Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Une sœur à Émeraude

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Elvira de Perle
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MessageSujet: Une sœur à Émeraude   Dim 25 Juin - 15:20

L'escorte allouée par le Roi Pally était importante, malgré le fait qu'ils se rendaient vers un pays allié et que le trajet restait somme toute relativement court. Une longue troupe de garde, de serviteurs et de conseillers royaux entouraient la jeune femme, tandis qu'elle prenait place dans une calèche décorée avec goût, tirée par deux des gardes personnels de son père. Le convoi se mit aussitôt en route et la calèche s'ébranla, sous quelques vivats de badauds amusés qui aimaient voir partir un tel équipage. Elvira se pencha légèrement à la fenêtre de la calèche, voyant son père sur un des balcons de pierre du château, caressant doucement un faucon, perché sur son bras droit et un lourd gant de dressage en cuir. Son amour profond des rapaces et oiseaux était bien connu, il les élevait avec autant de soin que s'il s'agissait de son propre fils. Se remettant droite, Elvira se laisser aller contre le siège épais, les mains posées contre elle, sur ses genoux, soupirant longuement. Elle ignorait pourquoi son père avait soudainement décidé de lui confier cette mission diplomatique mais était ravie, bien que nerveuse, qu'il lui prouve ainsi qu'il lui faisait confiance. Il était si important, d'autant plus par les temps qui courent, de renforcer les liens entre les contrées, plus particulièrement ses voisins proches.

Le trajet durait un peu plus de deux jours, il fallait traverser de grandes forêts et bien des villes et villages, sur des routes plus ou moins chaotiques et mal fréquentées. Néanmoins, aucun bandit ne se risquerait à attaquer un convoi de cette taille, avec une escorte en conséquence. Ils firent deux haltes, dans des auberges sélectionnées avec soin, pour les deux nuits contenues dans le voyage. Au matin de la seconde, Elvira se leva très tôt, la nervosité augmentant encore d'un bon cran. En robe de nuit dans la chambre, elle prit un long bain qu'une de ses suivantes prépara puis s'habilla avec un soin tout particulier. C'était aujourd'hui qu'elle devait rencontrer le roi d'Emeraude et renouer des liens diplomatiques plus solides entre leurs deux pays. Pour elle qui n'avait jamais quitté le château de Perle, ce premier voyage prenait encore plus d'importance. Une fois habillée comme il se doit, elle fut maquillée et coiffée de façon poussée et élégante, devant tenir son rang et être présentable face au Roi. Son père l'avait prévenue, avant de partir, aucun écart de conduite, de comportement ou de morale ne lui était accordé, il lui fallait être irréprochable et se tenir comme une princesse le devait. Elle avait été éduquée toute sa vie dans ce but, aucun impair ne sera tolérable. Une fois prête, elle déjeuna rapidement puis reprit place dans la calèche, pour la dernière partie du trajet. Un temps dont elle profita pour calmer sa peur, contrôler la nervosité montante.

Un grand soleil brillait au-dessus du château lorsqu'ils arrivèrent, en même temps qu'une lourdeur de l'air annonçant sans aucun doute un orage pour la nuit. La saison des pluies devait débuter dans une semaine ou deux, à présent. Le convoi était attendu, les gardes étaient bien droit, en tenue d'apparat, les serviteurs du château rassemblés plus loin et prêts à récupérer les bagages, guider chacun, les chevaliers du roi présents aussi, eux aussi en bonne tenue. Une fois la calèche arrêtée, Elvira en sortit, posant avec précaution le soulier sur le marchepied, son capitaine des gardes l'aidant galamment à sortir en lui donnant la main, la relâchant ensuite alors qu'elle s'avançait vers le roi d'Emeraude. Allant sur ses soixante-dix ans, le souverain gardait encore une bonne carrure, lui souriant et lui donnant un baisemain en la saluant avec chaleur. Elvira sourit à son tour et le remercia, au nom du Roi Pally et de leur peuple, de les accueillir dans ce château, ajoutant qu'elle espérait que leurs deux peuples nouent des relations solides et durables. "Tiens ton rang", comme lui dirait son père, tandis qu'elle avançait aux côtés du vieux Roi, gardant le sourire et une allure altière. Midi approchait déjà et un banquet était donné pour souhaiter la bienvenue aux invités de Perle. Le bal de la diplomatie allait débuter, il était temps pour elle de faire ses preuves. Sourire à chacun, repérer les plus influents, se comporter comme une fille de roi devait le faire.

Émeraude 1er – Le Roi Pally peut se vanter d'avoir eu de belles jeunes femme, sourit-il tout à coup.

Elvira – Je vous remercie.

