Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Au cœur de la forêt

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MessageSujet: Au cœur de la forêt   Jeu 19 Avr - 22:00

Maître Oktur, dirigeant de la Guilde Dreyma

Trois jours entiers, c'était ce qui avait été nécessaire avant de convaincre Vifsorbier de les accompagner. Trois jours, ça pouvait paraître long, pourtant, quand on parlait des Ents, c'était un record de vitesse des plus mémorables, voire le temps le plus rapide jamais pris avant une décision. Le matin du quatrième jour, celui où l'Ent devait les rejoindre, Oktur fit rassembler tous les membres de la Guilde et ses invités du moment dans la grande salle aux aurores. Il était debout sur une légère estrade, afin que tout le monde le voit, vêtu de son traditionnel habit bleu sombre, une robe de mage aux manches larges, en plus de l'habituel manteau. Divers outils pendaient à sa ceinture, en plus d'une petite sacoche. Il prenait parfois un de ces longs bâtons, qui aidaient un sorcier ou magicien à canaliser son pouvoir pour lancer des attaques plus puissantes, mais pas aujourd'hui, il comptait sur autre chose. Patiemment, les mains dans le dos, il attendit que tout le monde se rassemble dans la salle devant lui, saluant aussi d'un signe de tête Gunda, les chevaliers et les deux enfants, non loin de l'estrade.

Il y avait environ trois cents personnes, membres de la Guilde. Les plus jeunes étaient encore des bébés de quelques mois, accrochés à leur mère, les plus âgés étaient d'honorables vieillards, arrivant au crépuscule de leurs existences. Une bonne majorité était vêtue de la manière que lui, portant le Bleu de la branche médecine, avec fierté, car là était l'étude principale de la Guilde. D'autres arboraient le Vert du Druidisme. La plupart n'avaient aucune couleur les distinguant, et donc aucune spécialité, c'était le cas des enfants, des bébés, des adolescents et de quelques adultes. Un seul portait la tenue rouge, robe de mage, habits solide dessous et manteau, réservé aux sorciers et magiciens spécialisés dans les arcanes du Combat. Il se tenait prêt des chevaliers, d'ailleurs, les bras croisant, ressortant tout particulièrement dans cette assemblée, par sa tenue. Le silence se fit peu à peu et Oktur, gardant une main dans le dos, posa l'autre en travers de son torse, poing fermé contre le cœur, et s'inclina légèrement. Salut traditionnel utilisé autant par les magiciens que les sorciers.

La petite foule lui rendit son salut dans un même geste, même les plus jeunes gens, parfaitement synchronisée, s'en était beau à voir. Dès qu'ils furent tous redressés, Oktur commença par leur parler du danger régnant sur la forêt depuis quelques temps et de la mission qui allait être menée pour vaincre ce mal, ou s'il s'avérait impossible de le vaincre, du moins le contenir le temps pour eux de trouver une solution plus adéquate pour le détruire. Un parfait silence suivait ses paroles, chacun était attentif, prendra la parole sans y être autorisé durant ce genre d'assemblée était considéré comme un grave manque de respect. Le guérisseur en vint à la nécessité pour eux tous, hommes, femmes, enfants, de choisir sa voie. Certains pouvaient combattre sur les champs de bataille, d'autres pouvaient guérir ou enseigner. Et surtout, l'heure était à l'union. Il sourit à cette parole, ajoutant que des Guildes s'étaient déjà liées entre elles pour des actions communes, bien qu'ils n'en soient qu'aux prémices. Il tendit la main vers un homme en retrait, qui lui ressemblait beaucoup physiquement, et arborait des habits de voyage solides ainsi qu'un long manteau vert, aux bords argentés.

Oktur – Voici maître Qadehar, de la Guilde d'Ys, sur le continent de Nahrta. Et voici, dit-il en tendant de nouveau la main vers le sorcier en rouge, maître Jarus, de la guilde des Murmures, également de Nahrta. Tous deux sont venus, en représentants de leurs communautés, pour lier une alliance avec la nôtre, dans la guerre venant sur nous tous.

Jarus avait affiché un sourire enjoué, saluant de la main et d'un signe de tête l'assemblée, parfaitement détendu. Qadehar, beaucoup plus formel et droit, s'était contenté d'un signe de tête lorsqu'il avait été présenté. Le maître de la Guilde présenta ensuite les deux chevaliers présents, et leurs écuyers, retenant un sourire en voyant pas mal dans l'assemblée les dévisager d'un air avide de curiosité, il était devenu rare qu'ils reçoivent des magiciens ou même des hommes ou femme dépourvus de magie. Seul Qadehar leur avait envoyé un regard plus aigu que curieux, les deux mains dans le dos. Ils échangèrent un bref regard et le sorcier au manteau vert baissa un peu la tête avec un petit sourire. Oktur appela également deux hommes de sa Guilde à avancer, et annonça qu'avec eux, Jarus, Qadehar et les deux chevaliers, leurs pas allaient les mener jusqu'au cœur même de Lumren. A cette dernière phrase, un silence de mort tomba sur la petite foule et certains pâlirent.

Oktur – Jaman Pedrion, avancez. Tous, écoutez-moi ! Si je ne reviens pas, je nomme maître Pedrion mon successeur.

Jaman était un peu pâle, lui aussi, mais il ne montra pas plus que cela son trouble, saluant chacun avec le poing contre le torse, puis lui-même. Oktur lui déclara alors qu'il lui confiait la garde des deux écuyers, le petit garçon et la Fée, le temps qu'ils soient partis. Il rompit ensuite l'assemblée, ne retenant dans la salle avec lui que ceux qui allaient venir dans cette mission. Orien, tout d'abord, un homme solide de soixante ans qui connaissait bien les Ents et la plupart des jeunes Entures de la forêt. Firos, beaucoup plus jeune étant donné qu'il avait à peine vingt ans, mais considéré comme un génie du Druidisme. Qadehar et Jarus, venus de Nahrta, et enfin les chevaliers. Il était temps de partir, à présent, chacun était prêt, seules les armes tranchantes comme les épées avaient été prohibées. Autant ses hommes, lui-même et Qadehar quittèrent la salle dans un silence méditatif, autant Jarus, lui, engagea directement la conversation d'un ton aimable et enjoué avec les deux chevaliers. Il était rare que la tension touche cet homme, même en partance vers une mission des plus dangereuses et mortelles, il conservait son éternelle bonne humeur.

Qadehar – J'ai croisé un chevalier de votre âge, indiqua le maître d'un ton paisible. Avec une Elfe et un mercenaire, un gamin, aussi. Ils partaient à la rencontre des chevaliers du Vent.

Santo – Jasson n'est... Enfin, il n'est plus vraiment chevalier. Mais il reste notre frère.

Qadehar – Ah... Je pourrai lui proposer d'être mon apprenti, en ce cas. J'ai ressenti un Önd puissant, chez lui, il serait dommage de le laisser en sommeil.

Jarus sourit en disant que les apprentis assez sensibles, ça se faisait rares, de leurs jours. Oh, pas sur tous les continents, il ne fallait pas généraliser. Orien, de son côté, avait un peu sourcillé, descendant les escaliers une main sur la rampe en bois, en disant à Qadehar qu'il avait cru qu'il ne prendrait plus jamais de nouvel apprenti, pourtant. Il ne répondit rien dans l'immédiat, l'air pensif, ne rouvrant la bouche qu'en arrivant en bas des escaliers, pour dire qu'il y songeait de nouveau depuis peu de temps et qu'il s'occupera de ça en rentrant à Ys. Pour commencer, s'occuper de ce qui se tramait dans cette forêt allait déjà leur prendre du temps et de l'énergie. En sortant de la Guilde, ils virent tout d'abord leurs chevaux qui les attendait et également Vifsorbier. Culminant à quatre mètres, cet "arbre" géant avait deux yeux vifs et marrons, des feuilles pendant en lierre comme des cheveux sur le sommet de sa "tête", des grandes mains faites de branches. Immobile, il n'aurait été qu'un arbre, mais en mouvement, il était impressionnant. Il les salua d'une voix semblant sorti du fond des âges, aussi grave que le Temps lui-même.

Oktur grimpa souplement à cheval, comme les six autres. Enfin, plus ou moins souplement pour Orien qui ne s'était jamais habitué à monter et détestait clairement ça. Une remarque moqueuse dû sans doute brûler les lèvres du jeune Firos mais il eut l'intelligence de se contenir, pour ne pas manquer de respect à son aîné. Qadehar et Jarus avaient chacun ôté la selle de leur cheval avant de s'y hisser, préférant monter à cru. Quant aux deux chevaliers, ils avaient marqué un net temps d'arrêt en voyant l'Ent, échangeant un regard presque effaré, avant de se reprendre. Ce n'était bizarre que la première fois, pas d'inquiétude. Allez, en route. Oktur se chargea de rouvrir le portail magique puis tourna la tête vers l'entrée de la Guilde. Gunda était sur le seuil, prête elle aussi à partir pour le travail qu'il lui avait confié. Un travail aussi important, sinon plus, car c'est elle qui allait assurer leurs arrières et s'assurer qu'ils reviennent tous en vie. Il lui sourit puis talonna sa monture pour traverser le portail, à la suite de Vifsorbier, dont un seul pas équivalait à presque dix mètres.

Oktur – Nous mettrons quelques jours avant d'arriver au plus profond de la Forêt. Inutile de dire que la prudence la plus extrême doit être de mise. Gunda s'occupera de veiller sur nos arrières et se chargera de certains sorts néfastes, dans le noyau des Bois.

Orien – Je ne savais même pas que la Guilde des Ombres s'était jointe au combat... grogna-t-il d'un ton sombre.

Vifsorbier – Le Nord combat, intervint l'Ent de cette voix si grave. Le Sud protège.

Il se mit ensuite à chantonner pour lui-même, dans sa propre langue qu'aucun humain ne pouvait parler ou traduire. Oktur inspira profondément quand ils commencèrent leur avancée. A présent, ils devaient garder avec soin tous leurs sens en éveil...

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Santo d’Émeraude
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Mar 15 Mai - 22:08
La lumière matinale filtrait à peine, perçant difficilement la brume, il était si tôt encore. Santo inspira profondément, avec lenteur, les yeux fermés et la tête légèrement redressée vers le ciel, pour humer l’air frais et la rosée. A genoux dans l’herbe les mains légèrement l’humide, les deux mains posées à plat contre ses cuisses, il était venu dehors dès qu’il s’était purifié, pour une séance de méditation. Hettrick n’était pas avec lui, cette fois, il l’avait laissé dormir plus longtemps que de coutume car il s’était entraîné très durement toute la journée de la veille, à un tel point que Santo avait dû le porter jusque dans son lit le soir. Il s’était déjà endormi, lorsqu’il lui avait retiré ses bottes puis ramené la couverture sur lui. Cet enfant mettait un tel cœur à l’ouvrage, le guérisseur en était vraiment heureux. Un jour, il deviendra sûrement un puissant chevalier, qui défendra les populations de toute son âme. Santo inspira encore puis relâcha son souffle, avec lenteur, faisant le vide complet dans son esprit. Inspire, expire, évacue le stress et la tension, éclaire ton esprits de toutes les distractions et de tout ce qui peut lui peser. La méditation était un exercice que ses frères et sœurs ne pratiquaient pas, malheureusement, ça leur serait des plus salutaires.

C’était le quatrième jour qu’ils passaient dans cette Guilde. Voilà plus d’une semaine, en tout et pour tout, qu’ils avaient eux aussi quitté le royaume d’Émeraude pour leur mission, une semaine très chargée, entre la bataille sur les plages de Zénor et l’exil de Jasson… Santo n’avait pu que conseiller ses frères et sœurs d’arme à distance, pour guérir au mieux Bergeau et les autres blessés. Bridgess avait accompli un véritable exploit, durant cette bataille, prouvant à la fois que Wellan l’avait très bien formée et qu’elle disposait des qualités nécessaires pour commander une troupe. Du sang-froid dans des situations très tendues, beaucoup de courage et des compétences en combat. Jeune, oui, encore, mais douée, il fallait le lui reconnaître. Se débarrasser d’un sorcier n’était pas rien, d’autant plus celui-là, qui les harcelait depuis le tout début de la guerre et avait causé bien des blessures, parfois très graves. En revanche, il y avait beaucoup de morts, bien trop de morts. En un sens, c’était « prévisible », ces hommes de Zénor ne s’entraînaient pas depuis assez longtemps et c’était là la première véritable bataille qu’ils connaissaient. Face à des hordes de guerriers-insectes, des wyvernes et des sorciers, l’hécatombe avait été terrible.

