lieux. Il y avait également quelques cibles disposées sur les arbres autour de la maison, ainsi qu'un vieux mannequin, en métal et en bois, servant pour les entraînements. Une fois à l'intérieur, Callum laissa Bail aller sauter sur la couchette pour s'y installer en boule, enlevant son arc et les flèches pour les poser debout contre la porte, par terre, puis ôta aussi sa cape.

La première chose qu'il fit fut d'allumer un petit feu dans la cheminée puis de le faire grossir, afin de chasser l'humidité de la pièce. Dès que ce fut fait, il alla au fleuve pour remplir une petite marmite d'eau puis revint la suspendre au-dessus du feu, avec la crémaillère, avant de mettre dedans des lamelles de viande séchées, ainsi que des plantes comestibles et des légumes sauvages. Bail suivait toute l'opération de son regard vert, miaulant parfois et s'étirant sur le lit, tout à son aise. Au bout d'un moment, il sauta à terre puis vint s'allonger près de la cheminée, continuant de s'étirer parfois puis se léchant les poils, pour sa toilette. Callum enleva les protections de ses avants-bras et épaules, les posant un peu plus loin, puis se pencha un peu pour gratter le chat entre les oreilles, entendant aussitôt un ronronnement de satisfaction. Lorsque son ragoût fut prêt, Callum s'en servit une gamelle, en donna un peu à Bail, puis prit une cuillère en bois, mangeant devant l'âtre, le regard perdu sur les flammes dansantes. Le silence était de mise, on entendait que le craquement du bois et des flammes, parfois le ronronnement de Bail, complètement couché devant les flammes. Lorsqu'il eut fini, il nettoya rapidement la gamelle de bois puis reprit son arc et le carquois, sortant. La pluie n'avait pas encore repris, en revanche, le ciel était très lourds de nuages gris et noirs, on y voyait peu, sous les arbres.

Se plaçant, il encocha une flèche, bandant son arc, puis se remit à son entraînement. Fatigué ou non, le relâchement était interdit. Donc même si l'épuisement lui pesait plus que jamais, il tira, encore et encore, visant des cibles plus ou moins lointaines, plus ou moins hautes, plus ou moins difficiles, allant récupérer ses flèches puis recommençant. Au bout de presque deux heures, il stoppa puis rangea ses flèches, avant de s'asseoir sur une vieille souche, près de la cabane. Outils en main, avec du bois, il s'occupa de confectionner de nouvelles flèches, afin de remplacer celles perdues lors de ses pérégrinations. Ce travail se devait d'être fait avec une très grande précision, car une flèche mal conçue ne volait pas droit, une fois tirée, ne perçait pas les ennemis ou ne pouvait être lancée assez loin. Le chat sortit à son tour de la maison, grimpant sur une bûche au sol, assit là tel un gardien de la forêt, continuant sa toilette. Le mercenaire se plongea dans son travail, tant sur le bois que sur les pointes en fer. Il commençait par les affûter avec soin avant de les laisser reposer près de lui dans un grand saladier rempli d'un liquide mauve, tirant sur le noir. Un poison mortel qu'il manipulait avec des gants, dont il imbibait toutes les pointes en acier de ses flèches. Le dragon d'il y a quelques jours s'en souviendra...

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une vie dans les bois   Dim 27 Aoû - 0:26

Chloé ne décolérait pas depuis leur départ du château d’Emeraude. Elle essayait, vraiment, mais ne pas avoir de point sur lequel se fixer ne l’aidait absolument pas. Santo était le seul à avoir sondé les environs juste à temps, lors de l’attaque du dragon, et il était donc le seul à pouvoir retrouver l’archer et retracer son chemin à travers les villages et la forêt. Mais tout avait l’air de se ressembler… Les chemins, qu’elle connaissait pourtant si bien, la lassèrent rapidement tandis qu’elle se concentrait sur ce qu’elle voyait, croyant apercevoir une silhouette humaine derrière chaque arbre. Il s’agissait de sa première vraie sortie, à cheval, en dehors des murs du château… Ce qui la rendait légèrement tendue, bien qu’elle le dissimule à Ariane, Hettrick et Santo parce qu’elle devait se contrôler et ne pas commettre d’erreur. Parfois, il lui arrivait de revoir les crocs du dragon plantés dans sa jambe, et ses yeux luisant de fureur la regardant, prêt à la dévorer en une seule bouchée. Elle ne l’avait pas avoué aux autres, trouvant cela ridicule, mais Dempsey devait sans doute le savoir puisqu’il avait veillé sur elle lorsqu’elle dormait, la nuit suivant l’attaque.

Ils s’éloignaient du château d’Emeraude, suivant des traces que seul Santo pouvait voir, se rapprochant progressivement d’un village important regroupant plusieurs commerces, habitations et beaucoup d’agitation alors qu’allait sonner l’heure de midi. Ou peut-être une heure de l’après-midi. Ou plus tard. A vrai dire, Chloé n’en savait rien tant ils tournaient encore et encore, une douleur sourde se réveillant légèrement dans sa jambe encore endolorie sans qu’elle n’en prenne réellement conscience. Elle essaya de la secouer très faiblement pour la dégourdir, faire passer la douleur un minimum pour pouvoir continuer comme cela faisait déjà quelques heures qu’ils chevauchaient sans sembler se rapprocher de l’archer. Au moins, se rapprocher du village lui donnait l’occasion de tromper l’ennui, essayant de fixer son attention sur autre chose que les arbres, la verdure et les quelques passants qu’ils croisaient de temps en temps en sens inverse. Mais la douleur, elle, refusait de s’atténuer…

Santo – Même nos écuyers ont compris qu'ils devaient le dire aussitôt, s'ils sont mal...

Chloé – Je vais bien, ce n'est pas une légère douleur qui doit nous empêcher de continuer à rechercher cet archer. C'est que je dois m'adapter le temps que la blessure soit entièrement cicatrisée, ce n'est pas grave.

Chloé se retint de lui lancer un regard noir, sachant qu'elle risquait d'aggraver la situation comme durant le repas de fête. Il n’avait aucune raison de faire ce genre de commentaire devant les écuyers ! Et puis, elle n’avait pas essayé de le camoufler, elle venait seulement de ressentir la douleur. Un peu. Bon, d’accord, elle l’avait peut-être un peu dissimulé sans vraiment y faire attention mais ce n’était pas une raison pour ralentir leur progression, elle cherchait seulement à ne pas les inquiéter inutilement alors que c'était normal de ressentir une légère douleur maintenant, après tout ce temps sans être montée à cheval. Sauf que son cher frère d’arme n’était pas du même avis, lui répondant d’arrêter de faire l’enfant, qu’ils allaient faire des pauses. Mais ce n’était pas nécessaire ! En plus, ils arrivaient au village dans peu de temps, elle se reposerait sur place, inutile de prendre du temps ici pour en reprendre à Adent alors qu’ils devaient faire une pause pour manger avant de repartir pour… elle ne savait combien de temps. Cependant, Chloé ne répondit rien, se contentant d’écouter Santo pour ne plus avoir de remarque de ce genre, comprenant que la réaction de ce matin devait l’avoir énervé et qu’il allait la surveiller de plus près à cause de cela. Se maudissant, elle resta silencieuse et se concentra plutôt sur les environs, sondant le coin tout au long de leur trajet pour déceler la trace d’ennemis ou, ce qui la fit légèrement frissonner, de dragon jusqu’à ce qu’ils arrivent enfin à Adent.

Le village regorgeait de vie à cette heure, des marchands parlant fort pour vendre leur produit, des tenanciers ou aubergistes cherchant à attirer des clients potentiels, des écriteaux toujours plus soignés les uns que les autres… Sans faire dans l’excès, ils semblaient avoir trouvé des techniques qui fonctionnaient plus ou moins bien, parvenant à attirer des voyageurs souhaitant faire une pause pour se restaurer ou trouver un endroit où loger pour la nuit. Croisant plusieurs villageois, les saluant avec un grand sourire, ils durent rapidement descendre de leurs chevaux pour avancer plus facilement sans paraître hautains ou impolis. Chloé retint une grimace au moment de descendre du cheval, rassurant Ariane d’un regard en lui disant que tout allait bien mais lui conseillant, en pensées, de rester près de Santo si jamais il y avait le moindre problème. Trop de tension pour cette première sortie, désolée, même si elle était parfaitement capable de gérer les problèmes mineurs. Face à un dragon, en revanche…

Chloé – Nous pouvons nous arrêter ici, regarde, dit-elle à Santo en indiquant une auberge plus calme pour l’instant, un peu plus haut dans la rue principale.

Se dirigeant vers ladite auberge à quatre, Chloé gardant un œil sur Ariane comme il y avait beaucoup de monde dans les environs, ils se rapprochèrent et attachèrent les chevaux à côté des autres déjà présents et occupés à boire ou manger ce qu’ils avaient à côté d’eux. Une fois les leurs solidement attachés, ils entrèrent, elle-même lançant un regard tout en saluant poliment l’aubergiste et les personnes déjà installées qui les avaient regardés. L’endroit était très sobre, simple et sans exagération, reposant, leur faisant presque oublier l’agitation régnant à deux pas d’ici. L’aubergiste lui-même semblait être une personne posée, d’un peu plus de trente ans, les cheveux commençant à grisonner par endroits ce qui lui faisait penser qu’il approchait plutôt des quarante ans. Grand et bien portant, il discutait avec un autre client avant qu’ils n’entrent et fit le tour du comptoir pour les rejoindre, leur demandant ce qu’ils prenaient. La jeune femme n’avait pas trop d’idée, suivant seulement son frère d’armes pour le coup, se sentant plus tendue que d’habitude malgré elle.

