Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Les nerfs cèdent parfois

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Elvira d'Émeraude
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MessageSujet: Les nerfs cèdent parfois   Sam 19 Aoû - 14:59

Rester bien droite, ne rien montrer de ses sentiments, sourire lorsqu’il le faut et tenir la conversation. Elvira en avait l’habitude. Assis autour d’une table en bois solide et couverte de mets, à la droite du Roi d’Emeraude assise au bout et face à son père, le Roi Pally, assis lui à la gauche de leur hôte, elle veillait à son comportement avec un très grand soin, presque maniaque, depuis l’arrivée de sa famille hier soir, invitée pour quelques jours avant le mariage. Son frère Favin était assis, lui, à côté de Père, tandis que sa mère, Ella, était installée près d’elle et lui souriait parfois. Lors de leur arrivée, assez tard le soir, elle avait attendue d’être un instant seule avec elle pour la serrer dans ses bras et déclarer qu’elle était très fière d’elle et de voir qu’elle sera bientôt une femme mariée, qu’elle aura à son tour à fonder un foyer et éduquer dignement ses enfants. Elvira avait été à deux doigts de fondre en larmes puis s’était reprise, respirant profondément et se concentrant, elle devait être à la hauteur. Favin, de son côté, n’avait pas dit grand-chose, mais Elvira le connaissait assez bien pour voir que lui aussi était rebuté par le grand âge du Roi d’Emeraude, son regard le trahissait. Même maintenant, pendant ce petit-déjeuner, il jetait parfois de rapides et discrets coups d’œils au Roi, puis à elle, avant de le reporter plus loin.

Bien sûr, Elvira s’était faite à l’idée qu’elle serait mariée à un homme qu’elle ne connaissait pas et qu’elle devrait s’offrir à lui, une perspective déjà difficile, cependant, cela le devenait encore plus avec cette différence d’âge. Elle acceptait d’être ainsi donnée en mariage, comprenant l’importance du Devoir, par contre, en le cas présent, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir des frissons, craignant d’être touchée par un homme ayant l’âge d’être son grand-père. Père et le Roi discutaient ensemble avec une certaine gaieté d’affaires courantes sur le continent, sans eux paraître soucieux le moins du monde, sauf au moment où ils discutèrent des dragons en train d’être éradiqués partout sur le continent. Cela rappela à Elvira que sa propre sœur avait été gravement blessée à cause de l’un d’eux, cinq jours plus tôt... L’histoire de cette attaque s’était répandue, à la fois grâce à ceux qui avaient vu le combat au loin et quelques chevaliers qui avaient accepté d’en parler, on savait à présent que la bête avait été abattue par un archer, à quelques mètres de distance, d’une seule flèche d’un œil. Toucher une cible mouvante aussi petite et rapide tenait de l’exploit, par ailleurs. Sans cela, Chloé aurait peut-être pu en mourir ! Heureusement, elle semblait aller bien, Elvira l’avait vu quitter le château, hier matin, en compagnie du chevalier guérisseur et de leurs écuyers. Si elle tenait à cheval, c’est qu’elle devait se sentir bien mieux, non ?

Émeraude Ier – Un exploit, en effet, cet homme, quel qu’il soit, doit être retrouvé, je ne comprends guère ce qui l’a ainsi poussé à fuir. J’imagine mal un soldat être si timide.

Père – A quoi bon l’être lorsqu’on accomplit son devoir. En revanche, je ne pense pas qu’il soit soldat, étant donné les circonstances. Plutôt un chasseur ou un mercenaire. Tant que ce n’est pas un brigand…

Émeraude Ier – Un brigand n’aurait certes pas été se mêler à une telle attaque.

Père – Vous avez raison.