Quant à l’exil de Jasson, comme on pouvait s’y attendre, Wellan l’avait extrêmement mal pris, tout comme leurs autres frères et sœurs. Les raisons invoquées pouvaient se tenir, en un sens, néanmoins, il y avait là bien plus de manipulation politique qu’autre chose. Santo avait dû déployer tous ses dons pour calmer leur frère à distance, grâce au lien mental les unissant, lorsqu’il avait senti qu’il perdait le contrôle de lui-même. Une technique délicate, lorsqu’on ne se trouvait pas près de la personne, et qui avait légèrement assommé tous ceux de la première génération au passage, Chloé plus fortement car elle était à côté de lui à ce moment-là. Même si cet exil était immonde, hurler ne les fera pas progresser d’un centimètre. Jasson était courageux, doué en magie et très sensible sur certains sujets, il saura s’en sortir, le guérisseur en était convaincu. Eux-mêmes ne devaient pas se relâcher, leurs missions les attendaient. C’est sur cette pensée qu’il rouvrit les yeux, portant le regard sur la lisière de la forêt puis vers le ciel assez pâle, au-dessus de cette Guilde biscornue. Bien d’autres combats les attendaient, dont un dans cette forêt-même, pour eux. Quoi qu’il arrive, les chevaliers devaient poursuivre leurs efforts et continuer de progresser.

Santo se leva, frottant un peu l’herbe sur son pantalon, puis rentra dans la Guilde. Il passa par les petits appartement qu’on leur avait alloué pour leur séjour avant d’enfiler son armure, ne prenant pas ses armes comme l’avait demandé Ariane, puis récupérant Hettrick au passage. Il rejoignit Chloé et la petite Fée sur le chemin menant à la grande salle, où toute la Guilde devait se réunir ce matin-là. Même si, en quelques jours, ils avaient pu voir qu’il y avait ici pas mal de personnes, c’était la première fois qu’ils les voyaient tous réunis. Deux cents, trois cents personnes, même, de tous les âges possibles, hommes comme femmes. Beaucoup portaient le même manteau d’un bleu profond que le maître de guilde, quelques uns des manteaux verts et certains n’avaient aucun signe distinctif. Ils avancèrent au devant de la salle, près de l’estrade où maître Oktur patientait. Gunda était déjà arrivée, portant maintenant un manteau d’un violet profond, seule de cette salle à arborer cette couleur. Un autre, dont la couleur de l’habit était unique, un rouge très profond, leur adressa un signe de tête et un sourire amical, lorsqu’ils arrivèrent. Rouge, violet… Ces couleurs évoquaient le combat, le danger, les ténèbres. Le silence se fit, peu à peu, une fois tout le monde entré.

Le mage mit une main dans le dos, repliant son autre bras et posant le poing fermé contre son cœur, avant de s’incliner. Tous les autres répétèrent ce même geste, ce salut plutôt, en une parfaite synchronisation, qui arracha un très léger murmure impressionné au guérisseur. Ce devait être une tradition, de se saluer ainsi. Le maître commença tout d’abord par parler des dangers survenus dans la forêt, les détaillant puis expliquant qu’une mission allait être mené pour identifier ce mal, et si possible, le vaincre. Si cela était impossible, alors mettre en place des moyens pour le contenir le temps de trouver la meilleure voie pour remporter la victoire. Il parla d’alliances, que chacun devait trouver sa place dans cette guerre, que ce soit celle d’un combattant, d’un enseignant, d’un guérisseur ou d’un soutien. Il tendit ensuite la main vers un homme au manteau vert, à trois mètres d’eux, près de l’estrade. La ressemblance physique avec maître Oktur était tout à coup si frappante que Santo en vint à se demander s’ils n’avaient pas là deux frères. Le visiteur avait l’air plus âgé, mais de peu, le regard sombre, très droit, les mains dans le dos. Si son air était globalement plutôt dur, son regard, lui, brillait d’une douceur affirmée. Des yeux bleus, très clairs, comme le ciel d’été.

Maître Oktur – Voici maître Qadehar, de la Guilde d'Ys, sur le continent de Nahrta. Et voici, dit-il en tendant de nouveau la main vers le sorcier en rouge, maître Jarus, de la guilde des Murmures, également de Nahrta. Tous deux sont venus, en représentants de leurs communautés, pour lier une alliance avec la nôtre, dans la guerre venant sur nous tous.

Nahrta… Et la Guilde d’Ys ? C’était le nom de l’archipel où devaient se rendre Jasson, Morgan, Callum et Aveleen, il y avait donc une guilde de sorcellerie, en plus de la confrérie des chevaliers du vent. Silencieux, Santo détacha son regard du sorcier lorsque maître Oktur les présenta à leur tour, leur valant du même coup une véritable volée de regards curieux. Cette réaction était logique, en revanche, celle de Qadehar l’était moins. Il eut l’air presque amusé, comme riant à une vieille blague que lui seul pouvait comprendre. Après cette présentation, le mage appela deux autres personnes. L’un, nommé Orien, plus âgé qu’eux et portant également un long manteau vert, avait le regard tranquille de l’homme sachant ce qu’il faisait. Le second homme, Firos, était nettement plus jeune, peut-être à peine vingt ans, vêtu d’habits de voyage solides, le regard brillant. Le maître de Guilde annonça que leur équipe allait partir pour le cœur de Lumren, provoquant aussitôt un silence profond, dans la salle. Cinq sorciers, deux chevaliers et Gunda, ils étaient pourtant une équipe solide, mais cette forêt présentait un danger qu’ils n’avaient jamais connu.

Maître Oktur – Jaman Pedrion, avancez. Tous, écoutez-moi ! Si je ne reviens pas, je nomme maître Pedrion mon successeur.

Et c’était donc cet homme qui allait également veiller sur leurs écuyers, durant leur absence. Très bien… L’assemblée fut ensuite rompue et la salle se vida. Il était temps de se mettre en route. Santo embrassa Hettrick sur le front avant de partir, comme il le faisait toujours pour le réconforter ou l’encourager, à l’instar de ses frères et sœurs, puis lui murmura de ne pas s’inquiéter, ils allaient revenir. Gunda partit de son côté, elle n’accompagnait pas le groupe sur un même chemin pour cette bataille… En quittant la salle, le sorcier Jarus engagea tranquillement la conversation avec eux, leur apprenant pour commencer que le rouge était la couleur des Guides spécialisées dans le Combat. Donc le Bleu pour les Guérisseurs, le Vert pour les Druides, le Rouge pour le Combat. Très bien, il prit soin de le retenir, notant le tout mentalement. Qadehar dit tout à coup qu’il avait croisé un chevalier de leur âge, en compagnie d’une Elfe, d’un gamin et d’un mercenaire, alors qu’ils partaient pour à la rencontre des chevaliers du Vent. Oh… Santo se mordit légèrement les lèvres, comprenant tout à coup bien mieux le regard qu’il leur avait adressé plus tôt. Le groupe ne leur avait pas fait mention d’avoir rencontré un sorcier, à ce moment-là, et aujourd’hui, ils ne pouvaient même plus les contacter mentalement.

Santo – Jasson n'est... Enfin, il n'est plus vraiment chevalier. Mais il reste notre frère.

Qadehar – Ah... Je pourrai lui proposer d'être mon apprenti, en ce cas. J'ai ressenti un Önd puissant, chez lui, il serait dommage de le laisser en sommeil.

Son apprenti… Il voudrait que Jasson devienne apprenti sorcier ? Il échangea un rapide regard avec Chloé, haussant légèrement un sourcil, mais ne fit pas de commentaires. Ils savaient depuis quelques jours à peine ce qu’était un Önd et Santo ignorait à quel point ce dernier devait être « sensible » pour qu’un maître envisage de vous prendre comme apprenti. Il imagina Jasson portant le long manteau vert des Druides, frappant avec la magie plutôt qu’avec une épée, cette image si étrange qu’il préféra la chasser de son esprit pour le moment. Ils ne discutèrent que peu avant de sortir de la Guilde, pour tomber sur… Santo eut un temps d’arrêt, tout comme Chloé, la bouche entrouverte et les yeux écarquillés. C’était un… arbre ? Mais oui ! Un arbre géant, un sorbier, de quatre mètres, avec deux yeux, une bouche, le temps gravé ou taillé dans son écorce, qui les salua d’une voix semblant sorti des grottes les plus profondes de Shola. D’accord, très bien, c’était donc ça, un Ent. Charmant. Il se secoua un peu avant d’enfin avancer vers son cheval, sans pouvoir s’empêcher de dévisager l’arbre vivant du coin de l’œil. Il tourna la tête pour voir Gunda, qui partait de son côté, puis talonna sa monture pour traverser le portail magique ouvert par maître Oktur. Le retour dans cette forêt profonde, angoissante et menaçante.

Maître Oktur – Nous mettrons quelques jours avant d'arriver au plus profond de la Forêt. Inutile de dire que la prudence la plus extrême doit être de mise. Gunda s'occupera de veiller sur nos arrières et se chargera de certains sorts néfastes, dans le noyau des Bois.

Le vieux sorcier, Orien, glissa tout à coup d’un ton bourru qu’il n’avait pas su que la Guilde des Ombres s’était mêlée au combat, affichant un air indiquant clairement qu’il ne trouvait pas ce détail très appréciable. La Guildes des Ombres, le Royaume des Ombres, ou Alhombria… Ce pays souffrait d’une réputation peu joyeuse chez tout le monde, visiblement. Santo avait confiance en la jeune femme, en revanche, il devait bien admettre qu’il ignorait absolument tout de ses pouvoirs et capacités. Elle n’avait montré qu’un certain manque de confiance en elle, une grande érudition et un caractère renfermé, solitaire. Elle devait être puissante, pour avoir effectué ainsi le voyage par magie, depuis le Nord jusqu’à cette forêt. Par ailleurs, elle allait donc veiller sur leurs arrières, et seule, se chargeant de « sorts néfastes ». Ils pouvaient en conclure qu’elle maîtrisait une forme de sorcellerie soit dangereuse, soit très ténébreuse.

Ent – Le Nord combat, intervint l'Ent de cette voix si grave. Le Sud protège.

C’est aussi ce qu’avait dit Ariane, après qu’elle se soit « connectée » à l’Esprit de la Forêt. Santo baissa un peu la tête en y réfléchissant, interrompu dans le cours de ses pensées lorsque l’Ent chanta dans sa propre langue. Un chant qui semblait « s’enfoncer » dans ces bois si étranges, faisant frémir les arbres sur leur passage. Plus personne ne parlait, seul le chant de l’Ent perçait le silence, on pouvait même entendre d’autres voix semblables à la sienne lui répondre, parfois. On se croirait dans un long songe, où chacun ne peut que se laisser porter par les événements, sans pouvoir véritablement agir. Plusieurs jours ainsi, donc, à voyager avec des sorciers et un arbre pouvant parler et marcher, au cœur d’une forêt très sombre, si ancienne et emplie de magie. C’était comme si le monde extérieur n’existait plus, même leur lien mental avec les autres chevaliers était plus amoindri, sous le couvert de ces bois. Ils passèrent trois longues heures ans échanger un seul mot, à moitié bercé par le chant ininterrompu. Ainsi, ils avançaient presque sans s’en rendre compte… Santo finit part se demander s’il n’y avait pas quelque sortilège ou enchantement là-dessous. Après tout, bien des créatures, comme les Fées ou les Elfes, pouvaient vous tenir sous une sorte d’envoûtement grâce à leurs chants.

Se secouant un bon coup, il se pinça aussi un peu le bras, voulant être sûr d’être parfaitement éveillé. Curieusement, les sorciers autour d’eux n’avaient pas l’air plus endormis, songeurs ou affectés que cela. Qadehar finit par repérer son agitation, haussant un peu les sourcils en lui demandant ce qui lui prenait. Rien, il ne… Pourquoi n’avaient-ils pas l’air affectés, eux-mêmes ? Le chant se poursuivait inlassablement, l’Ent marchait devant leur groupe en paraissant avoir oublié qu’il était suivi, et l’air si lourd de cette forêt n’aidait pas à la concentration. Il fit signe que ça allait, continuant à suivre le groupe en s’interrogeant. Vraiment, il avait l’impression qu’il allait tomber endormi ou évanoui… Ils continuèrent, inlassablement, mangeant en selle sans s’arrêter, puis continuèrent. Santo flottait dans un état second, à demi-inconscient, manquant de chuter de selle lorsqu’ils s’arrêtèrent enfin, à la nuit tombée, dans une clairière pour camper. Maître Oktur se tourna vers lui puis fronça les sourcils, venant le rattraper puis lui plaqua une main sur le front. Santo sursauta violemment puis sentit une douce chaleur l’envahir, chassant cette torpeur bizarre et lui rendant l’esprit clair. Que…

Maître Oktur – Je suis vraiment désolé, dit-il d’un ton paniqué en répétant l’opération sur Chloé. J’avais oublié que vous n’aviez pas été entraîné comme nous.

