Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Le tueur de dragons

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Reine de Elvadar
Lanathiel
MessageSujet: Le tueur de dragons   Jeu 24 Mai - 18:56


Le tueur de dragons


La salle du trône n’était jamais vraiment déserte… Cette salle était l’une des plus vastes du château, ce qui n’était pas peu dire en un pareil lieu, même Xahor pouvait s’y tenir debout ou allongé en restant à son aise, lui qui était l’un des dragons les plus imposants du continent et peut-être de ce monde tout entier. Les sols, le plafond en voûte loin au-dessus d’eux, les murs et fenêtres, tout était fait de ce roc gris et solide, qu’on trouvait dans les montagnes, parfait pour les construction les plus solides. Les décorations étaient rares, seules quelques draperies frappés des insignes de son clan et de celui des dragons ornaient les murs. Des gardes étaient postés à des endroits stratégiques, Xahor se reposait juste derrière le trône, pour le moment les ailes repliées et le regard dans le vague. Assise sur son trône, Lanathiel attendait que les deux grandes portes s’ouvrent à nouveau et qu’on lui amène l’homme qu’elle avait envoyé chercher. Les distances n’étaient rien, pour les dragons, ils pouvaient parcourir plusieurs pays en bien moins de temps que ne le pouvait un homme à cheval, la petite troupe envoyée n’allait donc guère mettre beaucoup de temps à revenir. Un dragon adulte lancé à pleine vitesse pourrait traverser ce continent entier, dans la longueur, en deux heures seulement.

Ce mercenaire, qu’on devait lui ramener, était bien aimable d’avoir pris la peine de se déplacer sur Nahrta, lui épargnant ainsi la tâche d’envoyer une équipe le récupérer sur Enkidiev. Elle avait certes un peu de retard, depuis l’affaire l’occupant, il s’était passé bien des choses et la guerre l’avait maintenue très occupée. Enfin, il était temps de reprendre les affaires moins pressantes. Si cet homme avait accepté de suivre la troupe venue le chercher sans opposer de résistance, ce sera un bon point pour lui. Patiente, elle resta immobile et silencieuse, n’échangeant parfois que quelques brèves phrases mentales avec Xahor. Cette salle avait déjà vu passé tant d’événements, importants ou insignifiants, qu’on pouvait ressentir le poids des souvenirs y étant accumulés. C’était ici qu’elle avait vu ses parents mourir sous ses yeux, ici qu’elle s’était entraînée, ici qu’elle avait noué certaines alliances ou reçu des déclarations de guerre, ici également qu’elle avait fait exécuter la plupart de ses ennemis ou donné ses propres avertissements et menaces à ses opposants. Aucune couronne n’ornait son front, c’était inutile, nul besoin de ce genre de décoration pour s’affirmer en tant que Reine.

Même sa tenue ne dévoilait rien sur son rang. Une simple robe noire, en cuir résistant au froid, aux manches longues, lui tombant jusqu’au bas des chevilles, avec une ceinture noire également, et une broche en forme de dragon prenant son envol, en argent, accrochée sous son épaule droite. Son regard se posa sur les grandes portes lorsque, enfin, elles s’ouvrirent et que la troupe envoyée fut de retour, avec le mercenaire. Lanathiel les observa avancer, sur les deux cents mètres séparant les portes du trône, puis s’arrêter à trois mètres de celui-ci. Le chef des gardes s’inclina et déclara, de sa voix rauque, qu’il lui ramenait le mercenaire, comme elle le lui avait ordonné. Très bien. Elle hocha la tête, en guise de remerciement, puis reporta le regard sur l’homme d’Enkidiev. Son regardé tait très clair, tout comme le sien, il avait en revanche la peau plus mate des personnes passant beaucoup de temps dehors, en des contrées plus ensoleillées que celles du Nord. Un de ses grades déposa à terre, près du trône, les armes du mercenaire. Un carquois rempli, un long et puissant arc de chasse, un couteau à lame dentelée, une épée courte et une dague.