Qui sait… Même les brigands pouvaient être portés à agir face à une menace de cette importance. Elvira garda néanmoins son opinion pour elle, pendant que la conversation dérivait ensuite vers le mariage à venir. Son mariage… Elle répondit au sourire que son père lui adressa lorsqu’il lui déclara être fier que cette alliance puisse ainsi se conclure et qu’elle pouvait en être des plus heureuses. En effet, très heureuse, qui pourrait prétendre le contraire ? S’admonestant elle-même de continuer à sourire, elle tourna la tête vers le Émeraude Ier lorsqu’il l’informa que le joaillier du château devait passer la voir afin de concevoir pour elle une couronne adaptée, qui lui « ira parfaitement ». La jeune femme répondit d’un ton calme, tout en ayant la curieuse impression que son estomac avait déserté avec le reste de ses organes, se sentant tout à coup très vide, comme si le poids de ladite couronne pesait déjà sur sa tête. Elle devait aussi faire les essayages pour la robe qu’elle devra porter et encore d’autres préparatifs. On allait donc l’habiller, la coiffer, lui faire rejoindre le roi qui posera une couronne sur sa tête, l’épouser, ouvrir les cuisses le soir pour qu’il lui fasse un enfant et le tout en souriant sans cesse et surtout en la bouclant bien gentiment. Comme sa mère avant elle, pensée amère qu’elle regretta aussitôt, car c’était bien mesquin pour la reine Ella.

Cette fois-ci, il fut impossible de manquer la grimace de dégoût qui échappa très brièvement à Favin avant qu’il ne pose une main contre sa bouche et se reprenne, son regard, si semblable au sien, brûlant de colère. Elle aurait aimé lui dire que ce n’était pas grave, qu’il s’agissait de son devoir, qu’il ne devait pas s’inquiéter pour elle ni se rebiffer contre ça, ce serait une trop mauvaise idée, il ne devait pas aller à l’encontre des décisions de Père. Il était son héritier ! Ni lui ni elle n’avaient à discuter ça, ce n’était pas leur place. Elle allait se marier sans rien dire et fera un effort, lorsqu’il sera temps pour elle de donner un héritier au Roi. Après tout, la différence d’âge pouvait être oubliée… Elle savait depuis longtemps qu’elle devra se donner à un homme dont elle n’était pas amoureuse, l’âge n’était finalement qu’un détail. Lorsque le petit-déjeuner fut terminé, Elvira put se rendre un moment dans les jardins du château avec Mère, de nouveau abreuvée de conseils pour le comportement à adopter en tant que reine, une fois qu’elle sera mariée. Marchant doucement auprès d’elle, les mains jointes devant elle, elles durent néanmoins rentrer lorsque la pluie revint, la brève accalmie terminée. Elle passa ensuite une bonne partie de la matinée avec elle, pour discuter, se confier, penser à l’avenir.

Après cela, il fut temps pour elle de rencontrer le fameux joaillier du château. Il prit le tour de sa tête avec un petit ruban, comme le tailleur, puis commença à réfléchir à voix haute sur le meilleur alliage et composition à produire pour produire une couronne « digne d’une reine », phrase qui fit frissonner Elvira malgré elle. Malgré toute l’éducation reçue, malgré le Devoir, malgré tous les préparatifs faits, elle ne se sentait toujours pas prête à devenir reine. Sa mère avait-elle eu cette peur, lorsqu’elle avait dû épouser père ? Elle lui avait déjà raconté la façon dont elle cela s’était passé, ses parents l’avaient tout simplement conduite au royaume de Perle la veille de son mariage et elle avait rencontré Pally devant l’hôtel, s’unissant à lui alors qu’elle ne connaissait que son nom, rien d’autre. Après le joaillier, elle dû voir le tailleur, pour la tenue de mariage. Gwen était là, l’accompagnant et l’aidant à ôter puis mettre les diverses tenues et tissus, pendant que le tailleur lui tournait autour en mesurant, prenant sa taille, serrant les tissus ou les rendant plus ample, parlant pour lui-même dans sa barbe dans un ton très rapide et incompréhensible. Elvira commençait à en avoir le tournis, suivant le cours de sa vie comme une simple spectatrice, désormais, qui ne pouvait décider de rien. On s’occupait d’elle et on la préparait, elle ne devait que suivre sans rien dire, son sort ne lui appartenait pas.

Enfin, au bout d’un très long moment, elle put enfin enfiler une robe plus ordinaire. Derrière le paravent, elle ôta la lourde et riche robe avec l’aide de Gwen, qui alla la rendre au tailleur afin qu’il procède aux ajustements et fasse le nécessaire pour le « grand » jour. Elvira resta un petit moment en petite tenue, pour respirer, puis renfila jupons et corset, avant de passer une longe robe droite aux manches longes, d’un blanc cassé soutenu, avec une ceinture bleu nuit enserrant sa taille, de même couleur que la bordure des manches. Au-dehors, il pleuvait toujours à torrent, si fort qu’on y voyait pas à deux mètres. La plupart des chevaliers devaient sûrement s’entraîner tout de même dans leur aile, pluie ou non, à moins qu’ils n’aient débarrassé une des grandes salles pour s’entraîner à l’intérieur. La jeune femme enfila une longe capeline pour se couvrir, avec une capuche pour se protéger de la pluie, puis descendit les étages, sortant discrètement par l’arrière. Elle voulait parler à sa sœur, lui demander… Comment s’y prendre. Comment faire pour être acceptée par le peuple de ce pays. Comment rendre fier leur Père. Ses souliers collèrent un peu à la boue de la cour lorsqu’elle sortit, marchant vite en frissonnant un peu à cause de l’eau glacée frappant sa capeline et un peu son visage, malgré la capuche.