Ils commandèrent donc et mangèrent, discutant, Chloé veillant à ce qu’Ariane mange bien pour reprendre des forces. Elle était si petite… Depuis qu’elle avait ses ailes, il lui était même difficile de ne pas la voir comme une enfant fragile, même si elle n’en disait rien. Dès qu’ils eurent terminé de manger, ils quittèrent l’endroit qui commençait à se remplir de voyageurs, villageois ou simples passants, la jeune femme devenant de plus en plus mal à l’aise à force de voir des regards se tourner vers son écuyer. Pas touche ! Mangeant plus vite que d’habitude pour ne pas ralentir le groupe, elle incita Santo et leurs écuyers à ressortir sans trop tarder, prétextant simplement qu’ils devaient retrouver l’archer au plus vite comme chaque minute qui s’écoulait rajoutait de la distance entre lui et eux. S’il était à cheval, en plus, ils pouvaient très bien mettre une semaine pour le retrouver… Et personne n’avait entendu parler de lui ici, sinon eux-mêmes l’auraient remarqué comme elle avait sondé quelques esprits sur leur passage. Était-il seulement possible de le retrouver… ? Mais oui, Santo avait eu le temps de repérer sa trace, même si cela avait été très rapide et furtif.

Ils quittèrent le village d’Adent, chevauchant à nouveau à tâtons durant plusieurs heures, son frère d’arme les obligeant à faire des pauses alors qu’elle-même surveillait toujours les environs sans riposter. L’écart de la civilisation, les quelques voyageurs qu’ils croisèrent mais trop peu nombreux à son goût, les bruits qui lui semblaient inhabituels alors qu’elle les connaissait pourtant très bien… Chloé avait l’impression de redécouvrir l’extérieur et d’être plus nerveuse que jamais, prête à utiliser la magie au moindre signal d’alarme pour protéger son écuyer alors que cet endroit n’était pas spécialement réputé pour être dangereux. Certes, les chemins plus isolés l’étaient, mais uniquement ceux fréquentés par des chariots, des voyageurs plus riches ou autres. Par conséquent, il ne s’agissait pas du chemin qu’ils empruntaient en cet instant précis car ils ne faisaient que s’enfoncer dans la forêt depuis bientôt une heure, en suivant des courbes que Chloé ne s’expliquait pas, comme si Santo était sur des traces plus nettes. Si c’était le cas, qu’il se dépêche, s’il le voulait bien… Car cet endroit mettait ses nerfs à rude épreuve, très sincèrement. Un dragon adulte ne pouvait pas les attaquer ici, pas avec tous ses arbres, mais les jeunes le pouvaient sans aucun problème.

C’est au moment où Chloé allait interroger son frère d’arme qu’elle vit, au loin, une sorte de… Non. Ce n’était pas une sorte. Il s’agissait bel et bien d’une maison ! Ou, plus exactement, ce qui devait être une cabane de bûcheron n’ayant pas belle allure, comme si elle avait été abandonnée et usée par le temps. Pourtant, en dehors du fleuve qu’ils pouvaient entendre, elle percevait clairement du bruit depuis la cabane, comme si elle était habitée. Echangeant un regard avec Santo, elle lui demanda en pensée s’il avait entendu comme elle et si la trace venait d’ici avant de mettre pied à terre. Si l’homme qui vivait ici était l’archer qu’ils recherchaient, inutile de paraître inhospitaliers ou dangereux. Cette exclusion du village le plus proche au beau milieu de la forêt confirmait la théorie du mercenaire ou ermite mais la perdait encore plus, ne justifiant pas les deux flèches qu’il avait lancées en lui sauvant la vie de justesse. Surtout qu’il avait l’air de s’y connaître, d’avoir eu le temps et l’occasion de tester plusieurs poisons efficaces et presqu’instantanés, de s’entraîner et de travailler dans la précipitation sans rater ses lancers… Chloé se rapprocha avec les écuyers et Santo, prudente comme elle savait qu’ils avaient affaire à une personne ne souhaitant pas être dérangée et à un très bon archer, qui plus est.

Ce n’est qu’à ce moment qu’elle distingua, près de la cabane, la courbe d’un homme assis sur ce qui devait être une souche d’arbre, penché sur quelque chose, avec un chat devant lui qu’elle faillit ne pas voir à cause de la couleur de ses poils, marron, se confondant avec le paysage. Il semblait plongé dans un travail méticuleux, ne les ayant même pas entendus… Hésitant, elle se rapprocha en poussant Ariane derrière elle, lui recommandant la prudence alors que la distance entre l’archer et eux diminuait très rapidement, lui faisant froncer les sourcils devant ce visage dont elle commençait à discerner les traits et qui lui rappelaient quelqu’un. Jusqu’à ce qu’ils soient assez proches pour qu’elle le reconnaisse, la laissant plus choquée que jamais en lâchant un « Callum ?! » tout haut, malgré elle. Callum… Callum ! L’homme qui avait été expulsé du royaume de son père, celui qui avait été profondément amoureux d’Elvira ! Callum ! Callum qui avait sauvé sa vie…

Chloé – Je… Je vous demande pardon, je ne voulais pas vous surprendre, ajouta-t-elle très rapidement en montrant ses mains. Je m’appelle Chloé d’Emeraude et voici Santo d’Emeraude et nos écuyers, Ariane et Hettrick.

Chloé cherchait à prouver qu’ils n’avaient pas de mauvaises intentions, sentant que la situation venait de se compliquer à un point incroyable en l’espace de quelques secondes à peine. Ce que Santo devait ressentir aussi comme il avait lu ses pensées le matin-même, avant qu’ils ne partent à la recherche du mystérieux archer. Qui n’était autre que Callum. L’ancien amant d’Elvira. Elvira qui allait se marier avec le Roi de ce royaume. Roi qui voulait justement voir l’archer en question et qui allait inviter le Roi Pally pour le mariage et l’union entre leurs deux royaumes… Et comment devaient-ils faire, maintenant, au juste ? Ils ne pouvaient rentrer au château sans l’archer qui lui avait sauvé la vie ! Ni rentrer en prétextant qu’ils ne l’avaient pas trouvé, personne n’y croirait. Et mentir au Roi, ils ne le pouvaient pas, cela leur était interdit, tout comme à leur ancien maître. Problème en vue. Gros problème. Et ils ne pouvaient repartir sans expliquer le but de leur visite, surtout qu’il avait sûrement compris pourquoi ils étaient ici étant donné qu’il l’avait sauvée, qu’il n’y avait pas énormément de femmes dans les chevaliers et que les villages des alentours en parlaient beaucoup.

Chloé – Nous ne venons pas ici pour provoquer des ennuis, nous souhaitions seulement vous poser quelques questions à propos de l’attaque du dragon et vous remercier… Sans vous, je ne serais probablement plus en vie aujourd’hui. La flèche que vous avez lancée était d’une précision exceptionnelle, ce que nous n’avons presque jamais vu.

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Santo d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une vie dans les bois   Dim 27 Aoû - 15:04

Personne dans cette petite cité n’avait jamais du voir une fée, ce qui s’expliquait très facilement puisque ce peuple ne voyageait jamais, Ariane avait reçu toute une foule de regards curieux et cela continuait alors qu’elle grimpait sur son cheval, à cru désormais, montant la bête à l’usage de son beau peuple et tout à fait naturellement. Ses grandes ailes brillantes et colorées en attiraient plus d’un, bien évidemment… Santo attendit que son propre écuyer soit grimpé à cheval avant de se remettre lui-même en selle, les dirigeant ensuite vers l’extérieur. A partir d’ici, la trace était plus nette, leur mystérieux archer était passé dans ce village quelques plus tôt, avant de repartir tout droit vers la forêt. Ils n’étaient pas si loin que ça du château, en revanche, ils devaient progresser plus lentement pour surveiller la présence éventuelle de Wyvernes, d’œufs ou pire, en plus des pauses nécessaires à leur sœur d’arme. Après avoir traversé la place avec une certaine rapidité, ils prirent un long passage partant vers l’extérieur du village puis vers la forêt, s’écartant sur le côté de la route ou le bord des champs, près des barrières, pour ne pas gêner les lourdes charrettes ou les troupeaux menés par les hommes.

