Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Une sœur à Émeraude

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Elvira de Perle
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MessageSujet: Une sœur à Émeraude   Dim 25 Juin - 15:20

L'escorte allouée par le Roi Pally était importante, malgré le fait qu'ils se rendaient vers un pays allié et que le trajet restait somme toute relativement court. Une longue troupe de garde, de serviteurs et de conseillers royaux entouraient la jeune femme, tandis qu'elle prenait place dans une calèche décorée avec goût, tirée par deux des gardes personnels de son père. Le convoi se mit aussitôt en route et la calèche s'ébranla, sous quelques vivats de badauds amusés qui aimaient voir partir un tel équipage. Elvira se pencha légèrement à la fenêtre de la calèche, voyant son père sur un des balcons de pierre du château, caressant doucement un faucon, perché sur son bras droit et un lourd gant de dressage en cuir. Son amour profond des rapaces et oiseaux était bien connu, il les élevait avec autant de soin que s'il s'agissait de son propre fils. Se remettant droite, Elvira se laisser aller contre le siège épais, les mains posées contre elle, sur ses genoux, soupirant longuement. Elle ignorait pourquoi son père avait soudainement décidé de lui confier cette mission diplomatique mais était ravie, bien que nerveuse, qu'il lui prouve ainsi qu'il lui faisait confiance. Il était si important, d'autant plus par les temps qui courent, de renforcer les liens entre les contrées, plus particulièrement ses voisins proches.

Le trajet durait un peu plus de deux jours, il fallait traverser de grandes forêts et bien des villes et villages, sur des routes plus ou moins chaotiques et mal fréquentées. Néanmoins, aucun bandit ne se risquerait à attaquer un convoi de cette taille, avec une escorte en conséquence. Ils firent deux haltes, dans des auberges sélectionnées avec soin, pour les deux nuits contenues dans le voyage. Au matin de la seconde, Elvira se leva très tôt, la nervosité augmentant encore d'un bon cran. En robe de nuit dans la chambre, elle prit un long bain qu'une de ses suivantes prépara puis s'habilla avec un soin tout particulier. C'était aujourd'hui qu'elle devait rencontrer le roi d'Emeraude et renouer des liens diplomatiques plus solides entre leurs deux pays. Pour elle qui n'avait jamais quitté le château de Perle, ce premier voyage prenait encore plus d'importance. Une fois habillée comme il se doit, elle fut maquillée et coiffée de façon poussée et élégante, devant tenir son rang et être présentable face au Roi. Son père l'avait prévenue, avant de partir, aucun écart de conduite, de comportement ou de morale ne lui était accordé, il lui fallait être irréprochable et se tenir comme une princesse le devait. Elle avait été éduquée toute sa vie dans ce but, aucun impair ne sera tolérable. Une fois prête, elle déjeuna rapidement puis reprit place dans la calèche, pour la dernière partie du trajet. Un temps dont elle profita pour calmer sa peur, contrôler la nervosité montante.

Un grand soleil brillait au-dessus du château lorsqu'ils arrivèrent, en même temps qu'une lourdeur de l'air annonçant sans aucun doute un orage pour la nuit. La saison des pluies devait débuter dans une semaine ou deux, à présent. Le convoi était attendu, les gardes étaient bien droit, en tenue d'apparat, les serviteurs du château rassemblés plus loin et prêts à récupérer les bagages, guider chacun, les chevaliers du roi présents aussi, eux aussi en bonne tenue. Une fois la calèche arrêtée, Elvira en sortit, posant avec précaution le soulier sur le marchepied, son capitaine des gardes l'aidant galamment à sortir en lui donnant la main, la relâchant ensuite alors qu'elle s'avançait vers le roi d'Emeraude. Allant sur ses soixante-dix ans, le souverain gardait encore une bonne carrure, lui souriant et lui donnant un baisemain en la saluant avec chaleur. Elvira sourit à son tour et le remercia, au nom du Roi Pally et de leur peuple, de les accueillir dans ce château, ajoutant qu'elle espérait que leurs deux peuples nouent des relations solides et durables. "Tiens ton rang", comme lui dirait son père, tandis qu'elle avançait aux côtés du vieux Roi, gardant le sourire et une allure altière. Midi approchait déjà et un banquet était donné pour souhaiter la bienvenue aux invités de Perle. Le bal de la diplomatie allait débuter, il était temps pour elle de faire ses preuves. Sourire à chacun, repérer les plus influents, se comporter comme une fille de roi devait le faire.

Émeraude 1er – Le Roi Pally peut se vanter d'avoir eu de belles jeunes femme, sourit-il tout à coup.

Elvira – Je vous remercie.

La grande salle était dressée pour accueillir tout le monde, le Roi en bout de la plus longue table, ses invités à ses côtés. Debout à ses côtés, en bout de table, les mains jointes devant elle, elle continua à sourire lorsque le Roi déclara à tous qu'il était heureux d'accueillir aujourd'hui la fille du Roi Pally et la reine Ella, pour cette rencontre diplomatique, demandant à tous de faire le meilleur des accueils à leurs voisins du royaume de Perle. Elvira prit ensuite la parole, le remerciant d'une voix claire puis ajoutant que son peuple espérait nouer des liens solides avec le peuple d'Emeraude. Il vint ensuite lui tirer sa chaise galamment pour qu'elle s'assoit, prenant place à son tour ensuite. Ils burent tous ensemble quelques gorgées de vins puis la fête en elle-même débuta. La jeune femme était entièrement focalisée sur les gestes à produire, le protocole, la façon d'adresser la parole aux uns et autres, comment se tenir, déjeuner et sourire. Tout cela occupait son esprit tant et si bien qu'elle ne prêtait guère attention aux regards curieux posés sur elle, de part et d'autre, faisant la conversation au Roi d'Emeraude, ainsi qu'à sa pupille, la jeune princesse mauve dont elle avait déjà beaucoup entendu parler. Elvira tâchait de ne pas la dévisager, bien que la voir ainsi lui faisait surtout penser que cette petite était encore une enfant, une jeune enfant qui ne devrait pas à avoir à supporter les critiques.