Le chevalier se frotta le visage, hébété, avec l’impression bizarre qu’on venait de lui voler une journée entière de sa vie. Merci, hein… S’ils avaient compris plus tôt ce qui se passait… Il s’assit au sol avec les autres, voyant que Jarus se retenait tellement de rire qu’il en avait mal aux côtes, une main plaquée contre sa bouche pour dissimuler un très large sourire. Très drôle, hein ? Tsss… Santo lui lança un regard noir, le sorcier en rouge laissant échapper un bruit bizarre, qui devait être un hoquet étouffé, les épaules secouées elle aussi de tremblements et le regard pleurant à moitié tant il était bord de l’explosion. Pour ne pas céder à son envie de lui flanquer un coup, Santo préféra détourner le regard, commençant plutôt à manger. Imperturbable, Qadehar allumait un petit feu et mettait de l’eau à chauffer. Au moins, demain, ils seront avertis…

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Sorcière du Chaos
Gunda Nomicant
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Mer 6 Juin - 11:02
Voilà longtemps qu’elle n’avait plus utilisé les pouvoirs appris depuis le plus jeune âge, bien longtemps qu’elle se contentait d’une sorcellerie plus classique et moins pernicieuse, des années et des années qu’elle n’avait plus connecté son esprit à des forces dépassant de bien loin les simples mortels. Pourtant, elle savait n’avoir rien oublié de ces pratiques, de ces sorts, de ces maléfices ou de toute la puissance à en retirer. Son apprentissage avait tout « gravé » en elle et elle en restera marquée à jamais, qu’elle le veuille ou non, qu’elle le désire pas, c’était ainsi. Aujourd’hui, finalement, elle allait de nouveau s’en servir. Gunda prit une longue et légère inspiration, qu’elle relâcha avec tout autant de douceur, se sentant maintenant plus calme. Perdre son sang-froid était le pire pouvant vous arriver et une personne n’ayant pas l’esprit clair ne pouvait pas affronter de telles forces sans y perdre le vie. Durant ces trois derniers jours, elle était restée à l’écart des chevaliers et des membres de la Guilde, occupée à se préparer et à méditer. Renouant avec une sorcellerie qu’elle avait tenue volontairement à distance et qui revenait prendre ne place centrale dans sa vie. La peur était passée, il ne restait que le devoir. Elle savait ce qu’elle avait à faire et comment, charge à elle d’y mettre assez de volonté.

Par-dessus sa robe de cuir simple, serrée par un corset en cuir également, elle passa un long manteau d’un violet profond, à la place de sa cape habituelle, puis prépara ce dont elle aura besoin au cours de son travail. La magie lui picotait très légèrement le bout des doigts, comme impatiente de sortir après tant d’années, ou bien rendue plus sensible par la proximité de la forêt. Lumren n’était pas un lieu qu’elle aurait apprécié de visiter sans y avoir une excellente raison, quand bien même elle en comprenait les rouages, les maux, les forces, les faiblesse et le passé. Certains endroits, comme celui-ci, avaient tant été marqués par les guerres et les souffrances de toutes sortes qu’il était impossible de ne pas ressentir un malaise puissant, y compris pour les personnes non sensibles à la magie. Une fois prête, elle quitta la petite chambre qui lui avait été allouée puis rejoignit la grande salle, où toute la Guilde devait se réunir ce matin. Elle y parvint quelques minutes seulement avant les chevaliers, leur rendant leur salut à voix basse et un bref hochement de tête. Ils n’étaient pas les seuls « invités », bien sûr, pour combattre ce genre de mal, les compétences devaient être multiples et variées. Gunda demeura silencieuse le temps des que maître Oktur parle du problème à sa Guilde, les mains jointes devant elle, le long de sa robe.

La veille, au soir, ils avaient tous deux discutés longuement, pour sa propre partie de la mission. Sa tâche était plus spécifique que celle du groupe principale et il y avait des… Comment dire cela…. Des indications à respecter, lorsqu’on voyageait dans cette forêt. Plus que tout, elle se demandait ce qu’elle ferait si elle découvrait que son propre frère était responsable, tout ou en partie, de ce qui arrivait sur le continent, étant donné qu’il était au service de l’Empereur Noir. Elle savait qu’il avait fait parti de ceux ayant combattu les chevaliers et les Zénorois, sur les plages il y a trois ou quatre jours, qu’il était aussi celui qui avait blessé gravement un des frères d’armes de Santo et Chloé, en plus d’avoir enlevé le guérisseur il y a plus longtemps encore. Et cette filiation, l’Ordre l’ignorait, elle n’avait pas eu le courage de l’avouer au guérisseur alors qu’il était parmi eux au Nord et elle ne l’avait pas plus eu ces derniers jours. La crainte d’être rejetée ou associée au mal que causait son aîné était plus forte que tout, elle ne souhaitait pas subir les répercussions de ses actes… Ignorant même si elle sera capable de combattre Fréhor. Il restait son frère, son unique famille restante, et malgré tout ce qu’il lavait commis, il l’aimait toujours et la protégeait, tout comme elle était attachée à lui.

Comment combattre une personne qu’on aimait ?

C’était une question qui la hantait depuis déjà quelques années, elle avait beau y réfléchir, aucune réponse ne lui venait. Sa crainte restait donc vive, la crainte d’avoir tôt ou tard à l’affronter, faire cesser le mal qu’il répandait mais ignorant si elle serait capable de lever la main contre lui, de le blesser volontairement, voire pire. Blesser celui qui veillait sur elle depuis la plus tendre enfance ? Tuer celui qui vous avait toujours tendu la main, même s’il avait emprunté une voie différente de la vôtre ? Profondément troublée, à cette pensée, elle quitta assez vite l’assemblée lorsqu’il fut temps pour eux de partir. Elle devait voyager avec Quartefeuilles, de son côté, me reste du groupe partait à cheval. Avant de quitter la Guilde, elle vérifia encore bien porter avec elle la totalité de son équipement, méditant un peu tout en achevant ses préparatifs. Puis elle sortit sur le seuil, au moment où l’autre groupe grimpait à cheval, près de leur guide Ent. Après leur avoir adressé un bref signe de main, elle rabattit la capuche violette sombre sur sa tête puis ouvrit un autre portail, pour rejoindre la forêt, sur un secteur encore différent. Une fois franchi ce dernier, elle arriva près de Quartefeuilles, qui l’attendait. La sorcière le salua en s’inclinant puis il l’aida à grimper et s’asseoir dans un creux de branches, près de l’épaule.

Quartefeuilles – La forêt est très troublée, ces derniers jours, soupira-t-il de sa voix très grave. Les jeunes arbres s’éveillent vivement, les anciens frémissent.

Gunda – Ce mal va être éradiqué. Je dois me rendre dans le noyau profond de la forêt. Pouvons-nous y arriver en moins de deux jours ?

Les Ents pouvaient mener des enjambées d’une longueur démesurée et encore plus vite lorsqu’ils s’en donnaient la peine, les distances ne voulaient rien dire, pour eux. L’Ent hocha sa tête avec gravité puis accéléra le pas. Il ne courrait pas mais chacun de ses pas couvrait presque huit mètres. Le combat allait débuter avec rapidité…

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Chevalier d’Émeraude
Chloé d’Émeraude
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Jeu 7 Juin - 13:08
Chloé se leva assez tôt, une certaine impatience la gagnant depuis deux jours alors qu’ils étaient encore coincés dans cette Guilde. Ce n’était pourtant pas le plus long voyage qu’ils avaient fait, ni la plus longue halte, loin de là, mais cette dernière semaine avait été très chargée. Aussi bien en événements qu’en émotions… Santo avait beau leur répéter de garder la tête froide, dire que tout cela n’était qu’un coup politique, elle ne parvenait pas à rester maître de ses émotions vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Alors, la nuit, ou très tôt le matin, tout lui revenait en mémoire l’espace d’une demi-heure au moment où tout était calme autour d’eux. Elle n’en avait pas parlé à Santo ni à leurs frères d’armes, estimant qu’ils étaient chanceux malgré tout. Ils étaient en vie, blessés mais Bridgess avait accompli un véritable exploit durant la bataille. Jasson… était sûrement en vie aussi, bien protégé par Aveleen et Callum. Ils auraient probablement des nouvelles, plus lentement, certes, mais ils ne resteraient pas dans l’ignorance. Le plus important était de préserver le continent et d’éliminer les menaces grandissantes telles que celle qui rôdait dans cette forêt.

C’est pourquoi Chloé enfermait ses émotions dans un coin de son cœur, ne souhaitant se concentrer que sur la mission qu’ils devaient accomplir. Cela ne la gênait en aucune manière, elle était parfaitement concentrée lors de ses entraînements et ne relâchait rien lorsqu’elle entraînait Ariane. Et, en quatre jours, elle avait eu bien plus de temps que nécessaire pour se consacrer réellement à son écuyer, ayant profité de cette pause forcée pour interroger un peu plus les personnes vivant au sein de cette Guilde. Après tout, ils s’y connaissaient beaucoup plus en magie qu’eux et Ariane s’était connectée aux arbres… Il y avait donc un point commun entre la magie qu’ils utilisaient et celle des fées, non ? Puisqu’ils étaient coincés en attendant des nouvelles, Chloé avait donc demandé à plusieurs sorciers s’ils savaient quelque chose sur les Fées, sur leurs ailes, leurs capacités, etc. dans l’espoir de trouver quelque chose… Sans avoir plus d’informations car la magie des fées était particulière, à part. Même eux ne savaient rien de plus, restait à s’adresser directement au peuple d’Ariane.

Mais aujourd’hui, la réunion organisée par leur hôte avec toutes les personnes potentiellement alliées avait lieu. Il leur en avait parlé, avait demandé un délai pour rassembler tout le monde et avait été, objectivement, très rapide bien qu’ils ne connaissent pas vraiment l’étendue de son pouvoir ou du territoire. En dehors de la théorie, bien sûr… En pratique, Chloé remettait absolument tout en question, tout ce qu’elle avait pu apprendre sans le tester avec Elund, ne le considérant même plus comme son maître intérieurement. Ne se décourageant pas malgré tout, elle resta silencieuse aux côtés d’Ariane, Santo et Hettrick en observant ce qui se passait, l’oreille attentive à tout ce qui allait se dire entre ces « quatre murs ». Sans le savoir, ils s’étaient lancés dans une mission plus importante et regroupant bien plus de personnes que prévu, ne s’attendant pas à ce qu’autant de monde soit mêlé à cette histoire. Ils n’étaient partis que sur base de rumeurs… Quel danger les menaçait vraiment ?

Chloé remarqua les différentes couleurs des habits portés par les personnes présentes à cette réunion, écoutant en même temps le « discours » de maître Oktur et les présentations qu’il faisait. Nahrta, la Guilde d’Ys avec Qadehar vêtu de vert et Jarus… C’était là que devaient se rendre Jasson, Aveleen et Callum, c’était leur trajet si tout allait bien. Peut-être même ces personnes avaient-elles croisé le petit groupe ? Non. Stop. Ignorant un pincement au cœur très marqué, ne tournant même pas la tête vers Santo, elle se concentra plutôt sur les vêtements et gestes de tous ceux qui les entouraient. Le concret aidait à ne pas penser à ce qui était plus abstrait, c’était également ce sur quoi elle se basait durant les batailles. La théorie était belle, oui, mais la pratique avait déjà failli leur coûter la vie de nombreuses fois. Reportant son regard sur les tenues des autres personnes, elle constata rapidement que chaque couleur avait une signification, ce n’était pas compliqué à comprendre, mais certaines d’entre elles restaient assez floues pour la jeune femme.

Tous, ici, semblaient absorbés par les paroles du maître – une fois les regards curieux lancés vers eux passés –, certains affichant un air plus sérieux ou grave mais elle ne lisait la panique sur aucun des visages. Au contraire, autant les plus jeunes que les plus âgés donnaient l’impression de savoir. Savoir l’enjeu, les risques, l’objet de cette quête et la menace rôdant dans les environs. Eux aussi sentaient quelque chose d’étrange ? Cet endroit avait des allures d’un monde à part, dissimulé mais protégé également sans aveugler ceux qui y vivaient. C’était… très étrange. Perturbant. Ils étaient un groupe uni, très soudé comme le montrait leurs gestes, le « salut » qu’ils avaient effectué en même temps au début de la réunion, et c’était peut-être cette solidarité qui leur avait permis d’avoir la vie sauve et sereine jusqu’ici. Cependant, lorsque maître Oktur annonça qu’ils partaient pour le cœur de la forêt, un silence tomba sur la salle. Leur équipe semblait bien maigre, vulnérable, malgré les personnes la composant. Chloé avait confiance, être trop nombreux signifiait perdre l’effet de surprise, si tant est que cela soit possible dans cette forêt, et les sorciers qui les accompagneraient étaient puissants.

Maître Oktur – Jaman Pedrion, avancez. Tous, écoutez-moi ! Si je ne reviens pas, je nomme maître Pedrion mon successeur.