Après avoir passé une petite arche, dans un haut et long mur de pierres, Elvira arriva dans l’aile du château réservée à l’Ordre, elle stoppa tout à coup, reculant dans l’ombre en voyant passer une silhouette familière, avec deux des chevaliers. Le cœur battant, elle plissa les yeux, essayant de bien voir malgré la pluie, mais ils étaient déjà passés. Elle avait dû halluciner. Continuant sa route, elle essaya de ne pas perdre trop de temps, remonter un peu sa jupe avec les mains pour ne pas la faire tremper dans la boue et la terre de la cour, se dépêchant d’entrer par une des grandes portes permettant d’accéder à l’aile principale des chevaliers. Là, elle laissa tomber sa capuche, soulagée d’être à l’intérieur, puis interpella un domestique pour lui demander s’il savait où se trouvait présentement le chevalier Chloé. Elle demanda ainsi à plusieurs personnes avant qu’on ne puisse lui indiquer qu’on l’avait vu dans la bibliothèque de l’Ordre, et même avec ça, ne connaissant pas les lieux, Elvira finit par se perdre. Elle erra un moment avant d’entendre des bruits de pas derrière elle, dans le couloir, se retournant avec soulagement en reconnaissant Chloé. La jeune femme s’excusa de la déranger, glacée à présent, les courants d’air très froids venant s’ajouter à la lourde pluie.

Chloé – Vous ne me dérangez pas. Je peux vous aider ?

Elle était souriante, au contraire d’Elvira qui avait pour le moment le plus grand mal à afficher autre chose qu’une expression essoufflée et un peu hébétée. Elle essaya vraiment, ce qui fit plus un petite grimace qu’autre chose, puis entrouvrit la bouche pour lui demander conseil avant de fondre brusquement en larmes, incapable de s’en empêcher, portant les deux mains à son visage pour essuyer un peu le déluge en bafouillant qu’elle était désolée. Vraiment, pardon, ce n’était rien, elle était juste un petit peu sur les nerfs, ça allait passer, pardon de lui infliger ce pathétique spectacle. Sa sœur s’approcha à son tour, l’incitant doucement à partir avec elle, pour se rendre dans une autre salle, visiblement de travail, un peu plus loin. Dès que la porte fut refermée, Chloé se retourna puis la serra tout à coup dans ses bras, surprenant beaucoup la jeune femme qui se sentit soudain toute petite, comme si elle était toujours enfant. Elle renifla un peu, s’accrochant timidement du bout des doigts à elle, tête baissée et nichée contre son cou. Désolée… C’était juste… Le contre-coup. Tout léger. Sa sœur se mit à lui frotter un peu le dos en lui disant que ça ira, qu’elle ne la laissera jamais. C’était vrai ? Le jeune femme batailla pour se reprendre, même si elle n’avait pas la moindre envie de bouger pour le moment.

Elvira – Je… Je dois me mar… Avec… Il est… âgé… J’ai peur qu’il me touche… Peur de ne pas réussir à… avoir un fils…

Et peur de décevoir ainsi Père, ce qui lui serra un peu plus la gorge, à cette seule pensée. Elle s’accrocha un peu plus fort à sa sœur, serrant les dents en se battant pour ne plus laisser couler ses larmes.