Ils atteignirent assez vite la forêt, plongeant sous le couvert de grands arbres serrés et imposants, sur des sentiers parfois très peu utilisés et presque effacés. La trace était nette, désormais, se renforçant à mesure qu’ils approchaient. Étendant ses sens, Santo capta l’esprit de l’archer, plus loin vers le fleuve, souriant faiblement dans sa barbe. Voilà, c’était bel et bien lui… Et… Non, non, une minute, confirmer avant de se faire de fausses idées, ou de penser à des ennuis. Il était sûrement un mercenaire, dans tous les cas, ces hommes et femmes étaient considérés comme utiles mais n’étaient tolérés que lorsqu’ils vivaient le plus loin possible des villages et des cités, traînant avec eux une réputation qui n’avait rien d’enviable. Le puissant fleuve se faisait déjà entendre lorsqu’ils arrivèrent en vue, entre les arbres, d’une cabane de bûcheron, d’où s’échappait un léger filet de fumée, par un trou servant pour la cheminée. Le chemin, détrempé par la boue, ne leur garantissait pourtant pas une arrivée discrète, mais l’archer semblait tant concentré sur sa tâche qu’il parut ne pas les entendre arriver. Il fit ralentir son cheval, sentant son cœur se serrer un peu en frôlant les pensées de l’homme. Doutes confirmés…

Croisant brièvement le regard de Chloé, il lui confirma par pensées qu’elle avait bien entendue, arrêtant sa monture avant de poser pied à terre puis de la guider par les rênes, leurs écuyers derrière eux. Aucune trace de bête mortelle dans les environs, c’était déjà cela de gagné, mais des ennuis se profilaient bel et bien, comme il l’avait pressenti et comme sa sœur le réalisa très vite à son tour, lâchant un « Callum ?! » assez sonore, qui fit relever la tête à l’archer. Assis sur une large souche, un chat posté comme un garde personnel près de lui, il était occupé à tailler des pointes de flèches. A côté de lui, un sorte de grand saladier rempli d’un épais liquide mauve, tirant sur le noir, était posé. Du poison ? Son arc était posé de l’autre côté, plus long que ceux qu’ils avaient au château, et sans doute plus dur à utiliser. Aucun doute, c’était bien lui, le soldat qu’il avait vu dans les pensées de Chloé, le même homme que celui les ayant aidé il y a quelques jours, le soldat devenu mercenaire et qui… Cela risquait de poser quelques problèmes, car si Émeraude 1er ne pouvait le reconnaître, leur future reine le pouvait, et plus encore son Père, s’il venait pour le mariage. Peut-être même était-il déjà arrivé.

Chloé – Je… Je vous demande pardon, je ne voulais pas vous surprendre, ajouta-t-elle très rapidement en montrant ses mains. Je m’appelle Chloé d’Emeraude et voici Santo d’Emeraude et nos écuyers, Ariane et Hettrick.

Le guérisseur fit un léger signe de la main aux enfants pour qu’ils restent derrière eux pour le moment, afin de ne pas donner un trop fort sentiment d’invasion. Leur homme s’était levé et avait aussi attrapa son arc, la flèche qu’il travaillait un instant dans son autre main, et seule le fait que Chloé lève vivement les mains pour leur montrer qu’ils n’avaient pas de mauvaises intention l’empêcha de tirer instantanément, d’après ce que le chevalier lut dans son esprit. Une question le rongeait à présent, de ce que Santo lisait, comment avaient-ils pu connaître son nom et pourquoi cette surprise alors qu’il se trouvait devant eux pour la première fois. Cela allait être… Très délicat à expliquer. Si tant est qu’ils en aient l’occasion.

Chloé – Nous ne venons pas ici pour provoquer des ennuis, nous souhaitions seulement vous poser quelques questions à propos de l’attaque du dragon et vous remercier… Sans vous, je ne serais probablement plus en vie aujourd’hui. La flèche que vous avez lancée était d’une précision exceptionnelle, ce que nous n’avons presque jamais vu.

Santo envoya une petite vague d’apaisement à Chloé pour la détendre un peu, ce n’était pas en dégageant autant de méfiance et de tension qu’elle allait inciter le mercenaire à s’apaiser et accepter de leur parler. Avançant un peu à son tour, il déclara qu’ils étaient assez nombreux à vouloir le remercier, car sans son intervention, tuer le dragon aurait pris plus de temps et ils auraient pu subir plus de blessures graves, en plus de perdre leur sœur.

Santo – Nous voudrions aussi savoir pourquoi vous êtes parti à la chasse de ces bêtes alors que rien ne vous oblige, en oubliant le danger.

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MessageSujet: Re: Une vie dans les bois   Jeu 31 Aoû - 21:50

La pointe du couteau ricocha très doucement contre celle de la flèche, faisant légèrement remuer Bail, occupé à faire battre mollement sa queue contre la souche en bois. Seul les bruits de la forêt les entourait, le vente remuant les feuilles des armes, le craquement des branches mortes sous le pas des animaux, le gazouillement des oiseaux sortant une tête timide de leur nid avant la reprise de la pluie. Une pluie qui avait tant gorgé la terre que la petite « cour » devant la cabane n’était que gadoue, une forte odeur s’élevait de la terre vivifiée. La saison des pluies était déprimante pour plus d’un, mais ceux qui vivaient dans des demeures de pierre et des châteaux ignorait la richesse de la nature s’éveillant une fois venue cette saison. La terre se gorgeait de nutriments, les fleuves grossissaient, les plantes retrouvaient vie et grâce, s’écartant des jours de trop fortes chaleur, une fois passé la folie des orages. Plongé dans ses pensées, le mercenaire fut tout à coup dérangé par un bruit de chevaux, s’approchant avec une certaine lenteur dans l’étroit chemin menant jusqu’au fleuve, un chemin passant sur le côté de l’étroite clairière où avait été bâtie la cabane. Il poursuivit son travail, néanmoins. Soit il s’agissait de simples passants, auquel il n’avait rien à leur dire, soit il s’agissait de villageois le cherchant pour un travail en particulier.

Ce fut son prénom, presque hurlé, d’une voix féminine et choquée qui l’incita à relever la tête. Des chevaliers, un homme et une femme, et deux gamins derrière eux. Les mêmes que la dernière fois, sans doute. Comment pouvaient-ils connaître son nom et surtout, comment l’avaient-ils retrouvé ?! Le mercenaire glissa son poignard court dans sa ceinture puis se leva, une flèche en main, saisissant son arc posé près de lui, de l’autre. Voilà une visite à laquelle il ne s’était pas attendu et qu’il n’avait jamais espéré non plus. Que voulait-il ceux-là ? Et surtout, comment cette femme pouvait-elle connaître son nom, alors même qu’il ne lui avait jamais adressé la parole et qu’ils ne s’étaient jamais rencontrés avant aujourd’hui ? Il darda un regard des plus méfiants sur elle, avant de réaliser que la fillette qui la suivait de près n’était pas humaine, c’était une… Il sourcilla un peu, réalisant tout d’un coup que les légendes sur les fées étaient bel et bien véridiques. Mais l’urgence n’était pas là, pour le moment, même si on ne pouvait repousser l’émerveillement, il devait savoir comment ils l’avaient trouvé, pourquoi, comment ils pouvaient le connaître. Sa main se resserra un peu plus sur son arc, il était prêt à tirer en cas de besoin.

– Je… Je vous demande pardon, je ne voulais pas vous surprendre, ajouta-t-elle très rapidement en montrant ses mains. Je m’appelle Chloé d’Emeraude et voici Santo d’Emeraude et nos écuyers, Ariane et Hettrick.

Très bien, parfait, et ensuite ? Il y avait tout intérêt à ce qu’ils soient venus ici pour une autre raison que se présenter. Et surtout, qu’ils aient une bonne explication sur la façon dont ils s’étaient retrouvés ici et comment ils avaient pu connaître son nom ou visage. Il ne tira pas aussitôt que parce la blonde avait levé les mains pour montrer qu’elle ne venait pas comme agresseur, ce qui ne l’empêchait pas de se tenir sur ses gardes. Bail avait un peu feulé avant de se redresser, marchant de long en large sur la souche, sa queue touffue fouettant l’air, son regard d’un vert soutenu focalisé sur les soldats d’Emeraude. Callum retint une légère grimace, non pas d’appréhension mais parce qu’il hésitait sur la conduite à tenir. Le renvoyer balader tout de suite, prendre la peine d’écouter un peu avant ou bien se retirer dès qu’ils auront énoncé la raison de leur venue, tant pis s’il ignorait comment ils l’avaient retrouvé et comment ils pouvaient connaître son nom. Ni pourquoi ce dernier avait provoqué un tel choc chez la blonde, Chloé, visiblement.

– Nous ne venons pas ici pour provoquer des ennuis, nous souhaitions seulement vous poser quelques questions à propos de l’attaque du dragon et vous remercier… Sans vous, je ne serais probablement plus en vie aujourd’hui. La flèche que vous avez lancée était d’une précision exceptionnelle, ce que nous n’avons presque jamais vu.

C’est qu’ils n’avaient pas dû croiser beaucoup d’archers, dans ce cas, car ce genre de précision était loin d’être « exceptionnelle » pour une personne s’entraînant sérieusement depuis quelques années, sans compter certaines races, comme les Elfes des bois, qui étaient capables de bien mieux dans la précision. L’autre chevalier parla à son tour, insistant sur le fait qu’ils étaient « nombreux » à vouloir le remercier, puisque cette intervention avait permis d’écourter le combat, sauver leur sœur et éviter de graves blessures. Leur sœur ? Ils se considéraient entre eux comme frères et sœurs ? Soit… Toujours silencieux, Callum resserra un peu la main sur son arc, toujours indécis mais n’aimant pas la tournure que prenait cette conversation. Il n’aimait guère la compagnie et ne la recherchait pas, préférant la vie en solitaire dans la forêt. C’était plus simple, pas de sentiments à gérer, aucune règle à suivre sinon celles qu’il avait lui-même édicté, un contrôle sur son destin, un passé jeté aux oubliettes et un avenir prévisible. Bail sauta souplement à terre et vint se frotter légèrement à sa jambe gauche, avant de s’étirer et repartir vers la cabane, sautant par la fenêtre entrouverte pour se glisser à l’intérieur.

