Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Départ pour Alhombria

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Aveleen Eärfalas
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MessageSujet: Départ pour Alhombria   Lun 22 Jan - 15:58

Une légère brise passait sur le château et les plaines peu étendues l’entourant, ce matin-là. Il faisait froid, le temps était très humide, mais même cette morosité ambiante ne parvenait pas à défaire l’humeur curieuse, alliant nervosité et impatience, qui planait sur l’Ordre. Elle pouvait très bien le ressentir, il fallait admettre que c’était là un très long voyage qui allait être entreprit, qu’il pouvait se passer bien des choses et que l’enjeu était important. Aveleen serra une ceinture autour de sa taille, portant une armure de cuir légère et des protections aux avants-bras, par dessus une tunique d’un vert foncé et un pantalon noir. Ses pieds étaient chaussés de bottes souples en cuir foncé, également, elle portait une épée et une dague, ainsi qu’un arc avec un carquois rempli. Un équipement peu encombrant, permettant de parer au plus urgent en cas d’attaque soudaine. Le reste de ses affaires étaient dans des sacs, attachés et sanglés à la selle du cheval qu’on lui avait fourni. Comme pour les trois autres montures attendant dans la cour, près des deux hautes portes du château, pont-levis déjà baissé. Pour les humains, plusieurs mois était une longue période, pour elle, ce n’était pas même un battement de cils, au cours de toute son existence.

L’archer qui avait tué la Wyverne était du voyage, ainsi que Jasson et son écuyer, le petit Morgan. Ce sera la première fois qu’elle quittera aussi longtemps les siens, et surtout, qu’elle passera des jours et nuits complets avec des humains. Le jour se levait à peine et l’agitation croissait déjà, l’Ordre allait sans doute se réunir pour dire au revoir à leur frère et au petit garçon avant le départ. Elle tourna légèrement la tête pour saluer Callum lorsqu’il arriva à son tour, préparé et portant comme elle une armure en cuir souple. Jasson et son écuyer ne tardèrent pas non plus, comme le reste de l’Ordre. Deux pages étaient occupés à vérifier que tout était bien en place, qu’il ne manquait rien dans les paquetages, y ajoutant aussi des provisions et des gourdes pleines. Ils allaient, de toute manière, récolter des plantes en cours de route et chasser, pour les deux hommes et le petit, elle-même ne mangeait pas de viande, comme tous les Elfes. Elle lança un regard aux chevaliers qui se réunissaient pour leur souhaiter bonne chance et dire au revoir, restant à bonne distance et se contentant de signes de tête en réponse.

Elund – Le peuple du Roi Björn vous fera traverser, une fois au Nord. Soyez très prudents et ne prenez pas de risques inconsidérés.

Elle se demandait ce que les Humains sous-entendaient, lorsqu’ils parlaient de « risques inconsidérés »… Leur race était si fragile qu’ils ne pouvaient finalement pas faire grand-chose sans risquer de se blesser. Aveleen recula tout à coup vivement lorsqu’un des chevaliers voulut lui faire une accolade à elle aussi, levant les mains en disant qu’elle préférait se passer de ce genre d’attention, même si c’était très gentil, merci. Reculant près des chevaux, les bras croisés, elle repoussa aussi les autres qui tentaient ça, peu encline aux câlins… Celui qui en recevait le plus devait être le jeune Morgan, dont la nervosité ne cessait plus d’augmenter depuis qu’il était arrivé près des lourdes portes, comme si la réalité le rattrapait soudainement et qu’il réalisait qu’il partait pour un voyage de plusieurs mois. Patiente, elle attendit que Jasson puisse dire au revoir à tout le monde, lui aussi, tout en vérifiant une fois de plus qu’elle portait bien tout ce qu’il fallait avec elle. Elle avait préparé du pain de voyage elfique pour leur petit groupe, il avait la capacité de vous tenir au corps une journée entière sans qu’on ait rien avalé d’autres, même si on en mangeait qu’un morceau. Le goût était sans doute un peu étrange pour qui n’y était pas habitué, en revanche.

Hawke – Atra gülian un ilian tauthr ono un atra ono waise sköliro fra rauthr, murmura l’apprenti d’Elund en inclinant la tête, à côté d’elle.

Aveleen – Elrun ono, répondit-elle en hochant la tête à son tour.

Elle sourit, reculant ensuite près de sa monture, pendant que lui-même allait saluer Callum et Jasson. Le bref échange avait été entendu par quelques uns, cependant, personne ici ne parlait leur langue. Dès que les deux hommes furent finalement prêts, elle grimpa souplement en selle, souriant au jeune enfant qui était très pâle, pour le rassurer, puis talonna sa monture lorsque le groupe se mit en marche. Ils passèrent à un trop plus rapide en passant les portes puis à un galop soutenu, qui pouvait leur permettre d’avancer assez vite. Le château disparu rapidement derrière eux, la route s’étendait devant, c’était parti.

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Callum
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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Mar 23 Jan - 21:48

Nahrta. Callum n'en avait absolument jamais entendu parler, à venir jusqu'ici... Ni dans les livres, ni dans les récits, rien par les contes et mythes ou les légendes chantées au coin du feu lorsqu'il était gamin, pendant les veillées. Et pourtant, c'était là-bas qu'il se rendait, avec le chevalier qui avait vite progressé à l'arc, son écuyer, et une Elfe rouquine que les autres semblaient connaître un peu. Callum dévala les escaliers, son sac sur l'épaule et son chat coincé contre lui, qu'il portait avec l'autre bras. Désolé, mon gros Bail, mais il allait falloir que tu restes ici, il ne pouvait pas l'emmener, cette fois. Comme s'il sentait qu'il allait le laisser, son chat poussait des miaulements plaintifs et accusateurs, en le couvant de son grand regard vert. Désolé, vraiment, il ne pouvait pas ! En sortant au-dehors, il tourna le regard vers le château, puis vers le pont-levis. Il le lui avait promis, il reviendra. Et s'il ne revenait pas, alors elle pouvait être certaine qu'il continuera à veiller sur elle depuis les Grandes Plaines de Lumière. Bail miaula encore, remuant un peu dans ses bras. Allez, mon gros, il allait bien avoir quelqu'un qui s'occupera de lui, pendant les quelques mois qui arriveront !

La rouquine, Aveleen donc, était déjà présente et prête, près de deux pages qui terminaient de préparer les chevaux. Callum déposa Bail, le temps d'achever son propre paquetage, son chat venant aussitôt s'enrouler autour de ses chevilles en miaulant à fendre l'âme. Allons... Dès qu'il eut fini, il le reprit aussitôt dans ses bras pour le caresser et le câliner, alors que la grosse bestiole lui léchait la joue. Là, mon gros, tout ira bien. Il ne releva la tête que lorsque les chevaliers commencèrent à arriver à leur tour, souriant au petite Morgan en lui pressant un peu l'épaule de la main. Pour un enfant, c'était un si grand voyage... Il allait être séparé de ses amis durant plusieurs mois, vivre sans cesse avec des adultes, sûrement affronter pas mal de dangers. Ce devait très impressionnant, à son âge. Callum lui sourit d'un air encourageant, tout en continuant à câliner son chat. A présent, c'était la phase "Au revoir", et le pauvre jeune chevalier était assaillit de partout, comme son écuyer. Le mercenaire retint un ricanement moqueur puis se dirigea vers le guérisseur, lui mettant solennellement la bestiole dans les bras en lui disant qu'il le lui confiait, durant son absence. Aussitôt après, il esquiva souplement ceux qui voulaient lui donner une accolade à lui aussi et se réfugia près de son cheval.

Première étape, remonter jusqu'au Nord, au royaume des Ombres, enfin, Alhombria. De là-bas, ils devront prendre le bateau, pour deux semaines de traverser, avant d'arriver finalement à Nahrta. Puis, une fois sur place, il leur faudra trouver cette fameuse confrérie, expliquer leur requête, prier pour qu'ils acceptent de les aider, rester un moment sur place pour apprendre la fabrication de ces flèches et s'entraîner à tire avec, puis faire le voyage de retour. Ah, si seulement il suffisait de penser à un endroit pour être transporté aussitôt ! Certains magiciens pouvaient faire ça, non ? Pas ceux-là, en tout cas. Il se retourna par instinct en entendant un autre s'approcher et le repoussa gentiment en disant qu'il n'était pas très câlin, merci. Aveleen non plus ne partageait pas ce goût-là, repoussant aussi ceux qui tentaient. Ils avaient déjà leur frère, pour ça, plus le gamin. Callum leva le nez pour juger la couleur du ciel, pensant qu'il allait vite se mette à pleuvoir plus durement que ça, puis tourna les yeux vers le magicien du château, lui aussi présent pour assister au départ. Cet homme lui faisait l'effet d'un perroquet géant et enrobé, avec ses robes colorées et son bâton, ses grosses joues... Il était raciste, en plus, le mercenaire l'avait déjà entendu pester contre la princesse mauve et contre les Nains, les Elfes et les Fées, il n'épargnait personne. Alors même que son apprenti était un Elfe.

Elund – Le peuple du Roi Björn vous fera traverser, une fois au Nord. Soyez très prudents et ne prenez pas de risques inconsidérés.

Il n'écouta pas la moitié, se contentant de se redresser lorsque l'apprenti en question vint les saluer, lui et Aveleen, sans se plonger dans le surplus d'affection des chevaliers, conservant une réserve distante mais polie, qui était déjà plus agréable. Se retournant, il s'étira un peu puis grimpa en selle, saisissant les rênes au moment où Jasson et Morgan les imitaient. Aux sons des derniers "au revoir !", il talonna doucement sa monture pour la faire avancer, suivant la rouquine, passant le pont-levis dans un claquement de sabots avant d'augmenter l'allure et de passer au galop. L'air vif et la pluie légère achevèrent de lui éclaircir parfaitement les idées. Même si 'envie de ne lui manquait pas, il évita de se retourner et jeter un dernier regard vers le château. Il reviendra ! Pour elle, il reviendra. En attendant, la route se dressait devant eux et il fallut peu de temps avant qu'ils ne se retrouvent en pleine campagne. Ils croisèrent quelques fermiers, un ou deux marchands itinérants, mais encore très peu de monde étaient déjà sur les routes pour rejoindre les champs. Les chevaux n'étaient pas encore fatigués d'un trop long voyage et ils pouvaient débuter sur une note rapide. Callum n'avait plus voyagé à cheval depuis longtemps, il avait perdu l'habitude de cette progression rapide.

Comme il l'avait pressenti, la pluie ne tarda guère à se faire plus virulente et il rabattit le capuchon de sa cape sur sa tête, sans ralentir le rythme. Être sur la route avait le mérite de vous rendre l'esprit plus clair, plutôt que de ressasser encore et encore en un seul endroit en se demandant ce qui les attendaient. Jamais il n'avait quitté Enkidiev, il ne s'était même jamais rendu sur les hauts plateaux du Nord, ce voyage était une entière découverte. Ils contournèrent les plus gros villages, sur leur chemin, frôlant les ombres peu profondes des forêts et empruntant des routes bien fréquentées, par des caravanes de marchands ou des compagnies d'artistes itinérants. La pluie les empêchait de voir à plus de trois ou quatre mètres, bien vite, malgré sa cape, le mercenaire se sentit trempé jusqu'aux os et le froid s'insinuait dans tous les replis de ses vêtements. Il avait l'habitude, cela dit, c'était désagréable mais pas assez pour se plaindre. Une heure défila ainsi, en silence sinon le son de la pluie rude sur eux et le chemin, puis une seconde, puis une troisième. Ils ne s'arrêtèrent pas, toutefois, avant qu'il ne soit presque midi et que leurs montures commencèrent à renâcler. Ils étaient loin du château, maintenant... Au bout d'un moment de recherche, ils trouvèrent une clairière de forêt bien abritée, où s'arrêter.

Callum – Je pense qu'on peut oublier le feu, marmonna-t-il.

Il s'étira longuement, puis regarda ce qu'ils pouvaient manger rapidement avant de se remettre en route. Le chevaux pouvaient boire dans la rivière et se reposer, puis ils repartiront.