Le banquet fut très long, même pour elle qui était pourtant habituée à ces ronds-de-jambe. Fort heureusement, Émeraude 1er avait une conversation agréable et la guida après le repas, lors de la fête, au milieu des chants. Le plus dur fut de retenir autant de noms et de visages, entre les diplomates, les conseillers, les seigneurs de fiefs et autres personnes influentes. Il lui présenta également le mage du château, un homme déjà assez âgé, lui aussi, sans doute soixante ans, qui lui sembla un peu sec et hautain. Elvira lui sourit malgré tout et échangea quelques mots avec lui, comprenant vite d'où venait sa fierté, lui qui éduquait les enfants magiques emmenés dans ce château pour qu'il devienne les futurs défenseurs du continent. Cependant, Elvira se lassa bien vite en voyant les regards qu'il lançait vers la toute jeune princesse de Shola, toujours très agacée lorsqu'elle voyait une personne dénigrer un enfant, que ce soit parce qu'il était différent ou pour autre chose. Le Roi lui présenta ensuite ses chevaliers, la jeune femme cherchant avec curiosité son aînée, la fille biologique du Roi Pally. Un sourire sincère éclaira son visage, cette fois-ci, elle était contente de la voir enfin, on lui avait tant parlé d'elle.

Elvira – Pourrons-nous parler plus tard ? Voilà longtemps que je vous voulais vous rencontrer, nous avons beaucoup entendu parler de vous, avec mon frère.

Chloé – Je n'osais vous le demander, j'ai également beaucoup entendu parler de vous.

Elle s'était aussi inclinée, ce qu'Elvira jugeait peu utile comme elle était la fille du roi Pally, mais elle ignorait quelles étaient les coutumes des chevaliers et si leurs origines avaient encore une quelconque valeur. Elle la remercia et lui dit de venir la retrouver ce soir, dans ses appartements, puis fut bien vite accaparée par d'autres invités, d'autres personnes à voir. La suite de l'après-midi ressembla à un véritable ballet avec les diplomates de tous genres, une grande course politique ou il fallait la jouer très fine et ne commettre aucune erreur. Ce premier grand pas dans le monde laissa Elvira tout à fait épuisée, le soir venu, lorsque les choses se calmèrent enfin. On lui avait alloué toute une aile du château royale, pour elle, ses serviteurs et gardes, où elle se réfugia avec un immense soulagement. Enfin... On lui avait mis sur une table de nombreux fruits, de l'eau et du vin, et une brise légère du soir entrait par le balcon, les rideaux grands ouverts. Le calme retrouvé lui fit très sincèrement un bien fou, elle en comprenait pas comment son père pouvait se plier à ça chaque jour passant. S'étirant, elle ôta ses boucles d'oreilles et les déposa dans une petite boîte à bijoux doré, posée sur la coiffeuse. Ah, si seulement aussi elle pouvait porter une simple tunique légère plutôt que ces lourdes robes, certes élégantes mais aussi très chaudes et peu pratiques.

Un de ses gardes vint l'avertir qu'une jeune femme, chevalier d'Emeraude, demandait à la voir et Elvira tourna la tête vers lui, en lui disant oui, qu'il pouvait la faire entrer. Devait-elle absolument tenir le protocole devant la fille aînée de ses parents ou pouvait-elle se détendre un peu ? Dans le doute, elle s'abstint de se mettre aussi à l'aise qu'elle le souhaitait, le pensant si fort que l'envie devait se lire sur son visage. La voix du souverain Pally résonnait toujours dans ses pensées, en ces moments. Droiture, Devoir, maintien... Souriante, elle remercia Chloé d'être venue ce soir, tout en rêvant de se mettre pieds nus sur le tapis et relever un peu le bas de ses jupons pour marcher plus librement. Au moins lui avait-on épargné de devoir porter une tiare ou une couronne, ce qu'elle était obligée de faire lors des réunions et cérémonies officielles au royaume de Perle. Prenant une carafe, elle versa deux gobelets d'un vin très léger et en tendit un à son invitée. Laquelle lui dit tout à coup qu'elle n'était pas obligée de respecter le protocole face à elle, comme elles étaient sœurs. Elvira eut un murmure de surprise puis un sourire ravi éclaira son visage, lui donnant un air encore plus jeune. Elle enleva ses souliers pour rester pieds nus, avec un soupir de soulagement, puis tira sur les épingles retenant ses longs cheveux bruns, massant un peu sa nuque.

Elvira – Je voudrai bien porter les cheveux courts comme vous, avoua-t-elle avec un léger rire. Vous voulez vous asseoir sur le balcon ou à l'intérieur ?

Chloé – Je préférerais sur le balcon, l'air nous fera le plus grand bien après cette longue soirée. Pour vous aussi, elle a dû être interminable, je suis désolée.

De quoi était-elle désolée ? Elvira lui lança un regard interrogateur puis alla s'asseoir, deux causeuses étaient disposées sur le grand balcon, offrant une superbe vue sur les immenses jardins de ce château. L'air du soir était bon, ici aussi, très pur, elle l'inspira doucement en fermant les yeux. Rouvrant les yeux, elle but une petite gorgée de vin puis observa un instant la nuit tombée et les étoiles de plus en plus nombreuses dans le ciel, ainsi que les nuages commençant à s'accumuler. Il faisait encore si lourd et chaud, l'orage approchait à grands pas. S'étirant un peu, elle tourna la tête vers son aînée, frappée tout à coup par la ressemblance physique impressionnante avec la reine Ella. Chloé aussi était grande et élancée, les yeux clairs et la peau pâle, blonde comme les blés, comme presque toutes les femmes de Perle.