– Nous voudrions aussi savoir pourquoi vous êtes parti à la chasse de ces bêtes alors que rien ne vous oblige, en oubliant le danger.

– Je n’oublie pas le danger, répondit-il d’une voix lente. C’est bien pour cela que j’empoisonne toutes mes flèches.

Il fit un vague geste, de la main tenant la flèche, vers le grand bol avec le poison violet, tirant sur le noir, très épais et reposant tranquillement avec les carreaux de flèches à l’intérieur, s’en imbibant. Quant au reste, il hésitait. Ils venaient le remercier, et bien, d’accord, de rien et au revoir. A ses yeux, il était inutile de revenir vers l’attaque du dragon, ou de ce qui semblait en être un, ce qu’il ajouta à haute voix en les regardant à tour de rôle. C’était du passé, la bête était morte et avait probablement été brûlée par les villageois d’à côté, ou par les chevaliers eux-mêmes, allez savoir. Et qu’importe. Le chevalier, Santo donc, sourit faiblement puis reprit en disant qu’il était tout de même important d’en discuter, ainsi que comprendre pourquoi il était aussitôt parti. A cette question, Callum tiqua légèrement, en pensant qu’il était simplement plus aisé de vivre sans avoir à rendre de compte, que ce soit pour un mal ou un bien. Il n’avait agit que parce qu’il aimait ce continent et voulait le préserver, pas parce qu’il souhait à tout prix s’immiscer dans une lutte le dépassant.

– Comment pouvez-vous déjà connaître mon nom ? reprit-il en regardant la femme blonde. Je ne pense pas que nous ayons déjà été présentés. Et pourquoi revenir sur cette attaque ? Il était inutile que je reste après la mort de la bête, je ne cherche pas la compagnie.

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une vie dans les bois   Mer 27 Sep - 17:08

Dès qu’elle eut fini de parler, Chloé sentit que Santo lui envoyait une petite vague d’apaisement pour qu’elle puisse se détendre avant de lui-même reprendre la parole. Eh, il n’avait pas besoin de faire cela ! Elle avait l’horrible impression que ce réflexe devenait une habitude, depuis l’arrivée d’Elvira, alors qu’elle n’avait rien dit du tout cette fois-ci. Elle était juste choquée, c’était normal, non ? Callum, l’homme qu’Elvira aimait toujours et qui avait été expulsé du royaume de Perle, était ici, à Emeraude, et venait de la sauver sans même savoir qui était tout près d’ici. Et elle perçut, dans son esprit, l’étonnement, la méfiance et le fait que seul le réflexe de Chloé d’avoir levé les mains avait désamorcé une riposte immédiate et musclée de leur mystérieux archer.

Laissant son frère d’arme parler, elle baissa un peu les yeux sur le bol posé à côté de Callum, rempli de flèches et d’un liquide violet tirant sur le noir, l’air épais et très concentré. Fronçant très légèrement les yeux, Chloé comprit ce qu’était ce mystérieux liquide dans lequel baignaient toutes les flèches de cet homme, flèches identiques, d’ailleurs, à celles qu’ils avaient retrouvées sur le lieu de l’attaque. Le poison… C’était avec cela qu’il avait tué le dragon, grâce à ce seul liquide qu’elle-même était en vie comme nombreux de leurs frères d’armes. Ce sur quoi insistait d’ailleurs Santo, sans cet homme, ils auraient eu à déplorer beaucoup de blessés et sans doute quelques pertes aussi. Elle la première. Mais, malgré cela, Callum semblait être encore plus sur la défensive, à mesure qu’ils parlaient… Sa main se resserrait sur son arc et son chat, auparavant en position de guet, avait quitté sa place pour venir se frotter contre la jambe gauche de son maître avant de repartir vers la cabane.

Chloé se tenait prête à agir, sentant de plus en plus de méfiance de la part de leur interlocuteur, avertissant Ariane de filer si jamais un combat devait être engagé – même si elle ne l’espérait pas. Le plus important était que leurs écuyers soient sains et saufs, et elle ne doutait pas que Santo ait pris les mêmes mesures qu’elle pendant qu’il parlait avec Callum. Si ce dernier ne représentait pas une aussi grande menace que le dragon, ils ne devaient pas oublier qu’il avait réussi à le tuer à distance au bout de deux essais et qu’il était un ancien soldat, d’après ce qu’Elvira leur avait appris involontairement. Et elle se voyait mal expliquer à sa demi-sœur qu’elle s’était battue contre celui qu’elle aimait… Elle cherchait une faille, un moyen pour apaiser Callum sans l’agresser ou faire preuve d’imprudence, mais il fallait impérativement détendre l’ambiance avant toute autre chose. Il voulait rester seul… Evidemment, vu son passé. Comment le lui reprocher ? Mais ils ne pouvaient pas, pas avec le Roi qui l’attendait, ni leurs frères et sœurs. Mais Elvira…

Santo – Nous voudrions aussi savoir pourquoi vous êtes parti à la chasse de ces bêtes alors que rien ne vous oblige, en oubliant le danger.

Callum – Je n’oublie pas le danger, répondit-il d’une voix lente. C’est bien pour cela que j’empoisonne toutes mes flèches.

Il fit un geste vague vers le bol que regardait justement Chloé quelques secondes auparavant, comprenant qu’il était prêt et qu’il savait à quoi s’attendre, que son passé de soldat l’incitait à défendre le continent même s’il ne pouvait plus l’être comme avant. Toujours silencieuse, elle ne le quittait pas des yeux, entendant simplement Santo dire qu’il était tout de même important d’en discuter et de comprendre pourquoi Callum était parti aussitôt la bête tuée. Chloé lui lança un avertissement discret par la pensée, sans changer sa posture pour autant, tous deux sachant très bien pourquoi « l’archer mystère » s’était ainsi caché. Il n’était pas le bienvenu à Perle, il s’était fait jeter du royaume qu’il défendait pourtant depuis des années, inutile, dès lors, d’imaginer qu’il soit à l’aise en public avec ce qu’il avait vécu… Lire ses pensées était inutile aussi pour comprendre cette réaction. Comment le lui reprocher ? Chloé ne ressentait pas de pitié, non. Plutôt de la colère envers son père, du dégoût envers ses manières et l’envie de faire comprendre à cet homme qu’elle le comprenait, au moins un minimum. Même si elle ne pouvait pas. Le Devoir…

Callum – Comment pouvez-vous déjà connaître mon nom ? reprit-il en regardant la femme blonde. Je ne pense pas que nous ayons déjà été présentés. Et pourquoi revenir sur cette attaque ? Il était inutile que je reste après la mort de la bête, je ne cherche pas la compagnie.

Chloé – Nous revenons sur cette attaque parce que votre savoir-faire nous a beaucoup surpris, vous semblez connaître ces bêtes et connaître également leurs points faibles. Or, nous avons des raisons de penser que des attaques plus fortes risquent de survenir dans un futur très proche et nous aurions besoin de renseignements supplémentaires à leur sujet.  Sans oublier votre maîtrise au tir à l’arc. Toute personne pouvant aider à défendre le continent, en connaissant les dangers, est la bienvenue.

Chloé ignorait comment il avait appris ces choses, s’il le savait grâce à l’expérience ou s’il avait mené ses proches recherches. S’il s’agissait de pure expérience, combien de dragons, adultes ou enfants, avait-il déjà tué ? Bon, d’accord, wyvernes était le mot exact mais le principe restait le même : cet homme en savait suffisamment pour se défendre et les tuer, même à une distance importante. Que ce soit à force d’expérience ou de recherche, il se débrouillait très bien et excellait dans la maîtrise du tir à l’arc. Quant à sa première question… Chloé tourna un peu la tête vers Santo, hésitant très brièvement, cherchant ses mots pour ne pas tout dire de manière brutale. Eviter de mentionner le mariage de sa demi-sœur avec le Roi d’Emeraude était évident, même si Callum risquait de l’apprendre tôt ou tard. Elle reporta son regard sur lui sans baisser les yeux, se disant que le mensonge serait stupide étant donné sa propre réaction en arrivant ici, lorsqu’elle l’avait reconnu.

Chloé – Je connais votre nom parce que j’ai eu… l’occasion de parler avec Elvira de Perle qui est ma demi-sœur, finit-elle par dire enfin. Elle a demandé à me parler lorsqu’elle est arrivée à Emeraude, il y a eu une fête en son honneur et c’est comme cela que je vous ai reconnu. Je n’ai pas voulu me montrer impolie, je ne pensais pas vous voir un jour dans de telles conditions, d’où ma réaction un peu vive.

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Santo d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une vie dans les bois   Lun 2 Oct - 14:04

Callum – Je n’oublie pas le danger, répondit-il d’une voix lente. C’est bien pour cela que j’empoisonne toutes mes flèches.