Elvira – Pardon, je sais, c’est… Ridicule… Vous vous battez jour après jour contre des monstres et moi, j’ai peur d’un… simple mariage… Pardon…

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Les nerfs cèdent parfois   Sam 7 Oct - 22:58

Chloé veillait sur Ariane de loin, la regardant s’entraîner en supervisant sans faire le moindre effort, comme l’avait demandé Santo. Elle ne pouvait peut-être pas toucher à une arme, d’accord, c’était compris, mais il pouvait au moins lui accorder la surveillance de son écuyer. Ne rien faire la rendait folle, plus encore maintenant avec les sentiments de Callum et d’Elvira. Elle était… entre les deux, en fait. La culpabilité d’avoir rappelé cette histoire à cet homme qu’elle ne connaissait qu’au travers des souvenirs de sa demi-sœur ne cessait de croître même si elle s’efforçait de le dissimuler à ses frères et sœurs d’armes. Elle se concentrait sur son écuyer, la conseillant en corrigeant sa posture sans s’impliquer davantage dans les exercices physiques, la menace de Santo suffisant à la modérer. Surtout depuis ce qui était arrivé à Callum la veille… C’était cruel, vraiment. D’autant plus avec le mariage qui approchait, mariage d’Elvira avec le Roi d’Emeraude, mariage qu’il ne supportait pas tout comme elle et bon nombre d’entre eux qui ne voyaient que la différence d’âge.

Chloé – Attention, Ariane, lève un peu plus le bras. Comme ça, dit-elle en s’approchant pour lui redresser un peu le bras qui tenait l’épée.

Elle s’écarta ensuite pour laisser la petite Fée attaquer le mannequin de bois avec différentes techniques qu’elle avait apprises et qu’elle répétait depuis un moment, Chloé l’observant attentivement tout en prenant bien soin de cadenasser ses pensées et sentiments, histoire d’éviter les remarques. Etant donné la pluie et le mauvais temps, tous les Chevaliers étaient obligés de s’entraîner à l’intérieur, dans des salles plus petites que la cour, et étaient donc plus proches les uns des autres sans se gêner pour autant. Ce n’était pas idéal mais ils étaient tous assez disciplinés pour se répartir dans les salles sans entraver les mouvements des autres, certains ayant organisé la journée d’une autre manière pour qu’ils ne soient pas tous ici en même temps. En soi, c’était une journée normale… Banale, presque. Si ce n’est que Callum, l’homme rejeté par son père et retenu ici, à Emeraude, était dans leur Aile. Et que sa sœur adoptive en était toujours amoureuse, emplie de doutes et qu’elle allait se marier alors qu’il était dans le château.

Stop ! Il fallait absolument que Chloé arrête de penser à cela, même de loin, pour empêcher que les autres ne le ressentent et décident de lui parler. Eloignant ces sentiments et pensées d’elle, elle se centra de nouveau sur l’entraînement d’Ariane, passant le début de la matinée à l’aider sans laisser de place au reste. Au bout de longues heures, cependant, la jeune femme laissa la petite s’amuser avec les autres écuyers pour un temps de pause bien mérité, comme tous étaient enfermés dans l’Aile et que les enfants avaient bien travaillé. Elle-même en profita pour aller étudier un peu dans leur bibliothèque, cherchant quelques ouvrages sur l’Histoire du continent, plus particulièrement sur les peuples des montagnes dont parlaient les légendes. Maintenant qu’elle avait de nouvelles informations à ce sujet, elle avait besoin de relire ce qu’elle avait déjà parcouru par le passé, comparer les éléments pour démêler le vrai du faux et bien se préparer. Parce qu’elle n’était pas prête à ce qui risquait de leur tomber dessus, clairement pas, cette blessure qu’elle avait subie et l’homme qu’ils avaient croisé en étaient des preuves flagrantes.

Ce n’est qu’au bout d’une heure ou deux, plongée dans divers ouvrages traitant des légendes d’autrefois et de l’Histoire du continent, que Chloé perçut sa sœur adoptive dans les environs proches. Sondant l’Aile, elle comprit qu’Elvira la cherchait et sentit qu’elle était sur le point de craquer, complètement, de pleurer et de céder à la panique même si le Devoir semblait très présent dans son esprit. Elle savait que, malheureusement selon son point de vue, la jeune princesse accomplirait ce que l’on… ce que le roi de Perle exigeait d’elle, la faisant passer pour sa propre fille et lui imposant ainsi cette vie avec un roi beaucoup plus âgé, trop âgé même. Refoulant une vague de nausées, Chloé referma le gros manuscrit rédigé dans une écriture délicate avec quelques illustrations, le rangea à sa place comme les autres ouvrages qu’elle avait pris, et sortit de la bibliothèque. Elle ne tarda pas à trouver sa sœur, marchant vers l’exact opposé, apparemment complètement perdue. Ce qui était le cas, vu le soulagement qui se lisait sur son visage en apercevant Chloé après s’être retournée.