Elvira – Accepteriez-vous de ma parler un peu de vous et la vie que vous menez ici ? finit-elle par demander, le regard brillant. Je suis très curieuse, cette mission diplomatique était aussi l'occasion de vous rencontrer enfin. Comment est la vie d'un chevalier, de vivre avec la magie ?

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Mar 27 Juin - 21:10

Roi – Le Roi Pally peut se vanter d'avoir eu de belles jeunes femme, sourit-il tout à coup.

Princesse – Je vous remercie.

… Pardon ? Chloé blêmit d’un seul coup en même temps qu’elle s’agrippa à Dempsey qui était à côté d’elle, restant toujours tout près depuis qu’elle était revenue blessée. Elle resta droite mais son sourire se figea dès le moment où elle entendit ces paroles. Il avait eu de belles jeunes femmes… ? Pardon ? Il parlait de la princesse ? Mais non, elle se trompait. Elle n’avait pas bien entendu, c’était faux, c’était un malentendu, elle était encore trop épuisée et cela jouait sur ce qu’elle entendait. Mais non. Quelques secondes à peine après avoir dit cela, le Roi s’adressa à tous les invités, en bout de table, pour présenter la princesse à ses côtés comme étant la fille du Roi Pally, son propre père, et de la Reine Ella, sa mère, qui était ici pour une rencontre diplomatique et à qui ils devaient réserver le meilleur des accueils. C’était impossible. Elle rêvait… Cette fille ne pouvait pas être sa sœur !

La princesse prit la parole mais Chloé déconnecta complètement, essayant de comprendre, de remettre de l’ordre dans ses idées. Elle se remémora les différents voyages jusqu’à son ancien royaume, celui où elle était née, et essayait de se remettre en situation. Avait-elle entendu des cris de bébé ? Lors de ses voyages au Royaume de Perle, elle n’avait entendu que des paroles du peuple parlant des dignes héritiers, que le roi avait eu des enfants, qu’ils reprendraient le royaume à sa mort, et toutes ces belles paroles. Pourtant, cette fille ne ressemblait ni à elle, ni à ses parents. Et il n’avait jamais parlé d’adoption ! Jamais ! Il n’avait jamais eu ces enfants, il n’avait pas eu cette fille.

Sa mère lui en aurait parlé. Elle aurait dit qu’elle avait adopté des enfants, elle-même ne les avait jamais vus, n’avait jamais eu l’occasion de leur parler, même si c’était normal en tant que chevalier et ses parents auraient forcément dit quelque chose. Surtout sa mère. Sinon, c’est qu’ils se reprochaient quelque chose. Une vague de colère et de dégoût se mêlaient en elle, grimpant comme jamais elle n’avait ressenti cela au fur et à mesure que les liens se tissaient dans sa tête. Au même moment, Chloé sentit plusieurs vagues d’apaisement tomber sur elle, la rendant incapable de s’énerver comme les Chevaliers de la première génération présents à table lui en envoyèrent tous une en même temps. C’était bas ! Mais cela dissipa la colère, l’atténuant durant le repas lorsqu’ils s’installèrent autour de la table, elle-même aidée par Dempsey.

Mais le sujet ne quitta pas son esprit malgré tout. Chloé ne cessa d’y penser, mangeant du bout des lèvres ce qu’elle avait dans son assiette tout en discutant avec Dempsey de ce qu’elle venait de découvrir. Les morceaux de viande n’avaient aucun goût, elle peinait même à identifier ce qu’elle mangeait, portant chaque bouchée à sa bouche très difficilement. Elle ne voyait qu’une explication à ceci : son père avait enlevé ces enfants. Cette fille et son frère, comme elle en avait entendu parler au Royaume de Perle. Le décor avait beau être magnifique, les grandes assiettes dorées, les couverts par centaines, les invités de marque… Un banquet digne de ce nom avec le « meilleur des accueils possible » comme l’avait demandé le Roi. Elle avait envie de vomir à chaque bouchée, terminant son assiette à grand peine sans prendre de dessert lorsqu’il en fut l’heure. Des chandelles, des lustres, des rideaux soyeux, du rouge, du luxe… Tout lui donnait envie de vomir, réellement. La royauté. Elle avait envie de sortir, de partir loin d’ici. Non, mieux. D’aller trouver son père pour comprendre. De lui dire ce qu’elle pensait, ses quatre vérités, de lui hurler dessus. Être roi ne lui permettait pas d’enlever des enfants ! S’il n’y avait pas ce banquet, elle aurait déjà sauté sur son cheval pour prendre la direction de son royaume natal.

Wellan * Calme-toi, Chloé, nous sommes en public, fais bonne impression. Va te reposer dans ta chambre si ça ne va pas.

Chloé * Je suis calme, et c’est toi qui me dis ça, on aura tout vu. J’ai le droit d’être furieuse ! Mais ne t’inquiète pas, je fais bonne figure, comme mon père.

Wellan * Je ne veux pas que tu finisses en prison comme notre frère.

Jasson * Merci... J'apprécie l'attention, c'est touchant de prendre cet exemple.

Chloé lui lança un regard noir, pensant qu’elle ne risquait pas de finir comme Jasson puisqu’elle n’allait briser aucune loi. Elle avait seulement des comptes à régler avec son père. Qu’on la pardonne d’être furieuse alors qu’elle venait de découvrir que son propre père avait enlevé des enfants ! Il les avait enlevés juste pour assurer sa descendance ! Alors oui, elle pouvait être en colère. En plus de cela, voilà qu’ils se disputaient pendant le repas… Et Wellan qui parlait de faire bonne impression, hein ? Si elle gênait, elle pouvait s’en aller, pas de problème. D’ailleurs, elle allait partir, dès que ce repas serait terminé, dès que cette mascarade prendrait fin et qu’ils seraient libérés de leurs obligations. Au moins, il n’aurait pas à subir sa colère et à risquer un blâme parce qu’elle « n’aurait pas fait bonne impression ».