Le principal concerné ne donna pas l’impression de craindre ce non-retour, ni de manquer de faillir, même s’il était un peu plus pâle que tout à l’heure. Tant mieux. En dehors du fait que c’était lui qui allait veiller sur Ariane et Hettrick, la Guilde avait besoin d’une personne ressource pour continuer à vivre le temps de l’absence du « chef ». Cette décision était, encore une fois, une preuve de solidarité aux yeux de la jeune femme qui ne voyait pas les rois ou personnages plus importants s’engager dans une quête ou une guerre de la sorte sans crainte sur le reste du continent. Il y a toujours la menace du royaume affaibli s’il ne revenait pas. Or, ici, il y avait déjà un successeur, tout le monde était au courant et semblait l’accepter… Jaman « salua » chacun, poing contre son torse en un geste très solennel, avant que tous ne sortent, laissant seuls ceux prêts à partir pour le cœur de Lumren dans cette pièce après de brefs au revoir. Abandonnant les armes tranchantes, ils quittèrent silencieusement la salle, pensifs, jusqu’à ce que le silence soit rompu par le ton enjoué de Jarus qui ne semblait pas affecté par toute la tension environnante.

Qadehar – J'ai croisé un chevalier de votre âge, indiqua le maître d'un ton paisible. Avec une Elfe et un mercenaire, un gamin, aussi. Ils partaient à la rencontre des chevaliers du Vent.

Santo – Jasson n'est... Enfin, il n'est plus vraiment chevalier. Mais il reste notre frère.

Qadehar – Ah... Je pourrai lui proposer d'être mon apprenti, en ce cas. J'ai ressenti un Önd puissant, chez lui, il serait dommage de le laisser en sommeil.

Son apprenti… ? Chloé et Santo s’échangèrent un regard rapide, elle-même les lèvres soudainement plus pincées. Elle ne prononça aucun mot, cependant, se contentant de suivre le groupe pour rejoindre les chevaux à l’extérieur sans plus écouter l’échange entre Qadehar et Jarus. Ils devaient se concentrer sur le mal qui rongeait cette forêt et non pas sur le futur de qui que ce soit d’autre pour les prochains jours. Une certaine tension commençait à croître malgré tout. Cette Guilde, aussi étrange et inattendue soit-elle, avait représenté un endroit où se poser calmement l’espace de plusieurs jours, ce qui était non-négligeable. Mais le cours de ses pensées fut interrompu par la découverte de leur guide… Un arbre. Un véritable arbre marchant, vivant, les regardant et leur parlant. Ils se doutaient de ce qu’ils allaient voir, évi… Non, en fait, même pas. Ils savaient ce qu’était un Ent pour en avoir discuté ensemble mais, de là à l’imaginer tel que ce qu’ils avaient devant les yeux… Choquée, troublée, Chloé resta interdite un bon moment, la bouche entrouverte comme Santo avant d’essayer de se reprendre pour rejoindre sa propre monture, sans quitter l’arbre des yeux toutefois.

Maître Oktur – Nous mettrons quelques jours avant d'arriver au plus profond de la Forêt. Inutile de dire que la prudence la plus extrême doit être de mise. Gunda s'occupera de veiller sur nos arrières et se chargera de certains sorts néfastes, dans le noyau des Bois.

Orien – Je ne savais même pas que la Guilde des Ombres s'était jointe au combat... grogna-t-il d'un ton sombre.

Peu importe l’endroit, la Guilde des Ombres semblait souffrir de la même réputation partout… Chloé lança un regard discret à Santo pour voir comment il le prenait, sans faire le moindre commentaire alors que l’Ent prononçait les mêmes paroles qu’Ariane avant leur arrivée plus tôt. La même idée, la même phrase sonnant comme une sentence évidente mais grave. Un dernier regard vers l’arrière, Gunda déjà partie de son côté, et ils prirent la route pour le cœur de la forêt, traversant le portail magique sans doute rouvert par maître Oktur. Un chant profond et grave, indéfinissable, les accompagnait sur le chemin, comme émanant de la terre elle-même et imposant son silence à toute la forêt. C’était l’Ent, Vifsorbier, qui chantait. Parfois, d’autres voix, plus ténues à son sens, semblaient répondre à l’arbre sans dénaturer ce chant si pur.

Ils chevauchèrent toute la journée, mangeant en selle sans que cela ne dérange qui que ce soit, pressant le pas pour ne pas perdre de temps inutilement. L’Ent continuait de chanter, ils n’échangèrent aucun mot durant trois longues heures qui finirent même par les engourdir. Chloé, sans s’en rendre compte, glissait parfois de sa selle en se reprenant tout juste à temps sans comprendre ce qui se passait. En jetant un œil aux autres, qui étaient parfaitement normaux, elle se dit que c’était elle… Peut-être n’avait-elle pas bien dormi, peut-être les événements récents l’avaient-elle affectée plus qu’elle ne voulait bien l’admettre. Gardant ses pensées pour elle, ne jetant qu’un bref regard à Santo, elle ne dit rien, essayant de se secouer. Une telle fatigue ne lui était, pourtant, jamais arrivée… Enfin, si, lorsque son frère d’armes usait de sa vague d’apaisement pour les assommer mais cela n’avait pas été le cas ici. Pas en pleine forêt, c’était trop dangereux, surtout maintenant. Il se doutait probablement de ce qu’elle ressentait et respectait son silence, ou n’avait tout simplement pas envie d’en parler maintenant comme il y avait plus urgent, mais jamais il n’aurait usé d’une pratique aussi dangereuse dans ces conditions.

Maître Oktur – Je suis vraiment désolé, dit-il d’un ton paniqué en répétant l’opération sur Chloé. J’avais oublié que vous n’aviez pas été entraîné comme nous.

Alors que la jeune femme s’apprêtait à tomber une énième fois de son cheval, elle sentit une chaleur mystérieuse qui l’envahissait petit à petit, ayant suivi presqu’immédiatement la tape qu’elle avait sentie sur son front, lui rendant tous ses esprits. Que… Hein ? Se frottant le visage à son tour, elle atterrit maladroitement sur ses pieds après être descendue de cheval, voyant les autres sorciers au bord de la crise de rires et de larmes. Lançant un regard à Santo, elle vit le même air sur son visage, comme s’il était perdu, et comprit qu’il avait ressenti la même chose qu’elle toute la journée. Journée qu’elle n’avait même pas vu passer… Ils étaient dans une clairière, la nuit était tombée et Qadehar était occupé à allumer un petit feu pour mettre de l’eau à chauffer. Ils savaient vraiment tout ça ? Mais pourquoi ne pas les avoir avertis plus tôt ?! Toute la journée, Chloé avait bataillé pour se maintenir en selle et ne pas fermer l’œil, pensant à tort que c’était de sa faute, et ils auraient été à la merci d’une attaque surprise. Inutile, faibles et endormis, ils auraient été plus un poids qu’autre chose. Tout cela à cause d’un chant… ?

Chloé – Excusez-moi mais peut-on savoir ce qui nous est arrivé, exactement ? Et… Il y a d’autres événements susceptibles de nous affecter comme cela, devons-nous guetter certains « symptômes » durant notre voyage ?

Ils étaient entourés de sorciers qui connaissaient cette forêt et n’étaient qu’au début de leur voyage. S’ils devaient se préparer à d’autres mauvaises surprises comme celle-ci, mieux valait le savoir maintenant, guetter les premiers signes pour ne pas rester bêtement toute la journée dans un état de semi-conscience les rendant inaptes au combat. Ils étaient ici pour cela, pour prêter main forte au corps-à-corps – en tout cas, elle – et des effets tels que ceux-ci étaient dangereux. Ils s’installèrent autour du feu pour leur première pause de la journée, les muscles endoloris pour ceux ayant moins l’habitude de telles chevauchées. Chloé ne ressentait absolument rien, maintenant, en dehors d’une légère gêne dans certains muscles du bas du dos provoqués par ses réguliers redressements afin d’éviter la chute. A présent, elle était bien plus réveillée même si ce n’était pas le réveil digne d’une bonne nuit de sommeil, son esprit était encore un peu embrumé. La nuit devrait se passer sans problème mais, par habitude même si elle doutait que l’Ent devait dormir sans oser le demander directement, elle se proposa aussi pour le premier tour de garde, ses pensées fusant de toute manière beaucoup trop pour trouver le sommeil après avoir mangé.

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MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Sam 7 Juil - 12:31

Maître Oktur, dirigeant de la Guilde Dreyma

Lorsqu’on avait tant l’habitude de travailler et combattre auprès des personnes habituées aux tours que pouvait jouer la forêt, difficile de se rappeler que ce n’était pas le cas des nouveaux venus… Il s’écarta une fois l’opération faite, sur la jeune femme aussi, puis reprit les rênes de son cheval pour aller le mettre avec les autres. Jarus, de son côté, était à moitié mort de rire, ne se retenant qu’à très grande peine pour ne rien laisser échapper. C’est bon, silence, il était logique que ceux qui ne maîtrisaient pas très bien la magie ou la sorcellerie aient ce genre de soucis, mais il s’entraîneront, donc on reste calme et poli. Orien avait esquissé un maigre sourire mais s’était retenu de tout commentaire malpoli, préparant tranquillement leur repas du soir, pendant que Qadehar allumait un petit feu, avec de l’eau à chauffer. Vifsorbier, de son côté, s’était éloigné pour boire à une source d’eau proche, avec la cascade, et se reposer. Oktur ramena sa capuche sur sa tête pour se protéger du froid, pour la tombée de la nuit, s’asseyant près du feu après avoir pris quelques affaires dans les petits sacs, accrochés à la selle du cheval. Seul, mieux valait faire très attention à l’endroit où on dormait, en groupe et avec un Ent, le danger était en grande partie écarté.

Chevalier Chloé – Excusez-moi mais peut-on savoir ce qui nous est arrivé, exactement ? Et… Il y a d’autres événements susceptibles de nous affecter comme cela, devons-nous guetter certains « symptômes » durant notre voyage ?

Oktur – C’était un chant Elfique, répondit-il avec un petit sourire de gêne. La magie des Elfes est très... particulière. Elle agit sur la Nature et les Consciences, tous les êtres vivants. Les chants des Elfes peuvent permettre de faire pousser des arbres, des plantes, plonger temporairement une personne dans un monde de rêves et de légendes, lors d’une veillée, entre autres. Ce sont les Hauts Elfes qui ont éveillé les arbres, vous le saviez ? Ils leur ont donné le don de la parole et du mouvement. Il faut être habitué ou protégé, pour ne pas se laisser prendre par ce genre de magie. C’est un pouvoir si ancien…

Tout en mangeant un fruit, jambes à demi-allongées, il expliqua aux deux chevaliers que les Hauts Elfes, ou les Premiers Nés, étaient venus au monde alors que le monde ne brûlait pas encore sous la force du Soleil et de la Lune, sur un continent secret empli de magie, qu’on nommait les Terres Immortelles. Les plus aventureux d’entre eux avaient décidé de quitter ce continent pour explorer le monde et s’établir dans d’autres contrées, formant des royaumes incroyables, dont leurs descendants peuplaient aujourd’hui ces pays. Ils avaient éveillé les forêts, donné la parole aux Ents et soufflé sur le monde un nouvel amour des formes d’arts et de la musique. Quelques uns d’entre eux vivent encore dans ces contrées, beaucoup sont néanmoins rentrés sur leur continent d’origine. Les différentes races s’étaient éveillées une à une. Nains, hommes, Fées… Chacun plus ou moins imprégnée de magie, venant de plus ou moins loin, avec les cultures et traditions différent d’un continent à l’autre. Des milliers d’années étaient ainsi passées. Tout en discutant, ils avaient commencé à manger le ragoût que Qadehar et Jarus avaient préparé, sur le petit feu.

Orien murmura tout à coup « Nous avons de la visite », avec un petit signe de tête vers l’un des gros arbres les surplombant. Levant la tête, le sorcier sourit en voyant qu’une petite Dryade s’était invitée à la fête. Allongée sur une branche, elle était menée et ne devait pas mesurer plus d’un mètre. Entièrement nue, elle avait les cheveux d’une couleur rousse de feu, si longs que les mèches allaient s’entremêler dans les branches, se perdre dans l’ombre des feuilles. La peau très blanche, les oreilles fines et pointues, elle avait des yeux étirés comme ceux des chats et d’un vert surprenant. Ses ailes étaient comme celles d’un papillon, rouges et dorées, battant très faiblement dans son dos. Elle les regardait depuis sa branche, la tête un peu penchée sur le côté, comme si elle les évaluait, un sourire doux aux lèvres. Il était impossible d’estimer son âge… Petite comme une fillette, des formes comme une adulte, un visage sans âge et un regard profond comme le temps lui-même. Ils avaient dû la réveiller, en s’installant dans cette clairière, la curiosité piquée, elle venait voir ce qui avait troublé le silence habituellement très profond des bois.

Qadehar – C’est une dryade, dit le sorcier pour les deux chevaliers. Ou une Fée des Bois. Elles sont devenues très rares, hélas.