Aussitôt, elle s’excusa de la déranger, glacée et trempée sous cette fine cape qu’elle semblait avoir emporté à la hâte avant de venir la rejoindre ici. Elle devait être en plein dans les préparatifs du mariage depuis tôt ce matin, à sourire et à se montrer docile comme on en attendait d’une future reine dans pareilles circonstances. Dans cet état, elle donnait l’impression d’être encore plus fragile et sensible, comme si une autre mauvaise nouvelle la plongerait dans un état de profonde tristesse… La chevalier s’obligea à penser aux paroles de Santo, être là pour Elvira et ne pas se laisser submerger par ses propres émotions. Mais, très honnêtement, en cet instant précis, ne pas s’écouter était horriblement difficile. Elle savait que son père était là, à Emeraude, et n’avait qu’une envie qu’elle peinait à refouler – même si elle ne ferait rien – jusqu’à présent, raison pour laquelle elle évitait autant que possible les bâtiments royaux. Juste pour… être sûre de ne rien faire de grave.

Chloé – Vous ne me dérangez pas. Je peux vous aider ?

Chloé était resté souriante, essayant de rassurer Elvira et de lui apporter un peu de soutien par cet intermédiaire, mais ne reçut en retour qu’une petite grimace, le sourire ayant quitté ses lèvres pour le moment… Avant qu’elle ne fonde en larmes devant elle, portant ses mains à son visage comme pour se cacher mais il n’en était rien. Sans réfléchir davantage, la jeune femme incita la princesse à la suivre, la poussant doucement de la main vers une autre salle où personne ne viendrait les déranger. Elle referma la porte derrière elle puis se retourna vers sa sœur avant de la serrer dans ses bras, comme avec ses écuyers lorsqu’elles n’étaient pas bien. Chloé ne prononça pas un mot, se contentant de lui frotter doucement le dos, la laissant pleurer sur son épaule, envoyant valser le protocole et la distance imposée en présence d’un membre de la Royauté. Elle lui murmura des paroles de réconfort avec l’horrible impression qu’elles étaient creuses, que cela ne servait à rien, se concentrant de toutes ses forces sur ce qu’avait dit Santo. Être là pour elle, la soutenir… Mais ça ne servait à rien ! Elvira allait être enceinte de… de… Chloé ajouta qu’elle ne la laisserait jamais, la gorge très serrée, sans lâcher sa sœur tout de suite en la sentant s’accrocher légèrement à elle.

Elvira – Je… Je dois me mar… Avec… Il est… âgé… J’ai peur qu’il me touche… Peur de ne pas réussir à… avoir un fils…

Ou comment se sentir plus impuissante que jamais… Chloé resserra son étreinte en même temps qu’Elvira s’accrochait à elle, plus fort, semblant lutter pour retenir ses larmes et se reprendre. Elle ne trouvait pas de mots, ignorait ce qu’elle devait lui dire, lui répondre, alors que sa seule envie était de vomir et de… de… de hurler, au minimum. Mais elle ne pouvait pas. Le sang-froid, le contrôle, et tout cela. Elle ferma les yeux, frottant toujours le dos de sa sœur pour essayer de l’aider, pour la réconforter, lui montrer qu’elle pouvait pleurer et qu’elle-même resterait là tant qu’elle en avait besoin. Ses frères et sœurs d’arme ne pouvaient rien lui dire, elle aidait la princesse et leur future reine, c’était son Devoir aussi. Et là, qu’allaient-ils trouver à dire, hein ? Elle ne se maîtrisait pas, soit, ils régleraient cette histoire plus tard. Pour l’instant, qu’ils la laissent tranquille, pour l’instant et pour quelques mois, aussi. Tant qu’elle aidait sa sœur, s’occupait de son écuyer et ne négligeait pas ses obligations…

Elvira – Pardon, je sais, c’est… Ridicule… Vous vous battez jour après jour contre des monstres et moi, j’ai peur d’un… simple mariage… Pardon…

Chloé – Ce n’est pas un simple mariage…, dit-elle d’un ton qu’elle s’efforçait de rendre doux. Cela représente tout ce pourquoi vous avez été formée par votre… père. Et nous savons toutes les deux la pression que cela représente, surtout avec un homme aussi… âgé.