– Je suis la Reine Lanathiel, du royaume de Elvadar. Voilà longtemps que je souhaitais vous rencontrer, mercenaire Callum.

Derrière elle, Xahor avait redressé la tête, son cou aussi épais qu’un chêne de grand âge, pour porter son regard jaune et brillant sur l’humain. Lana n’avait pas bougé, les deux mains posées sur les accoudoirs du trône, confiante et très sûre d’elle. Comme à son habitude, son expression ne trahissait aucune émotion, seulement une impassibilité de fer, ou de glace comme d’aucun dirait.

– Vos actes de chasse de wyvernes et dragons sur Enkidiev m’ont été rapportés. Où avez-vous appris comment tuer ces créatures ?

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Mercenaire
Callum
MessageSujet: Re: Le tueur de dragons   Ven 25 Mai - 16:54
Chacun partait de son côté, ils allaient se retrouver ce soir avec, on l’espérait, tous des nouvelles fraîches. Callum mit son carquois sur le dos, avec son arc accroché, puis ses autres armes à sa ceinture, avant de partir d’un bon pas. Pour sa part, il choisit de quitter de nouveau l’enceinte pour se rendre dans les faubourgs, voir s’il dénichait des informations intéressantes. Il marcha un long moment, sans se presser, vers les niveaux inférieurs puis l’une des sorties de la cité et ses murs d’enceinte. Avec un peu de chance, ils n’auront pas besoin de passer plus de quelques semaines sur ce continent, tout dépendait du temps dont ils auront besoin pour apprendre à se défendre efficacement contre les dragons… Callum avait sa technique personnelle mais il doutait que ce soit la plus efficace au monde et ce n’était valable que s’il avait du temps devant lui pour tirer. Ayant atteint les faubourgs, il s’éloigna des places de marché principale, en quête d’une des foires, là où il avait appris qu’on pouvait toujours y récupérer le maximum d’informations. Il avançait vers celle observée de loin avant de parvenir à Al Jet lorsqu’un grand courant d’air secoua tout ce qui se trouvait autour de lui. Levant les yeux vers le ciel, il resta bouche bée en voyant pas moins de trois dragons, gros comme des collines, foncer à vol bas puis atterrir plus loin, avec une certaine grâce.

Ça ne choquait vraiment personne ? Ils trouvaient ça normal, tous ?! Callum accéléra le pas, n’en croyant pas ces yeux. Combien de dragons, donc, vivaient sur ce continent pour que les habitants n’en éprouvent pas le plus petit frisson, comme s’il était autant normal d’en croiser que de voir des lapins dans un champ ? Le dernier gros qu’il avait croisé avait provoqué une panique incroyable… Il contournait la foire, pour mieux voir, lorsqu’il tomba nez à nez sur toute une troupe de soldats, en armures noires et armés jusqu’au dents, qui dégainèrent aussitôt en l’encerclant et en lui demandant de les suivre, au nom de la reine Lanathiel. Alors, messieurs, il ne connaissait pas cette reine, il ne lui avait, à sa connaissance, rien fait, et il n’aimait pas non plus qu’on lui demande ainsi de venir sans un excellent motif ! Il dégaina à son tour lorsqu’ils firent mine de l’arrêter puis frappa aussitôt celui qui semblait être le chef. Il poussa un grognement mêlant lassitude à colère, puis Callum se retrouva soudainement à devoir esquiver tous les autres. Béni soient toutes ces heures où il s’efforçait de s’entraîner, ce qui lui évitait aujourd’hui d’être transpercé. Une épée s’entrechoqua violemment contre la sienne et il dû reculer d’un bon mètre, avant d’être d’un coup plaqué au sol par une sorte de… d’énorme patte griffue. M*rde.