Wellan * Jasson, je ne voulais pas dire ça... Il faut être prudent. Et Chloé, dès que le repas est fini, va dormir une heure ou deux.

Chloé * Je ne pourrai pas dormir et laissez-moi être en colère à ma guise, j’ai des raisons valables. Mais j’irai dans ma chambre pour ne pas entacher notre image, ne vous inquiétez pas.

Wellan * C'est bon, on ne va pas faire une esclandre. Calme-toi.

Chloé * Arrête de me dire de me calmer, ça m’énerve juste encore plus ! Ce sont des enfants, Wellan ! C’est bon, on arrête de parler, on finit ce repas et je m’en irai. Content, j’espère ? Et bon appétit bien sûr.

Santo * Les enfants, n'écoutez pas... Ce genre de chose arrive. Ils s'aiment bien quand même.

Eh ! Chloé lança un regard noir à Santo qui avait parlé d’un ton désespéré, ne pouvant pas lui dire le contraire malgré tout. Et reçut un sourire en retour, sans qu’elle ne comprenne pourquoi tout de suite. Jusqu’à ce qu’elle sente toute colère se dissiper presqu’instantanément, reconnaissant là la vague d’apaisement de Santo mais elle ne parvint pas à lui en vouloir ou à lui râler dessus. Peu à peu, la tension qui s’était accumulée dans chaque muscle de son corps se relâcha, comme si elle était sur un nuage de douceur. Elle parvint même à esquisser un sourire à Ariane, pour la rassurer notamment, reprenant son verre pour le terminer mais évitant toujours les autres même si la colère s’était évaporée. Si le sujet de sa colère était compréhensible, elle était incapable de ressentir quoi que ce soit, comme si rien ne pouvait la toucher. Le repas se termina dans une ambiance plus douce, apaisée, sauf que Chloé ne parla qu’avec Dempsey qui était resté juste avec elle sans lui faire le moindre coup bas.

Vint le temps de la fête à proprement parler, avec le Roi qui présentait son invitée à chaque groupe important, la danse, les rires… Les convives quittèrent les tables qui furent poussées sur les côtés pour laisser plus de place au centre de la salle, chaque groupe se reformant pour discuter, échanger les nouvelles, apprendre ce qui s’était passé chez telle ou telle personne depuis les dernières festivités… Des paroles banales, que Chloé avait déjà entendues mille et une fois. Elle resta près de Dempsey, la fatigue la reprenant et l’obligeant à s’agripper à lui dans les limites de la décence, les Chevaliers ne pouvant s’éclipser avant la présentation de la princesse, ce qui signifiait un temps encore incroyablement long à attendre. Elle fut plus silencieuse que d’habitude, la dispute avec ses frères et la colère envers son père lui restant en mémoire, prête à ressurgir dès que cette maudite vague d’apaisement serait terminée. En attendant, tout n’était que brouillard et paroles polies pour les personnes qui venaient leur parler, les remercier de protéger le continent depuis toutes ces années. Beaux vêtements, sourires parfois faux, têtes connues et inconnues. Tout avait un goût amer, pour Chloé, en cet instant précis. Elle ne pouvait s’empêcher de jeter des regards vers la princesse de Perle, très discrètement. Jusqu’à ce que ce qu’elle vienne vers eux avec le Roi qui fit les présentations une nouvelle fois. Elle ne lui ressemblait absolument pas…

Elvira – Pourrons-nous parler plus tard ? Voilà longtemps que je vous voulais vous rencontrer, nous avons beaucoup entendu parler de vous, avec mon frère.

Chloé – Je n'osais vous le demander, j'ai également beaucoup entendu parler de vous.

Chloé s’était inclinée pour répondre, marquant ainsi le respect que l’on devait aux membres de la famille royale. « Faire bonne impression ». Qu’il ne s’inquiète pas, puisque la princesse l’avait invitée dans ses appartements, elles auraient une discussion ensemble, durant laquelle personne ne pourrait lui jeter de vague d’apaisement ou la sermonner. Oh oui, avec une bonne centaine de questions à lui poser. A commencer par son physique, par cette différence flagrante que le Roi avait pourtant ignorée en présentant la princesse comme la digne fille du Roi Pally. Pourtant, ce teint, ces cheveux, ces yeux, ce sourire… Rien ne ressemblait à Chloé ! Il ne pouvait nier cela, n’est-ce pas ? La colère grondait dans un coin de son esprit toujours embrumé, la vague de Santo empêchant la jeune femme de s’énerver une nouvelle fois. Sans oublier la fatigue due à ses blessures, à ce dragon, et à tout ce qu’elle avait appris en l’espace de quelques jours seulement. La colère l’avait aidée à rester parfaitement alerte durant le repas, mais ici… Elle avait beau apprécier ses frères d’armes, en cet instant précis, elle les détestait.

Dempsey dut entendre ses pensées, comme les autres sans doute qui la surveillaient à tous les coups, car il la tira doucement avec lui jusqu’à la sortie de la salle. Chloé ne résista même pas, incapable d’opposer la moindre résistance pour l’instant à cause de sa fatigue, se laissant entraîner avec son compagnon sans même jeter un regard au reste du groupe. Elle prit seulement le temps de dire à Ariane qu’elle pouvait rester pour la fête, lui demandant de rester auprès de Wellan le temps de la fête pour remonter lorsqu’elle serait fatiguée ou lassée. Si Chloé le détestait en cet instant précis, elle ne pouvait ôter la confiance qu’elle avait en lui.

Même le trajet fut très flou, elle tâchait de rester droite mais Dempsey devait l’aider en grande partie à marcher pour rejoindre l’aile des chevaliers et leurs appartements. Appartements qui la rendaient folle, actuellement, tant elle les côtoyait depuis son retour à Emeraude. Sortir, oui, mais les exercices physiques étaient impossibles, une horreur pour elle qui en faisait énormément afin de compenser sa faiblesse naturelle. Marchant en automate, elle salua les quelques domestiques qui apportaient encore boissons et mets digestifs dans les couloirs, comme Dempsey, et entendit le bruit distinctif de la porte de sa chambre lorsqu’on l’ouvrait.