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Jasson Egan
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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Ven 26 Jan - 13:19

Très bien, tout était prêt… Jasson n’avait qu’à peine dormi cette nuit, se tournant et se retournant dans son lit en ne pouvant pas penser à autre chose qu’au départ prévu le matin. Il était déjà très tard lorsque Morgan s’était redressé et avait demandé d’une petite voix s’il pouvait venir avec lui, cette nuit. Dès que Jasson avait chuchoté que oui, il avait sauté de son lit et était venu se glisser contre lui, sous la couverture, en murmurant qu’il n’arrivait pas à dormir. Jasson l’avait serré dans ses bras et rassuré, autant que possible, le gardant contre lui jusqu’à ce qu’il s’endorme. Il savait bien que les écuyers n’étaient pas censés faire ça, mais bon… Ils allaient partir longtemps et c’était plus dur pour Morgan que pour eux. Il avait douze ans et allait vivre de longs mois loin de ses amis, juste avec trois adultes, et quitter ce continent. Il y avait de quoi être effrayé. Même eux n’étaient jamais partis, cela dit, ils étaient adultes, entraînés, moins effrayés par l’inconnu. Alors que l’aube se levait avec peine, accompagnée par une pluie fine encore très peu dérangeante, Morgan s’efforçait d’être moins tendu, debout devant la fenêtre, paré et habillé. Jasson était fier de lui, des efforts qu’il fournissait, et le lui dit avec un sourire. Son écuyer se retourna, les yeux plus brillants.

Morgan – C’est vrai ?

Jasson – Bien sûr.

Morgan – Maître, que pensez-vous qu’on va trouver… là-bas ? A quoi peut ressembler ce continent ?

Jasson – Au niveau des paysages, c’est la même chose sur tous. Des plaines et des montagnes, des forêts et l’océan… Nous allons découvrir d’autres mentalités et modes de vie, sans doute de nouvelles formes de magie. C’est angoissant de partir ainsi, mais je t’assure que ça restera l’une des plus fortes expériences de ta vie.

Comment pourrait-il en être autrement ? Il n’y avait rien de mieux que les voyages pour ouvrir ses horizons et avoir un esprit plus large et à l’écoute. Partir permettait d’enrichir sa culture, ses connaissances, ses façons de voir de voir les choses et de réfléchir en conséquence. Après les bains habituels du matin, il retrouva les autres pour manger rapidement un morceau. Bergeau l’accueillit dans la grande salle par une accolade qui faillit bien l’étouffer et lui casser deux ou trois côtes au passage, son meilleur ami était décidément incapable de réaliser sa propre force. Il sauva Morgan de justesse puis l’emmena dehors, les autres les suivant pour dire au revoir. Aveleen était déjà là, Callum arrivait de son côté, en même temps, avec une démarche tranquille. Le jeune homme se serait bien contenté d’un signe de la main global mais les autres chevaliers ne l’entendaient pas de cette oreille… Il dû passer de bras en bras en ravalant la gêne et l’agacement, même Wellan lui fit un câlin, ce n’était pourtant pas du tout son genre. Le plus gros danger devint vite l’étouffement, on aurait dit qu’il partait à tout jamais et pas juste pour quelques mois. Ça va, ce n’était quand même pas des adieux définitifs ! D’autant plus qu’il pouvait toujours communiquer avec eux mentalement, ils en faisaient un peu trop.

Hochant la tête à tous les « Prenez soin de vous », « Faites attention », « Donne des nouvelles régulièrement », « Soyez très prudents », il finit enfin par réussir à se dégager de tout ça, après une dernière étreinte donnée par Chloé, qui elle aussi voulait visiblement l’étrangler. Grimpant à cheval, il demanda à Morgan s’il se sentait bien, son écuyer répondant juste un « oui » un peu nerveux. Allez, ça ira mieux une fois bien avancé. Il fit un dernier signe d’adieu, en réponse à ceux des autres, puis partit derrière Aveleen et Callum, aussitôt suivi par son écuyer. Ils franchirent le pont-levis puis partirent aussitôt au galop, frappés par le vent et surtout une pluie encore fine, agaçante, qui ne tarda pas à tomber plus franchement. Jasson serra un peu les rênes, penché en avant et sondant plus son environnement qu’il ne servait de ses yeux, pour regarder où il allait et éviter les nids-de-poule sur les chemin. Les villages les plus importants furent contournés, bientôt, ils se retrouvèrent en pleine campagne, plus de hameaux aux alentours, plus de voyageurs ou de paysans poussant de lourdes charrettes. Ils ne parlaient même pas, la pluie couvrant de toute façon la majorité des bruits, chevauchant à bonne allure sur la route détrempée.

Après quatre bonnes heures de route, à une allure soutenue, ils s’arrêtèrent dans une clairière, près d’une rivière où les hauts arbres et leurs ramures leur offraient une protection peu mauvaise contre la pluie, ils avaient aussi des rochers où s’asseoir. Jasson laissa son cheval paître au boire de la rivière et y boire, près des autres, allant ensuite voir Morgan pour lui demander s’il se sentait bien, après déjà des heures passées à cheval. Le jeune garçon n’avait pas encore l’habitude, marchant bizarrement jusqu’au moment où il put s’étirer longuement. Le mercenaire marmonna qu’ils pouvaient oublier le feu, faire craquer la moindre brindille dans une pareille humidité relèverait de l’exploit. Ils mangèrent quelques lamelles de viande séchées et cuites, avec une pomme et de l’eau. Aveleen ne mangea pas de viande, de son côté, se contentant de fruits et d’une sorte de légume qui poussait dans les forêts, par chez elle. Il leur faudra encore quelques jours, sans doute sept ou huit, pour atteindre les frontières du royaume d’Opale, puis encore une dizaine de jours pour arriver aux montagnes d’Alhombria. En prenant le passage de Mingla, ils pouvaient traverser en deux jours, puis ensuite, il leur faudra un peu plus d’une semaine avant d’arriver sur la côte et prendre le bateau. Deux semaines de voyage sur les océans, et ensuite… Ensuite, il leur était impossible de prévoir le temps que prendra leur mission.

Morgan – Pourquoi le peuple d’Alhombria est aussi renfermé ? Demanda tout à coup le jeune garçon.

Jasson – Accepter les différences n’est pas évident, ils ne veulent pas se fatiguer sous le regard des autres. Ils sont plus heureux s’ils n’ont pas sans cesse à se justifier ou en ne voyant pas la peur qu’ils pourraient provoquer, car on ne les comprendrait pas.

Il le poussa ensuite à se dégourdir un peu les jambes, avant qu’ils ne repartent, car ce voyage était encore bien loin d’être achevé. Ils avaient un bon mois devant eux avant d’arriver au port, d’où partira le bateau, ils devaient ménager leurs montures, et eux-mêmes, s’ils voulaient continuer à un bon rythme.

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Aveleen Eärfalas
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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Mar 6 Fév - 13:47

Le continent était loin d’être apaisé, la peur et les tensions se sentaient dans l’atmosphère aussi clairement que si les personnes criaient à tout-va ce qu’elles ressentaient, sur leur passage. Cette ambiance austère et déprimante était partie pour durer un très long moment, à partir de maintenant, la guerre n’était pas faite pour réchauffer les esprits. Et il y avait autre chose… Une sorte de malaise à peine perceptible qui s’écoulait dans les cœurs et les membres, les alourdissant, Aveleen pouvait le sentir, sans pour autant définir précisément d’où cette nouvelle tension venait. Une lourdeur pesant sur eux alors que le voyage venait à peine de débuter, qui pesait sur tout le continent. Silencieuse, elle se concentra, tout en chevauchant, liée aux flux magiques parcourant la terre et le ciel, cherchant la source de cette perturbation. Mais les heures défilèrent et elle ne parvint pas à définir d’où venait le trouble. Lorsqu’ils s’arrêtèrent pour manger rapidement, dans un bosquet à l’abri de la pluie, elle garda la main près du pommeau de son épée, prête à s’en servir ou à prendre son arc. Ce n‘était pas la première fois qu’elle avait ce ressenti, un danger rôdait non loin, avançant dans l’ombre sans encore s’approcher véritablement. L’œuvre des sorciers ? Ou un mal plus profond se réveillant sur Enkidiev et dont personne ne connaissait la nature ? Impossible à définir.

Elle s’assit sur une souche, à l’abri de la pluie, avec les trois autres, sans leur parler de leur appréhension. Ceux de son peuple devaient se méfier de ce genre de ressentis et ne pas en tirer de conclusions trop hâtives… Ils étaient si liés à la nature qu’il arrivait qu’il en ressente des troubles venus ds esprits des profondeurs ou des arbres, sans que ces perturbations soient pour autant le signe d’une menace réelle. Plutôt des menaces diffuses venant d’êtres et d’esprit qui se sentaient menacés par leur présence mais qui ne viendront pas les attaquer si on les laissait en paix. Bien sûr, ces menaces pouvaient prendre plus de profondeur, ils se fiaient à leurs intuitions pour déterminer le vrai danger et ainsi éviter certains endroits. Pour le moment, elle ressentait un danger global, certes, mais très diffus, encore trop diffus pour qu’il faille s’en alerter. Jasson ne semblait avoir rien ressenti, ceci étant, il était humain. Magicien ou pas, les hommes étaient beaucoup moins sensibles aux fluctuation des courants d’énergie, même ceux relevant de la magie. Elle grignota un fruit de chez elle, puis d’autres plus communs, en guise de déjeuner, avec de l’eau, sans vraiment discuter. Le silence semblait convenir, même le petit mangeait avec appétit sans paraître gêné. Callum aussi devait être habitué, il avait vécu seul durant… deux ans, c’est bien ça ? L’information avait été glissée si vite à un moment, dans la conversation, qu’elle ne l’avait pas vraiment saisie.

Morgan – Pourquoi le peuple d’Alhombria est aussi renfermé ? Demanda tout à coup le jeune garçon.

Jasson – Accepter les différences n’est pas évident, ils ne veulent pas se fatiguer sous le regard des autres. Ils sont plus heureux s’ils n’ont pas sans cesse à se justifier ou en ne voyant pas la peur qu’ils pourraient provoquer, car on ne les comprendrait pas.

Pour vivre heureux, vivons cachés, cette maxime s’appliquait à beaucoup de peuples différents, en effet. Seuls les humains n’éprouvaient pas ce besoin presque viscéral de se camoufler, principalement à cause de leur caractère, mais aussi car ils étaient plus nombreux. L’un des aspects les plus noirs de l’humanité était cette haine qu’elle portait contre ceux qui ne lui ressemblait pas, contre d’autres espèces mais aussi entre eux, étrangement, pour des coutumes dissemblables, des couleurs de peau ou tout bêtement une façon de vivre. Ils mettaient en valeur une homogénéité qu’il était pourtant impossible d’obtenir et se déchiraient à cause de ça. Un trait de caractère noir et peu avoué, chez cette espèce, son principal défaut… La peur de la différence. Du changement, même, pourrait-on dire, qui était toujours douloureux lorsqu’il survenait, même s’il allait mener à terme à plus de bien ou plus de confort. Heureusement que certains humains acceptaient mieux le changement et les différences que les autres. Après le temps de manger, ils reprirent la route une fois les montures correctement reposées, pour un après-midi s’annonçant chargé de pluie et de froid. La menace diffuse persistait, ils approchaient des frontières du royaume de Diamant, finalement très peu éloignées si on partait du château, une petite journée de voyage y suffisait. Moins encore en s’efforçant de filer vite.

A la frontière, ils croisèrent quelques patrouilles, qui ne les arrêtèrent pas en voyant l’armure verte de Jasson, signe de son appartenance à l’Ordre. Il lui avait confié avant de partir qu’il abandonnera cet uniforme une fois le continent quitté, car une armure incrusté de quelques diamants, et cette couleur, était beaucoup trop repérable et visible. Peu gênant quand on affrontait des armées sur les plages de son propre continent, impossible à tenir dans un territoire inconnu. Ils continuèrent leur avancée, plus lente autant à cause de l pluie drue qu’à cause du territoire, plus vallonné qu’Émeraude et forçant à des détours nombreux, avec les rivières, collines, vallons et sous-bois. Le soir approchant, ils finirent par stopper dans une auberge, au cœur d’une petite cité fortifiée, juchée sur sa colline. Une fois les chevaux mis à l’abri dans l’écurie, ils entrèrent dans la salle principale de l’auberge pour prendre des chambres et manger un peu. La jeune Elfe ne tenta même pas de cacher ses oreilles pointues, sa tenue, ou ses longs cheveux roux fins comme aucune femme humaine ne les avait. Peu importe les rumeurs déclenchées sur son passage, ces gens verront sans doute plus de races étrangères dans les mois à venir et il allait falloir s’y habituer.