Ils mangèrent en silence un moment avant que la fée minuscule ne se redresse tout à coup et s’éclipse, plongeant dans les ramures et les feuilles, avant d’y disparaître. La conversation reprit ensuite sur un ton plus normal, avant qu’il ne soit temps de s’endormir. La jeune chevalier prenait le premier tour de garde. Oktur s’étira longuement puis s’allongea, plongeant assez vite dans le sommeil. La nuit fut calme et sans histoires, rien ne vint les perturber jusqu’au matin. En se mettant en route, Vifsorbier vint les rejoindre, marchant à leurs côtés. Les heures défilèrent ainsi, ils s’enfonçaient de plus en plus dans les bois. Paradoxalement, plus le soleil grimpait haut dans le ciel et plus leur passage était sombre et profond. Plus personne n’ouvrait la bouche, maintenant, l’attention complète était focalisée sur ce qui se tramait autour d’eux. Il n’y avait pas non plus d’animaux, pas même des écureuils ou des renards, rien. Cette seconde journée de voyage se déroula comme la précédente, dans un état d’alerte constant, et à la tombée de la nuit, ils arrivèrent près du Noyau. Oktur était plus tendu, maintenant, même s’il se maîtrisait. A partir d’ici, on pouvait s’attendre à tout.

Ils allaient laisser les chevaux ici, la suite du voyage se déroulait à pieds. Le maître entoura leurs bêtes d’un large sort de protection, avant de prendre la tête du groupe et approcher de l’endroit où se tenait Vifsorbier. Le chemin s’enfonçait dans des ténèbres trop profond pour être naturels, l’entrée marquée par une grande arche en pierre et en bois, sculptée avec raffinement. Firos, qui n’était encore jamais venu si près du Noyau, demanda d’un ton éberlué ce qu’était ce truc. Allons, il avait dû voir ça dans ses cours, non ? Oktur secoua un peu la tête en lui disant qu’il avait dû étudier ça. C’était une Arche blanche, elles étaient construites autour des endroits imprégnés d’une magie très noire et mauvaise, pour la contenir au maximum. Ce savoir-là s’était perdu, malheureusement, ils ne pourraient jamais retrouver des personnes pouvant en bâtir de nouvelles. Une pierre bleue était posée, juste sous l’arche, lorsqu’ils avancèrent. Oktur la ramassa et la montra aux autres, le regard concentré.

Oktur – Gunda a déjoué un premier maléfice, ici. Les membres de la Guilde des Ombres laissent toujours ces petites pierres pour signer leur passage, lorsqu’ils agissent en groupe. Nous pouvons avancer. Souvenez-vous, pas d’armes blanches. Seule la magie doit être utilisée. Et restez sur vos gardes ! Dans le Noyau, tout peut arriver. N’oubliez pas que cette forêt est aussi vieille que le monde, les créatures qui vivent dans le Noyau sont tout aussi anciennes.

Que les Dieux les gardent…

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Qadehar
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Dim 9 Sep - 10:25
Cette forêt était à la fois belle et dangereuse, il n’était pas étonnant qu’elle ait ravi le cœur de tant de personnes, dédiant leurs vies à l’étudier. Dans un lieu si ancien, si imprégné par la magie, tant de secrets restaient encore à découvrir. Lors de sa dernière visite, Qadehar avait passé plusieurs mois à observer les créatures du Noyau de la Forêt, une observation somme toute relativement courte, même si cela lui avait permis de se faire une petite idée de ce qui les attendait. Assis près du feu, il frotta entre ses mains quelques plants d’herbe pour les ajouter au petit ragoût en train de cuire, un plus d’une pincée de sel que Orien avait conservé dans un étui de cuir, dans ses affaires. Il était amusant de voir combien le sexagénaire prenait garde à ce genre de petits détails, même lorsqu’il partait pour des expéditions si dangereuses. Ce vieil habitué de la forêt n’était pas du genre à perdre son sang-froid, pas plus que le jeune Firos qui, malgré ses quarante ans d’expérience de moins au compteur, était aussi à l’aise ici qu’un poisson dans l’eau. Chez les Druides, ce petit jeune était déjà beaucoup connu, pour son talent mais aussi pour son travail acharné et sa sensibilité accrue aux plantes magiques. Il s’en occupait d’une façon remarquable.

Qadehar ne connaissait guère les autres membres de l’expédition, mis à part Oktur, bien sûr. Jarus, le soldat-sorcier comme il l’appelait intérieurement, appartenait à la Guildes Murmures et le druide n’avait eu que très peu de contacts avec eux au cours des dernières années. Il ne connaissait pas non plus Gunda, membre de la Guildes des Ombres, même s’il avait fréquemment entendu parler des siens. Les sorciers de la branche occulte étaient souvent mis à l’écart, ils effrayaient, par ce qu’ils étudiaient, alors que tous n’étaient pas de dangereux destructeurs. Las, c’était là le lot de ceux étudiants des branches controversées, souvent dangereuses, et bien incompréhensibles pour le commun des mortels. Il ne doutait pas le moins du monde que cette femme soit apte à se débrouiller seule dans cette forêt, plus encore dans le Noyau. Enfin, les deux chevaliers d’Emeraude, il ne les avait jamais rencontré non plus, ayant simplement croisé un de leurs ex-confrères. Le guérisseur ne le réalisait sans doute pas mais son aura brillait d’une lumière si forte qu’elle en était presque aveuglante. Le genre d’homme qui ne pourra jamais lever une arme, sauf en y étant contraint, sur un champ de bataille.

Oktur était occupé à expliquer aux deux chevaliers la particularité du chant des Ents, enchaînant sur la magie des Hauts-Elfes et le long périple leur ayant fait quitter leurs Terres Immortelles, pour la plupart d’entre eux. Jarus et Firos écoutaient l’histoire avec plaisir, tous deux, alors même qu’ils devaient déjà la connaître. Il devait être agréable, sans doute, de réentendre ces légendes et les vieux mythes, lors d’une veillée autour d’un feu de camp. Tout cela était maintenant si ancien, et pourtant, le tout perdurait dans la mémoire des hommes comme dans celles de bien d’autres créatures. Qadehar craignait qu’un jour, toutes les races liées à la magie disparaissent à jamais, ne laissant sur terre que les humains, sans plus le moindre pouvoir. Certaines espèces avaient d’ores et déjà disparues, d’autres étaient sur le déclin. Certaines, comme les Elfes des Bois, maintenaient leur population mais ne grossissaient pas, il arrivera un jour où n’y aura véritablement plus aucun nouvel enfant à venir au monde, ce qui signera la fin de l’espèce. Même les êtres Immortels devaient, parfois, procréer, car quelques uns des leurs pouvaient disparaître au cours d’un combat ou être tués. Plus de bébé à naître, c’était une espèce condamnée. Peut-être était-ce le destin de la magie et de toutes ses créatures ? Peut-être était-ce la Nature qui désirait laisser s’éteindre les êtres doués de pouvoirs.

Une nouvelle invitée vint s’ajouter alors qu’ils en étaient au milieu de leur repas, indiquée d’un signe de tête par Orien, dans un bref murmure. Une Dryade… Qadehar étudia rapidement son aura, pour en juger son âge, elle devait avoir dans les alentours de sept ou huit siècles. Ainsi, il restait quelques uns des siens dans cette forêt, c’était plutôt bouleversant. Les Dryades vivaient bien plus longtemps que leurs cousines, tant qu’elles étaient attachées à un de leurs vieux arbres, si anciens qu’on ne pouvait espérer qu’en voir dans ce genre de forêt, bastions encore solides du vieux monde. Ses ailes étaient différentes de celles de la petite Ariane, pas longues et effilées mais arrondies, comme celles d’un papillon, d’une seule couleur, un doré profond, avec de fines traces de rouge. Ses cheveux, d’un rouge éclatant, étaient longs de plusieurs mètres et s’emmêlaient dans les branches et feuilles de l’arbre. Nue, haute d’à peine un mètre, les oreilles pointues, elle les observait avec curiosité, il ne faisait nul doute qu’ils l’avaient dérangée dans son sommeil. Il sourit paisiblement en l’observant, puis reporta le regard sur le petit groupe. C’est en sondant les deux chevaliers qu’il comprit qu’ils n’avaient jamais dû voir une créature semblable, à la fois si différente et si proche de la petite Ariane.

"C’est une dryade. Ou une Fée des Bois. Elles sont devenues très rares, hélas."

La diminution des forêts ancestrales en avait, du même coup, tué un très grande nombre. L’agrandissement des cultures et des constructions humaines les conduisait vers leur perte définitive. Il n’en ajouta rien, cependant, laissant chacun reprendre le cours normal des discussions alors que la Dryade repartait soudainement en arrière, dans les creux de son arbre. Ils terminèrent leur repas puis allèrent dormir, une fois les tours de garde organisés. Une nuit calme et sans histoires, une fois encore, ils n’étaient pas arrivés au Noyau. Au matin, très tôt, ils reprirent leur route. Qadehar était très concentré sur ce qu’il ressentait et sur les flux parcourant cet endroit. Dans toutes les anciennes forêts, une part d’obscurité demeurait, c’était très ordinaire, après tout, comment la lumière pouvait-elle subsister sans l’obscurité ? Mais ici, une autre présence s’était mêlée à cette obscurité, une présence mauvaise et malsaine. Un mal ancien s’était éveillé… L’alliance contre-nature de leurs puissants ennemis avait été jusqu’à tirer d’un sommeil profond des forces ancestrales, des forces qu’il n’était pas bon de secouer, pour personne. Il n’y avait plus de mouvements, les animaux habituels se tenaient loin du Noyau, désormais, ils trouveront seulement des créatures intimement liées au monde magique.

A la tombée de la nuit, ils arrivèrent enfin au Noyau et continuèrent à pieds. Ils étaient à l’une des Arches blanches formant les entrées du « domaine », contenant à la fois le cœur sombre de la forêt et tout ce qui y vivait. Une minuscule pierre bleue était posée au pied de l’arche, Gunda était donc arrivée avant eux et avait défait un premier maléfice. Cette femme était courageuse… Même en étant accompagné d’un Ent, s’aventurer dans le Noyau demandait d’en avoir dans le ventre. Les membres des guildes du chaos étaient des personnes souvent difficilement impressionnables, ils en avaient déjà trop vu pour se laisser troubler par bien des horreurs. Oktur faisait bien de rappeler la prudence, les plus anciennes créatures étaient effectivement dans le cœur des vieilles et puissantes forêts des temps oubliés. Cette fois-ci, il prit la tête de l’expédition, avec le jeune Firos. Tous deux étaient druides et maîtres du terrain, même si Firos était très jeune, ce petit génie de leur branche savait s’y prendre.

"Brum, brahoum," gronda Vifsorbier de sa voix très grave. "La galipote court, elle court… Très mauvais, ça, très mauvais."

"La quoi ?" chuchota Jarus.

Pour une fois, son ton devenait un peu plus nerveux. Qadehar murmura à son tour pour lui expliquer de quoi il s’agissait. Une créature vivant dans les forêts et parfois dans les plaines, cousine du loup-garou, qui en partageait la taille et la férocité, mais beaucoup plus rapide et ne possédant pas une épaisse toison. Elle pouvait aller plus vite qu’un cheval au galop et grimpait aux arbres pour se percher sur les branches et sauter sur le dos des voyageurs pour les dévorer, en les mordant d’abord violemment au cou. Une description qui suffit amplement à Jarus pour d’un coup faire bien plus attention aux arbres les surplombant. Le maître sorcier fit signe au petit groupe de stopper, alors que Vifsorbier pointait un de ses gigantesques bois vers le lointain. A travers le silence si lourd, ils pouvaient entendre un bruit de course. La créature n’était pas si éloignée qu’il l’avait d’abord cru.

"Le mal ancien qui s’est réveillé dans cette forêt a aussi agité toutes les créatures qui vivent dans le Noyau. Nous ne devons pas nous attarder, si d’aventure, nous ne pouvons rien faire, il faudra revenir avec une troupe plus grande de sorciers. Je comprends que tu veuilles préserver cette forêt et ses habitants, Oktur, mais tu es guérisseur, pas druide ni combattant. Je regrette que nous n’ayons pas d’Elfes des Bois dans ce groupe."

Le maître druide pouvait parfois être téméraire mais il n’était ni idiot, ni suicidaire, lorsqu’une situation les dépassait, il savait le reconnaître et battre en retraite, pour mieux préparer la riposte. En poursuivant son avancée, il étendit ses sens pour tâcher que le groupe puisse rejoindre Gunda au plus vite. D’autres monstres avaient dû s’agiter, être seul alors que le Noyau était endormi, cela allait si on savait se défendre, être seul lorsque tous les habitants d’ici étaient bien vifs…

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Santo d’Émeraude
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Lun 10 Sep - 12:54
Chloé – Excusez-moi mais peut-on savoir ce qui nous est arrivé, exactement ? Et… Il y a d’autres événements susceptibles de nous affecter comme cela, devons-nous guetter certains « symptômes » durant notre voyage ?