Reconnaissante, la jeune femme se laissa faire également lorsqu’il la poussa à se mettre sur le lit, toujours l’esprit embrumé et le corps incroyablement détendu mais ses pensées recommençaient à fuser à mesure que l’effet de la vague de Santo s’estompait. Heureusement, il ne pouvait les enchaîner, conscient que s’ils continuaient comme ils l’avaient fait durant le repas, Chloé s’endormirait tout simplement et ne pourrait pas voir la princesse. En un sens, ce rendez-vous la sauvait, même si la future reine ignorait tout de leur dispute puisqu’elle s’était déroulée mentalement. Voyant et sentant Dempsey la rejoindre, à côté, dans le lit, elle se blottit dans ses bras et posa sa tête sur son torse, somnolant à moitié malgré elle. Elle ne devait pas… La seule chose qu’elle devait faire, c’était apprêter son cheval et partir pour le Royaume de Perle sur-le-champ plutôt que de traîner au lit. La discussion avec la princesse confirmerait ses hypothèses, alors à quoi bon ?

Chloé – Je ne devrais pas rester dans ce lit…, marmonna-t-elle tout bas. Il faudrait… Il faudrait que j’aille au Royaume de Perle immédiatement.

Dempsey ne répondit rien mais la garda dans ses bras, comme pour l’empêcher de partir après avoir dit cela. Elle-même savait qu’elle en était incapable, là, tout de suite, la vague de Santo ne s’arrêtant qu’au bout de deux bonnes heures en général. Elle ne pouvait pas le repousser, toujours incroyablement détendue même si son esprit commençait à travailler de nouveau, petit à petit. Elle se contenta d’essayer de jeter un regard noir à Dempsey, le croyant de son côté, mais ne dit plus rien et patienta. Tant que les vagues qu’elle avait reçues, en plus de celle de Santo, agissaient encore d’une manière ou d’une autre sur elle, Chloé ne pouvait rien faire et serait aussi molle que certains de leurs écuyers lorsqu’ils les tiraient du lit après une longue nuit de sommeil.

Elle resta donc blottie dans les bras de Dempsey, écoutant les bruits de pas de certains de leurs frères d’armes dans les couloirs qui remontaient petit à petit en somnolant. Même Ariane et Colville devaient être remontés, la fête touchant doucement à sa fin. Un après-midi comme cela, plus une partie de la soirée à n’en pas douter, il n’était guère étonnant que certains soient épuisés. D’autres iraient sans doute s’entraîner encore, comme Ariane depuis qu’elle avait ses ailes, mais Chloé ne pouvait que superviser de loin tant qu’elle n’était pas rétablie – ce qui la rendait malade, par moment, parce qu’elle ne pouvait protéger son écuyer comme à son habitude. Et même si l’avouer lui faisait mal, ces deux heures de repos lui firent un bien immense, sans aucune pression grâce à la vague d’apaisement de Santo, ce qui lui permit de se remettre d’aplomb pour son rendez-vous avec la princesse.

Ce fut Dempsey qui lui signala qu’elle devait y aller comme elle avait perdu toute notion du temps, ses pensées se tournant de nouveau vers ce rendez-vous et vers ce qu’elle venait de découvrir. Ses frères pouvaient comprendre que cela l’énerve, non ? Des enfants… Son père avait enlevé des enfants. Elle vérifia qu’elle était présentable et sortit de la chambre, escortée par Dempsey qui comptait attendre devant la porte malgré ses protestations. S’il restait, il risquait d’entendre, de pouvoir agir si elle s’énervait, ce qui l’effrayait plus qu’autre chose puisque Chloé voulait avoir une discussion avec sa « sœur » tranquille, sans autre intrus.

Ils quittèrent donc la chambre ensemble, devant rejoindre l’aile royale dans laquelle était logée la princesse pour la voir ce soir. Ils n’y allaient jamais, vivant principalement dans l’aile réservée aux Chevaliers avec tout ce dont ils avaient besoin, seuls certains d’entre eux se rendant dans les ailes royales plus privées mais ces personnes se comptaient sur les doigts d’une main. En général, tout le monde passait par Maître Elund ou Wellan, histoire d’éviter d’importuner le Roi inutilement s’il y avait des affaires urgentes. Pour le reste, les seules occasions où ils se rendaient dans les ailes royales étaient les jours de fête comme aujourd’hui ou pour effectuer des recherches ou lire à la bibliothèque. Chloé n’était donc pas habituée à ce raffinement dans les couloirs, à ces décorations, à ce surplus de richesses comme ils vivaient de manière assez sobre tout de même. Ils ne vivaient pas mal, non, mais évitaient l’opulence.

Ce n’est qu’en arrivant devant la chambre indiquée par un des gardes comme étant celle de la princesse de Perle que la jeune femme se détacha de Dempsey, lui faisant signe que tout allait bien. Elle se présenta et attendit que le garde prévienne la princesse pour lui demander si elle pouvait entrer ou non, même si elle connaissait déjà la réponse. Une nouvelle fois, Chloé assura à son compagnon qu’il n’était pas obligé d’attendre ici, qu’il pouvait retourner dans l’aile des chevaliers et qu’il l’entendrait lorsqu’elle aurait terminé mais cela ne changea absolument rien. Lorsque le garde rouvrit la porte, ils étaient au même endroit et annonça que la princesse voulait bien la voir, la laissant entrer dans sa chambre.