La salle de l’auberge était pleine à craquer, ce soir-là. Il y avait des voyageurs, comme eux, facilement reconnaissables à leurs tenues ou aux sacs posés à leurs pieds, les visages mangés par des barbes mal taillées, rapportant nouvelles et histoires des autres contrées. On trouvait aussi des habitants du cru, venus se détendre, boire ou manger après une longue journée de travail. Jasson avait laissé son armure dans la chambre, ils avaient aussi déposé leurs arcs et épées, gardant juste les dagues et épées courtes, au cas où. Aveleen était à peine assise à une table, dans un coin avec son groupe de voyage, qu’un long frisson lui parcourut le dos. Cette fois, la menace ressentie n’était pas diffuse mais marquée et très proche. Très concentrée, elle ferma un petit instant les yeux, pour mettre des mots sur ce qu’elle ressentait. Une présence, les courants de la magie étaient perturbés… Impossible, par contre, de réussir à percer à jour celui qui créait la perturbation. Elle murmura rapidement aux deux autres ce qu’elle venait de percevoir, ajoutant qu’il ne pouvait s’agir que d’un sorcier. Mais ils pouvaient camoufler leurs auras, impossible de les repérer à l’œil nue ou en utilisant la magie…

Aveleen – Je ressens sa présence dans les flux de la terre, sa force, même si elle n’est pas dirigée contre nous. Difficile de dire s’il est amical ou non… Il vaudrait mieux prévenir l’Ordre.

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Callum
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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Ven 9 Fév - 21:03

Morgan – Pourquoi le peuple d’Alhombria est aussi renfermé ?

Jasson – Accepter les différences n’est pas évident, ils ne veulent pas se fatiguer sous le regard des autres. Ils sont plus heureux s’ils n’ont pas sans cesse à se justifier ou en ne voyant pas la peur qu’ils pourraient provoquer, car on ne les comprendrait pas.

De ce qu'on lui en avait décrit, ça se comprenait très bien. Au moins, ils étaient tranquilles, dans leurs montagnes, c'était l'essentiel. Tout le monde voulait avoir la paix, pour vivre, ne pas être gêné par tous les emmerdeurs passant dans le coin. Callum réprima un bâillement, tout en terminant de manger, assis sur un gros rocher avec sa cape plus resserrée sur les épaules. Un superbe sale temps pour ce départ et ce n'était pas prêt de s'arranger, partir au beau milieu de la saison des pluies n'était pas la meilleure idée qu'on puisse avoir, enfin, ce sera pire lorsqu'ils se rapprocheront du nord. On racontait que les tempêtes hivernales étaient assez saisissantes pour vous geler si bien le bout des membres que vous pouviez en perdre des doigts ou des orteils. Gare à bien se couvrir ! Ils avaient tout prévu, traverser Alhombria de bout en bout pour rejoindre le port allait prendre plusieurs jours. Il but une longue gorgée à sa gourde, puis partit la remplir avec soin avant qu'ils ne repartent. Ils avaient encore un long après-midi de chevauchée devant eux, puis bien des jours encore. Au total, il faudra bien un bon mois avant qu'ils ne puissent quitter le continent en bateau. Et ensuite... Et bien, ce sera la porte ouverte à l'inconnu. Ils faisaient ça pour le bien de ce continent, pour sa protection, ça réchauffait le cœur ! Par ailleurs, Callum ne désespérait de trouver, au cours de voyage, quelqu'un qui puisse l'aider.

La pluie ne cessa pas un seul instant de tout l'après-midi, au bout d'une nouvelle heure, même leurs capes n'y croyaient plus, ils étaient frigorifiés. Lorsque le soir approcha, ils décidèrent d'un commun accord de s'arrêter à l'auberge de la petite citée, cerclée par des murailles de pierre, qu'ils venaient d'attendre. Ils avaient passé la frontière, à présent, ayant chevauché à très bonne allure en ne prenant qu'une ou deux pauses. Callum prit ses affaires, après avoir sauté à terre, et flatta longuement l'encolure de son cheval, avant que les pages ne s'occupent de le brosser, lui donner du foin et de l'eau. Là, tout va bien, il était à l'abri pour cette nuit. Suivant les autres, ils prirent une chambre pour eux quatre, une pièce tout simple avec quatre petits lits d'une place, des couvertures qui avaient connu des jours meilleurs mais les matelas étaient bons. L'idée qu'Aveleen puisse être gênée de partager sa chambre avec deux hommes et un garçon ne l'effleura même pas, ils étaient voués à partager une certaine promiscuité de toute façon, et c'était une elfe, ils réagissaient différemment des humains. Le mercenaire aurait d'ailleurs cru qu'elle cacherait son appartenance au peuple des forêts mais elle n'en fit rien, ne cachant ni ses oreilles pointues, ni ses traits altiers et fins, pas plus que ses longs cheveux roux. Bah, après tout, les gens du cru en verront vite d'autres.

Ils avaient mis leurs vêtements à sécher sur des chaises, près du petit âtre de la chambre, et enfiler d'autres secs avant de descendre dans la grande salle. Callum se sentait beaucoup mieux depuis qu'ils étaient au sec et au chaud, surtout après une journée toute entière sous une pluie torrentielle. Ils s'installèrent dans une table du coin pour partager le repas du soir, au milieu des conversations, des rires et des gens, il y avait presque autant de voyageurs que d'habitants de la ville, de ce qu'il en jugeait. Deux jeunes femmes circulaient entre les groupes et les tables en portant des plateaux surchargés, pendant que le patron servait au bord et cuisinait des plats fumants aux odeurs plus ou moins agréables. Il discutait d'un peu de tout et rien avec Jasson lorsque la rouquine frissonna et se pencha en avant, rouvrant des yeux inquiets. Que se passait-il ? Il se tint aussitôt en garde, pendant qu'elle leur décrivait ce qu'elle venait de ressentir. Et bien, voilà un voyage qui commençait très bien. Il balaya la salle du regard, sans trouver qui que ce soit qui ait un comportement plus louche que d'autres. Les gens bavardaient, buvaient, mangeaient, dansaient et chantaient pour quelques uns. Ceux qui étaient isolés écoutaient la musique ou restaient concentrés sur leurs assiettes. Un autre, entre deux âges, taillait un bout de bois en fredonnant on ne savait quoi pour lui-même, et un homme plus âgé écoutait la musique dans son coin en souriant.

Aveleen – Je ressens sa présence dans les flux de la terre, sa force, même si elle n’est pas dirigée contre nous. Difficile de dire s’il est amical ou non… Il vaudrait mieux prévenir l’Ordre.

Callum – Pour leur dire quoi, les faire paniquer ? Tous les sorciers ne sont pas maléfiques, tout dépend de l'usage qu'ils ont de leurs pouvoirs. Il faut d'abord découvrir si ce type est mauvais ou non.

Il réfléchit avec rapidité au peu qu'il savait sur les pouvoirs des sorciers, puis fit signe à Jasson de se pencher un peu. Il lui demanda si lui ne pouvait pas tenter de lire les esprits de toute le monde, ici, un par un. Le sorcier, das le tas, soit bloquera par réflexe l'intrusion, soit réagira en la ressentant et ils pourront ainsi l'identifier. A charge pour eux ensuite de déterminer s'il était dangereux pour l4ordre ou ce continent ou s'il ne faisait que passer dans le coin sans vouloir de mal à personne.

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Jasson Egan
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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Jeu 15 Fév - 11:41

Morgan ne devrait pas trop s’en faire, même les adultes avaient parfois du mal à assumer qui ils étaient, à affronter le regard des autres ou à se moquer de l’apparence. Il en discuta un peu avec lui tout en terminant de manger, essayant d’expliquer à son écuyer quelles étaient les « bonnes » attitudes à avoir lorsqu’on était confronté à la différence, parfois très marquée, et ce qu’il convenait de faire pour ne pas blesser ou déranger. Finalement, le tout était d’être ouvert d’esprit et de vouloir comprendre la culture et les coutumes des autres, plutôt que de passer à côté sans s’y intéresser. Il était déjà arrivé une fois ou deux qu’Elund lui reproche justement de trop s’intéresser aux cultures étrangères, enfin, lui détestait les races non humaines… Après ce bref passage pour déjeuner, ils se remirent en route sous une pluie battante et qui ne semblait pas vouloir stopper. Morgan continuait de chevaucher près de lui, jetant parfois des regards en arrière. Ils étaient encore sur Enkidiev, le véritable inconnu viendra une fois qu’ils quitteront ces terres en bateau, un si grand voyage pour eux et encore plus pour un enfant de l’âge de Morgan. Il était très courageux, Jasson lui avait demandé s’il préférait rester sur le continent, auprès de Bergeau, mais il avait choisi de l’accompagner, poursuivre sa formation avec lui même si cela devait le conduire aussi loin. C’était quelque chose, pour un enfant.

La première étape de leur voyage s’arrêta le soir venu, à l’auberge d’une petite cité, une fois dépassé de peu les frontières. Se retrouver enfin au sec ne pouvait que leur faire très plaisir, après une journée entière passée à chevaucher sous une pluie glaciale, ils étaient partis très tôt ce matin et la fatigue pesait un peu. Jasson poussa les chaises près de l’âtre et ils mirent leurs vêtements trempés à y sécher, après avoir accroché les capes lourdes de pluie à un clou à côté de la porte de la chambre. Demain matin, ils repartiront avant l’aube, afin de ne pas perdre de temps, ils avaient déjà payé l’aubergiste. Jasson se lava le visage avec de l’eau, dans un broc, soupirant un peu en se frottant les yeux. Sans toute cette pluie, ils ne seraient pas aussi tendus, mais bon, quand il fallait partir, il le fallait, tant pis pour la saison. A cette distance, maintenant, il pouvait toujours communiquer mentalement avec les autres mais pas sonder le paysage pour les repérer et sentir leurs humeurs ou autres, ils étaient trop loin. Même Santo ne pouvait plus le faire, ils étaient hors de portée. Il sourit faiblement, en espérant revenir vite avec de bonnes nouvelles pour cette guerre, puis descendit avec les autres dans la salle commune.

La serveuse vint leur apporter des assiettes remplies d’un ragoût fumant de lapin, avec quelques légumes, des épices et des herbes aromatiques, filant aussitôt à bonne vitesse entre le stables et les personnes en portant deux lourds plateaux chargés à ras-bord de chopes remplies à ras et d’assiettes fumantes. Excellent équilibre, le chevalier en était plutôt impressionné. Jasson était lancé dans une longue discussion avec Callum, tout en mangeant, lorsque Aveleen se pencha soudainement vers eux, l’air alerté, et leur souffla qu’elle avait ressenti la présence de ce qu’elle pensait être un sorcier. Ah… Voilà un voyage qui débutait bien, on dirait. Mais si sorcier il y avait, il n’avait encore rien fait de répréhensible. Tous n’étaient pas mauvais, ils en avaient eu la preuve grâce au Nord où bon nombre de sorciers et sorcières vivaient sans rien demander à personne et sans se faire remarquer. Sans oublier cette vieille femme qui les avait conduit jusqu’à Alhombria, rencontrer le Roi des Ombres. Enfin, ils devaient rester sur leurs gardes… Amecareth avait bien des sorciers à son service et pouvaient en envoyer plusieurs, dissimulés, sur le continent. Tout semblait très ordinaire, pour le moment, les habitants du coin buvaient et parlaient avec les voyageurs et les marchands étrangers, rien d’inhabituel dans ce tableau.

Aveleen – Je ressens sa présence dans les flux de la terre, sa force, même si elle n’est pas dirigée contre nous. Difficile de dire s’il est amical ou non… Il vaudrait mieux prévenir l’Ordre.

Callum – Pour leur dire quoi, les faire paniquer ? Tous les sorciers ne sont pas maléfiques, tout dépend de l'usage qu'ils ont de leurs pouvoirs. Il faut d'abord découvrir si ce type est mauvais ou non.

Le mercenaire lui demanda s’il ne pouvait pas tâcher de sonder tous les esprits des personnes ici, une à une, jusqu’à trouver le sorcier. Soit il pourra lire en lui ce qu’il était, soit il bloquera l’intrusion par réflexe, ils le repéreront ainsi. Oui, bonne idée. Jasson ferma les yeux et se concentra, laissant son esprit glisser doucement sur ceux de chaque personne présente. Hommes, femmes, mêmes enfants, personne ne réagit plus que cela, il y avait des personnes très ordinaires, de toutes les humeurs, tous les goûts, toutes les peurs, tous les rêves, tous les objectifs. Personne ne semblait louche… Il rouvrait les yeux pour dire aux autres qu’il ne pouvait pas savoir de qui il s’agissait lorsqu’un homme arriva tout à coup derrière lui, tenant un couteau et un bout de bois commencé à être taillé dans les main, posant l’autre sur son épaule en lançant que c’était très malpoli d’essayer de lire l’esprit des autres sans leur demander l’autorisation. Le jeune homme avait eu un léger sursaut, tournant puis levant les yeux pour regarder celui qui le surplombait. C’était un homme entre deux âges, portant une barbe noire mêlée de gris et les cheveux de même couleur, le regard lui très noir, même s’il n’avait pas un air malveillant, juste un sourire un peu moqueur. Assez gêné, tout à coup, Jasson commença à dire qu’il ne voulait pas paraître grossier mais l’homme l’interrompit en secouant la tête et en disant que ce n’était rien.