Maître Oktur – C’était un chant Elfique, répondit-il avec un petit sourire de gêne. La magie des Elfes est très... particulière. Elle agit sur la Nature et les Consciences, tous les êtres vivants. Les chants des Elfes peuvent permettre de faire pousser des arbres, des plantes, plonger temporairement une personne dans un monde de rêves et de légendes, lors d’une veillée, entre autres. Ce sont les Hauts Elfes qui ont éveillé les arbres, vous le saviez ? Ils leur ont donné le don de la parole et du mouvement. Il faut être habitué ou protégé, pour ne pas se laisser prendre par ce genre de magie. C’est un pouvoir si ancien…

Un chant ? Tout à cause d’un simple chant ? Ou non, ça ne pouvait pas un être un « simple » chant, c’était une sort de sort ou de magie qu’on utilisait par le biais d’un chant. Oktur se lança ensuite dans le récits sur les Hauts Elfes, racontant qu’ils venaient des Terres Immortelles, nés alors que ni le Soleil ni la Lune ne recouvraient encore la terre de leur lumière, un concept déjà très difficile à avaler, en soit. Un continent tout entier rempli de magie, où quelques aventureux étaient partis pour fonder de nouveaux royaumes, puis où les autres races s’étaient éveillées une à une… Santo eut un air un peu rêveur, en mangeant son ragoût, imaginant ces temps où les peuples n’en étaient encore qu’à leurs premiers balbutiements, où tout était encore à construire et apprendre. Même s’il ignorait s’il y avait une part de mythe, là-dedans, c’était plaisant à entendre. Santo avait toujours apprécié les histoires, les contes et les légendes, les raconter aux autres et les chanter. Il y avait au moins une partie d’agréable dans ce voyage, quand bien même c’était incroyablement dangereux. Il terminait son bol de ragoût lorsque Orien leur indiqua tout à coup qu’ils avaient de la visite, pointant le haut d’un arbre au bord de la clairière.

C’était une… fée ? Elle possédait des ailes, comme Ariane, mais d’une forme différente et pas aussi colorées. Et puis… Ariane avait les cheveux d’une taille standard, là où cette petite les avait longs de plusieurs mètres, à tel point qu’on pourrait les confondre avec les branches de l’arbre. Sans compter son corps qui n’était pas celui d’une enfant mais d’une adulte, malgré sa taille minuscule et son visage poupin, rappelant celui d’une fillette. Ce fut Qadehar qui leur fournit l’explication, lançant que c’était une Dryade, une fée des bois. Une espèce cousine de celle à laquelle appartenait Ariane, dans ce cas ? Le sorcier disait qu’elles étaient très rares, d’un ton bien triste, ce qui sous-entendait qu’il avait dû arriver malheur à une bonne part des siens. La dryade avait l’air si menue et fragile qu’il fut d’un coup effrayée pour elle qu’elle vive ainsi seule dans cette forêt. Puis, tout à coup, elle disparue de nouveau dans les profondeurs des arbres. C’était troublant… Comme s’ils avaient légèrement levé le voile sur un monde magique encore inconnu, un voile retombé sans crier gare pour leur en couper l’accès. Plus rien ne bougeait, la dryade ne re-pointa pas le bout de son nez. Laissant juste derrière elle une aura de magie et le souvenir d’une incroyable beauté.

En se couchant pour la nuit, pendant que Chloé prenait le premier tour de garde, le guérisseur repensa à la petite Ariane. Ils l’avaient toujours vue parmi les élèves d’Emeraude, puis comme Écuyer, avant la naissance de ses ailes, elle était une enfant ordinaire, humaine, seule sa taille minuscule la démarquait des autres enfants. Puis son comportement avait changé, sa magie s’était illuminée, elle n’avait jamais grandie, ou si peu que s’en était indéfinissable. Désormais, chaque nouveau jour leur faisait réaliser à tous à quel point son espèce était différente de la leur et à quel point, surtout, ils ne pouvaient pas comprendre ni ce qu’elle voyait, ni ce qu’elle ressentait. Chloé avait reçu une tâche bien difficile en la recevant comme écuyer, d’autant plus qu’elle était la première de ce peuple si particulier à entrer dans l’Ordre. Et pourrait-elle seulement réussir à soulever une épée normale un jour ? Santo s’endormit sur cette pensée, l’esprit rempli d’interrogations sur l’avenir de la petite fée mais aussi sur la nature merveilleuse de son peuple, qui échappait sans doute à la compréhension humaine.

Au matin, Vifsorbier vint les retrouver alors qu’ils levaient le camp puis se mettaient en selle. C’était reparti pour de nouvelles heures de voyage, mais cette fois-ci, grâce au sorcier-guérisseur, ils étaient à l’abri de toutes les sortes de chants des Elfes ou il ne savait quoi. Ce périple n’en demeurait pas moins stressant, ceci dit, plus ils s’enfonçaient dans les bois, plus un silence, tout sauf naturel, devenait profond et angoissant. Le chemin lui-même s’obscurcissait, Santo avait l’impression qu’ils descendaient, littéralement, dans les profondeurs de la forêt. Le tout en silence, l’Ent ne parlait plus, leurs compagnons de voyage restaient silencieux, même Jarus s’était tut. Ils chevauchèrent la journée toute entière, à un bon rythme. La nuit était tombée depuis un peu moins d’une heure lorsqu’ils stoppèrent, attachant leurs chevaux pour poursuivre à pied. L’air était si lourd, ici… Tout était immobile, comme figé dans le temps et l’espace… Il chercha par réflexe la garde de son épée mais sa main n’effleura que le vide. C’est vrai, aucune arme blanche. De toute manière, en voyant les arbres ici, le guérisseur n’éprouvait aucune envie de porter un couteau contre eux, il sentait jusqu’au plus profond de se ses os à quel point ce serait une mauvaise idée.

Vifsorbier se tenait debout près d’une sorte de grande arche. Faite en pierre et en bois, immense et élancée, d’un style qui n’était pas sans rappeler les constructions Elfiques, elle marquait l’entrée d’un passage très sombre. Le jeune de leur groupe demanda d’un ton éberlué ce que c’était que ça, ce à quoi Oktur répondit d’un ton léger de reproche qu’il aurait dû se souvenir de ça, pour l’avoir vu en cours. Santo ne put s’empêcher de sourire très légèrement, reconnaissant en cette attitude celle qu’ils avaient parfois avec leurs écuyers. La rapide description faite par le sorcier n’était pas rassurante, cela dit, ce genre d’arche servait donc à fermer les accès à des endroits très dangereux ou imprégnés de magie noire… Près d’elle, le guérisseur ramassa une petite pierre bleue, leur indiquant que c’était un signe laissé par Gunda, qu’elle était déjà passée par ici et y avait déjoué une première menace. Elle avait pénétré là-dedans… seule ? Ou juste en compagnie d’un autre Ent ? Il échangea un regard inquiet avec Chloé, de moins en moins rassuré pour Gunda. Bien qu’il ignore son niveau réel en sorcellerie, il trouvait ça incroyablement dangereux.

Maître Oktur – Gunda a déjoué un premier maléfice, ici. Les membres de la Guilde des Ombres laissent toujours ces petites pierres pour signer leur passage, lorsqu’ils agissent en groupe. Nous pouvons avancer. Souvenez-vous, pas d’armes blanches. Seule la magie doit être utilisée. Et restez sur vos gardes ! Dans le Noyau, tout peut arriver. N’oubliez pas que cette forêt est aussi vieille que le monde, les créatures qui vivent dans le Noyau sont tout aussi anciennes.

Ils ne risquaient pas de l’oublier… C’était de ces moments où on partait sans avoir aucune idée de ce qu’on pouvait affronter. Le petit jeune du groupe prit la tête, avec Qadehar, cette fois-ci. En franchissant l’arche, Santo sentit comme un long frisson lui remonter dans le dos, sentant à quel point il avait pénétré dans un espace différent, complètement inconnu, et dont les lois naturelles ne ressemblaient en rien à celles dont ils avaient l’habitude. Le silence était écrasant… Des lichens pendaient depuis les branches des arbres, comme des barbes ancestrales, ils entendaient parfois des bruits inconnus, il n’y avait pas une once de vent. Santo restait en alerte, les mains légèrement illuminées de magie.

Vifsorbier – Brum, brahoum, gronda Vifsorbier de sa voix très grave. La galipote court, elle court… Très mauvais, ça, très mauvais.

Jarus – La quoi ?

Il avait chuchoté, même lui commençait à dévoiler des signes de nervosité. Surtout après que Qadehar leur ait fait une description de la bestiole en question… Comme Jarus, Santo releva directement la tête pour sonder les hauteurs et les arbres, mais il n’y avait aucun signe de danger immédiat. En sondant plus loin la forêt, il repéra par contre la bête, on entendait aussi un bruit de galopade, elle n’était pas loin, à peine un kilomètre… Et si elle était aussi rapide que le sorcier le prétendait, autant dire qu’elle était déjà sur eux. Gunda… Bon, du calme, il devait voir ça comme une sorte de gros gibier, ce n’était pas le premier animal contre lequel ils allaient combattre. Ils avaient leur magie, leurs compagnons la sorcellerie, il s’agissait de garder la tête froide. Le guérisseur se sentait mieux capable de s’en tirer s’il était question de magie, tout ira très bien.

Qadehar – Le mal ancien qui s’est réveillé dans cette forêt a aussi agité toutes les créatures qui vivent dans le Noyau. Nous ne devons pas nous attarder, si d’aventure, nous ne pouvons rien faire, il faudra revenir avec une troupe plus grande de sorciers. Je comprends que tu veuilles préserver cette forêt et ses habitants, Oktur, mais tu es guérisseur, pas druide ni combattant. Je regrette que nous n’ayons pas d’Elfes des Bois dans ce groupe.

Ces deux-là semblaient proches… Ils se ressemblaient beaucoup physiquement, mais aussi dans le ton de la voix, les postures, Santo commençait à se demander s’ils n’étaient pas frères de sang. Bref, peu importe pour le moment. Ils avancèrent, plus vite maintenant, les sens d’autant plus en alerte. Puis ils entendirent très nettement le bruit de course se rapprocher, suivi peu de temps après d’un halètement animal et d’un grondement. Une silhouette de cauchemar surgit violemment d’entre les arbres et fondit sur eux, le chevalier brandit les mains devant lui et lança un long jet destructeur de magie qui toucha la galipote de plein fouet. Elle glapit puis s’effondra à terre de tout son long, la langue pendante hors de la gueule. Debout sur ses pattes arrières, ce truc devait bien faire la taille d’un homme. Il resta un bref instant à observer la bestiole, n’ayant jamais rien vu de semblable, puis se remit à guetter et sonder la forêt. La présence si noire, et maintenant si proche, brouillait leurs sens. Au bout d’un long moment, une autre voix d’Ent résonna dans le silence lugubre et ils purent rejoindre, soulagés, Gunda et son compagnon-arbre.

Santo – Il vaut mieux rester en groupes. Combien de temps encore avant d’atteindre ce… cette présence, au cœur de la forêt ?

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Gunda Nomicant
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Lun 24 Sep - 19:37
Quartefeuilles ne se ploya qu’à peine, mais ce fut suffisant, pour Gunda, qui sauta à terre, dans les branches et les feuilles mortes, avec l’odeur de l’humus remontant vers elle à plein nez. L’Arche Blanche se trouvait maintenant à peine à quelques mètres d’eux. La sorcière resta un instant à l’admirer, elle n’en avait vu que dans les livres, jusqu’ici, et avait toujours trouvé si fascinant cette magie si ancienne et puissante, un savoir perdu depuis déjà de nombreux siècles. Ces Arches étaient taillées dans la pierre blanche la plus pure, avec du bois également, les bouts élancés à ses extrémités rappelaient les cornes d’un cerf. L’air était bien lourd, ici… Immobile, Gunda inspira profondément, puis posa les deux mains, paumes vers elle, contre le haut de sa poitrine, murmurant une brève incantation. Son regard s’illumina un instant d’une lueur blanche, alors qu’elle rouvrait les yeux. Son regard était maintenant ouvert sur la dimension noire, celle dont étaient issues les techniques du chaos, qu’elles servent ou non à produire de la souffrance et du mal à l’état pur. Le chaos n’était pas fait que pour le malheur, que serait la lumière sans l’obscurité ? Que serait le bien sans le mal pour le contrebalancer ? Sans une part de chaos, le monde ne serait que déséquilibre atroce et dur.

Un premier maléfice attendait, proche de l’arche, sans pouvoir franchir la frontière magique imposée par la construction. Gunda s’approcha à pas lents, puis tendit brusquement les mains devant elles, paumes en avant et toutes deux illuminées d’un pentacle d’un bleu vif. Elle frappa la créature avant qu’elle-même ne l’attaque, à son approche, la forçant à fuir au loin, plus profondément dans la forêt.  En passant, elle déposa une petite pierre blanche au sol sous l’Arche, pour signer son passage et indiquer aux autres qu’ils pouvaient avancer sans risque. Inspirant profondément, elle franchit l’arche, avec l’Ent à ses côtés. Dès qu’on avait passé la porte, on sentait à quel point l’air, les maléfices et les courants magiques, par ici, étaient si différents du reste de la forêt. Grâce à son entraînement, Gunda pouvait « voir » le fil des maléfices les plus vicieux, et dont elle devait se charger, avant qu’ils n’attaquent en traître le groupe. Elle ne pouvait, bien entendu, pas se charger de tout, simplement de ce qui pressait le plus. Tout était oppressant, ici, sa formation à la Guilde des Ombres l’aidait néanmoins à ne pas se laisser avoir par la peur ou l’envie de fuir loin d’ici.