Qui était digne d’un membre de la famille royale… Entre les rideaux, les fruits, le vin, le lit et tout ce qui représentait une certaine aisance, Chloé reconnaissait là le caractère royal qu’elle avait quitté en venant à Emeraude. C’était la première fois qu’elle pénétrait dans des appartements royaux, elle fut donc d’abord plus attentive à ce qui l’entourait, des rideaux aux tapis, avant de porter son regard sur sa sœur lorsque cette dernière la remercia d’être venue. La jeune femme hocha la tête pour lui montrer que c’était naturel, qu’elles avaient beaucoup de choses à se dire, tandis que la princesse versait du vin dans deux gobelets en lui en tendant un. Hum… Pas sûr que ce soit une très bonne idée, vu son état. Mais elle avait l’esprit clair et pouvait boire petit à petit, très prudemment, pour vérifier qu’elle supporterait malgré tout.

Elle-même la remercia pour le verre, l’observant et remarquant la gêne qui se lisait sur son visage. A cause d’elle ? Non… Vu sa posture, cela était plutôt dû à sa tenue et « au protocole ». Ce qui ne l’étonnait pas, cette jeune femme n’avait rien à faire dans un château. Chloé ignorait où son père l’avait enlevée, mais ce n’était certainement pas à Perle. Ou pas de Perle, tout du moins. Pour qu’elle puisse se mettre à l’aise, la Chevalier lui dit qu’elle n’était pas obligée de respecter le protocole avec elle comme elles étaient sœurs, sous-entendant qu’elle pouvait se mettre à l’aise sans culpabiliser. Chose qu’elle fit aussitôt en la gratifiant d’un sourire ravi, ôtant ses chaussures inconfortables pour se retrouver à pieds nus et détachant ses longs cheveux bruns. Bruns… Mais bruns, enfin ! Comment le peuple avait-il pu admettre sans ciller qu’il s’agissait de sa fille ? D’accord, il l’avait adoptée, mais elle ils la reconnaissaient comme fille biologique. Sans même chercher à savoir qui étaient ses vrais parents. Les avait-elle revus, d’ailleurs ? Ou alors son père les avait recueillis ? Il en aurait parlé…

Princesse – Je voudrai bien porter les cheveux courts comme vous, avoua-t-elle avec un léger rire. Vous voulez vous asseoir sur le balcon ou à l'intérieur ?

Chloé – Je préférerais sur le balcon, l'air nous fera le plus grand bien après cette longue soirée. Pour vous aussi, elle a dû être interminable, je suis désolée.

Cette adulte était coincée à Perle à cause de sa propre absence. Uniquement parce qu’elle avait des pouvoirs magiques et que son père avait accepté de la laisser partir. Enfin… « Accepté ». Non, il ne l’avait jamais accepté, ce qu’elle réalisait en cet instant précis. Il avait accepté pour tisser un lien avec Emeraude, se faire bien voir, mais n’avait jamais mesuré l’ampleur des conséquences de son acte ni ce que cela signifiait. Intérieurement, il devait espérer que sa fille reviendrait au Royaume de Perle un jour, qu’elle aurait changé d’avis, qu’elle ne se plaisait pas à Emeraude et qu’il ne s’agissait pas d’une vie pour une femme. Ce qui ne risquait pas de changer, Chloé adorait sa vie ici même si elle avait frôlé la mort il y a peu, ne s’en sortant que grâce aux facultés des guérisseurs du château. La vie de princesse n’était pas pour elle, ne l’avait peut-être même jamais été, et elle se serait incroyablement ennuyée là-bas. Elle était désolée pour la princesse. Vraiment. Entre ce qu’elle subissait et devait suivre, aujourd’hui, Chloé comprenait que sa sœur d’adoption ne devait pas mener une vie de rêve à Perle.

Les deux jeunes femmes sortirent sur le balcon, la Chevalier inspirant un peu d’air frais tant qu’elle le pouvait, l’orage approchant et la chaleur pesant de plus en plus, avant de s’asseoir comme la princesse sur une des causeuses installées dehors. Les nuages étaient plus sombres que d’habitude, chargés d’électricité et d’air très lourd qui annonçait l’orage et la nuit mouvementée. En cet instant précis, elle bénissait le fait de ne pas devoir porter son armure à tout moment de la journée, étant venue avec sa simple tunique pour voir la princesse. Au moins, elle pouvait respirer. Le soir tombait doucement sur les grands jardins du château, certaines parties du domaine devenant plus sombre à mesure que le temps passait. Chloé regardait devant elle, observant les jardiniers ou les servantes passer en vitesse dans les jardins pour rejoindre telle ou telle autre pièce du château par derrière. Ne pas se faire voir, rester discret, tels étaient leur mot d’ordre. La princesse s’étira soudain, attirant son attention et lui faisant tourner la tête vers son interlocutrice. Elle voulait lui parler, donc… Tenant toujours son verre dans ses mains, la jeune femme patienta par politesse, la laissant commencer.

Princesse – Accepteriez-vous de ma parler un peu de vous et la vie que vous menez ici ? finit-elle par demander, le regard brillant. Je suis très curieuse, cette mission diplomatique était aussi l'occasion de vous rencontrer enfin. Comment est la vie d'un chevalier, de vivre avec la magie ?

Chloé – C’est l’occasion de voir énormément de choses merveilleuses, dit-elle avec un sourire. C’est sans doute ce que je préfère, dans ma vie de chevalier : découvrir de nouveaux endroits. Je vois la magie comme un élément très utile mais également très dangereux. Nos prédécesseurs ont eu des ennuis à cause de la magie, nous y sommes sensibilisés et ne nous en servons que pour aider les uns et les autres.

Et pour s’ennuyer, également, mais Chloé se contenta de le penser très fort sans le dire, consciente que ses frères d’armes devaient sûrement encore la surveiller. Tous savaient qu’elle avait rendez-vous avec la princesse maintenant, alors ils allaient garder un œil sur ce qu’elle ressentait pour éviter qu’elle ne « dérape ». Il y avait des moments, comme celui-ci, où le lien qu’ils partageaient était un vrai fléau parce qu’ils ne pouvaient absolument rien garder pour eux. Ils s’autorisaient un peu d’intimité, bien sûr, mais si un élément préoccupait l’un d’entre eux, tous le savaient. Il n’y avait qu’à voir Jasson… Cependant, elle adorait sa vie ici et ne la regrettait pour rien au monde. Elle était désolée pour la princesse, désolée pour ce qu’elle vivait à cause d’elle même si elle était à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours. Chloé but une gorgée de vin, réfléchissant aux mots qu’elle allait employer et à ce qu’elle pouvait encore dire, regardant toujours la princesse pour s’assurer qu’elle ne voulait rien dire et éviter de la couper malencontreusement.