Sorcier – J’ai l’habitude d’effrayer les magiciens, lorsque j’en croise. Ou du moins, les inquiéter. Vous formez un étrange équipage, vous-même. Deux humains dont un magicien, une Elfe et un tout jeune garçon. Il vous faudrait être plus prudents, des gens bizarres rôdent sur les routes, ces derniers temps. Mais je parle, je parle… Je me nomme Qadehar, de la Guilde d’Ys.

Jasson – Ys ? répéta le jeune homme. Vous venez de Nahrta ?

Qadehar – Peu connaissent ce continent, ici. Vous êtes curieux, assurément.

Dire qu’ils « connaissaient » ce continent serait un bien grand mot. Mais s’il voulait bien s’asseoir avec eux, ils pourraient en parler plus longuement. Il pouvait ressentir la puissance de cet homme mais aucune mauvaise intention n’émanait de lui et il ne les avait pas non plus agressé en sentant l’intrusion dans son esprit. C’était le moment d’essayer d’en apprendre un peu plus, s’ils le pouvaient.

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Aveleen Eärfalas
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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Dim 18 Fév - 21:24

Callum – Pour leur dire quoi, les faire paniquer ? Tous les sorciers ne sont pas maléfiques, tout dépend de l'usage qu'ils ont de leurs pouvoirs. Il faut d'abord découvrir si ce type est mauvais ou non.

Il n’avait pas tord, ils en savaient encore si peu, après tout. Coudes appuyés contre la table, elle lança un regard en biais au mercenaire lorsqu’il proposa une meilleure idée, puis à Jasson, pendant qu’il fermait les yeux et se concentrait sur sa tâche. Plus personne ne parlait, elle se tenait juste prête à réagir au moindre signe de danger. Plusieurs minutes passèrent sans que rien ne se passe, puis finalement, ce fut l’homme taillant son morceau de bois qui se leva et s’approcha de leur groupe. Pas menaçant, juste un peu agacé et amusé en même temps, ce qui l’empêcha de tirer directement sa dague pour l’empêcher de nuire. Il posa une main sur l’épaule de Jasson et lança qu’il était bien malpoli de vouloir lire ainsi les esprits des gens sans leur demander l’autorisation au préalable. Et bien navré d’être plus tendu dans ce genre de période, ils n’avaient même pas encore quitté le continent. Et au moins, il ne les avait pas attaqué directement, il semblait juste assez amusé qu’on ait tenté de lire ses pensées ou percer son identité à jour. Aveleen échangea un bref regard avec Callum, qui lui haussa les épaules, en signe que ça n’avait aucune importance, c’était normal d’être plus sur ses gardes. Non seulement ils étaient plus à l’affût, mais suite aux derniers événements, plus de sorciers et sorcières étaient également sur les routes. Chacun devait bien se défendre… Et trouver des moyens de protéger ses proches.

Qadehar – J’ai l’habitude d’effrayer les magiciens, lorsque j’en croise. Ou du moins, les inquiéter. Vous formez un étrange équipage, vous-même. Deux humains dont un magicien, une Elfe et un tout jeune garçon. Il vous faudrait être plus prudents, des gens bizarres rôdent sur les routes, ces derniers temps. Mais je parle, je parle… Je me nomme Qadehar, de la Guilde d’Ys.

Ys… Il venait de l’archipel où se trouvaient ces autres chevaliers, il y avait aussi une guilde de sorciers, là-bas ?! Jasson fit le rapprochement à haute voix, s’attirant du même coup l’étonnement de ce type, visiblement peu habitué à ce qu’on connaisse son continent. Ils ne le connaissaient pas, enfin, pas dans ce sens-là du moins… Ils finirent par se décider à l’inviter à leur table pour parler un peu de tout ça, et continuer leur repas. Lui-même semblait avoir déjà mangé, il recommençait à tailler son bout de bois, jambes à moitié croisées, négligemment appuyé contre le dossier de sa chaise. Ses habits semblaient très classiques, il n’avait cependant pas de cape mais un long manteau, d’un vert soutenu, plutôt profond, rappelant à Aveleen la couleur des feuilles de chêne… Il finit par remarquer son regard insistant sur le manteau, souriant faiblement en disant qu’il était plus coutumier de voir des personnes avec des capes plutôt qu’avec ce genre de tenues. Elle hocha la tête puis lui demanda si la couleur avait une signification particulière ou non. Généralement, les sorciers étaient connus pour faire attention aux moindres petits détails. Il sourit à nouveau, comme si la remarque l’amusait.

Qadehar – Tous les sorciers n’appartiennent pas à des Guildes, mais ceux qui le font peuvent choisir d’étudier une branche spécifique de la sorcellerie et s’y spécialiser. Le manteau vert est ainsi porté par les sorciers spécialistes des Arcanes Druidiques. Ceux qui portent des manteaux d’autres couleurs ont d’autres branches d’études favorites. Il arrive que des Guildes toutes entières soient spécialisées dans une branche mais c’est plutôt rare.

L’Elfe ne connaissait que très peu de choses sur la sorcellerie, de façon générale, alors même que c’était l’arme choisie par leurs ennemis pour les détruire… Elle se décida donc d’interroger cet homme, tout d’abord, sur ces fameuses « spécialisations ». Puisqu’il n’était pas agressif envers eux, un simple voyageur pour le moment, elle tenait à profiter de l’occasion pour en apprendre le plus possible. Toujours très concentré sur ce qu’il taillait, il prit un instant de silence puis finit par répondre que les couleurs des manteaux servaient à différencier ceux qui choisissaient une branche d’étude. Peu de sorciers et sorcières, finalement, décidaient de ne se consacrer qu’à une seule branche, pour garder plusieurs cordes à leurs arcs, mais ceux qui le faisaient pouvaient se permettre de pousser bien plus loin et plus puissamment les sorts appartenant à la branche choisie. Chaos, combat, contrôle, soins et druidiques étaient ainsi les branches principales, à la fois en magie et en sorcellerie, qui pouvaient être étudiées. Chaque branche avait une couleur désignée. La couleur du manteau différenciait ceux qui s’étaient lancés ainsi, comme une sorte d’uniforme, si l’Elfe suivait bien.

Aveleen – A quoi ressemble Nahrta ? Et l’archipel d’Ys ? Pouvez-vous nous en parler ?

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Callum
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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Jeu 1 Mar - 11:00

Soit, ça n’avait pas fonctionné exactement comme ils l’avaient prévu mais ça avait fonctionné, c’était l’essentiel. Même mieux que prévu, puisque leur homme n’était pas agressif, montrant juste un mélange d’agacement et d’amusement, à avoir été dérangé d’une telle façon. Assis à côté de lui, le petit Morgan relâcha très discrètement son souffle, visiblement soulagé, lui aussi avait dû craindre qu’une mêlée se déclenche ce soir. Allons… Callum lui tapota discrètement la main en lui souriant, pendant que Jasson s’excusait face à leur invité involontaire. Personne dans la salle n’avait remarqué leur petit manège, il ne devait pas y avoir d’autres magiciens dans cette salle. Évidemment, le mercenaire était très loin d’être un expert en magie, mais il en comprenait les mécanismes, à force d’observation et pour avoir entendu certaines histoires. Magie et sorcellerie n’étaient que des armes, tout dépendait de celui qui s’en servait, par ailleurs, comme pour toute arme, les manier avait un coût physique et parfois mental. C’était logique, on n’a rien sans rien, après tout. Levant le regard vers le barbu, il le glissa ensuite sur le long et grand manteau, d’un vert profond, évoquant les profondeurs des forêts. Personne d’autre ne s’habillait comme ça, on se couvrait avec des capes plus ou moins longues, des capelines, etc.

Qadehar – J’ai l’habitude d’effrayer les magiciens, lorsque j’en croise. Ou du moins, les inquiéter. Vous formez un étrange équipage, vous-même. Deux humains dont un magicien, une Elfe et un tout jeune garçon. Il vous faudrait être plus prudents, des gens bizarres rôdent sur les routes, ces derniers temps. Mais je parle, je parle… Je me nomme Qadehar, de la Guilde d’Ys.

Ys… Le regard de Callum brilla légèrement en entendant ce mot, ils n’avaient peut-être pas rencontré cet homme par hasard. Lui en tout cas ne croyait pas au hasard… Il croyait que chaque homme et femme possédait un destin, que ce dernier leur était révélé le moment voulu, et que si on ne pouvait y échapper, on pouvait tout du moins agir au mieux dans le temps qui nous était donné avant de l’atteindre, nos actions auront ainsi une influence sur le résultat final. Même si les choses étaient écrites, tout pouvait encore être modifié si on s’en donnait la peine. Ils l’invitèrent à s’asseoir avec eux, à leur table, se poussant un peu pour lui faire de la place. Puisqu’il avait l’air d’humeur à discuter, autant en profiter, non ? Perdre une occasion d’en apprendre plus sur leur destination finale ne pourra pas leur faire de mal. Callum aimerait aussi savoir pourquoi plus de sorciers et sorcières se trouvaient sur les routes, aujourd’hui… Il avait le sentiment que les Guildes s’activaient déjà à la guerre là où les pays humains peinaient encore à bien s‘entendre entre eux, sans même parler d’alliances militaires solides. Si tout cela ne changeait pas, et vite, le continent sera perdu avant même qu’ils ne reviennent de ce voyage.

Ils continuaient de manger, et l’homme de tailler son morceau de bois avec un canif, lorsque Aveleen l’interrogea sur son manteau, après que le sorcier ait remarqué son regard et déclaré qu’il n’était pas coutume de voir des personnes se promener avec ça. Certains Nobles en avaient, pour les soirées et bals d’hiver, mais ça restait rare. Les manteaux étaient inconsidérés comme top peu pratiques, couvrant moins bien le corps que ne pouvait le faire une cape, et il était très rare d’en trouver fait avec des matières communes et donc avec un prix abordable, réduisant encore plus leur utilisation pour le peuple. Les capes, elles, ne valaient souvent presque rien. Il sourit lorsque l’Elfe lui posa la question sur la couleur, voulant savoir si une signification particulière y était attachée. Callum n’avait pas pensé à ça, tiens, il s’était surtout interrogé sur le choix de se balader avec une tenue si ostensiblement différente de celles portées habituellement, un choix qui allait d’office lui attirer plus de regards et de remarques. Sa curiosité avait été fortement piquée.

Qadehar – Tous les sorciers n’appartiennent pas à des Guildes, mais ceux qui le font peuvent choisir d’étudier une branche spécifique de la sorcellerie et s’y spécialiser. Le manteau vert est ainsi porté par les sorciers spécialistes des Arcanes Druidiques. Ceux qui portent des manteaux d’autres couleurs ont d’autres branches d’études favorites. Il arrive que des Guildes toutes entières soient spécialisées dans une branche mais c’est plutôt rare.

Donc, s’il suivait bien, le manteau avec une certaine couleur était une sorte d’uniforme, porté lorsqu’un sorcier choisissait d’étudier une branche spécifique de la sorcellerie en particulier. Quelles étaient ces branches, les couleurs associées ? N’importe qui pouvait choisir de se spécialiser ou fallait-il posséder des compétences de base ? Qadehar prit un instant de silence, semblant réfléchir à la façon d’expliquer cela, puis commença par leur dire que les branches principales, à la fois en magie et en sorcellerie, était le Combat, les Soins, le Druidisme, le Chaos et le Contrôle, chacune avec une couleur attachée. Il ajouta que peu de personnes décidaient de ne se consacrer qu’à une branche, même si cela leur permettait de devenir des experts dans le domaine choisie, car il était préférable, en temps de guerre, d’avoir plusieurs cordes à son arc. C’est vrai mais il était aussi bon de savoir qu’il y avait des spécialistes dans la plupart des domaines. Comme le guérisseur des chevaliers, par exemple, Santo. Ou leur chef, Wellan, excellent tacticien. Tout était une question d’équilibre, il fallait, dans une armée, autant de personnes capables de toucher un peu à tout que des personnes très fortes dans un seul domaine, même si ça devait se faire au détriment d’autres. Le choix était très personnel, il fallait non seulement une passion de base, mais aussi le potentiel qui allait avec et l’envie de l’approfondir.