Quartefeuilles était d’une aide précieuse, voyant bien plus loin, entendant les dangers arriver avant qu’ils ne foncent sur eux. Plongée dans une sorte d’état second, Gunda progressait en se fiant aux courants qu’elle voyait, combattant plus particulièrement les esprits avides de possession mentale, soit les plus dangereux pour des magiciens peu entraînés à faire face à ce genre de danger, tout comme les sorciers n’en ayant pas l’habitude. Aucune arme blanche, un grand manteau d’un violet profond par-dessus sa robe de cuir, une ceinture serrée avec des petits ustensiles y étant accrochés, ou glissés dans de petits sacs, la magie illuminant ses mains d’une lueur tantôt bleu, tantôt blanche ou d’or, elle progressait sans se presser, traquant les horreurs qu’elle pouvait abattre seule. Dans le Noyau de la forêt, pour ne pas devenir une proie, il fallait se comporter soi-même tel un prédateur. Chasser au lieu d’être chassé, le moindre signe de faiblesse ou le plus petit soupçon de peur faisait de vous une cible pour les mauvais esprits. Lorsque la nuit, la vraie car il ne faisait que noir dans le Noyau, arriva, elle regrimpa sur l’épaule de Quartefeuilles, pour prendre un peu de repos.

L’Ent se plaça près d’un fin ruisseau, où il resta ainsi, redevenant immobile, alors qu’un très long soupir lui échappait. Gunda se blottit comme elle le put puis, sans abaisser la garde magique la protégeant, se détendit et s’endormit. Le second et le troisième jour, elle poursuivit inlassablement son travail. Certains combats étaient plus longs, plus féroces et plus vifs que d’autres… certains étaient beaucoup plus violents, selon le type de sorcellerie qu’elle affrontait. Le soir du troisième jour, passé dans le Noyau, elle faillit s’effondrer. L’Ent la porta à l’abri contre lui, la protégeant de ses bras, pendant qu’elle se soignait, insufflant une part de magie dans la blessure au flanc pour la refermer et se soigner. Mais elle avait perdu du sang… le sommeil fut long à venir, se soigner seul était compliqué et la médecine n’était pas le domaine qu’elle maîtrisait le mieux, bien loin de là. Le combat qui la surprit le lendemain n’en fut que plus âpre… Trois jours de combat et elle était déjà épuisée, l’air lui pesait, même avec son entraînement. Il devait être non loin de midi lorsqu’elle fut rejointe par le reste du groupe. Eux aussi étaient déjà sous tension, même s’ils n’avaient pénétré dans le Noyau que depuis peu de temps.

Santo – Il vaut mieux rester en groupes. Combien de temps encore avant d’atteindre ce… cette présence, au cœur de la forêt ?

Gunda – En s’y rendant directement, trois heures, environ.

Maître Oktur s’avança et la tint par le bras, posant l’autre main contre son flanc. Une intense lumière bleue en jaillit et la blessure fut enfin refermée correctement. Gunda le remercia d’un murmure, soulagée, puis rajusta un peu sa tenue. Très bien, ils étaient donc repartis…

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Chloé d’Émeraude
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Sam 3 Nov - 23:30
Maître Oktur – C’était un chant Elfique, répondit-il avec un petit sourire de gêne. La magie des Elfes est très... particulière. Elle agit sur la Nature et les Consciences, tous les êtres vivants. Les chants des Elfes peuvent permettre de faire pousser des arbres, des plantes, plonger temporairement une personne dans un monde de rêves et de légendes, lors d’une veillée, entre autres. Ce sont les Hauts Elfes qui ont éveillé les arbres, vous le saviez ? Ils leur ont donné le don de la parole et du mouvement. Il faut être habitué ou protégé, pour ne pas se laisser prendre par ce genre de magie. C’est un pouvoir si ancien…

Un chant Elfique… C’était un chant qui les avait mis dans cet état ? Un simple chant capable de les plonger dans un état second, un état tel qu’ils n’avaient que très brièvement survolé la journée sans la ressentir mentalement. Chloé réprima un frisson, n’osant imaginer le pouvoir des elfes plus anciens qui possédaient des connaissances aussi puissantes que ce chant. Maître Oktur commença alors à raconter des récits sur les Hauts Elfes, expliquant leurs origines très lointaines et… abstraites, en un sens. Ils étaient nés avant que le Soleil et la Lune n’éclairent la terre de leurs rayons, ce qui était presque impossible aux yeux de Chloé. Ce n’étaient que des mythes, des légendes, mais leur existence suggérait que la vie des Elfes, de leur race, était immesurable. Ils étaient là depuis longtemps, très longtemps, avant qu’aucune autre espèce n’arrive sur le continent. Cette simple constatation lui donnait une impression de vertige, comme si… comme s’ils n’étaient que des bébés, ici. Et leur ignorance à propos de toutes ces légendes n’aidait pas à se convaincre du contraire… Elle continua à manger le ragoût silencieusement, perdue dans ses pensées tout en jetant un regard à Santo qui semblait captivé par ces histoires.

Ils furent soudain interrompus par Orien qui leur indiqua une nouvelle présence dans les arbres en train de les observer pendant leur repas. Il pointa du doigt un des arbres au bord de la clairière, leur révélant ainsi une… une fée ? Non, c’était plus petit, différent, comme s’il s’agissait d’une autre espèce. Pourtant, cette petite ressemblait à une fée, elle avait des ailes, des cheveux, en avait les traits… Mais ce n’était pas une fée, elle différait d’Ariane en quelques points. Qadehar le leur confirma presqu’aussitôt, annonçant qu’il s’agissait d’une dryade sur un ton extrêmement triste. Chloé échangea un regard avec Santo, devinant qu’elles étaient rares avant qu’on ne le leur dise, pensant naturellement à Ariane dont le peuple était si fragile et naïf. Elle-même le devenait, étant plus distraite, plus faible physiquement, plus vulnérable… Alors, des dryades plus petites et fragiles ? Un petit pincement au cœur, Chloé lança un regard à la dryade qu’ils avaient réveillée, la voyant disparaître tout à coup, sous leurs yeux. Voilà leur manière de se défendre au sein d’une forêt telle que celle-ci…

Lorsqu’il fut temps de se coucher, la jeune femme resta debout pour effectuer le premier tour de garde, tous les sens en éveille comme elle n’avait pas d’arme. Elle écoutait les sons de la forêt, étrangement différents, comme étouffés, lointains. Au bout d’un moment, ses pensées dérivèrent naturellement vers Ariane lorsqu’elle lança un coup d’œil vers une branche qui avait craqué, puis vers Jasson lorsque son regard tomba sur la couleur de sa propre armure. Elle ne se sentait plus Chevalier. Plus du tout. Ce n’était, sans doute, que l’effet de la colère, de l’amertume et de l’injustice, mais elle ne parvenait pas à se dire qu’elle défendait le continent « au nom du roi d’Emeraude ». Ne serait-ce que l’appellation « Chevaliers d’Emeraude »… Chloé tourna la tête vers Santo, étouffant rapidement ses pensées pour se concentrer sur son tour de garde même si tout semblait incroyablement calme. Si calme que, lorsque le suivant prit le relai, il ne s’était absolument rien passé, la jeune femme se couchant silencieusement pour ne se réveiller qu’au petit matin, très tôt, se préparant avec les autres à la longue journée de chevauchée qui allait suivre.

Contrairement à la veille, et Chloé était incapable de dire si c’était bénéfique ou pas, Santo et elle étaient à l’abri des effets anesthésiants du chant des Elfes. Ils seraient parfaitement conscients du chemin, des dangers et pourraient réagir aussitôt, ressentir tout ce qu’il y avait dans les environs, repérer une cible potentielle, quelque chose qui n’allait pas… Et, très sincèrement, cet endroit en lui-même lui donnait l’impression de ne pas aller bien. Plus ils s’enfonçaient dans la forêt, moins il y avait de bruit, plus le chemin devenait impraticable. Leurs montures elles-mêmes n’avaient plus le même entrain qu’au début de la marche, peinaient à avancer ou rechignaient devant tel ou tel obstacle pourtant simple à passer. Echangeant des regards fréquents avec Santo, elle n’osait pas communiquer mentalement au sein de cette forêt mais espérait qu’il comprenne son ressenti. De tous, il était le plus attentif et sensible à cela… Mais lui semblait aussi peu à l’aise qu’elle. Comme si tout, autour d’eux, leur imposait le silence, comme dans… un genre de cimetière très sombre. Il n’y avait pas de vie, ici. Plusieurs fois durant la journée, Chloé eut le réflexe de poser sa main à l’endroit où devait se situer le pommeau de son épée pour ne trouver que le vide. Pas d’arme… Il était fou de constater à quel point un simple bout de métal pouvait être rassurant, dans certaines circonstances. Et dire que le plus grand danger ne venait pas des arbres !

Ils s’arrêtèrent à la tombée de la nuit, décidant de laisser là leurs chevaux le lendemain comme tous avaient ressenti leur malaise. Impossible de les emmener plus loin, ils deviendraient plus dangereux que les ennemis rencontrés à l’intérieur du noyau et il leur fallait un moyen de rebrousser chemin au cas où. Un endroit pour se replier, même aussi loin du noyau. Ils dormirent probablement pour la dernière fois « en sécurité », même si le mot est exagéré pour des circonstances telles que celles-ci, avant de se remettre en route, à pieds cette fois, vers l’objet de leur chevauchée. Et… Plus encore à pieds que sur le dos d’un cheval, Chloé ne se sentait pas bien. Elle n’avait pas réussi à dormir profondément, même en dehors de son tour de garde, ne fermant qu’un œil durant toute la nuit tant cet endroit l’oppressait, lui donnant l’impression d’un danger imminent pouvant surgir de n’importe où. Cette sensation ne la quitta pas de la journée, Chloé restant instinctivement près de Santo en recherchant inconsciemment un proche et un ami dans cette forêt noire. S’y aventurer seul, sans soutien ou amis comme ils comptaient le faire initialement, était de la pure folie.

Mais ils finirent par arriver au pied du noyau au terme d’une journée entière de marche, en tout cas n’en était-ils pas loin. S’arrêtant une nouvelle fois, la nuit passa plus vite mais dans un silence pesant avant qu’ils ne se remettent en marche, jusqu’à ce qu’une structure apparaisse à leurs yeux. Une structure en pierre et en bois très étrange, avec un style qui lui rappela celui du royaume des Elfes, un genre d’arche près duquel se tenait Vifsorbier et que Chloé devina être l’entrée du Noyau qu’ils recherchaient depuis trois jours maintenant. Comme le confirma Oktur quelques instants plus tard, à la demande de son jeune apprenti, décrivant l’utilité de l’arche, ce qui rassura encore moins Chloé tout à coup. Et cet endroit était si sombre… Le centre de la forêt, ils s’en rapprochaient comme en témoignaient les arbres rapprochés, l’absence de lumière et de vie, le silence presque parfait des environs. Aucun animal « habituel » ne rôdait, comme si cette zone était à éviter. Le temps semblait figé, ici, plus rien n’évoluait, ne grandissait, ne vieillissait. Se rapprochant doucement et prudemment de l’arche, comme si la traverser les tuerait, Chloé resta légèrement en arrière tandis que Santo prit une pierre bleue trouvée au sol, signe que Gunda était déjà passée. Chloé perçut le regard inquiet de son frère d’armes, souhaitant le rassurer mais…

Maître Oktur – Gunda a déjoué un premier maléfice, ici. Les membres de la Guilde des Ombres laissent toujours ces petites pierres pour signer leur passage, lorsqu’ils agissent en groupe. Nous pouvons avancer. Souvenez-vous, pas d’armes blanches. Seule la magie doit être utilisée. Et restez sur vos gardes ! Dans le Noyau, tout peut arriver. N’oubliez pas que cette forêt est aussi vieille que le monde, les créatures qui vivent dans le Noyau sont tout aussi anciennes.