Chloé – Nous avons été élevés en même temps, mes frères d’armes et moi. Nous sommes la première génération des Chevaliers, comme vous le savez sûrement, et nous sommes donc très proches vu qu’il n’y avait pas de maître pour chacun de nous. C’était un peu particulier, chaque maître a un lien plus poussé avec son écuyer. Nous devons nous occuper de lui, le former, lui apprendre tout ce que nous savons durant sept ans jusqu’à ce que lui devienne chevalier à son tour et forme un écuyer. Nous l’emmenons partout et devons le protéger à tout moment, nous assurer qu’il va bien.

Chloé omit volontairement les dangers pour ne pas inquiéter davantage la princesse et faire croire à son propre père qu’elle risquait sa vie. C’était le cas, oui, mais elle refusait de donner matière à son père pour qu’il la récupère sans lui laisser le moindre choix. Elle aimait ce qu’elle faisait, voulait protéger le continent, les enfants qu’elle avait sous sa responsabilité. Elle était fière d’eux, fière de Wanda et d’Ariane qui grandissait et gagnait en confiance en elle à mesure que les jours s’écoulaient. Le plus dur était de se détacher de sa famille, de ne plus penser à ses parents sans les renier malgré tout. Il n’y avait aucune haine, seulement de la reconnaissance pour le passé et pour l’éducation reçue durant les quelques années partagées. Chloé voyait toujours ses écuyers comme des enfants à protéger, fragiles et influençables qui doivent se bâtir d’autres repères, surtout pour ceux qui étaient d’une espèce totalement différente de la leur. Elle prenait son rôle très au sérieux.

Chloé – Ces enfants sont très importants, pour nous, mais nous n’avons pas la vocation de remplacer leurs parents même si ce que je dis peut en donner l’impression, dit-elle après une courte pause. S’ils sont malheureux ou éprouvent des regrets, nous prenons le temps pour leur parler, nous nous préoccupons de leurs pensées lorsqu’il nous arrive d’aller dans leur royaume de naissance… Mais, en aucun cas, nous ne souhaitons qu’ils oublient leurs parents ou les détestent. C’est grâce à eux qu’ils sont avec nous. Et j’ai compris très récemment que tous les parents de chevaliers ou écuyers, encore aujourd’hui, ne réalisaient pas ce que cela signifiait.

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Elvira de Perle
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Mer 28 Juin - 8:21

Chloé – C’est l’occasion de voir énormément de choses merveilleuses, dit-elle avec un sourire. C’est sans doute ce que je préfère, dans ma vie de chevalier : découvrir de nouveaux endroits. Je vois la magie comme un élément très utile mais également très dangereux. Nos prédécesseurs ont eu des ennuis à cause de la magie, nous y sommes sensibilisés et ne nous en servons que pour aider les uns et les autres.

La découverte du continent, voilà bien une chose qu’Elvira aimerait faire en vrai plutôt que le nez fourré dans les livres. Grimper à cheval, porter un pantalon, galoper au loin et voir le monde de ses propres yeux, sans escorte autour d’elle, courir aussi vite que possible et dévorer du regard des centaines d’endroits qu’elle avait étudié sans jamais les approcher véritablement. Oh, bien sûr, elle en verra beaucoup, au cours de missions diplomatiques telles que celle-ci ou même lorsque son Père décidera finalement de la marier à un prince ou roi de ce continent. Mais ce ne sera sans doute jamais dans les mêmes conditions que sa sœur, Elvira doutait qu’on la laisse partir un jour en vadrouille toute seule, ce serait trop dangereux. Elvira sourit un peu, d’un air lointain, en songeant aussi aux endroits qu’elle ne verra jamais. Secrètement, elle serait très curieuse de voir comment vivaient les Fées mais aussi les Elfes, ce qu’il y avait au Nord, à quoi ressemblait la Forêt Interdite, ce qui pouvait bien se trouver au-delà des hautes chaînes de montagnes de l’Est, infranchissables et imposantes. Quatre royaumes bordaient ces montagnes, en plus de la forêt interdite, et pourtant, nul ne pouvait savoir ce qui se trouvait au-delà. La jeune femme espéra très fort qu’un jour, une personne parvienne à les franchir puis à en revenir et raconter ce qu’elle avait vu et découvert. Ce ne sera sans doute pas pour tout de suite… Ces monts étaient encore plus hauts et imposants que ceux du Nord du continent, or, les chaînes de Shola et du royaume des Ombres étaient déjà infranchissables, hormis quelques passages très peu connus. Et ceux qui ignoraient ces passages pouvaient rester coincés dans ces montagnes des jours durant, voir y succomber tant les risques mortels y étaient nombreux.

Chloé – Nous avons été élevés en même temps, mes frères d’armes et moi. Nous sommes la première génération des Chevaliers, comme vous le savez sûrement, et nous sommes donc très proches vu qu’il n’y avait pas de maître pour chacun de nous. C’était un peu particulier, chaque maître a un lien plus poussé avec son écuyer. Nous devons nous occuper de lui, le former, lui apprendre tout ce que nous savons durant sept ans jusqu’à ce que lui devienne chevalier à son tour et forme un écuyer. Nous l’emmenons partout et devons le protéger à tout moment, nous assurer qu’il va bien.