Aveleen – A quoi ressemble Nahrta ? Et l’archipel d’Ys ? Pouvez-vous nous en parler ?

Qadehar – Pourquoi pas. C’est un petit continent, plus petit que celui-ci, et cerné par des mers et océans très agités et dangereux, ce qui le rend ardu d’accès. Il est vital d’avoir aux commandes un capitaine connaissant très bien ces eaux, avant de se risquer à approcher le continent.

Un air triste voila tout à coup son expression, avant de disparaître, si vite que le mercenaire crut un instant avoir rêvé, puis il remarqua le léger tremblement qui parcouru le sorcier, ses doigt plus crispés sur le morceau de bois et le canif. Qui avait-il perdu, dans cet océan…  ? L’interroger là-dessus serait bien trop indélicat, cependant, c’est pourquoi il se tut et l’écouta reprendre, parler brièvement des paysages du petit continent. C’était plutôt semblable à Enkidiev, somme toute, et Callum se sentit un peu idiot d’avoir imaginé quelque chose de bien plus fantasmagorique. Plaines et forêts, déserts de sable, de glace ou toundras, montagnes et collines… Des paysages comme ils avaient coutume d’en observer chaque jour.

Qadehar – Ys est un ensemble de cinq îles, dont une assez grosse. Des îles à pic, recouvertes de monts de roc solides, pas très engageants, je le conçois. Il y a quelques étendues d’herbe rase, de rares arbres, sans cesse un vent salé et violent.

Callum – Voilà qui ne donne pas spécialement envie de s’y rendre.

Qadehar – C’est le but. Les chevaliers aiment qu’on leur foute la paix, ils préfèrent vivre entre eux et ne quittent l’archipel que pour protéger le continent ou mener leurs missions à bien. Ils sont las des troubles politiques et leur chef ne s’en occupe que par obligation. Personne ne vas se promener sur l’archipel sans une bonne raison. Notre monastère est placé sur l’île à l’est, par rapport à l’île principale, où est placée la citadelle.

Callum – Pourquoi ce choix, votre Ordre et leur Confrérie entraînez les jeunes ensembles ?

Qadehar – Certainement pas, mais nous sommes unis. Il existe un adage, qui fait office de Loi. « Sorciers et Chevaliers travaillent ensemble mais ne se mélangent jamais ». Ils ont leurs écuyers, nous avons nos apprentis, mais un enfant qui début un apprentissage ne pourra jamais devenir écuyer, de la même façon qu’un écuyer ne pourra jamais devenir apprenti sorcier. A ce que je vois, l’Ordre d’Emeraude,  lui, a décidé de mêler les compétences.

Les deux systèmes avaient leurs avantages, aux yeux de Callum… Rapprocher sorcellerie et combat dans un seul ordre permettait d’avoir des personnes polyvalentes et ayant plus de force et de moyens sur un champ de bataille. En revanche, c’était limitatif, il suffisait qu’une personne soit moins douée dans l’un des deux domaines pour échouer ou devenir un point faible pour tout le reste du groupe. Dans le cas du second système, les compétences étaient bien plus clairement définies, ce qui assurait une puissance non négligeable en guerre. Cependant, il était impératif que chaque partie coopère parfaitement bien avec l’autre et qu’il n’y ait pas de tensions ou de méfiance. Bah, après tout, aucun système ne pouvait être parfait, ce qui comptait était de donner le meilleur de soi-même, chacun avait ses raisons d’avoirs mis en place telle méthode de fonctionnement et pas une autre.

Callum – Si je peux demander, qu’est-ce qui vous amène, sur Enkidiev ?

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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Mer 14 Mar - 16:50

Au final, ils avaient bien fait de ne pas alerter aussitôt l’Ordre, s’ils commençaient déjà à inquiéter les autres sans raison, ils allaient donner des cheveux blancs à tout le monde avant même d’avoir quitté le continent. L’homme s’installa assis à leur table, continuant à tailler son bout de bois, pendant qu’eux-mêmes mangeaient, puis ils engagèrent la discussion pour tâcher d’en apprendre un peu plus. C’était les petits détails, comme la couleur des manteaux, par exemple, de ce genre qui pouvaient les aider à mieux percevoir leur environnement, tant d’indices qu’on pouvait manquer en étant trop peu averti. Jasson se demandait combien de Guildes de magiciens et de sorciers existaient à travers le monde, combien de personnes y étaient secrètement ou non d’ailleurs, rattachées, et la manière dont les sorciers et sorcières pourraient lutter aux côtés des magiciens et des soldats plus ordinaires, dans cette guerre. Toutes les aides étaient les bienvenues, si seulement ils arrivaient à combattre tous ensemble en écartant les tensions… Peut-être était-il trop naïf ou idéaliste, en pensant ça, qui sait. Et pourtant, ce serait déjà un très grand pas de fait pour renverser le cours de la guerre.

Qadehar avait raison, sur ce sujet, il était très bon d’avoir des personnes spécialisées dans un domaine en particulier, près d’autres personnes qui elles étaient capables de toucher à tout. Tacticiens, stratèges, archers, épéistes, magiciens ou sorcier spécialisés ou non, guérisseurs, historiens, tant de domaines dont des membres d’une armée devaient se plonger… Jasson, de son côté, en était encore à réfléchir à la place qu’il devait prendre là-dedans, sentant avec une certaine douleur qu’il était le seul des sept premiers chevaliers à l’ignorer. Wellan était le chef et tacticien, celui qui concevait les stratégies. Bergeau était le meilleur combattant du groupe, toujours en première ligne durant les combats. Dempsey était aussi efficace en stratégie et avait un don pour repérer les plus petits changements. Chloé était leur génie en diplomatie et celle qui savait désamorcer les conflits, rassurer. Falcon était un spécialiste dans la construction de piège et excellait avec les épées car il était le plus rapide et vif d’entre eux. Santo, le plus doué en magie entre eux tous, excellait dans les soins et la guérison. Quant à lui-même et bien…

Il ignorait où se trouvait sa place. Les domaines dans lesquels il s’en sortait mieux servaient surtout à lui attirer des reproches. Il s’intéressait à tout et avait de bonnes capacités pour nouer des liens avec les autres races et peuples, en un sens, il rejoignait Chloé dans la diplomatie et les relations avec les autres, mais d’une manière différente. Bergeau lui disait souvent que c’était toujours lui qui arrivait à faire sourire les autres et leur redonner la forme lorsqu’il y avait un problème, mais ça, ce n’était pas une compétence très utile sur un champ de bataille. Il avait lui aussi une forte sensibilité à la magie, sans encore en retirer une compétence particulière, comme Santo l’avait fait. Peut-être que ce voyage lui offrira de nouveaux horizons, d’autres manières de voir les choses ? Il l’espérait. Au niveau des combats, peut-être deviendra-t-il meilleur au tir à l’arc, à l’instar de Callum et Aveleen. Un petit sourire glissa sur ses lèvres lorsqu’il les observa, tous les deux, ils étaient de bons exemples pour ce sujet. Il était content de partir avec eux, c’était peut-être stupide, mais ces derniers temps, il avait l’impression d’être plus « coupé » des autres chevaliers. Il ne leur en avait pas parlé, bien évidemment, et ce voyage sera aussi une occasion de chasser certaines idées et faire le point.

Aveleen – A quoi ressemble Nahrta ? Et l’archipel d’Ys ? Pouvez-vous nous en parler ?

Qadehar – Pourquoi pas. C’est un petit continent, plus petit que celui-ci, et cerné par des mers et océans très agités et dangereux, ce qui le rend ardu d’accès. Il est vital d’avoir aux commandes un capitaine connaissant très bien ces eaux, avant de se risquer à approcher le continent.

Un souvenir très vif frappa tout à coup Jasson, il le perçut dans l’esprit du sorcier aussi clairement que de l’eau de source, malgré la barrière magique dont il s’entourait sans y songer. Il vit un bateau prit sous des trombes d’eau, puis un garçon, de seize ou dix-sept ans, crier et tendre la main, une expression de terreur sur le visage, avant d’être englouti par les flots et disparaître. L’image disparu ensuite comme elle était venue, laissant au chevalier un sentiment de profond malaise et de compassion, pour cet homme. Sans pouvoir dater ce souvenir, difficile de dire s’il s’agissait d’un frère perdu, d’un fils ou même de son apprenti, à moins qu’il n’ait été un ami. Callum fit diversion en relançant le sujet sur les paysages qu’on pouvait trouver sur Nahrta, faisant ainsi passer le moment de malaise. Le sorcier leur fit aussi une rapide description de l’archipel d’Ys, avec ses cinq îles. Un endroit franchement peu engageant, donc, îles de roc et d’herbe rase, sans arbres, avec des roches à pic, balayé éternellement par le vent. Callum résuma les pensées de tout le monde en marmonnant que ça ne donnait pas envie d’y aller. C’est certain, les étrangers ne devaient pas vouloir se promener dans ce genre d’endroits.

Qadehar – C’est le but. Les chevaliers aiment qu’on leur foute la paix, ils préfèrent vivre entre eux et ne quittent l’archipel que pour protéger le continent ou mener leurs missions à bien. Ils sont las des troubles politiques et leur chef ne s’en occupe que par obligation. Personne ne va se promener sur l’archipel sans une bonne raison. Notre monastère est placé sur l’île à l’est, par rapport à l’île principale, où est placée la citadelle.

Lors de la visite du Roi Hamill, lorsqu’il était venu parler des dragons, il leur avait signalé que la Confrérie des Chevaliers du Vent – il comprenait mieux d’où ils tiraient ce nom maintenant – avait été en grande partie décimée, après une guerre où bon nombre de dragons s’étaient retrouvés impliqués. Sachant cela, facile de comprendre pourquoi ils préféraient en plus vivre au milieu des grands troubles des villes ou villages importants et qu’ils restaient entre eux. Par contre, le chevalier trouvait curieux que le monastère des sorciers soit si proche de la Confrérie des chevaliers. Sur leur continent, les guildes de sorcellerie ne se montraient pas. Une fois de plus, Callum devança sa question, l’air assez perplexe.

Callum – Pourquoi ce choix, votre Ordre et leur Confrérie entraînez les jeunes ensembles ?

Qadehar – Certainement pas, mais nous sommes unis. Il existe un adage, qui fait office de Loi. « Sorciers et Chevaliers travaillent ensemble mais ne se mélangent jamais ». Ils ont leurs écuyers, nous avons nos apprentis, mais un enfant qui début un apprentissage ne pourra jamais devenir écuyer, de la même façon qu’un écuyer ne pourra jamais devenir apprenti sorcier. A ce que je vois, l’Ordre d’Emeraude, lui, a décidé de mêler les compétences.

Oui… Il y avait des avantages et des inconvénients, à ce système, comme il y en avait aussi dans celui choisi par les habitants de l’archipel d’Ys. Jasson essayait de se représenter la scène, une forteresse de pierre, sans cesse balayée par des vents violents venus de l’océan, abritant une confrérie de soldats, vivant entre eux et en parfaite autonomie. C’était très différent de leur Ordre, où ils étaient logés et nourris dans le château du Roi. Les chevaliers du vent, eux, devaient élever leurs animaux et travailler la terre pour leur nourriture, en plus de s’entraîner à combattre et veiller à la défense du continent. Combien étaient-ils, aujourd’hui ? Et comment choisissaient-ils leurs écuyers ? Tant de questions qui restaient encore sans réponse et qu’ils ne découvriront sans doute qu’une fois arrivés là-bas. Ils pourront sans doute participer à leurs côtés à leur tâche quotidienne, si la Confrérie acceptait de les accueillir le temps d’apprendre à fabriquer et manier ces fameuses armes.

Callum – Si je peux demander, qu’est-ce qui vous amène, sur Enkidiev ?

Qadehar – La Guerre, répondit-il laconiquement.