La grande salle était dressée pour accueillir tout le monde, le Roi en bout de la plus longue table, ses invités à ses côtés. Debout à ses côtés, en bout de table, les mains jointes devant elle, elle continua à sourire lorsque le Roi déclara à tous qu'il était heureux d'accueillir aujourd'hui la fille du Roi Pally et la reine Ella, pour cette rencontre diplomatique, demandant à tous de faire le meilleur des accueils à leurs voisins du royaume de Perle. Elvira prit ensuite la parole, le remerciant d'une voix claire puis ajoutant que son peuple espérait nouer des liens solides avec le peuple d'Emeraude. Il vint ensuite lui tirer sa chaise galamment pour qu'elle s'assoit, prenant place à son tour ensuite. Ils burent tous ensemble quelques gorgées de vins puis la fête en elle-même débuta. La jeune femme était entièrement focalisée sur les gestes à produire, le protocole, la façon d'adresser la parole aux uns et autres, comment se tenir, déjeuner et sourire. Tout cela occupait son esprit tant et si bien qu'elle ne prêtait guère attention aux regards curieux posés sur elle, de part et d'autre, faisant la conversation au Roi d'Emeraude, ainsi qu'à sa pupille, la jeune princesse mauve dont elle avait déjà beaucoup entendu parler. Elvira tâchait de ne pas la dévisager, bien que la voir ainsi lui faisait surtout penser que cette petite était encore une enfant, une jeune enfant qui ne devrait pas à avoir à supporter les critiques.

Le banquet fut très long, même pour elle qui était pourtant habituée à ces ronds-de-jambe. Fort heureusement, Émeraude 1er avait une conversation agréable et la guida après le repas, lors de la fête, au milieu des chants. Le plus dur fut de retenir autant de noms et de visages, entre les diplomates, les conseillers, les seigneurs de fiefs et autres personnes influentes. Il lui présenta également le mage du château, un homme déjà assez âgé, lui aussi, sans doute soixante ans, qui lui sembla un peu sec et hautain. Elvira lui sourit malgré tout et échangea quelques mots avec lui, comprenant vite d'où venait sa fierté, lui qui éduquait les enfants magiques emmenés dans ce château pour qu'il devienne les futurs défenseurs du continent. Cependant, Elvira se lassa bien vite en voyant les regards qu'il lançait vers la toute jeune princesse de Shola, toujours très agacée lorsqu'elle voyait une personne dénigrer un enfant, que ce soit parce qu'il était différent ou pour autre chose. Le Roi lui présenta ensuite ses chevaliers, la jeune femme cherchant avec curiosité son aînée, la fille biologique du Roi Pally. Un sourire sincère éclaira son visage, cette fois-ci, elle était contente de la voir enfin, on lui avait tant parlé d'elle.

Elvira – Pourrons-nous parler plus tard ? Voilà longtemps que je vous voulais vous rencontrer, nous avons beaucoup entendu parler de vous, avec mon frère.

Chloé – Je n'osais vous le demander, j'ai également beaucoup entendu parler de vous.

Elle s'était aussi inclinée, ce qu'Elvira jugeait peu utile comme elle était la fille du roi Pally, mais elle ignorait quelles étaient les coutumes des chevaliers et si leurs origines avaient encore une quelconque valeur. Elle la remercia et lui dit de venir la retrouver ce soir, dans ses appartements, puis fut bien vite accaparée par d'autres invités, d'autres personnes à voir. La suite de l'après-midi ressembla à un véritable ballet avec les diplomates de tous genres, une grande course politique ou il fallait la jouer très fine et ne commettre aucune erreur. Ce premier grand pas dans le monde laissa Elvira tout à fait épuisée, le soir venu, lorsque les choses se calmèrent enfin. On lui avait alloué toute une aile du château royale, pour elle, ses serviteurs et gardes, où elle se réfugia avec un immense soulagement. Enfin... On lui avait mis sur une table de nombreux fruits, de l'eau et du vin, et une brise légère du soir entrait par le balcon, les rideaux grands ouverts. Le calme retrouvé lui fit très sincèrement un bien fou, elle en comprenait pas comment son père pouvait se plier à ça chaque jour passant. S'étirant, elle ôta ses boucles d'oreilles et les déposa dans une petite boîte à bijoux doré, posée sur la coiffeuse. Ah, si seulement aussi elle pouvait porter une simple tunique légère plutôt que ces lourdes robes, certes élégantes mais aussi très chaudes et peu pratiques.