En effet, ce que contenait ce bol était donc bel et bien du poison, actuellement rempli de plusieurs carreaux de flèches, s’en imprégnant. Il avait fait un bref signe de main vers le liquide épais, qu’ils auraient de toute façon pu remarquer seulement par l’odeur. Mêler le poison en plus d’un tir touchant l’un des points faibles déclarés de ces bêtes était intelligent, au moins était-il assuré de la vaincre, même si la flèche était arrachée à temps d’un coup de griffe, le poison, lui, rentrait aussitôt dans le sang. Santo fit signe à son apprenti de rester en arrière, toujours, puis avança d’un pas, en disant à leur homme qu’il restait important pour eux de discuter de cela, ainsi que comprendre la raison de ce brusque départ. Il rendit un léger regard à sa sœur lorsqu’elle réagit à ce dernier propos, tout en se tenant sur ses gardes. Même avec le vécu qu’il traînait derrière lui, il continuait de défendre le continent, pourquoi, dans ce cas, repousser ceux qui faisaient de même au lieu de les rejoindre dans ce combat ? Santo ne lui demandait pas de rejoindre leurs rangs, en revanche, il pourrait très bien participer de façon plus officielle à cette guerre, sans être inquiété de quoi que ce soit. Combattre seul sans en référer à personne était aussi prendre le risque de mourir seul, suite à une blessure, par exemple, ou même lors d’un combat contre un sorcier. Leur homme semblait bien loin de cette préoccupation, cependant, toujours sur une posture distante et défensive, arc et flèche en mains.

Callum – Comment pouvez-vous déjà connaître mon nom ? Je ne pense pas que nous ayons déjà été présentés. Et pourquoi revenir sur cette attaque ? Il était inutile que je reste après la mort de la bête, je ne cherche pas la compagnie.

Chloé – Nous revenons sur cette attaque parce que votre savoir-faire nous a beaucoup surpris, vous semblez connaître ces bêtes et connaître également leurs points faibles. Or, nous avons des raisons de penser que des attaques plus fortes risquent de survenir dans un futur très proche et nous aurions besoin de renseignements supplémentaires à leur sujet. Sans oublier votre maîtrise au tir à l’arc. Toute personne pouvant aider à défendre le continent, en connaissant les dangers, est la bienvenue.

Tout à fait. Par ailleurs, Santo voudrait aussi savoir d’où il tenait ce genre d’informations, les documents parlant des wyvernes n’étaient pas légions, sur ce continent, et ceux sur les dragons encore moins. A moins qu’il n’ait déjà assez combattu de ces bêtes, depuis l’invasion, et ait appris leurs points faibles de lui-même. Un léger silence s’installa, sa sœur cherchait visiblement ses mots pour répondre à la première question de l’archer. Il ne s’inquiétait pas, sur ce propos, Chloé était l’une des plus diplomate du groupe, avec lui et Dempsey, elle saura sûrement comment s’y prendre pour s’adresser à Callum sans le braquer aussitôt ou le pousser à se méfier encore plus d’eux. Il lui rendit son regard avec un petit sourire, pour l’encourager, attendant simplement. Sujet bien sensible… La situation était malheureuse, pour autant, ils ne pouvaient rien y faire. C’était comme ça… Tant que les parents des jumeaux avaient accepté que le Roi prenne ces enfants, personne ne pouvait rien y faire, on ne pouvait pas forcer un couple à garder ses bébés s’ils le refusaient, malheureusement. Et c’était sûrement ainsi que cela s’était passé, même un Roi ne pouvait enlever des enfants sans que personne ne réagisse. Cependant, les vrais parents des jumeaux avaient-ils accepté par besoin d’argent pour vivre ou parce qu’ils s’étaient sentis honorés que leur souverain choisissent ainsi leur progéniture ? Le Roi de Perle n’avait sans doute pas choisi une famille au hasard, les parents devaient compter parmi les proches du pouvoir.

Chloé – Je connais votre nom parce que j’ai eu… l’occasion de parler avec Elvira de Perle qui est ma demi-sœur, finit-elle par dire enfin. Elle a demandé à me parler lorsqu’elle est arrivée à Émeraude, il y a eu une fête en son honneur et c’est comme cela que je vous ai reconnu. Je n’ai pas voulu me montrer impolie, je ne pensais pas vous voir un jour dans de telles conditions, d’où ma réaction un peu vive.

Leur homme apprendrait bien assez tôt pour le mariage qui aura très bientôt lieu, en plus de cela, ce détail allait lui mettre les nerfs à vif autant qu’à Chloé. Vivant ainsi à l’écart, la nouvelle ne lui parviendra pas dès aujourd’hui par les messagers envoyés dans les différentes cités et les villages, malgré, il ne faudra pas non plus des semaines avant qu’il ne soit informé. Pour le moment, silence… Santo se concentra pour entourer l’archer d’une diffuse source d’apaisement, qui ne le donnera aucun sentiment de calme soudain, ce qui lui semblerait trop étrange et suspect, créant une bulle l’amenant peu à peu à se détendre et s’apaiser. Cette technique était plus lente que les vagues d’apaisement, plus compliquée à maîtriser, mais elle avait le mérite d’être efficace sur le plus long terme et n’était pas discernable pour celui s’en retrouvant enveloppé.

Santo – Écoutez, nous ne vous voulons aucun mal, ni vous déranger par tous les moyens. Le Roi tient beaucoup à vous remercier et sait que nous avons eu le temps de repérer votre trace, il s’attend donc à vous voir aujourd’hui, demain ou dans les jours qui viennent. Il serait impossible de faire croire que nous ne vous avons pas retrouvé. Nous pouvons vous laisser trois ou quatre jours, si vous ne souhaitez pas que la princesse vous revoit, mais après cela, il faudra nous suivre.

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MessageSujet: Re: Une vie dans les bois   Lun 2 Oct - 22:32

– Nous revenons sur cette attaque parce que votre savoir-faire nous a beaucoup surpris, vous semblez connaître ces bêtes et connaître également leurs points faibles. Or, nous avons des raisons de penser que des attaques plus fortes risquent de survenir dans un futur très proche et nous aurions besoin de renseignements supplémentaires à leur sujet. Sans oublier votre maîtrise au tir à l’arc. Toute personne pouvant aider à défendre le continent, en connaissant les dangers, est la bienvenue.

Des attaques plus fortes, c’est à dire, d’autres dragons, cette fois adultes et entraînés, allaient bientôt surgir sur le continent ? Comment le savaient-ils ? Ils avaient peut-être lu ça dans les étoiles, s’ils étaient magiciens, on prêtait aux mages toutes sortes de pouvoirs mystiques, dont Callum doutait de la moitié. Sa main se serra un peu plus sur son arc et il se mordilla les lèvres, alors qu’un petit silence était tombé. Enfin, « silence » était bien relatif, la forêt n’était que très rarement silencieuse, et le calme soudain signifiait un danger dans les parages. Quelle meilleure alerte que le silence des animaux, lorsqu’ils sentaient la présence proche d’un prédateur ? C’était ainsi, en partie, que Callum avait repéré les bébés dragons et les deux plus grands qu’il avait affronté, grâce à au silence inhabituel s’abattant soudainement sur une partie des bois. Entendre que d’autres bêtes, plus fortes, allaient arriver était tout sauf une bonne nouvelle… Restant néanmoins qu’il pouvait combattre, à son échelle, il ne voyait pas comment il pourrait bien s’y prendre, si les légendes étaient vraies et si ces dragons arrivaient montés par des sorciers déchaînés. Le mercenaire n’entendait rien à la magie et ne comprenait pas non plus ceux qui en faisaient usage. Mais des renseignements supplémentaires… Il ne savait pas grand-chose, en tout cas, pas ce qui serait vraiment utile dans cette guerre. Relevant les yeux, il croisa le regard de la jeune femme, attendant aussi son explication pour la première partie de sa demande. Donc, d’où le connaissait-elle ? Et comment ? Il attendait avec une certaine impatience, tout en sortant que la réponse n’allait pas lui plaire… Callum avait comme un mauvais pressentiment sur le sujet.

– Je connais votre nom parce que j’ai eu… l’occasion de parler avec Elvira de Perle qui est ma demi-sœur, finit-elle par dire enfin. Elle a demandé à me parler lorsqu’elle est arrivée à Émeraude, il y a eu une fête en son honneur et c’est comme cela que je vous ai reconnu. Je n’ai pas voulu me montrer impolie, je ne pensais pas vous voir un jour dans de telles conditions, d’où ma réaction un peu vive.

L’archer eut l’impression de recevoir un solide coup de poing en plein dans le ventre en entendant ça, à la fois choqué de voir devant lui la véritable fille du Roi de Perle, autrement celle dont le départ avait poussé cet homme horrible à kidnapper deux enfants innocents, et choqué d’entendre dire qu’Elvira avait donc parlé de lui à sa grande sœur, qu’elle n’avait pas enterré cette histoire au fin fond de sa mémoire. La douleur du choc se mêla à celle de l’exil, se diffusant tel un poison dans ses veines et son corps tout entier, aussi brûlant dans son cœur qu’il lui glaçait l’esprit. Pourtant, au lieu de la douleur allant en s’intensifiant, comme il en avait désormais l’habitude et qu’il attendait, elle resta à ce niveau, n’augmentant pas, se calmant même un peu. Allait-elle enfin décroître, après tant de mois ? Il ne pouvait que l’espérer… Ce n’était pas que l’amitié, l’amour, d’Elvira qu’il avait perdu, mais aussi les amis qu’il avait eu, des hommes qui avaient aussi proches que des frères. Il avait perdu ses parents, éjecté du royaume de Perle sans avoir eu le droit de les revoir et eux-mêmes ayant reçu l’interdiction de le retrouver, car telle était la peine des condamnés à l’exil. Plus aucun lien amical ou familial ne devait subsister, d’autant plus pour lui qui avait approché la princesse en personne. La colère passa pour laisser place à la peine, l’amertume grandissante. Rangeant finalement la flèche dans son carquois, Callum glissa ensuite son arc dans son dos, le visage rendu impénétrable pour ne rien montrer de ses sentiments. Même si ces deux-là pouvaient sans doute les connaître avec leurs dons ou la magie.