Il n’en dit pas plus, le sujet semblait clos, pour lui. Jasson préféra ne pas insister et dévia la discussion sur les habitants de Nahrta, comment ils vivaient, le type de personnes qu’on pouvait rencontrer, et ainsi de suite. Une discussion qui les amena assez tard dans la soirée pour que bon nombre d’habitants du village soient rentrés chez eux et qu’une partie des voyageurs soit partie dormir. Ce fut le cas du sorcier, au bout d’un moment, qui les salua et monta dans sa propre chambre. Beaucoup d’informations en plus, et utiles pour la suite de leur voyage, c’était une soirée productive. Le jeune homme soutient à moitié Morgan dans l’escalier, le pauvre garçon tombait littéralement de sommeil, ne perdant pas non plus trop de temps lui-même à s’endormir. Dès l’aube, ils repartiront.

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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Ven 23 Mar - 19:56


Maître Elund, chef de l’Ordre et conseiller Royal, magicien du château

Les trois réunions de crise qui s’étaient tenues en urgence ces derniers jours avaient permis de soulever plusieurs points problématiques et d’éclairer la situation d’un jour nouveau. On pouvait remercier la vigilance et la loyauté du conseiller Vyoka ! Elund n’osait imaginer, si cette vigilance avait fait défaut, toutes les horreurs qui auraient attendu leur jeune reine, ainsi que son entourage, jusqu’à menacer la stabilité du pays tout entier ! Cette… sorcière sortie de nulle part, dont certains prétendaient qu’elle puisse être âgée de plusieurs millénaires, ne pouvait décemment pas attirer la moindre confiance, bien entendu, mais de là à ce qu’elle porte si directement une attaque contre leur souveraine et contre un membre de l’Ordre… Le magicien n’aurait jamais cru que les Elfes puissent être contre eux, durant cette guerre, si cette sorcière n’avait pas aussi grossièrement dévoilé les mauvaises intentions des siens. Et pourtant, ils avaient eu des indices ! Par exemple, ce Roi qui avait fait arrêter les chevaliers, au Nord, le seigneur Hamill qui les avait poussé à envoyer des forces sur un continent inconnu, et cette Elfe rousse, décidément bien trop proche de Jasson… La manipulation avait très bien marché, jusqu’ici.

Le magicien avait aussitôt ausculté le jeune esprit de leur Reine, sans heureusement trouver de traces d’emprise psychique durable sur elle, même s’il avait eu la confirmation que cette sorcière avait bel et bien agressé le conseiller du roi. Et non seulement agressé mais elle s’était aussi violemment introduite dans l’esprit de la reine pour l’influencer et la faire plier à sa volonté. C’était donc, comme le déclarait le Roi, une véritable déclaration de guerre, entre Humains et Elfes, et tout ce qui avait précédé n’avaient été que mensonges et tromperies pour mieux les frapper dans le dos par la suite. Et dire qu’ils avaient eu confiance en les Elfes ! En ce peuple fourbe et cruel, quelle infamie ! Ils avaient attaqué Elvira mais elle était saine et sauve, aujourd’hui, grâce à son entourage. Il restait à sauver encore Jasson. Lui et ce malheureux mercenaire étaient en train d’être conduits tout droit un piège, dans une quête insensée dictée par le seigneur Elfe d’Enkidiev. Heureusement, leurs ennemis ne pouvaient capter les conversations menées mentalement entre membres de l’Ordre. Elund allait pouvoir avertir leur jeune confrère et les aider, lui et Elund, à échapper à la traîtresse qui les accompagnait.

En remontant dans sa tour, il eut un moment d’arrêt en voyant Hawke, penché sur un parchemin à son bureau, ses sourcils très fins un peu froncés. Lui était un Elfe, mais il avait grandi au château, se pourrait-il malgré tout que… Troublé, Elund décida alors de le maintenir à l’écart pour le moment et de vérifier son cas plus tard. Très doucement, il murmura un sort assez doux qu’il envoya vers son apprenti, lequel commença à papillonner des paupières puis tomba ensuite endormi contre le bureau. Très bien… Le magicien poursuivit sa route jusqu’à son propre bureau, à l’étage du dessus, puis s’assit en tailleur à sa place habituelle, près de la fenêtre, fermant les yeux. Les chevaliers occupés à préparer le combat à Zénor allaient sans doute être bien trop occupés pour capter la conversation, mais ce n’était pas grave, Wellan en prendra connaissance le lendemain. Jasson, de son côté, répondit assez vite, lorsque le magicien le contacta, et lui confirma qu’ils étaient dans à Alhombria, encore dans les montagnes pour le moment. Actuellement en bivouac dans une grotte, le mercenaire était occupé à s’entraîner à l’épée et l’Elfe méditait, de ce qu’il en dit.

*Elund* Jasson, toi, Morgan et Callum, vous devez immédiatement rentrer et rejoindre le reste de l’Ordre, en laissant l’Elfe derrière vous.

*Jasson* « L’Elfe » possède un nom, répliqua-t-il d’un ton où perçait l’agacement. Et pourquoi, maître, que se passe-t-il ?

Le magicien soupira puis lui expliqua, toujours par ce lien mental, les récentes décisions prises et les découvertes qui avaient été faites. L’attaque menée contre la reine d’Emeraude, cette manipulation orchestrée contre eux, cette quête insensée où Hamill avait fait en sorte de les envoyer, pour diviser les forces de l’Ordre. Il lui dit ensuite que Aveleen, sur ordre de la sorcière Galadriel, n’avait fait que le manipuler pour lui faire croire à l’amour et mieux le piéger, en se servant du fait qu’il était déjà plus proche que les autres de ce peuple. L’instant suivi, il ressenti clairement le sursaut d’indignation de son ancien élève et son « Quoi ?! » mental très peu respectueux. Agacé qu’on lui réponde sur ce ton, Elund lui rappela sèchement de se modérer, puis réitéra son ordre, pour lui et Callum, de rentrer immédiatement. Ils feront en sorte au château de le libérer de ce lien, entre la rouquine et lui, afin qu’il soit libre. Le jeune chevalier devra également apprendre à ne plus se rapprocher autant des espèces étrangères ! Ce qu’il ajouta d’un ton plus dur ensuite. Puis écarquilla les yeux en entendant le juron salé de la part de Jasson.

*Elund* Surveille ton langage, jeune homme !

*Santo* Maître Elund, intervint tout à coup le guérisseur, vous n’êtes pas sérieux ? Les Elfes sont un peuple étrange et différent, je l’admets, mais de là à les accuser de vouloir éradiquer les Humains ! Je tiens à rappeler qu’ils nous ont toujours aidés, jusqu’ici. C’est grâce à leurs documents sur les wyvernes et leurs connaissances que nous avons mis au point l’antidote qui a sauvé Chloé. Et Aveleen aussi nous a aidé.

Tout cela n’étaient que pures manipulations ! N’était-ce pourtant pas encore assez évident ?! Cette sorcière, Hamill, Aveleen, Thranduil, cette quête folle, l’agression contre la reine ! Ils avaient été aveugles bien trop longtemps, ils ne pouvaient plus se permettre de se conduire aussi sottement alors que la guerre, elle, progressait. Jasson devait le comprendre, tout comme ses frères et sœurs chevaliers le devront aussi.

*Chloé* Et nous n’avons aucune preuve tangible de tout ceci, Aveleen a même risqué sa vie lorsque nous sommes allés chercher Santo, rien ne l’y obligeait réellement. De plus, pourquoi monteraient-ils un tel stratagème s’ils nous permettent de nous sauver grâce à toutes ces précieuses informations ? Les Elfes vivent plus vieux, ils sont patients et préféreront attendre notre mort « naturelle » plutôt que de nous tuer de leurs propres mains. Surtout maintenant.

*Elund* Nous avons une preuve grâce à ce que nous avons découvert sur cette sorcière. Par ailleurs, aucun d’entre vous n’a à discuter mes ordres. Il n’est pas question de vous laisser foncer tout droit dans un piège, Jasson, dans cette quête insensée. Tu dois rentrer. Nous ferons en sorte de te couper de ce lien, avec cette Elfe.

*Jasson* Je refuse.

Nouveau soupir, cette fois-ci plus marqué et plus profond. Jasson était-il donc déjà trop lieu à ce peuple traître … ? Ou refusait-il de voir l’évidence car il préférait continuer à s‘attacher à une Elfe au mépris des siens ? Au mépris de l’Ordre, plus particulièrement ! Comment pouvait-il faire passer ces êtres avant ses frères et sœurs d’armes ?!

*Chloé* Attendez, cela ne sert à rien de nous emporter, surtout maintenant ! Que les Elfes cherchent à nous manipuler est une théorie un peu étrange, malgré tout le respect que je vous dois, je suis obligée de le dire. Nous ne devons pas oublier que Wellan a eu de sérieux différends avec eux, ce qui a rendu nos relations bien plus tendues, c’est grâce à la persévérance de Jasson et des autres Humains que nous n’en sommes pas rendus à la guerre aujourd’hui. Ils nous aident, le Roi s’est même déplacé, pourquoi laisser son pays sans surveillance par les temps qui courent après la récente altercation qui s’est produite ? Ils ne veulent pas notre mort, nous ne représentons pas de menace pour eux.

Le magicien ne répondit pas à la sortie de Chloé, elle n’était pas concernée par cette discussion. Après un instant de silence, Elund reprit en déclarant qu’il ne l’aurait pas cru capable de se rebeller au profit des Elfes alors qu’il était lui-même Humain, Chevalier d’Emeraude, que sa priorité était de penser au bien global du continent. Ce à quoi Jasson répondit que leur voyage consistait justement à trouver des armes destinées à protéger ce continent.

*Elund* Si tu n’es pas capable de retrouver la raison et surtout d’obéir, Jasson, tu ne mérites pas d’être chevalier.

*Jasson* Il est regrettable que vous et le Roi voyez les choses ainsi. Je ferai néanmoins ce que j’ai à faire, ce voyage est vital pour apprendre à nous défendre contre les dragons plus agressifs, pour protéger ce continent. Que ce soit au nom de l’Ordre d’Emeraude ou simplement en mon propre nom, je compte poursuivre ce voyage, avec ceux qui voudront bien continuer avec moi.

Ainsi il choisissait de tourner le dos à son propre peuple. Voilà la seule affaire regrettable. Elund se redressa avec lenteur, rouvrant les yeux pour les fixer sur les étoiles et la large voûte céleste. Chloé ajouta vivement que Jason conservera son soutien et qu’elle ne considérait pas les Elfes comme une menace sans avoir la preuve. Santo en ajouta ensuite, de même, d’un ton plus calme mais le message était identique. Ils comprendront tous les deux bien assez vite la nécessité d’agir ainsi, qu’importe qu’ils restent aveugles ce soir-là. Le magicien resta silencieux une longue minute, puis renoua le contact. De par son pouvoir et sur ordre du Roi, si le jeune chevalier refusait d’obtempérer, il le chassait dès à présent de l’Ordre d’Emeraude et le bannissait à vie du royaume. Dès le lendemain, le lien magique et mental l’unissant aux autres chevaliers sera également brisé. Puissent les Dieux lui venir en aide, à présent, pour le piège dans lequel il fonçait.

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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Ven 23 Mar - 21:22

Cette soirée avait été riche en enseignements, comme quoi, il suffisait parfois d'une simple rencontre pour en apprendre beaucoup. En revenant dans la chambre, Aveleen s'étira très longuement, avant d'enlever ses bottes et les poser dans un coin près de la cheminée. Les Elfes ne dormaient pas, enfin, pas dans le sens où les humains l'entendaient. Ils avaient la capacité de reposer leurs esprits dans des sentiers de l'âme, propres à leur espèce, tout en continuant de marcher les yeux grands ouverts dans la lumière de ce monde. C'est pour cela que lorsque les deux hommes et le petite garçon se glissèrent dans leurs lits, s'endormant presque aussitôt, elle resta assise sur le sien, l'esprit au repos, tout en fredonnant à voix basse une ballade de son peuple, dans sa langue natale. La nuit passa ainsi, paisiblement, puis les premiers doux rayons de l'aube vinrent envahir la chambre, traversant avec peine la grisaille matinale. Il était temps de repartir. Ils furent prêts à reprendre la route rapidement, après avoir avalé un petit-déjeuner et s'être purifiés. Moins d'une heure après leur réveil, ils étaient de nouveau sur les routes, filant tout droit vers le Nord.