Le capitaine soupira à nouveau puis fit un signe à ses hommes, qui vinrent le remettre debout, lui prenant ses armes puis lui liant les mains sur le devant avant de le pousser vers un des trois dragons. Non, attendez, minute, ils ne voulaient pas que… ! Le mercenaire se débattit de plus belle, attaché ou pas, puis fut forcé de grimper sur le dos de la bête, s’accrochant vivement à une de ses piques devant lui lorsqu’elle décolla, une fois d’autres hommes sur son dos. Le hurlement qu’il voulut pousser se coinça dans sa gorge, lorsqu’il vit le sol s’éloigner à une vitesse vertigineuse, s’accrochant à ce qu’il pouvait avec la force du désespoir. Oh bon sang, oh bon sang, oh bon sang ! Derrière lui, le capitaine des gardes lui abattit une main sur l’épaule et lui dit de ne pas autant se crisper, que leur compagnon ne le fera pas tomber dans le vide. Ah non ?! Il l’excusera si le mercenaire avait du mal à y croire ? Sous eux, si loin, le paysage défilait à une vitesse phénoménale, il commençait à se sentir très mal. Et à avoir froid. Il bafouilla à moitié, tête tournée vers le capitaine, en demandant qui ils étaient et ce qu’ils lui voulaient, à la fin. Impassible, l’homme se contenta de répéter qu’ils étaient au service de la reine Lanathiel, sans rien lâcher de plus.

Deux heures entières, voire un peu plus, à filer ainsi dans les airs. Callum était maintenant transi, claquant des dents sous l’effet du froid, ses lèvres virant légèrement au bleu, les poignets d’un rouge très vif là où les cordes le serraient. Il faillit basculer en avant lorsque la bête se posa enfin, devant un château de pierre si immense qu’il crut d’abord rêver. Où… Où étaient-ils ? Le capitaine le fit descendre puis le poussa vers l’intérieur, même les trois dragons suivirent. Callum marchait comme un automate, si glacé qu’il ne sentait même plus ses jambes et craignait de s’effondrer. Ils avancèrent durant un temps qui lui parut une éternité avant d’arriver dans une salle du trône aux dimensions irréelles. Une salle taillée pour que ces bêtes s’y sentent aussi bien à l’aise que dehors… Il posa le regard sur la jeune femme assise sur un trône sombre, plus de deux cents mètres plus loin. En approchant, il put un peu mieux la détailler. Belle, ça oui, il fallait le reconnaître, les cheveux d’un blanc tirant sur le blanc, habillée d’une robe noire, comme l’armure de ses gardes, sans couronne ni bijoux. Ses armes furent déposés près du trône, alors qu’il serrait un peu les poings. Un autre dragon, encore un, se tenait derrière le trône.

Reine – Je suis la Reine Lanathiel, du royaume de Elvadar. Voilà longtemps que je souhaitais vous rencontrer, mercenaire Callum.

Ah oui ? Il avait attiré l’attention d’une reine du Nord, sur un autre continent, qui vivait entourée de dragons ? Charmant… Celui posté derrière elle s’était redressé à son tour, allumant en Callum une furieuse envie de saisir son arme. Désolé, Aveleen et Jasson, désolé aussi pour le petit Morgan, il n’avait pas l’intention de les inquiéter mais il risquait d’avoir un léger contretemps, avant de pouvoir les retrouver, ce soir, comme convenu. Si léger… Comment cette femme avait-elle bien pu entendre parler de lui, avait-elle des espions sur Enkidiev ? Et pourquoi ? Dans le but de préparer une invasion ? Ou pour des motifs plus personnels ? De la simple surveillance ? Pour se chercher des alliés potentiels ? Il ne pouvait lire aucune émotion, sur ce visage, rien qui puisse lui indiquer dans quels draps, exactement, il venait de se fourrer.

Reine – Vos actes de chasse de wyvernes et dragons sur Enkidiev m’ont été rapportés. Où avez-vous appris comment tuer ces créatures ?

Callum – Par moi-même, majesté.

Autant rester poli, histoire de ne pas aggraver un peu plus sa situation. Il sentait néanmoins que cette réponse si laconique n’était pas celle attendue, lorsqu’il croisa le regard du capitaine des gardes, debout à un mètre du trône, une main posée sur la garde de son épée, qui le fixait avec l’air de l’homme se demandant s’il devait le frapper ou non. Il réprima un nouveau frisson de froid et tâcha de rester le plus droit possible, affichant une expression égale.