– Écoutez, nous ne vous voulons aucun mal, ni vous déranger par tous les moyens. Le Roi tient beaucoup à vous remercier et sait que nous avons eu le temps de repérer votre trace, il s’attend donc à vous voir aujourd’hui, demain ou dans les jours qui viennent. Il serait impossible de faire croire que nous ne vous avons pas retrouvé. Nous pouvons vous laisser trois ou quatre jours, si vous ne souhaitez pas que la princesse vous revoit, mais après cela, il faudra nous suivre.

Ils étaient tenaces, décidément. Le Roi tenait à le remercier, hein ? Il n’y avait vraiment pas de quoi. Callum ne répondit pas tout de suite, récupérant le carquois posé contre la souche pour le passer lui aussi en travers de son dos, il le rangera toute à l’heure dans la cabane. Donc Elvira était dans ce royaume, sans doute pour une quelconque mission diplomatique ou il ne savait quoi, au service de son père, juste au moment où le Roi voulait « le remercier » pour avoir abattu l'autre bestiole dans la forêt à la frontière. Trop aimable, de lui laisser quelques jours le temps que la princesse parte, il n'était pas obligé de se donner cette peine, ils pourraient contenter de le faire arrêter. Question d'habitude, après tout... Pour la première fois depuis des années et des années, depuis ses dix ans en fait, il fut pris d'une assez forte envie de pleurer, sur la brutalité de ce monde, son injustice, ses lois, ses Hommes. Refoulant ce sentiment, il marcha en direction de la cabane, toujours en silence, ouvrant la porte et accrochant le carquois au crochet qui était fixé au mur à l'intérieur, juste à côté du battant, puis enleva son arc pour le poser à terre à côté. Bail, jusque là blotti sur la paillasse à l'intérieur, sauta à terre et vint aussitôt s'enrouler et se frotter contre ses chevilles en ronronnant fortement. Callum sourit faiblement puis se pencha, l'attrapant avant de le soulever dans ses bras, contre lui. Cette bestiole devait deviner lorsqu'il était triste, ce n'était pas possible autrement, car elle posa les deux pattes avant contre son torse puis lui lécha tout à coup rapidement la figure. Le mercenaire le caressa doucement, apaisé lorsqu'il le tenait contre lui, puis se tourna à nouveau vers les chevaliers et les deux gamins derrière. Résigné, tout à coup, il leur dit qu'ils pouvaient entrer, s'ils le voulaient, il allait faire chauffer du thé. De toute manière, la pluie n'allait pas tarder à tomber de nouveau, il fallait s'abriter.

Rentrant de nouveau, il commença par remplir une casserole d'eau, puis la posa sur la grille placée au-dessus du feu, qu'il enlevait d'ordinaire lorsqu'il pendait une marmite par la crémaillère, pour les repas plus conséquents. Il entendit un peu de bruit le temps que les chevaux soient attachés sous les arbres, à l'abri, puis les soldats entrèrent. Il leur fit signe de fermer la porte derrière eux, penché à ajouter une bûche dans le feu et tisonner. L'intérieur était simple et une fois tout le monde entré, il ne restait plus beaucoup de place. Bail avait reprit sa place sur le lit, miaulant et fixant tout le monde avant de se recoucher. Bail ressortit pour aller récupérer le bol rempli de poison et vint le déposer dans un coin avec soin, le recouvrant d'une petite serviette afin d'éviter que des insectes ne tombent dedans. Puis il prit une boîte en fer remplie de feuilles de thé pour la poser sur la table en chêne, ajoutant quelques gobelets. Près du feu, un petit chevalet soutenait une armure très simple, avec une partie en cuir, qu'il portait lorsqu'il partait en mission, une épée longue dans son fourreau était posée à côté. Le guérisseur, qui entre-temps avait fait des présentations un peu plus formelles, lui demanda alors depuis combien de temps il s'entraînait à l'arc. Callum réfléchit un petit instant puis répondit d'une voix lente qu'il avait commencé à cinq ans, avec son père, et continué depuis. Les dragons étaient comme des gros lapins un peu agressifs, de simples animaux, il fallait les considérer comme tels lorsqu'on les chassait. Tout en surveillant que l'eau ne déborde pas de la casserole, l'ancien soldat repensa un petit moment à Elvira, tête baissée sur l'âtre, puis à ses amis perdus. La solitude était pesante, malgré tout, il s'y faisait. Chaque nouveau jour contribuait à éloigner le passé, il s'y efforçait, afin de moins souffrir.

– Comment saviez-vous qu'il fallait frapper les dragons aux yeux ?

– C'est le point faible de beaucoup de bêtes, donc pourquoi pas de celles-ci. J'ai essayé au hasard avec le premier, un jeune adulte, il s'est écroulé aussitôt. Les deux ou trois bébés aussi.

Il n'était sûrement pas le seul, les chasseurs de ce continent avaient eux aussi dû penser à viser en premier lieu les points faibles habituels qu'on trouvait chez les animaux. Les pattes arrières, les yeux, le cou, chacun avait dû essayer une approche différente, bien qu'avec ce genre de bête, le plus dangereux était qu'on ne pouvait que très rarement frapper une seconde fois. L'avantage des flèches étaient qu'elles permettaient de frapper plusieurs fois et à une distance de sécurité relativement importante. Il marmonna qu'il n'en avait pas tué plus que ça, non, interrompant le chevalier à la moitié de sa question. Il estimait que cinq dragons, dont deux adultes, ce n'était déjà pas mal et il espérait fortement ne plus jamais en revoir de toute sa vie, bien qu'il y ait très peu de chances que ce soit effectivement le cas. Lors de son premier combat, il avait épuisé presque tout son stock de flèches, dans la panique et l'adrénaline, puis s'était repris en tombant sur les suivants, maintenant assuré de la façon dont il fallait s'y prendre. Prenant la casserole, il la versa dans les gobelets, sur les feuilles de thé qu'il avait donné aux quatre autres en leur disant de se servir. L'odeur imprégna très vite la pièce, douce et amère à la fois. Callum reposa la casserole sur la grille puis s'assit sur un tabouret près de la table. Bail s'étira sur le lit de tout son long et trottina vers eux, sautant pour venir s'installer sur ses genoux. Tout va bien, il se mettait à l'aise ? Callum lui frotta un peu la tête et le caressa, Bail le réchauffant autant qu'une bonne couverture.

– Elvira part donc dans quatre jours, c'est bien cela ?

Il releva la tête vers le guérisseur, qui lui avait lancé un long regard à sa sœur d'arme, sans répondre tout de suite. Et donc ? Ce fut la jeune femme qui répondit qu'ils n'avaient pas encore de daté précise, arrachant un léger soupir à Callum, qui leur dit qu'il ne comptait pas les suivre tant qu'elle sera là-bas, précisant ensuite qu'il ne serait bon ni pour elle ni pour lui qu'ils se croisent par accident. Si elle pensait en plus, comme le Roi le lui avait dit avant de le condamner, qu'elle croyait qu'il avait abusé d'elle et tenté de la violer... Sa gorge se serra en repensant à ça, brûlant autant d'indignation que de peine. La jeune femme était vraiment influencée par l'ordure lui servant de père adoptif, il avait une telle emprise sur elle que ça en devenait malsain ! Cet homme... Et dire qu'il tenait le royaume de Perle d'une main de titan... Il faudra encore des années avant que le prince ne lui succède et ne ramène de l'humanité dans tout cela. Et encore, Callum restera banni, il était "l'homme qui avait voulu abusé et agressé" la princesse. Autant dire que le royaume entier le tenait pour un infâme criminel et que même si la sanction était levée, il ne pourrait pas retourner chez lui. Merci, Ô puissant Roi, merci de lui avoir autant gâché la vie et le bonheur qu'il avait pu en retirer. Le guérisseur émit tout à coup un petit soupir puis lui dit qu'ils avaient appris quelque chose, concernant Elvira. Le ton soudain beaucoup plus doux et patient alerté Callum, qui le fixa, troublé. Appris quoi ? Le chevalier se racla la gorge puis continua d'un ton encore plus doux. A mesure qu'il parlait, le mercenaire sentit une telle vague de dégoût lui soulever le coeur qu'il en eut des étoiles devant les yeux, sa tête lui tournait, d'un seul coup.