A mesure qu'ils progressaient, les villages et les villes se faisaient moins nombreux, les convois plus rares, l'air devenait de plus en plus sec et froid. Le paysage se creusait et se vallonnait, les rivières enflaient en torrents furieux, une eau plus pur et glacée dont ils remplissaient leurs gourdes. Puis les hautes chaînes de montagnes du Nord apparurent à l'horizon, après des jours de voyage. Comme toujours, l'Elfe eut le souffle coupé devant la majesté écrasante de ces monts, devant ces hauteurs se découpaient dans un ciel clair, cette barrière naturelle gigantesque, dressée sur leur chemin. La dernière étape de leur voyage sur Enkidiev, avant de prendre la mer ! Ces montagnes sur lesquelles courraient tant de légendes, abritant des peuples inconnus, des hybrides et même des dragons. Ces montagnes aussi belles et puissantes qu'elles étaient féroces et dangereuses. Un long frisson parcourut le dos de l'Elfe alors qu'elle observait ces aspérités de roc, alors qu'un vent si froid faisait s'envoler ses cheveux. Ils allaient mettre du temps avant de traverser la première chaîne de montagnes, puis filer ensuite à travers Alhombria, pour atteindre la mer.

Les premières chutes de neige ne se firent pas attendre, dès lors que le groupe s'engagea dans les monts, grimpant de plus en plus. Cette fois-ci, même elle avait dû enfiler des gants et sa cape Elfique pour se protéger du froid, rabattant sur ses oreilles pointues une capuche, qu'elle faisait tenir avec une petite écharpe serrée autour du cou. Leur avancée avait considérablement ralenti, les sentiers abrupts de la montagne interdisait toute tentative de progression rapide. Et le froid, surtout, le froid terriblement mordant. Les tempêtes de neige se succédaient, certaines si fortes qu'ils étaient obligés de trouver un abri puis d'y patienter. La neige étouffait tous les sons, effaçait toutes les traces, ils auraient pu se croire absolument seuls dans ce pays très inhospitalier. Certains passages les contraignait à aller à pied, le pauvre Morgan avait parfois même de la neige jusqu'à la taille. Tous trois se relayèrent pour le porter sur le dos dans les passages trop difficiles, un enfant n'avait pas la même force qu'un adulte pour lutter contre les éléments. Encore plus au Nord. Le vent qui mugissait entre les monts prenaient souvent l'allure d'une voix de mauvaise augure, qui leur criait de s'en aller, qu'ils n'avaient rien à faire ici.

Aveleen avait fini par en perdre la notion du temps, toutes ses pensées étaient occupée par la lutte pour avancer, trouver les sentiers, s'abriter des tempêtes et dénicher des abris la nuit venue. Les congères de neige manquaient de faite tordre une patte aux chevaux, dressant devant eux des murs entiers de glace, parfois de plus d'un mètre d'épaisseur. La majesté de la montagne les écrasait si bien qu'ils s'en sentaient ridicules. Après une journée particulièrement éprouvante, ce fut un soulagement pour tout le monde de trouver l'abri d'une petite grotte et surtout faire un grand feu pour se réchauffer. Aveleen prépara un thé aux herbes pour le groupe, ajoutant un peu d'épices pour Morgan, afin de mieux le réchauffer, il en avait les lèvres bleues, le pauvre. Après le repas, elle s'assit en tailleur pour méditer, reprendre des forces. Jasson discutait avec son Ordre par la pensée, Callum s'entraînait, quand au petit, sitôt mangé, il s'était enroulé dans une couverture près du feu et s'était endormi. L'Elfe inspira profondément, assise près de lui en tailleur, les yeux fermés. Vider son esprit, se concentrer, puis s'apaiser, reprendre des forces.

Callum – Jasson ?! Qu'est-ce qui se passe ?!

Elle sursauta à moitié, rouvrant les yeux, pour voir leur compagnon tête baissée à pleurer et en bafouillant que ça allait. Aveleen bondit aussitôt, comme le mercenaire, pour venir s'agenouiller à côté de lui et passer un bras autour de ses épaules, en demandant aussi ce qui lui arrivait. Il était arrivé un malheur, durant la bataille, un de ses frères ou sœurs d'armes était mort, c'est ça ?! Le jeune écuyer s'éveilla à son tour, en sursaut, venant près d'eux en titubant légèrement à cause du sommeil. Il y avait vraiment eu un décès ou... Ou non... Sa bouche se décrocha lorsqu'il reprit son souffle et leur expliqua à mi-voix ce qui venait juste de se passer, l'échange qu'il venait d'avoir. Ce n'était pas... Possible... Ce n'était quand même pas possible ! Il avait été chassé et banni ?! Alors que... Profondément perturbée par cette annonce, Aveleen fut incapable de trouver quoi dire, l'enlaçant aussi fort qu'elle put par derrière en bafouillant des paroles qui se voulaient réconfortantes mais qui étaient vides de sens. Ce n'était pas possible... Pas possible... Morgan était sous le choc, complètement, tout sommeil ayant quitté ses yeux pour laisser place à l'horreur complète. Quant à Callum, son expression était un mélange entre le choc, la colère et l'horreur.

Aveleen – C'est ce foutu magicien qui a été manipulé ! s'écria-t-elle, la voix à moitié brisée. Bon sang... Comment une histoire pareille peut-elle arriver ?!

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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Sam 24 Mar - 11:21

Et dire qu'il y a des populations qui vivaient là-dedans toute l'année... Parfaitement insupportable ! Entre la neige affolante, le vent qui semblait presque hurler des incantations sombres tout autour d'eux, les sentiers étroits, les falaises à pic, les chutes de neige et avalanches, les rochers qui tombaient sans crier gare, l'eau si glacée qu'on ne pouvait la boire telle quelle, vraiment un endroit des plus charmants ! Callum s'était emmitouflé le visage d'une longue écharpe, en plus de sa cape et capuche, seuls ses yeux étaient visibles, piqués et rougis par le froid. On lui avait expliqué que lorsque le corps "réagissait" encore, c'était très bon signe, autrement dit, quand on avait encore des frissons, les dents qui claquaient, la peau à vif et qu'on tremblait, car ça signifiait que le corps luttait contre le froid. Mais lorsqu'on ne réagissait plus, lorsque l'engourdissement vous prenait tout entier, le danger de mort était déjà sur vous. Ce soir-là, ils avaient mis longtemps avant de trouver l'abri réconfortant d'une petite grotte, où même les chevaux pouvaient entrer. Enfin ! Ce pays était infernal, les montagnes étaient si imposantes qu'on se sentait minuscule et incapable de faire front. Le froid était le pire, cela dit, il fallait bien être né ici pour supporter d'y vivre. En tout cas, Callum ne comprenait pas pourquoi certains étaient si attachés à ces montagnes.

Son cheval renâcla un peu, soufflant longuement par les naseaux lorsque le mercenaire ôta la selle puis le brossa, longuement, enlevant la neige et le crasse du voyage. Là, mon tout beau, tout va bien. Il devenait régulièrement impossible de progresser à cheval correctement, du moins, pas tant qu'ils n'auront pas franchi ce col. D'ici une bonne journée de voyage, ce devrait être bon, ils atteindront la vallée et laisseront là la neige, pour avoir seulement le froid, des plaines presque vides d'arbres et d'animaux, des tempêtes tout de même, et sans arrêt ce vent. Le chaîne Bréhor était sans conteste l'étape la plus difficile de leur voyage sur Enkidiev, une fois franchie, ils arriveront en vue de Thorstein, la ville fantôme avec ses habitants figés dans la lave et les cendres, puis la contourneront avant de poursuivre toujours plus avant vers le nord et la mer. Une fois fait, direction l'inconnu. Callum revint s'asseoir avec les autres près du feu pour manger et boire le thé que l'Elfe leur avait préparé, bavardant peu, se reposant surtout après cette longue journée. Alhombria était l'un des territoires les plus durs à vivre, ou même simplement à traverser, ils avaient su avant même d'arriver aux montagnes qu'ils allaient mettre bien du temps avant de les franchir.

Aussitôt après mangé, le jeune Morgan s'enroula dans sa couverture, la tête posée contre un petit sac, non loin du feu, et s'endormit aussi sec. Cet enfant était sacrément courageux, pour accepter d'entreprendre un voyage pareil, ça n'avait rien d'évident pour un garçon de douze ans. Il ne s'était jamais plaint, pas une seul fois, même lorsque la neige lui avait monté jusqu'à la taille. Chacun s'était relayé pour le porter, dans les passages délicats, avant qu'il ne soit enseveli. Le mercenaire se releva par la suite pour s'entraîner à quelques mouvements d'épéiste et s'étirer, s'occupant à ça chaque jour, tous les soirs, pour ne pas se réveiller le lendemain avec des courbatures à réveiller un mort. Il y était plongé lorsqu'il fut tiré net de sa concentration en voyant Jasson vaciller un peu puis pleurer. Que... Il y avait eu un malheur, les défenses avaient cédé, c'est ça ?! Quel pays avait été envahi ?! Le mercenaire bondit aussitôt près de lui en lui demandant ce qui arrivait, tout comme Aveleen, qui lui passa un bras autour des épaules. Le mouvement brusque avait également réveillé Morgan, les yeux encore bouffis de sommeil, et qui vint s'asseoir à côté d'eux. Alors, que s'était-il passé ?!

Ce que leur compagnon de voyage leur raconta le laissa sans voix, durant un long moment, partagé entre l'incrédulité, la colère et le choc. Et aussi un horrible sentiment de déjà-vu. Qui était la langue de vipère, parmi tous les conseillers du roi, qui avait ainsi produit cette pure manipulation ?! Là où l'heure devait être à l'union entre chaque peuple, ce chacal poussait à se séparer de leurs alliés ! Puis en arriver là, chasser de l'Ordre un des premiers chevaliers, le bannir de son pays ! Callum s'assit au sol avec lenteur, pendant que Aveleen entourait Jasson de ses bras, par derrière. Chassé, banni, toute idée d'alliance avec les Elfes complètement rompue, déclaration d'une nouvelle guerre, tensions... C'était une histoire de fous ! Il se frotta longuement la tempe, le coeur soulevé par la colère et le plus pur dégoût. Pourquoi tant de personnes étaient-elles si naïves et manipulables ?! Et pourquoi fallait-il toujours que des serpents avides et bien trop ambitieux usent les efforts de guerre pour leur seul profit et intérêt ?! Laisser tomber des projets qui pourraient aider à protéger ce continent ? Pas même en rêve ! Les Elfes les avait déjà aidé à plusieurs reprises, ils ne voulaient pas leur nuire.

Aveleen – C'est ce foutu magicien qui a été manipulé ! s'écria-t-elle, la voix à moitié brisée. Bon sang... Comment une histoire pareille peut-elle arriver ?!

Callum – Les vautours qui ne songent qu'à leur propre pouvoir sont ainsi, grogna-t-il. Ceux qui ne savent pas réfléchir à log terme et ne pensent qu'à leurs intérêts personnels. Ceux qui se fichent de la sécurité des populations. Mais ce n'est pas terminé.

Il posa une main sur l'épaule de Jasson, puis sur celle de Morgan, en le rapprochant un peu d'eux. Non, ce n'était pas terminé, et si l'enfant comptait rester avec eux plutôt que de rejoindre l'Ordre, il sera évidemment le bienvenu. Ils allaient poursuivre, tous les trois ou tous les quatre, ensemble et en se serrant les coudes, peu importe qu'on les prenne pour des criminels, des renégats ou des traîtres à leur peuple. C'était triste à dire mais Jasson apprendra à encaisser ça, lui aussi, on s'habituait à tout, Callum en était la preuve vivante. Et il n'était pas seul ! C'était ça, l'essentiel, ne pas être seul, on pouvait tout affronter sauf la solitude.

Callum – Tu as très bien réagi. Ce qui compte, c'est le devoir que nous devons accomplir, rapporter à ce continent de quoi se protéger de ses ennemis. Que vaut la décision inepte d'un roi à côté de ça ? Rien du tout, par rapport aux actes. Il peut chasser, il peut bannir, ça ne change rien à notre conduite. On forme cette équipe, on continuera ainsi.

Et oui, gamin, tu es inclue dedans. Morgan avait légèrement écarquillé les yeux, en comprenant visiblement à cet instant qu'il était vraiment considéré comme un membre à part entière du groupe et pas juste comme "l'apprenti de". Il ne pouvait de toute façon plus être l'apprenti de Jasson, si ce dernier n'était plus chevalier, il devenait donc un membre du groupe au même titre et rang qu'eux-mêmes.

Callum – Il faut dormir, demain, nous reprendrons la route. Le voyage est loin d'être achevé. On s'en sortira, si on garde notre ligne de conduite.

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MessageSujet: Re: Départ pour Alhombria   Sam 31 Mar - 17:49

Elund * Jasson, toi, Morgan et Callum, vous devez immédiatement rentrer et rejoindre le reste de l’Ordre, en laissant l’Elfe derrière vous.