C’était… incroyablement difficile. Parler en restant polie, courtoise, ne pas dévoiler le fond de sa pensée, rester… correcte, alors que son esprit ne l’était pas du tout. Elle avait envie de dire à Elvira que Callum était là, dans l’Aile des Chevaliers, qu’elle pouvait le voir si elle le voulait, mais c’était trop dangereux. En plus de cela, ils n’avaient pas été très… Ils avaient utilisé la ruse pour le ramener là où lui l’avait refusé dès qu’il avait su pour Elvira et le mariage. Sans oublier qu’elle n’était pas censée savoir qui il était et quelle importance il avait pour la jeune princesse. Elle n’était pas non plus censée être touchée à ce point par un sujet, devant rester neutre et objective. Mais ce n’était pas possible, pas pour cela, pas alors qu’elle avait clairement ressenti la douleur de Callum, pas alors qu’elle ressentait la détresse d’Elvira. Qui pleurait dans ses bras, ne savait pas comment faire et craignait que le Roi ne la touche. Que répondre à cela… ?

Chloé – Lorsque j’ai peur, avant un combat, je pense aux moments positifs, aux moments heureux et à tout ce que j’ai répété depuis des années pour me donner confiance. J’ai les compétences, puisque je suis chevalier. Vous avez les compétences puisque vous êtes une princesse. Vous ne vous tromperez pas. Et pour… pour l’enfant, seule la Nature peut décider, ce n’est donc pas votre faute, mais si vous avez une fille, le Roi écoutera ses conseillers et ne vous fera rien de nuisible. Cela ne dépend pas de vous.

S’il le fallait, elle était prête à demander elle-même audience au Roi s’il avait une fille et qu’il s’apprêtait à commettre une grossière erreur ou à humilier Elvira. Elle devait déjà subir un mariage comme celui-ci, avec un homme aussi âgé, il ne pouvait pas lui détruire la vie en plus de cela pour une histoire d’enfant. Il avait énormément de chance si cela fonctionnait, étant donné la différence d’âge. Surtout si l’enfant était en bonne santé… Chloé s’écarta très légèrement de sa sœur pour la regarder, observant ses yeux humides et cet air désemparé, terrorisé et enfantin tout d’un coup. Elle voulait tellement l’aider, faire quelque chose susceptible d’empêcher tout cela. Mais quoi…

Chloé – Je ne peux qu’imaginer ce que vous ressentez mais… Le Roi ne vous maltraitera pas, vous pouvez en être sûre. C’est une maigre compensation mais vous pourrez venir me parler autant de fois que vous en aurez besoin une fois… une fois que ce sera passé. Je ne suis que chevalier mais vous pouvez compter sur moi. Ce n’est pas nous qui écrivons les lois mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider à surmonter tout cela.

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MessageSujet: Re: Les nerfs cèdent parfois   Ven 27 Oct - 10:57

Chloé – Ce n’est pas un simple mariage…, dit-elle d’un ton qu’elle s’efforçait de rendre doux. Cela représente tout ce pourquoi vous avez été formée par votre… père. Et nous savons toutes les deux la pression que cela représente, surtout avec un homme aussi… âgé.

Tout de même… Peut-être avait-elle été formée à ça, oui, mais dans ce cas, elle devrait être plus forte et ne pas se laisser abattre aussi facilement. Comment faire ? Elle-même, comment s’y prenait-elle pour relever la tête lorsqu’elle avait peur ? Elles en avaient déjà brièvement parlé mais trop peu pour que la jeune femme parvienne à bien comprendre, étant donné qu’elle n’avait jamais vécu ça, elle ne s’était jamais retrouvée face au danger, pas alors qu’elle avait passé toute sa vie entre les murs du château, n’en sortant qu’en de rares occasions. On pouvait aussi ajouter les moments volés avec Callum pour leurs balades dans les bois, la nuit, mais même là, elle n’avait pas été en danger puisqu’il veillait sur elle et ne l’emmenait pas chasser des loups ou des ours. La jeune femme soupira un pu, les yeux fermés durant un petit moment. Elle savait que tout cela allait arriver, bien entendu, mais… Finalement, son plus gros frein était l’âge de son futur époux et le fait qu’on l’ait envoyée ici en lui mentant, que son père ne lui ait même pas dit qu’elle ne venait que pour être mariée. Sa première véritable mission, ce qu’elle avait pris pour une marque de confiance, n’était en fait rien, juste du vent.