Callum – J’ai combattu plusieurs wyvernes et c’est au travers de ces combats que j’ai compris quels étaient les points faibles de ces créatures. Toutes étaient dangereuses, sanguinaires et passant leurs temps à attaquer des personnes sans défense, c’est pour cela que je me suis mis à les chasser. Vous-même n’avez pas la même approche, à ce que je vois. Pourquoi m’avoir fait venir ici ?

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Lanathiel
MessageSujet: Re: Le tueur de dragons   Sam 2 Juin - 21:46


Le tueur de dragons


– Par moi-même, majesté.

Un point qui, justement, la surprenait beaucoup, bien qu’elle ne le montre guère. Non pas qu’il soit ardu de découvrir seul les points faibles des dragons, en revanche, il était compliqué d’essayer tous les points faibles potentiels sans se faire tuer, jusqu’à trouver le bon. Les imprudents essayant, ne serait-ce qu’une fois, terminaient leurs jours écrasés, dévorés, brûlés vifs ou encore d’autres tourments. Or, cet homme avait non seulement survécu mais il avait pu tuer un dragon devenu fous, ainsi que plusieurs wyvernes. Elle comptait ces dernières comme des dragons, car après tout, il s’agissait d’une des espèces répertoriées dans le monde. La grande Famille était celle des Sauriens, il existait, en elle, une multitude d’espèces différentes de dragons. Volants ou non, crachant du feu ou pas, terrestre ou vivant dans les océans, etc. Maîtres des cieux autant que des terres ou des océans, ces créatures étaient aussi dissemblables que fabuleuses. Certains avaient de très grands pouvoirs, une intelligence poussée et une sagesse accumulée durant des millénaires de vie, alors que d’autres, les wyvernes entre autres, n’étaient rien de plus que des bêtes sauvages.

– J’ai combattu plusieurs wyvernes et c’est au travers de ces combats que j’ai compris quels étaient les points faibles de ces créatures. Toutes étaient dangereuses, sanguinaires et passant leurs temps à attaquer des personnes sans défense, c’est pour cela que je me suis mis à les chasser. Vous-même n’avez pas la même approche, à ce que je vois. Pourquoi m’avoir fait venir ici ?

– Les wyvernes sont une espèce de Sauriens. Ou de dragons, si vous préférez les appeler ainsi. Elles ne sont en effet pas intelligentes, encore moins sages. La faim est seule guide de cette espèce, comme bien d’autres prédateurs, peu importe leur taille ou leur dangerosité. Elles agissent comme le ferait un loup ou un puma en quête d’une proie à dévorer. Ne pas agir comme une proie est un moyen de les apaiser.


On pouvait facilement effrayer un loup, par exemple, avec beaucoup de bruit ou en essayant de frapper pour qu’il se sente pris au piège, par contre, il ne fallait pas courir ou laisser sentir sa peur, car ils le ressentaient et cela faisait de vous une cible. Pour les wyvernes, le schéma était le même, faire sentir sa peur n’était que le signe que vous étiez un repas potentiel. Lanathiel fit signe à sa garde de libérer cet homme, elle n’avait guère besoin qu’il ait les mains attachées pour lui parler. Par ailleurs, entouré ici, sans oublier Xahor et les autres dragons, en plus d’être désarmé, que pourrait-il commettre de mal ? La méfiance était déjà plus de mise avec les magiciens et les sorciers. Un des gardes sortit un petit poignard puis avança, pour trancher les cordes d’un geste sec, avant de revenir à sa place initiale. Mis à part de la main, elle n’avait pas remué d’un pouce, conservant le visage imperturbable, son regard clair toujours posé sur le mercenaire.