Jasson * « L’Elfe » possède un nom, répliqua-t-il d’un ton où perçait l’agacement. Et pourquoi, maître, que se passe-t-il ?

Jasson fronça un peu les sourcils, se mordillant les lèvres pour contenir son agacement. Rentrer avec Callum mais laisser Aveleen derrière ? En quel honneur ? Callum ne faisait pas plus parti de l’Ordre que Aveleen, pourquoi devoir la « laisser derrière » ? Il avait comme un mauvais pressentiment, tout à coup, un mauvais pressentiment qui se confirma brutalement lorsque le magicien du château enchaîna sur son explication. Il n’était tout de même pas sérieux… Enfin ! Elund lança ensuite, visiblement convaincu de ce qu’il racontait comme inepties, que Aveleen n’avait faite que lui faire croire qu’elle était amoureuse de lui, pour mieux le manipuler et le piéger, sur ordre de la reine Galadriel. Jasson ne put s’empêcher de lâcher un « Quoi ?! » très peu respectueux, se raidissant d’autant plus dans son coin, assis par terre dans la grotte. C’était quoi encore, cette histoire ?! Le magicien lui rétorqua sèchement de se modérer, puis répéta son ordre de rentrer immédiatement. Mais ils ne pouvaient pas ! Il n’y avait aucun complot ou manipulation, c’était complètement absurde ! Le coeur de Jasson s’emballa encore plus vite sous l’effet de la colère, de l’indignation et de l’hébétude, quand Elund ajouta qu’ils allaient le « libérer » de son lien avec Aveleen et qu’il ferait mieux d’apprendre à ne plus s’approcher autant des espèces étrangères. Jasson jura, balançant qu’il n’aurait pas cru que son maître soit un aussi *** raciste !

Elund * Surveille ton langage, jeune homme !

Santo * Maître Elund, intervint tout à coup le guérisseur, vous n’êtes pas sérieux ? Les Elfes sont un peuple étrange et différent, je l’admets, mais de là à les accuser de vouloir éradiquer les Humains ! Je tiens à rappeler qu’ils nous ont toujours aidés, jusqu’ici. C’est grâce à leurs documents sur les wyvernes et leurs connaissances que nous avons mis au point l’antidote qui a sauvé Chloé. Et Aveleen aussi nous a aidé.

Le jeune homme appuya le plat de la main contre son genou, commençant à trembler un peu tandis qu’il réalisait que Elund était sérieux, on ne peut plus sérieux, qu’il était vraiment en train d’accuser les Elfes d’être des ennemis, vraiment en train de lui dire qu’il n’avait été que manipulé et que cette quête n’était qu’une façon de les jeter dans un piège, qu’il voulait vraiment les faire revenir et ainsi perdre un des moyens de lutter contre les dragons. Il secoua la tête en inspirant profondément, regardant sans les voir les parois humides de la grotte, à peine réchauffé par le feu ronflant qu’ils avaient allumé en arrivant, toute à l’heure, dans cet abri de fortune. Il n’arrivait pas à y croire… Comment le Roi et Elund avaient-ils pu se laisser manipuler à ce point ? Car s’il y avait bien des personnes qui avaient été manipulées, en effet, c’était eux et personne d’autre ! Son regard vola sur Callum, en pleine entraînement malgré l’heure tardive et la journée très ardue à voyager dans ces montagnes, puis sur Morgan, qui lui était tombé dans les bras de Morphée sitôt allongé non loin du feu, et enfin sur Aveleen, assise en tailleur et les yeux fermés, occupée à méditer. Il avait tout quitté, avec eux trois, pour trouver un moyen de protéger le continent et à cause de quelques manigances politiques, il faudrait non seulement abandonner mais aussi détruire une alliance qui avait déjà tant de mal à se monter ?! Non ! Enfin, non ! Jamais ! Ils ne pouvaient quand même pas commettre des erreurs aussi grossière en temps de guerre ! Elund ne voyait-il donc pas le danger de telles manœuvres ?!

Chloé * Et nous n’avons aucune preuve tangible de tout ceci, Aveleen a même risqué sa vie lorsque nous sommes allés chercher Santo, rien ne l’y obligeait réellement. De plus, pourquoi monteraient-ils un tel stratagème s’ils nous permettent de nous sauver grâce à toutes ces précieuses informations ? Les Elfes vivent plus vieux, ils sont patients et préféreront attendre notre mort « naturelle » plutôt que de nous tuer de leurs propres mains. Surtout maintenant.

Elund * Nous avons une preuve grâce à ce que nous avons découvert sur cette sorcière. Par ailleurs, aucun d’entre vous n’a à discuter mes ordres. Il n’est pas question de vous laisser foncer tout droit dans un piège, Jasson, dans cette quête insensée. Tu dois rentrer. Nous ferons en sorte de te couper de ce lien, avec cette Elfe.

Bien sûr, il allait gentiment revenir si c’était pour se voir privé de ce qu’il ressentait pour Aveleen, jeter en l’air une mission importante pour la protection du continent et contribuer à démolir une alliance dont ils avaient besoin pour remporter cette guerre. Il refusa donc clairement, prêt à ajouter autre chose lorsque Chloé lui coupa la parole, dans une tentative de calmer le jeu et montrer à quel point tout cela était absurde. Pendant qu’elle parlait, il s’efforça de reprendre son calme, elle avait raison, s’emporter était stupide et contre-productif. Il ignorait par quelle magie les conseillers du roi en étaient arrivés à prendre une décision pareille, mais il n’était pas encore impossible de leur faire comprendre que c’était bien eux qui étaient manipulés. Chloé avait raison, leur peuple ne représentait aucune menace sérieuse, pour les Elfes ! Il y eut un moment de silence puis Elund reprit la parole, en disant au jeune homme qu’il ne l’aurait pas cru capable de se rebeller ainsi, au profit des Elfes, alors que lui-même était Humain et chevalier. Que sa priorité devrait être le bien global de ce continent. Justement, il ne pensait qu’à cela ! Jasson rétorqua que justement, ce voyage était fait pour le bien du continent, pour trouver une arme destinée à le protéger !

Elund * Si tu n’es pas capable de retrouver la raison et surtout d’obéir, Jasson, tu ne mérites pas d’être chevalier.

Si vouloir protéger Enkidiev, accomplir son Devoir et garder des liens solides avec les autres peuples signifiait qu’il ne pouvait pas être chevalier, et bien soit. Ce n’était pas la première fois qu’on lui reprochait ça, pas la première fois qu’on lui reprochait de ne pas rentrer exactement dans le moule des chevaliers d’Emeraude, sans doute aurait-il dû s’attendre à ce qu’on en arrive là. Non, il ne pouvait pas obéir, dans une telle situation, quand bien même cela devait lui coûter sa place dans l’Ordre. Si on devait le chasser, il reconduira Morgan à la frontière ou demandera de l’aide pour qu’il soit ramené auprès des autres en parfaite sécurité. Jasson avala douloureusement sa salive mais réussit, mentalement, à conserver un ton égal, disant qu’il était désole que le Roi et Elund voit les choses ainsi. Lui, néanmoins, ne dérogera pas à son Devoir, qu’il poursuivra son but et son voyage, avec ceux qui accepteront d’être à ses côtés, peu importe qu’il le fasse en tant que chevalier ou en tant que simple mercenaire. En terminant d’énoncer ça, il se mordit vivement les lèvres pour garder son sang-froid, tandis que Chloé et Santo exprimaient vivement qu’il avait tout leur soutien. Merci. Jasson baissa un peu la tête, à la fois touché et reconnaissant, tremblant maintenant assez fort. Merci…

La sentence fut néanmoins plus violente que celle qu’ils ‘attendait à recevoir. Elund le chassa de l’Ordre, cela, c’était prévisible. Mais il le bannit également du royaume au nom du Roi et enfin, le pire de tout pour Jasson, lui annonça que dès demain, son lien mental avec les autres chevaliers sera complètement brisé. Le jeune homme faillit s’étrangler en rouvrant les yeux, vacillant un peu en reprenant contact avec la réalité, les larmes s’échappant et lui brouillant la vue. Couper leur lien ?! Il voulait le couper des six autres et du reste de l’Ordre ?! Couper… Couper le lien tissé avec ses frères et sœurs, un lien noué depuis leur plus tendre enfance et renforcé depuis des années… Il réalisa avec un temps de retard que Morgan s’était levé pour le rejoindre, comme Callum et Elvira, cette dernière passant un bras autour de ses épaules, tus demandant ce qui s’était passé. Il mit un moment avant de retrouver suffisamment ses esprits pour leur raconter ce qui venait de passer, glacé tout à coup. Banni, chassé, le lien avec ses frères d’armes qui allait être brisé… Ce qui le terrorisait. Callum s’assit près d’eux, Aveleen vint l’enlacer par derrière en tremblant. Morgan, lui, était sans voix, ne parvenant pas à y croire.

Aveleen – C'est ce foutu magicien qui a été manipulé ! s'écria-t-elle, la voix à moitié brisée. Bon sang... Comment une histoire pareille peut-elle arriver ?!

Callum – Les vautours qui ne songent qu'à leur propre pouvoir sont ainsi, grogna-t-il. Ceux qui ne savent pas réfléchir à log terme et ne pensent qu'à leurs intérêts personnels. Ceux qui se fichent de la sécurité des populations. Mais ce n'est pas terminé.

Jasson avait beau se répéter ça, il se sentait sonné. Tous ses efforts étaient concentrés sur empêcher ses émotions de déborder, car il n’était pas question de perturber ceux qui allaient se battre sur les côtes de Zénor, cette nuit. Il ne commençait que maintenant à réaliser toutes les conséquences que ce rejet allait engendrer. Il ne pourra plus jamais remettre les pieds dans ce royaume qu’il avait appris à aimer, il ne pourra plus chevaucher aux côtés de ses frères et sœurs d’armes, ni combattre à leurs côté, en tant que chevalier. Il ne partagera plus ce lien si intime et réconfortant les liant entre eux tous, il ne partagera plus leur vie… On allait le considérer comme un traître à son propre peuple, allié aux Elfes contre les Humains, alors que ces accusations n’étaient que folie pure ! Ce qui voulait dire qu’il n’aura plus sa place nulle part parmi les hommes… De plus en plus blême, il inspira profondément pour arrêter les larmes, serrant la petite main que Morgan avait glissé dans la sienne, posant l’autre sur celle que Callum avait mise sur son épaule, tête un peu penchée contre Aveleen. Au moins étaient-ils ensemble, tous les quatre… Et s’il n’était plus chevalier, Morgan ne pouvait plus être son écuyer. Soit il rejoignait l’Ordre, soit il le quittait aussi pour poursuivre avec eux. Jasson ne lui enlèvera pas cette décision, il s’agissait de son avenir. S’il poursuivait avec eux, il continuera bien sûr de l’entraîner mais ce ne sera plus du tout la même relation entre eux.

Callum – Tu as très bien réagi. Ce qui compte, c'est le devoir que nous devons accomplir, rapporter à ce continent de quoi se protéger de ses ennemis. Que vaut la décision inepte d'un roi à côté de ça ? Rien du tout, par rapport aux actes. Il peut chasser, il peut bannir, ça ne change rien à notre conduite. On forme cette équipe, on continuera ainsi.

Oui… Oui, il avait raison, ils devaient rester concentrés sur leurs objectifs, ce n’était pas le moment de craquer. Il avait fait un choix et l’assumait… Jasson hocha la tête avec lenteur, reniflant un peu et serrant plus fort la main de Morgan. Callum les poussa à aller dormir, le voyage était encore loin d’être terminé. Ils s’en sortiront, oui… Jasson se laissa presque tomber au sol, près du feu, puis réceptionna Morgan dans ses bras lorsqu’il vint se blottir contre lui. Le petit garçon resta silencieux un long moment puis finit par chuchoter qu’il restera, tant pis s’il n’était plus écuyer, il ne voulait pas servir l’Ordre si c’était pour qu’un Roi puisse vous jeter comme ça, d’une telle manière. Jasson le serra un peu plus fort dans ses bras, touché, puis lui massa un peu ma nuque pour le détendre un peu. Il chuchota ensuite mentalement à Santo et Chloé que Morgan voulait rester avec eux, ne pas revenir au sein de l’Ordre. Puis il laissa ensuite là la communication mentale, entendant Wellan lancer ses ordres à Bergeau et Bridgess pour se mettre en place, sur les plages de Zénor. C’était à leurs compagnons qu’ils devaient penser, maintenant, à ceux qui se battaient…

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