Il allait vomir. Ou s'évanouir. Ou les deux. Hurler. Ou... A deux doigts de craquer, il ne remarqua pas que le guérisseur s'était levé d'un bon et avait filé derrière lui jusqu'au moment où il sentit une main plaqué contre son front, pendant qu'il se retrouvait appuyé contre quelqu'un, derrière, puis une lumière blanche jaillit, l'aveuglant momentanément. Tous ses muscles se relâchèrent d'un seul coup et il laissa retomber ses bras, ne basculant pas à la renverse que parce que l'autre bras le retenait. La lumière blanche disparu au moment il se sentait vraiment partir vers l'inconscience de nouveau, mais même si la lumière n'était plus là, il n'était plus en mesure de faire quoi que ce soit, à présent, comme assommé. C'est... C'é... C'était quoi ? De la magie ? Il batailla pour rouvrir les yeux, sans plus ressentir la moindre envie de riposte, plus aucune envie de courir voir le Roi pour l'insulter, plus d'envie non plus d'aller mettre le feu à la tunique du Roi de Perle. Qu'est-ce qu'il lui avait fait ? Qu'est-ce que ce type lui avait fait ? Les bras les relâchèrent et Callum se retrouva à s'appuyer des siens contre la table, tête baissée, en reprenant avec difficulté ses esprits. Pratique... comme... magie... Il parvint à marmonner d'une voix plus rauque que cette magie-là était d'une injustice la plus totale car on ne pouvait pas se défendre. Il se redressa avec une immense difficulté puis but sans protester, comme un automate, le gobelet de thé très chaud que le guérisseur lui remit dans la main. Donc la femme qu'il avait aimé, et aimait toujours, allait se marier au vieillard, devenir reine, porter ses enfants ? Callum reposa le gobelet puis leur marmonna de dégager, il n'ira pas au château.

Il entendit vaguement le guérisseur lui répondre qu'il n'avait pourtant pas le choix, car s'il refusait de venir avec eux, le Roi enverrait également ses gardes et la situation ne ferait qu'empirer. A nouveau, une vague surgie de nulle part l'envahit, semblant l'emporter. Il se laissa faire sans parvenir à réagir, ni même à réaliser, lorsqu'on le fit se lever, entendant à peine une voix disant de prendre ses quelques affaires avec eux. Il flottait dans un coton épais, un nuage où tout devenait indiscernable. Ses jambes obéissaient toutes seules, il n'était "plus là", l'esprit à des lieux de ce qui arrivait autour de lui. Cet état ne cessa pas lorsqu'on le fit monter sur un cheval derrière il ne savait qui, éprouvant cette même sensation que le jour où il avait avalé par erreur des champignons hallucinogènes. Il dû sans doute s'écouler du temps, il ne savait pas, ne savait plus, la brume persistait et l'enveloppait de toute part, bouchant ses oreilles, troublant sa vue. A un moment, il commença enfin à réagir un minimum, réalisant que ce n'était pas du tour normal. Où était-il ? Ses jambes continuaient d'avancer toutes seules, il entendait plus de monde, quelqu'un le tenait par le bras. Dans un bref sursaut, vite étouffé, il ouvrit complètement les yeux, avec un lourd frisson. D'autres hommes, une ou deux femmes, des tuniques vertes, un mur qui semblait être en pierre. Où était passée la forêt ? Il regarda autour de lui, continuant d'avancer sans pouvoir reprendre le contrôle, dans son état cotonneux. Une autre main le tenait par l'autre bras, il avançait et bientôt, rentra dans ce qui semblait être une tour. Puis une pièce curieusement plus chaude, ou c'était lui qui avait cet effet. L'instant d'après, il se retrouva allongé, sans comprendre comment ni pourquoi.

– Qu'est-ce que vous... m'avez... fait... murmura-t-il d'une voix faible. Où suis-je ?

Il reprenait doucement ses esprits mais son corps ne lui obéissait pas encore. La panique était anesthésiée, comme tout le reste, il avait vraiment l'impression d'être cloué dans ce... Dans ce lit, donc, avec des cordes solides. Aucune volonté au monde ne lui permettrait de se relever, là, tout de suite, c'était bien plus puissant que son envie de filer.

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une vie dans les bois   Sam 18 Nov - 21:46

Chloé regretta presqu’aussitôt les paroles prononcées en constatant l’effet sur Callum. Ce n’était pas de la fureur, non, mais un mélange de… choc, une douleur puissante et profonde. Grâce à ses pensées qu’elle était obligée de surveiller pour parer à toute attaque, surtout après une telle annonce, la jeune femme perçut le choc provoqué par la révélation de sa propre identité en plus de la présence d’Elvira ici, à quelques heures de cette cabane de fortune perdue au beau milieu des bois. La douleur grandissait encore et toujours, Chloé surveillant de très près la main qui tenait les flèches, les flèches elles-mêmes toutes proches et l’arc que leur homme pouvait attraper en l’espace de quelques secondes à peine pour décocher une de ses flèches et se débarrasser d’eux. Mais, au lieu de cela, la douleur cessa de croître, laissant place à la peine et l’amertume sans une seule trace de colère. Sans un regard vers son frère d’arme, elle comprit que c’était grâce à lui que Callum n’avait pas commis de geste malheureux, qu’il n’avait pas mal réagi. Il avait dû utiliser une vague douce, difficile à percevoir si l’on en est pas conscient, plus lente peut-être mais efficace dans ce genre de situation. Autant pour eux que pour Callum, c’était sans doute mieux ainsi, même si la culpabilité s’insinuait petit à petit dans l’esprit de Chloé qu’elle cadenassa du mieux qu’elle le pouvait, se concentrant sur la tâche qu’ils avaient à accomplir.

Santo – Écoutez, nous ne vous voulons aucun mal, ni vous déranger par tous les moyens. Le Roi tient beaucoup à vous remercier et sait que nous avons eu le temps de repérer votre trace, il s’attend donc à vous voir aujourd’hui, demain ou dans les jours qui viennent. Il serait impossible de faire croire que nous ne vous avons pas retrouvé. Nous pouvons vous laisser trois ou quatre jours, si vous ne souhaitez pas que la princesse vous revoit, mais après cela, il faudra nous suivre.

Callum ne leur répondit rien mais ils purent ressentir une tristesse croissante chez le mercenaire tandis qu’il se dirigeait vers la cabane après avoir récupéré son carquois, ouvrant ensuite la porte pour rentrer chez lui. Il ne prêtait plus aucune attention à eux et elle était bien incapable de dire si cela était dû à la vague de Santo ou non. Il resta, cependant, sur le pas de la porte, accrochant son carquois au mur, sans doute à un crochet qu’ils ne pouvaient voir depuis l’endroit où ils étaient, déposant aussi son arc près de la porte. Toujours avec cette même tristesse, cette souffrance qu’il cherchait à dissimuler, à refouler. Chloé tourna la tête vers Santo, grimaçant légèrement en lui demandant ce qu’ils devaient faire par la pensée. L’obliger à rentrer avec eux… Était-ce vraiment indispensable ? C’était cruel, surtout si Callum devait assister au mariage d’Elvira avec un homme trois fois plus âgé qu’elle. Mission diplomatique… Elle tourna la tête vers l’archer, occupé à caresser son chat qui avait sauté dans ses bras sitôt la porte ouverte. Ce n’est qu’après l’avoir serré contre lui, le câlinant, qu’il se tourna vers eux en les invitant à entrer vu qu’il allait faire du thé, rompant ce silence oppressant.

Chloé lança un regard à Santo et fit signe à Ariane de la rejoindre, les enfants pouvaient s’approcher puisqu’ils allaient entrer. En tout cas, hors de question qu’elle la laisse dehors sans l’avoir dans son champ de vision, même si la magie suffisait à s’assurer que tout allait bien. Désolée, c’était plus fort qu’elle, surtout pour la protection des enfants. Ariane était si petite ! Et fragile, pour l’instant, il fallait qu’elle apprenne à maîtriser ses ailes et à voler sur demande. A ce moment-là, Chloé s’inquiétera beaucoup moins pour elle, il suffirait que la petite s’envole pour se mettre hors de danger. Elle s’éloigna de la cabane avec Santo pour reprendre son cheval, attrapant les rênes en remerciant les enfants d’avoir veillé sur leurs chevaux. Cherchant un endroit pour les attacher le temps de régler cette histoire, avec de quoi manger de préférence comme ils venaient de boire, elle attacha les rênes à une des barrières, tout près, et fit signe à Santo que c’était bon, pour elle. Plus qu’à entrer… Ils rejoignirent Callum, occupé à faire bouillir de l’eau à l’intérieur, et découvrirent une cabane très simple et modeste, témoin de la vie que menait l’ancien soldat. Très discret, à n’en pas douter…

Santo fit de meilleures présentations, plus formelles, alors que Chloé détaillait toujours leur hôte, guettant la moindre pensée plus enflammée qui risquerait de leur nuire. Mais il avait l’air… endormi, comme renfermé sur lui-même aussi. Elle se doutait qu’il ne faisait que refouler ses émotions dans un coin de son esprit pour ne pas trop souffrir alors que son ami lui demandait depuis combien de temps il s’entraînait à l’arc. C’est vrai que, pour tirer aussi bien, cela devait faire des années… En même temps, cette discipline devait lui servir tous les jours, il mangeait grâce à ses flèches et sa capacité à viser des cibles en mouvement, cela faisait une très bonne motivation. Et il le confirma, répondant d’une voix lente qu’il s’entraînait depuis ses cinq ans avec son père, ayant continué depuis, ce qui devait représenter au moins une vingtaine d’années d’entraînement vu son âge. Il devait avoir la trentaine maximum, pas plus, ce qui signifiait des heures et des heures d’entraînement, des jours entiers, voire des semaines depuis qu’il s’était isolé. Travailler et s’entraîner pour ne pas penser. Ce qui devait être la pensée principale de Callum en cet instant précis, vu qu’il repensait à Elvira…

Santo – Comment saviez-vous qu'il fallait frapper les dragons aux yeux ?