Ah, ça… Ils avaient laissé toutes leurs armes blanches derrière eux, aucun risque de les utiliser ici. Ariane avait été assez explicite, inutile d’en rajouter une couche. C’est ce qui rendait Chloé aussi nerveuse, d’ailleurs : ne pas avoir d’armes autre que la magie. Et, pour eux qui ne connaissaient pas énormément de choses en magie en fin de compte… Réprimant un frisson, la jeune femme prit son courage à deux mains et passa l’arche du Noyau juste après Santo, ressentant exactement la même chose que lui, devant même souffler très légèrement tant l’atmosphère était oppressante, silencieuse, voire macabre. Elle resta sur ses gardes, de plus en plus alerte, jusqu’à ce que Vifsorbier rompe le silence et les bruits parfois inconnus pour parler d’une… d’un… d’une galipote ? Fronçant les sourcils, Chloé tourna la tête vers l’Ent et Jarus qui avait chuchoté, demandant de quoi il s’agissait. Et le récit, la description qui suivit, fit froid dans le dos à la Chevalier qui n’avait vraiment pas envie de croiser cette galipote. Qui, pourtant, était déjà sur eux, puisque Vifsorbier l’entendait. Se préparant à utiliser la magie au moindre bruit suspect se rapprochant d’eux à vive allure, elle lança un regard à Santo qui était occupé à sonder la forêt pour voir son air et savoir s’il avait ressenti quelque chose. Plus sensible qu’elle à la magie, il avait bien plus de chance de repérer la galipote si elle était bel et bien là. Et elle avait raison… Mais il fallait garder son sang-froid, comme le lui répétait souvent son frère d’armes. Ils étaient entourés de sorciers très puissants, tous savaient se battre à des niveaux différents. Comme Gunda qui était seule et… devant. Oh. C’était pour cela que Santo était aussi inquiet…

Qadehar – Le mal ancien qui s’est réveillé dans cette forêt a aussi agité toutes les créatures qui vivent dans le Noyau. Nous ne devons pas nous attarder, si d’aventure, nous ne pouvons rien faire, il faudra revenir avec une troupe plus grande de sorciers. Je comprends que tu veuilles préserver cette forêt et ses habitants, Oktur, mais tu es guérisseur, pas druide ni combattant. Je regrette que nous n’ayons pas d’Elfes des Bois dans ce groupe.

Si Qadehar lui-même craignait ce qui se trouvait dans cette forêt, c’était encore moins rassurant. Elle l’observa un moment, percevant le trouble très léger de Santo à son égard sans le comprendre tout de suite avant d’enfin en saisir la raison. Ils se ressemblaient. Beaucoup. Qadehar et… Non. Non, tout de même, ce serait étrange, pourquoi être parti aussi loin ? Sur un autre continent ! Pourquoi s’être exilé là-bas s’ils étaient frères ? Ou de la même famille, en tout cas. Leur proximité, leur ressemblance physique et leur manière de se parler, d’évoquer certaines choses, aussi… Il y avait de quoi s’interroger, effectivement, mais cela passait en second plan pour Chloé. Ce qui la préoccupait le plus, actuellement, était la menace rôdant dans le Noyau, ce qu’ils allaient trouver au centre de la forêt et les ennemis ou autres monstres de légendes sur lesquels ils allaient tomber. Et Gunda, elle, était toute seule pour les affronter…

Ils continuèrent à progresser dans le Noyau, leurs sens en alerte, sans plus prononcer un seul mot. Santo et elle n’en avaient pas besoin, pas plus que les autres sorciers du groupe d’ailleurs, mais aucun n’osait parler par peur de se dévoiler à d’autres forces invisibles siégeant dans ces bois lugubres. Mais, soudain, un bruit de pas précipités, fondant presque sur eux, se fit entendre avant qu’ils n’aient le temps d’apercevoir une silhouette de grand loup, comme la description de la galipote quelques minutes plus tôt, arriver sur eux. Ou, plus précisément, sur Santo qui fut le premier à réagir et à viser incroyablement bien pour mettre la bête à terre. Sonnée quelques secondes, ayant à peine réalisé ce qui se passait, Chloé observa la galipote assommée sans oser la toucher pour voir si elle avait été tuée par le jet de magie de son frère d’armes. Elle était grande, de la taille d’un homme, et menaçante, affamée sans aucun doute étant donné qu’aucun animal ou presque ne venait s’aventurer dans ces bois.

Le sentiment d’oppression, le noir et la tension qu’elle ressentait en permanence la rendait plus nerveuse mais plus alerte aussi, l’obligeant à se tenir prête à agir à tout instant. Et cette fois, elle était prête, une lueur magique émanant de ses mains. Au bout d’un moment de silence, cependant, la voix d’un Ent retentit tout près, les faisant se retourner. Gunda. Ils la rejoignirent immédiatement pour la retrouver… Blessée. Pas gravement, de ce que Chloé put voir au premier abord, mais fatiguée. Elle était épuisée, vidée, la magie qu’elle avait utilisée ayant sans doute puisé dans ses propres forces physiques et mentales. Elle voyageait depuis le début toute seule, sans personne à qui parler en dehors de l’Ent et se battait contre tous les monstres qu’eux n’avaient pas. Mais elle était vivante… C’était déjà ça, non ? Dans cette forêt, ce Noyau, il ne fallait pas être seul. Pas alors qu’une telle tension régnait et oppressait tout leur corps, leur cœur, même.

Santo – Il vaut mieux rester en groupes. Combien de temps encore avant d’atteindre ce… cette présence, au cœur de la forêt ?

Gunda – En s’y rendant directement, trois heures, environ.

Maître Oktur se rapprocha alors de Gunda, posant une main sur son bras et l’autre sur son flanc avant que n’en émane une lueur bleue destinée à la soigner. Elle avait déjà meilleure mine… Ils reprirent la route pour se retrouver le plus vite possible au centre du Noyau sans savoir ce qui les attendait. Y aller directement, oui, pour ressortir le plus tôt possible de cet endroit oppressant et irrespirable. Mais, très vite, d’autres bruits et respirations parvinrent jusqu’à leurs oreilles, les obligeant à s’arrêter, Chloé se tenant prête à lancer un sort. Le bruit se rapprochait de plus en plus, à pas vifs sans qu’ils ne puissent en identifier la source.

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Qadehar
MessageSujet: Re: Au cœur de la forêt   Dim 4 Nov - 10:00
La sale bête approchait, à grande vitesse, prête à fondre sur eux tous crocs dehors pour les déchiqueter. Tous les combattants du groupe se mirent en posture défensive par pur réflexe, magie et sorcellerie illuminant les mains, et ce fut finalement le chevalier guérisseur qui abattit la bête d’un jet brûlant de magie lorsqu’elle fondit sur eux. Excellents réflexes ! Le sorcier le gratifia d’une petite tape dans le dos pour le féliciter, s’approchant de la bête dont le torse était encore fumant et noir. Celle-ci était plutôt petite, atteignant à peine la taille d’un homme moyen, elle ne devait sans doute être qu’à peine adulte. Curieux, ces bêtes ne s’en prenaient pas aux groupes, d’ordinaire, preuve de plus que cet endroit était infiniment plus perturbé que d’ordinaire. Qadehar s’agenouilla près de la bête pour la détailler plus en détails puis se redressa, sondant lentement les environs pour bien s‘assurer qu’elle n’avait pas voyagé avec toute une meute, ça arrivait parfois. Autant dire que lorsque c’était le cas, il y avait tout intérêt à sortir le grand jeu, en terme de combat et de sorcellerie. Jarus était leur expert, là-dedans, il était un habitué des champs de bataille, tout comme les deux chevaliers.

Ils ne mirent que peu de temps, après cette rencontre, à rejoindre Gunda et Quartefeuilles, au moins une bonne nouvelle. Une Gunda épuisée, blessée, mais bien vivante, comme on s‘y était attendu, elle avait déjà mené des combats plus âpres qu’eux. Ils n’avaient pas d’Elfes, non, mais au moins une membre de la Guilde du Chaos, ce qui valait tout l’or du monde dans un endroit pareil. Une fois tous remis en route, ils perçurent à nouveau une présence proche. Voyons voir… Qadehar stoppa comme les autres puis inspira doucement, il était possible de reconnaître certaines créatures à l’odeur putride qu’elles dégageaient à distance, cependant, aucune ne leur vint. Ils étaient encore loin de la zone des marais et des bestioles sympathiques qui y vivaient cela dit. Le bruit se fit plus distinct, des pas, moins rapides que ceux de la galipote. En silence, prêts à se battre, ils virent alors surgirent d’entre les arbres un être qui avait la taille d’un homme mais se déplaçant comme un gorille. Autrefois, il avait sans doute été un homme, aujourd’hui… Ses yeux étaient rouges comme le feu, son corps décharné et déformé, ses mains étaient devenues des griffes. Il s’était arrêté net, en les voyant, son regard mauvais tourné vers eux, de la salive sortant un peu de sa bouche.

"Alors ça, c’est une goule," dit Qadehar aussi tranquillement que s’il était dans une salle de classe. "Je ne savais pas qu’il en restait encore sur ce continent."

"Nous sommes dans le Noyau," marmonna Oktur.

Bien vrai. La goule ne bougeait toujours pas, elle devait sans doute réfléchir s’il valait la peine de s’en prendre à ce repas si soudain et attirant ou s’ils étaient trop nombreux pour qu’elle tente sa chance. Même son esprit étroit lui laissait le loisir de comprendre ça, et elle finit sagement par choisir la seconde option, reprenant sa route d’un pas plus rapide, vers un repas plus facile à attraper. Bon débarras. Plus ils avançaient, plus le silence devenait profond et oppressant. Les chemins et sentiers étaient beaucoup plus étroits, pour souvent simplement disparaître. Les ramures des arbres étaient si hautes et serrées que les rayons du soleil ou de la lune n’avaient plus la moindre chance de passer. Le silence, profond et macabre, n’était parfois interrompu que par des bruits lointains. La sensation permanente d’être face à un danger mortel était maintenant si forte que même Qadehar se sentait mal à l’aise. L’air était lourd, irrespirable, ils progressaient plus lentement qu’à l’entrée seulement du coeur de la forêt. A un moment, à cet air vint se mêler l’odeur que Qadehar avait redouté. l’odeur de pourriture, vicié, l’odeur qui faillit le faire vomir. Orien stoppa tout net et se plia en deux pour vomir, une légère couche de sueur sur le front.

"Ne me dites pas qu’il va falloir passer par les marais avant d’atteindre ce qu’on cherche."

Il y avait de bonnes chances que si… Après avoir progressé encore d’une vingtaine de mètres, la forêt s’éclaircit soudainement et se fondit. Ils étaient sur le haut d’une petite falaise, et face à eux, dans une sorte de large et grand gouffre, se tenaient les marais. Une étendue immense et putride, avec des centaines de « lacs » pourris, bercés parfois de feux follets et petites lumières. Tout autour, la forêt se tenait, imprenable sur les hauteurs. Contourner les marais leur prendrait au bas mot deux semaines de plus et ils n’avaient ni les provisions, ni l’équipement adéquat. S’ils voulaient atteindre le coeur le plus profond, il leur faudra couper les marais et progresser vite, ils pouvaient le faire en deux à trois heures en allant tout droit. Mais l’odeur qui se dégageait de là soulevait le coeur, à elle seule, elle suffirait à décourager n’importe qui de s’y aventurer. Firos aussi se pencha dans un coin pour vomir, marmonnant qu’il aimerait bien qu’ils puissent directement arriver de l’autre côté par un portail magique. Ils auraient pu si les ondes ici n’en perturbaient pas gravement le bon fonctionnement.

Les deux Ents restèrent en arrière, ne pouvant pas les suivre jusque là. Tout d’abord, descendre de leur falaise par un chemin escarpé, avant d’arriver à la lisière des marais. Le sol, meuble, traître en de nombreux endroits, et l’eau infecte les accueillaient. Qadehar ne respirait qu’à peine, l’odeur était si prenante qu’elle pourrait bien vous pousser à l’évanouissement. Firos poussa tout à coup un petit cri en pointant du doigt un des « lacs ». Juste sous la surface de l’eau, on voyait le corps d’un homme, remarquablement bien conservé, horriblement pâle, encore vêtu de son armure. Le jeune homme pointa ensuite d’autres corps, toujours sous la surface de l’eau, il y en avait partout. On ne panique pas, merci ! Les morts ne pouvaient faire aucun mal ! Bon, soit, sauf si un nécromancien s’amusait à les réveiller, mais ça, c’était une autre affaire, et le sorcier n’était pas assez bête pour l’ajouter à haute voix. Il posa une main ferme sur l’épaule de Firos en lui ordonnant de se calmer, tout de suite, paniquer ne lui servira ni à lui ni à eux.

"Il y a eu une très grande bataille, autrefois, ici. Le continent était encore jeune… Le marais s’est formé par-dessus le champ de bataille et a conservé depuis les morts. Ils ne nous feront aucun mal si vous les laissez en paix. Ne les regardez pas, ne les dérangez pas, ne les réveillez pas, et tout se passera très bien."

Firos murmura un « Ne les réveillez pas ? » d’un ton crispé et plus aigu, la terreur se dévoilant dans sa voix. Le sorcier lui serra un peu l’épaule dans un geste de réconfort puis leur fit signe de suivre, ils n’allaient pas s’attarder ici des heures.

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