– Comme chez les hommes, il existe des dragons plus mauvais, dont le cœur est devenu noir. Cela arrive lorsque la folie les gangrène. Ces créatures sont immortelles et le plus grand danger guettant les Immortels est l’ennui et le poids de leur existence. Cela peut pousser jusqu’à la folie, lorsque le poids des siècles, des millénaires, devient si incommensurable qu’il est impossible de le souffrir plus longtemps. Imaginez-vous le poids qu’il faut supporter, en devant vivre l’esprit chargé de siècles entiers d’Histoires, de peines, de joies, de sacrifices, de peurs et de doutes ? Et plus que tout, le poids qu’il y a à supporter une existence qui jamais ne se terminera, où les cycles se répètent indéfiniment. Alors le  cœur peut devenir noir. Mettre fin à l’existence des dragons en souffrant est un acte de bonté. Ces créatures ne méritent pas d’endurer pareille souffrance, de souffrir la folie grignotant un esprit si riche et chargé.

Comprenait-il ? Derrière elle, Xahor avait émit un très long soupir, un râle de tristesse. Elle savait qu’il songeait à un de ses compagnons, en particulier, un des plus anciens dragons de ce royaume. Il l’avait aidé à mettre fin aux jours de ce saurien, lorsque celui-ci avait commencé à attaquer des villages.

– Les personnes capables d’abattre une seule de ces créatures sont rares, celles capables d’en abattre plusieurs sans y laisser la vie le sont encore plus. Je vous ai fait venir afin de vous proposer d’entrer dans la Confrérie de Lalwen. Il s’agit d’une caste réunissant les chasseurs, qu’ils soient magiciens ou non, garantissant aux dragons se perdant une fin rapide et sans immenses douleurs. Acceptez-vous ?

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Mercenaire
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MessageSujet: Re: Le tueur de dragons   Mer 6 Juin - 16:09
Reine – Les wyvernes sont une espèce de Sauriens. Ou de dragons, si vous préférez les appeler ainsi. Elles ne sont en effet pas intelligentes, encore moins sages. La faim est seule guide de cette espèce, comme bien d’autres prédateurs, peu importe leur taille ou leur dangerosité. Elles agissent comme le ferait un loup ou un puma en quête d’une proie à dévorer. Ne pas agir comme une proie est un moyen de les apaiser.

Hum, merci, il ne s’était pas vraiment attendu à recevoir un rapide cours sur la nature de cet ennemi en premier instance, mais merci, c’était toujours gentil de l’éclairer sur le sujet. Perplexe, il s’appuyait d’un pied sur l’autre en réfléchissant à la meilleure attitude à adopter, regardant tour à tour la reine, ses gardes et les dragons présents, dont l’énorme noir allongé tranquillement juste derrière le trône. La jeune femme fit tout à coup un bref signe et un des gardes s’approcha, lui prenant le bras pour couper, d’un geste sec de poignard, la corde lui enserrant les poignets, avant de reculer vers sa place initiale. Ça au moins, c’était bon signe, pas la peine de réfléchir. Callum se frotta doucement les poignets, là où les liens avaient laissé des marques rouges, plus encore avec le froid, sans émettre le moindre commentaire. Il tait gelé, vraiment, un léger nuage de vapeur blanche sortait de ses lèvres entrouvertes à chaque respiration et il tremblait, de longs frissons lui remontant le long de la colonne vertébrale. Première raison de ne pas vouloir s’attarder dans les différentes contrées du Nord, le froid, le *** de froid ! Il avait pu apprendre qu’il ne servait à rien d’angoisser tant qu’on tremblait ou frissonnait, car c’était le signe que le corps se défendait.

Mais quand les frissons cessaient, l’engourdissement était alors important. Parfois trop pour réussir à le combattre… Le froid vous saisissait littéralement, chaque parcelle de votre corps était engourdie, « figée », les tremblements cessaient. On ne réalisait même plus que le corps n’arrivait plus à produire assez de chaleur, avec l’engourdissement venait une sensation de sommeil, de plus en plus lourde. Celui qui cessait de bouger, à ce moment-là, était déjà mort. Une fois assis, l’envie de dormir était encore plus grande, on se disait qu’on allait fermer les yeux juste une ou deux minutes, on s’endormait, et c’était la fin. On appelait ça la « mort blanche », absolument sans douleur, rapide, sans un souffle ou un cri. Comme dans son lit, on s’endormait, c’est tout. Une fin plutôt clémente, comparé à ce qu’on pouvait vivre, sinon. Callum frissonna encore, il n’avait pas spécialement prévu de faire un tour dans un royaume glacé, en s’habillant ce matin ! A Al Jet, le climat était plutôt doux et il ne pleuvait pas à fond comme sur Enkidiev, qui était en pleine saison des pluies. Mais ici… Ici, au milieu des montagnes, il se croirait de retour à Alhombria.