Un peu comme des parents, non ? En tout cas, c’était le sentiment qu’il renvoyait, par le biais de ces paroles. Elvira lui rendit son regard en portant le gobelet à ses lèvres, buvant une légère gorgée en réfléchissant. Pour sa part, jamais elle n’oserait emmener des enfants sur un champ de bataille, ceci étant, elle ignorait s’ils combattaient déjà, à onze ou douze ans. Peut-être n’était-ce que plus tard ? Lorsqu’ils savaient vraiment combattre ? Trop concentrée sur le protocole et les manières au cours du repas, la princesse n’avait prêté attention à aucun des enfants présents dans la salle, hormis à la jeune Kira car elle était assise juste en face d’elle. Et l’enfant mauve n’était pas un écuyer mais la pupille du Roi, princesse de Shola, l’un des dernières survivantes de son peuple. L’une, oui, car Elvira refusait de croire qu’il n’y ait pas d’autres survivants. Qui savait où ils se trouvaient, si loin au Nord, où ils avaient pu se dissimuler ? Mais le temps était passé, sans doute s’était-il regroupés, avaient-ils eu d’autres enfants, avaient-ils su redresser la tête, même un temps soit peu, en l’espace de sept années. Bientôt, lorsque cette jeune enfant mauve sera assez âgée, elle pourra les retrouver et prendre la tête d’un peuple si gravement meurtri pour lui redonner toute sa puissance. Cette idée réconfortait beaucoup la jeune femme… Elle avait été profondément bouleversée en apprenant le sort des Sholiens, ce qui était d’ailleurs loin d’être le cas de tous, et avait pris l’initiative d’envoyer un message de condoléance et soutien au roi Cull d’Argent, frère aînée du roi Shill de Shola. Son père n’en avait jamais rien du, les deux royaumes n’étaient pas amis. Néanmoins, Elvira respectait beaucoup le roi Cull, elle le trouvait différent, en un sens, et attaché à des valeurs de paix et d’entraide qui semblaient se perdre.

Chloé – Ces enfants sont très importants, pour nous, mais nous n’avons pas la vocation de remplacer leurs parents même si ce que je dis peut en donner l’impression, dit-elle après une courte pause. S’ils sont malheureux ou éprouvent des regrets, nous prenons le temps pour leur parler, nous nous préoccupons de leurs pensées lorsqu’il nous arrive d’aller dans leur royaume de naissance… Mais, en aucun cas, nous ne souhaitons qu’ils oublient leurs parents ou les détestent. C’est grâce à eux qu’ils sont avec nous. Et j’ai compris très récemment que tous les parents de chevaliers ou écuyers, encore aujourd’hui, ne réalisaient pas ce que cela signifiait.

Elvira – J’imagine que ça doit être difficile d’accepter d’envoyer un enfant au loin pour qu’il devienne chevalier et de ne plus penser à lui ensuite. Enfin, personnellement, je ne pense pas que je le ferai, même s’il possède la magie, à moins que je ne puisse être auprès de lui pour le veiller, être là lorsqu’il le faut. C’est sans doute égoïste de penser ainsi, après tout, il faut des personnes qui puissent avoir des atouts pour se battre, comme le premier Ordre.

Elle s’interrompit en entendant un coup de tonnerre lointain résonner dans le ciel, plus sombre que toute à l’heure. Elvira se leva de la causeuse en chêne puis avança un peu, posant les deux mains sur le rebord du balcon en observant, droit vers le Nord, quelques flashs rapides illuminer le ciel, au cœur de nuages très noirs qui s’amoncelaient. Aussi fascinée qu’effrayée par les orages, elle les observait dès qu’elle en avait l’opportunité, trouvant magnifiques ces éclairs qui déchiraient le ciel. Celui-ci venait d’assez loin, semblait-il, descendant à mesure vers le Sud, vers eux, passant sur Émeraude pour sans doute se perdre ensuite dans le désert. Les orages terrestres étaient néanmoins moins violents que ceux naissant en mer et s’abattant ensuite sur les royaumes côtiers, où la force du vent n’avait plus rien à voir avec ce qu’ils vivaient à l’intérieur des terres. Les tempêtes de mer, comme on les appelaient, étaient des forces de la nature qu’on ne pouvait guère défier. Elvira se retourna un peu, s’appuyant contre le balcon en pierre, les deux mains glissées sur le rebord et les accrocs du granit.

Elvira – Il y a bien des adultes qui rejettent des enfants sans raison, poursuivit-elle. Sans vouloir dire de mal de votre maître, Elund, je trouve déplorable qu’il tienne autant en agressivité la pupille du Roi. Ce n’est qu’une enfant, malgré son apparence particulière. Je reste convaincue qu’elle pourra retrouver les survivants de son peuple et travailler avec eux à reprendre leurs pays, lorsqu’elle sera adulte. On raconte que le château de Shola est fait de pierres blanches et de glace, j’ignore si c’est vrai… On dit aussi qu’il se trouve dans une immense vallée, aux portes de l’océan, perpétuellement recouverte de neige, et qu’il y a au Nord des peuples cachés et d’autres êtres de magie qui vivent dans les montagnes. Ce sont des légendes qu’on raconte aux petits enfants pour les endormir. Hum, je ferai mieux de les oublier, moi aussi, ce n’est pas très sérieux.

Une très légère rougeur colora ses joues, améliorant un peu son teint même si elle n’était pas bien pâle de nature, bien au contraire. Retournant vite la tête en entendant un coup de tonnerre plus proche, elle ouvrit un peu plus ses yeux marrons en amande, levant la tête pendant que ses boucles de même couleur tombaient de ses épaules pour glisser le long de son dos avec les autres.

Elvira – Les légendes nous bercent mais la réalité est plus dure, murmura-t-elle. L’Empire noir n’est hélas pas la seule menace, nous avons aussi les dissensions et conflits au sein même de ce continent. Peut-être aurions-nous pu éviter le massacre de Shola si ce pays n’avait pas été si isolé, qui sait ? Vous voyagez beaucoup, pensez-vous qu’il reste beaucoup de personnes croyant à une alliance saine entre tous les peuples ?

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