Chloé – Lorsque j’ai peur, avant un combat, je pense aux moments positifs, aux moments heureux et à tout ce que j’ai répété depuis des années pour me donner confiance. J’ai les compétences, puisque je suis chevalier. Vous avez les compétences puisque vous êtes une princesse. Vous ne vous tromperez pas. Et pour… pour l’enfant, seule la Nature peut décider, ce n’est donc pas votre faute, mais si vous avez une fille, le Roi écoutera ses conseillers et ne vous fera rien de nuisible. Cela ne dépend pas de vous.

Peut-être. Elle ne savait pas. Elvira redressa la tête pour regarder sa sœur, alors qu’elle s’écartait un petit peu. Yeux bleus légèrement bridés contre yeux marrons en amande. Cheveux blonds épais et bouclés contre cheveux châtains foncés lisses et fins. Elle se demanda alors vraiment pourquoi cette femme avait l’air de se soucier sincèrement d’elle alors qu’elles n’étaient pas reliées par le sang mais par adoption et qu’elles venaient tout juste de se rencontrer. Ou peut-être agissait-elle ainsi uniquement à cause de son rang et parce qu’un chevalier devait prendre garde à tous les sujets du continent. Cette idée l’angoissait assez. Elvira avait besoin d’être entourée et aimait se faire des amis, las, par le fait d’être princesse de Perle, il y avait très peu de personnes qui l’approchaient pour ce qu’elle était, elle, et pas pour ce qu’elle représentait. Gwen, par exemple, était une amie si proche, comme une sœur pouvait l’être, mais elles ne pouvaient même pas le montrer en public, sous peine de représailles de la part du Roi. Une « simple servante », à ses dires, ne pouvait pas lier une amitié avec elle. Même avec Callum, plus encore avec lui, elle avait dû se cacher et ça n’avait même pas suffit à le protéger. Chloé aussi aura-t-elle des ennuis si on les surprenait à se parler ? Devait-elle faire ne sorte de rester éloignée pour ne pas la compromettre ou attirer la colère du Roi sur elle ou la colère de Père ? Puisqu’elle avait déjà perdu un ami, elle ne voulait pas que sa sœur ait elle aussi des problèmes simplement parce qu’elle lui parlait.

Chloé – Je ne peux qu’imaginer ce que vous ressentez mais… Le Roi ne vous maltraitera pas, vous pouvez en être sûre. C’est une maigre compensation mais vous pourrez venir me parler autant de fois que vous en aurez besoin une fois… une fois que ce sera passé. Je ne suis que chevalier mais vous pouvez compter sur moi. Ce n’est pas nous qui écrivons les lois mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider à surmonter tout cela.

Elvira – Merci, sourit-elle faiblement.

Elle devra néanmoins lui parler en cachette et très peu de fois, pour ne pas lui attirer d’ennuis. Chloé était si gentille, ce serait affreux s’il lui arrivait quelque chose, à elle aussi. Comme à Callum… Elvira tâcha donc de se détacher complètement d’elle et la remercia mieux que cela pour avoir accepté de prendre un peu de temps pour lui parler. N’ayant pas de mouchoirs, elle essuya ses yeux et les joues avec les mains, respirant profondément pour se calmer. Tout ira bien, elle fera en sorte qu’il n’arrive rien à sa sœur par sa faute, elle était capable d’écarter les soupçons de Gwen, alors pourquoi pas avec d’autres ? La seule fois où elle n’avait pu, c’était avec Callum… Penser à lui lui redonnait envie de pleurer, comme à chaque fois, mais c’était comme ça, elle ferait mieux de s’y faire. Deux ans, déjà ! Il devait être si loin, à présent, peut-être parti dans un royaume à l’autre bout du continent, qui sait ? Impossible de savoir ce qu’il était devenu, personne à Perle n’avait pas pu obtenir la moindre nouvelle, il était parti et voilà. Elle inspira un peu, joignant les mains devant elle. Il lui fallait aussi songer à la suite, la jeune femme n’ignorait pas le nombre de mères ayant des ennuis lors de l’accouchement.

Elvira – Si jamais il m’arrive quelque chose lors de l’accouchement, accepterez-vous d’être la marraine de l’enfant ? Je ne vous demande pas pour l’élever, je n’impose pas cela, mais simplement l’accompagner, qu’il ou elle grandisse sans peine.

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