Reine – Comme chez les hommes, il existe des dragons plus mauvais, dont le cœur est devenu noir. Cela arrive lorsque la folie les gangrène. Ces créatures sont immortelles et le plus grand danger guettant les Immortels est l’ennui et le poids de leur existence. Cela peut pousser jusqu’à la folie, lorsque le poids des siècles, des millénaires, devient si incommensurable qu’il est impossible de le souffrir plus longtemps. Imaginez-vous le poids qu’il faut supporter, en devant vivre l’esprit chargé de siècles entiers d’Histoires, de peines, de joies, de sacrifices, de peurs et de doutes ? Et plus que tout, le poids qu’il y a à supporter une existence qui jamais ne se terminera, où les cycles se répètent indéfiniment. Alors le cœur peut devenir noir. Mettre fin à l’existence des dragons en souffrant est un acte de bonté. Ces créatures ne méritent pas d’endurer pareille souffrance, de souffrir la folie grignotant un esprit si riche et chargé.

Le mercenaire n’avait absolument jamais envisagé les choses sous cet angle… Il resta silencieux, regardant la Reine avec étonnement. Il ne connaissait pas grand-chose, sur les dragons ! En fait, pour être honnête, il n’y connaissait absolument rien, rien du tout, pas une seule information de valable. Ce qu’il avait appris sur les Wyvernes étaient leurs points faibles, manières de traquer et chasser, ainsi que leurs besoins alimentaires, combien de fois par semaine elles buvaient et mangeaient, autrement dit, ainsi, bien entendu, leurs manières d’attaquer. En revanche, les autres espèces de dragons, il nageait dans le vide… Et donc, où cette femme voulait-elle en venir ? Car la philosophie, les cours, tout ça c’était très bien, mais, et ensuite ? Ils l’avaient fait venir ici pour lui expliquer les états d’esprits des créatures immortelles ? Il comprenait bien, oui, qu’à force de voir défiler les siècles et les millénaires en sachant que la douce délivrance de la mort ne viendra jamais devait être pénible à endurer et que certains ne supportaient pas ça, mais que pouvait-il y faire ? Il avait surtout mis à bas des Wyvernes et un seul dragon, encore pas bien gros, il faisait quoi… Trois mètres de haut, pas plus ?

Reine – Les personnes capables d’abattre une seule de ces créatures sont rares, celles capables d’en abattre plusieurs sans y laisser la vie le sont encore plus. Je vous ai fait venir afin de vous proposer d’entrer dans la Confrérie de Lalwen. Il s’agit d’une caste réunissant les chasseurs, qu’ils soient magiciens ou non, garantissant aux dragons se perdant une fin rapide et sans immenses douleurs. Acceptez-vous ?

Callum rouvrit la bouche avec ébahissement, commençant à formuler une phrase avant de s’arrêter. D’accord, c’était donc ça ! Il existait une Confrérie dont les membres étaient chargés uniquement de traquer les Sauriens devenus fous et les liquider ? En un sens, oui, c’était logique, ce travail-là était important, mais il ne comptait pas qu’il y ait beaucoup de personnes là-dedans et encore moins que ces dernières aient une espérance de vie dépassant les quarante ans. Donc, hum… Il émit un drôle de son, mélange entre le marmonnement étouffé et le soupir, son regard dérivant sur tout et tout le monde avant de se reposer sur la reine.

Callum – Je connais des petites choses sur les Wyvernes mais rien concernant les autres espèces de dragons. Qui commande cette confrérie, quel est son mode de fonctionnement, enfin, pouvez-vous tout d’abord en dire plus sur ce sujet ?

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