Callum – C'est le point faible de beaucoup de bêtes, donc pourquoi pas de celles-ci. J'ai essayé au hasard avec le premier, un jeune adulte, il s'est écroulé aussitôt. Les deux ou trois bébés aussi.

Un jeune adulte et deux ou trois bébés… ? Mais combien de dragons avait-il tué tout seul, au juste ?! Chloé s’apprêtait à poser la question mais Santo la devança et se fit interrompre à la moitié de sa question, Callum répondant qu’il n’en avait pas tué plus que cela. Tout de même, quatre, non cinq dragons à lui tout seul ! Et en combien de temps ? Non, mieux valait ne pas le savoir. Eux avaient éprouvé d’immenses difficultés à éliminer un simple dragon, enfin wyverne, et lui, il… Bref. Nul doute que les chasseurs devaient très bien se débrouiller, ici. Au moins une partie de la population pouvait-elle se défendre, face à ces bêtes, ce qui leur ôtait une crainte certaine à l’idée de voir ces sales bêtes se promener partout sur le continent. Mais elles n’en restaient pas moins dangereuses, surtout si elles se rapprochaient des villes et sources d’eau pour s’abreuver – tout comme eux. Ce qui les rendait plus dangereuses, encore… Callum la tira de ses pensées en apportant la casserole d’eau fumante pour en remplir les gobelets dans lesquels ils avaient mis des feuilles de thé en entrant avant d’aller la replacer sur la grille dans la crémaillère. Il les rejoignit ensuite tandis que l’odeur du thé emplit la pièce, très petite avec eux à l’intérieur, s’installant sur un des tabourets près de la table avant que son chat ne saute à nouveau sur ses genoux, s’y lovant confortablement.

Callum – Elvira part donc dans quatre jours, c'est bien cela ?

Heu… Il releva la tête vers Santo qui la regardait elle, lui ayant lancé un long regard. Hors de question qu’ils lui disent la vérité ! C’était cruel et horrible, ils étaient au courant et avaient pourtant insisté pour qu’il les suive. Elle prit la décision de répondre en premier, craignant le franc-parler de son frère d’armes maintenant et espérant qu’il accepte de les suivre sans connaître la vérité. Elle lui dit donc qu’ils ignoraient la date précise du départ d’Elvira, arrachant un léger soupir à Callum qui leur répondit qu’il ne les suivrait pas tant qu’elle était là et qu’il ne serait bon, ni pour elle, ni pour lui, qu’ils se croisent par accident. Problème en vue. Elle échangea un regard avec Santo, lui faisant non de la tête avec un air douloureux pendant que Callum lui-même était aux prises avec ses propres pensées, souffrant toujours du passé. Ils ne pouvaient pas le lui dire ! Pas comme ça, pas alors qu’il était déjà au plus mal… Elle se mordit légèrement les lèvres, l’avertissant qu’elle ne dirait rien, dans ce cas, se tenant prête à réceptionner l’archer qui prendrait forcément la « nouvelle » très mal étant donné son état actuel. Demandant à Ariane de s’écarter un peu, derrière elle, par la pensée, elle laissa donc Santo lui expliquer pour le mariage d’Elvira, refusant d’écouter les paroles qu’il allait prononcer pour être prête à réagir s’il défaillait.

Et c’est ce qui se passait… Sitôt l’annonce faite, la jeune femme ressentit chez Callum plusieurs sentiments en même temps, une envie de vomir également, de hurler, prêt à craquer et à s’effondrer devant eux. Elle réagit d’un seul bond, comme Santo, se mettant tout près de l’archer, derrière, pour le réceptionner, laissant faire son frère d’armes qui lui envoyait sa vague spéciale, comme il l’avait fait avec elle durant la fête d’accueil organisée en l’honneur d’Elvira, observant le corps du pauvre homme se relâcher d’un coup jusqu’à devenir presque un pantin qui allait faire tout ce qu’ils lui demanderaient dans les deux prochaines heures. Ou plus, si Santo le décidait. Ce don était à la fois horrible et pratique, surtout dans des situations aussi délicates, mais elle comprenait ce que l’on pouvait ressentir et savait que Callum leur en voudrait comme jamais lorsqu’il saurait ce qui s’était passé. Et il allait très vite le savoir, il ne fallait pas être un génie pour comprendre ce changement d’attitude soudain. Ils l’aidèrent, le relâchant lorsqu’il fut remis correctement sur le tabouret contre la table, s’appuyant sur ses propres bras et bataillant pour rester éveillé. Il était sonné mais elle suivait ses pensées et savait qu’il n’allait pas tarder à les détester. Pour l’instant, il réagit exactement comme elle : marmonner que c’était injuste, comme magie, car on ne peut pas se défendre, et il essaya de se redresser pour boire le gobelet de thé chaud que lui tendait Santo. Ce qui était encore plus frustrant : s’exécuter sans en avoir la moindre envie, surtout face au guérisseur… Callum reposa le gobelet, leur marmonnant à nouveau de dégager, ajoutant qu’il n’irait pas au château.

Naturellement, Santo lui répondit qu’il n’avait pas le choix car le Roi enverrait ses gardes pour venir le chercher et la situation allait empirer. Ce que personne ne voulait. Mais Chloé n’était pas sûre que l’archer l’écoute réellement à cause de la vague, il devait surtout entendre sans retenir les paroles, ne maîtrisant plus rien de ce qui lui arrivait, ne ressentant plus colère ni tristesse grâce à la vague de Santo. Qui lui envoya une nouvelle vague, l’achevant pour de bon afin de pouvoir l’emporter sans mal pour le conduire jusqu’au château. Chloé n’aimait pas du tout cette idée, était-il utile de le préciser ? C’était un enlèvement pur et dur, jamais il n’accepterait de les aider par la suite. Et la douceur, dans tout cela… ? Mais elle ne fit aucun commentaire, écoutant seulement ce que son frère d’arme lui disait et l’aidant à faire grimper Callum sur son cheval, derrière lui, pendant qu’elle s’occupait de veiller sur leurs écuyers. Il était plus sûr de laisser Santo près du mercenaire, la jeune femme étant plus faible comme il s’agissait de son premier voyage à cheval – même court – depuis qu’elle avait été blessée.

Quittant la cabane, puis la forêt, ils firent attention en chemin et chevauchèrent un long moment avant d’enfin voir les limites du château, les pierres et les gardes de loin. Un immense soulagement l’envahit alors, comme à chaque fois qu’elle revenait au château mais plus encore maintenant, après ce court voyage arrivé à peine une semaine après l’attaque du dragon. Ils arrivèrent dans les écuries, passant près des autres chevaliers avant de faire descendre Callum du cheval tout doucement, prenant garde puisqu’il ne tenait pas vraiment sur ses jambes. Elle passa un bras par-dessus ses propres épaules, certains de leurs frères et sœurs d’arme venant les aider pour les chevaux pendant qu’ils le conduisaient jusqu’à la Tour et l’installaient confortablement dans un lit. Par chance, il n’y avait que les chevaliers dans le coin, aucun risque de croiser un membre de la famille royale ou un des domestiques du château ici. Ils traversèrent la cour puis grimpèrent les trois marches avant d’ouvrir une des portes des chambres au rez-de-chaussée, le déposant sur le lit. Une chambre au rez-de-chaussée conviendrait pour l’instant, ils verraient plus tard pour le faire changer s’il acceptait de les aider. Voilà, c’était mieux, là ? Déplaçant ses jambes pour les mettre complètement dans le lit, Chloé se redressa ensuite, échangeant un regard avec Santo. Et… Maintenant ?

Callum – Qu'est-ce que vous... m'avez... fait... murmura-t-il d'une voix faible. Où suis-je ?

Chloé – Je suis désolée… Nous n’avions pas le choix, dit-elle doucement avec un sourire gêné. Nous vous avons ramené au château d’Emeraude, avec nous, mais vous êtes dans l’Aile des chevaliers. Elvira ne sait pas que vous êtes là, tout comme le Roi, pour l’instant. Vous ne nous avez pas laissé le choix… Mais vous ne risquez absolument rien, ici. Ce qui vous est arrivé n’était pas « mauvais », c’était le seul moyen pour vous calmer étant donné votre état.

Chloé lui lança un regard désolé avant de se tourner vers Santo pour qu’il explique lui-même ce qu’il avait fait, vu qu’il était là aussi comme il veillait sur ses « patients » même s’ils assuraient que tout allait bien. Elle-même se sentait bien, quoi qu’un peu fatiguée à cause des trajets, mais préférait éviter de dire quoi que ce soit, s’étant déjà assez fait remarquer pour aujourd’hui auprès de son frère d’arme pour ce qu’elle avait fait et pour sa légère « crise de nerfs » tout à l’heure. Comment allaient-ils faire, maintenant ? Ils l’avaient ramené, très bien, mais Callum pouvait fuir à tout moment dès qu’il aura recouvré ses forces, dès que la vague ne fera plus d’effet, et l’anesthésier n’est pas la meilleure solution. S’ils voulaient apprendre à tirer et s’ils voulaient qu’il parle au Roi, sachant qu’Elvira risquait d’être à ses côtés… Sans oublier le mariage qui approchait. Le Roi n’allait peut-être pas rencontrer le célèbre archer ayant sauvé ses chevaliers avant le mariage, il avait d’autres choses plus urgentes à régler et dont il devait s’occuper.

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