Un de ses gardes vint l'avertir qu'une jeune femme, chevalier d'Emeraude, demandait à la voir et Elvira tourna la tête vers lui, en lui disant oui, qu'il pouvait la faire entrer. Devait-elle absolument tenir le protocole devant la fille aînée de ses parents ou pouvait-elle se détendre un peu ? Dans le doute, elle s'abstint de se mettre aussi à l'aise qu'elle le souhaitait, le pensant si fort que l'envie devait se lire sur son visage. La voix du souverain Pally résonnait toujours dans ses pensées, en ces moments. Droiture, Devoir, maintien... Souriante, elle remercia Chloé d'être venue ce soir, tout en rêvant de se mettre pieds nus sur le tapis et relever un peu le bas de ses jupons pour marcher plus librement. Au moins lui avait-on épargné de devoir porter une tiare ou une couronne, ce qu'elle était obligée de faire lors des réunions et cérémonies officielles au royaume de Perle. Prenant une carafe, elle versa deux gobelets d'un vin très léger et en tendit un à son invitée. Laquelle lui dit tout à coup qu'elle n'était pas obligée de respecter le protocole face à elle, comme elles étaient sœurs. Elvira eut un murmure de surprise puis un sourire ravi éclaira son visage, lui donnant un air encore plus jeune. Elle enleva ses souliers pour rester pieds nus, avec un soupir de soulagement, puis tira sur les épingles retenant ses longs cheveux bruns, massant un peu sa nuque.

Elvira – Je voudrai bien porter les cheveux courts comme vous, avoua-t-elle avec un léger rire. Vous voulez vous asseoir sur le balcon ou à l'intérieur ?

Chloé – Je préférerais sur le balcon, l'air nous fera le plus grand bien après cette longue soirée. Pour vous aussi, elle a dû être interminable, je suis désolée.

De quoi était-elle désolée ? Elvira lui lança un regard interrogateur puis alla s'asseoir, deux causeuses étaient disposées sur le grand balcon, offrant une superbe vue sur les immenses jardins de ce château. L'air du soir était bon, ici aussi, très pur, elle l'inspira doucement en fermant les yeux. Rouvrant les yeux, elle but une petite gorgée de vin puis observa un instant la nuit tombée et les étoiles de plus en plus nombreuses dans le ciel, ainsi que les nuages commençant à s'accumuler. Il faisait encore si lourd et chaud, l'orage approchait à grands pas. S'étirant un peu, elle tourna la tête vers son aînée, frappée tout à coup par la ressemblance physique impressionnante avec la reine Ella. Chloé aussi était grande et élancée, les yeux clairs et la peau pâle, blonde comme les blés, comme presque toutes les femmes de Perle.

Elvira – Accepteriez-vous de ma parler un peu de vous et la vie que vous menez ici ? finit-elle par demander, le regard brillant. Je suis très curieuse, cette mission diplomatique était aussi l'occasion de vous rencontrer enfin. Comment est la vie d'un chevalier, de vivre avec la magie ?

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Mar 27 Juin - 21:10

Roi – Le Roi Pally peut se vanter d'avoir eu de belles jeunes femme, sourit-il tout à coup.

Princesse – Je vous remercie.

… Pardon ? Chloé blêmit d’un seul coup en même temps qu’elle s’agrippa à Dempsey qui était à côté d’elle, restant toujours tout près depuis qu’elle était revenue blessée. Elle resta droite mais son sourire se figea dès le moment où elle entendit ces paroles. Il avait eu de belles jeunes femmes… ? Pardon ? Il parlait de la princesse ? Mais non, elle se trompait. Elle n’avait pas bien entendu, c’était faux, c’était un malentendu, elle était encore trop épuisée et cela jouait sur ce qu’elle entendait. Mais non. Quelques secondes à peine après avoir dit cela, le Roi s’adressa à tous les invités, en bout de table, pour présenter la princesse à ses côtés comme étant la fille du Roi Pally, son propre père, et de la Reine Ella, sa mère, qui était ici pour une rencontre diplomatique et à qui ils devaient réserver le meilleur des accueils. C’était impossible. Elle rêvait… Cette fille ne pouvait pas être sa sœur !

La princesse prit la parole mais Chloé déconnecta complètement, essayant de comprendre, de remettre de l’ordre dans ses idées. Elle se remémora les différents voyages jusqu’à son ancien royaume, celui où elle était née, et essayait de se remettre en situation. Avait-elle entendu des cris de bébé ? Lors de ses voyages au Royaume de Perle, elle n’avait entendu que des paroles du peuple parlant des dignes héritiers, que le roi avait eu des enfants, qu’ils reprendraient le royaume à sa mort, et toutes ces belles paroles. Pourtant, cette fille ne ressemblait ni à elle, ni à ses parents. Et il n’avait jamais parlé d’adoption ! Jamais ! Il n’avait jamais eu ces enfants, il n’avait pas eu cette fille.

Sa mère lui en aurait parlé. Elle aurait dit qu’elle avait adopté des enfants, elle-même ne les avait jamais vus, n’avait jamais eu l’occasion de leur parler, même si c’était normal en tant que chevalier et ses parents auraient forcément dit quelque chose. Surtout sa mère. Sinon, c’est qu’ils se reprochaient quelque chose. Une vague de colère et de dégoût se mêlaient en elle, grimpant comme jamais elle n’avait ressenti cela au fur et à mesure que les liens se tissaient dans sa tête. Au même moment, Chloé sentit plusieurs vagues d’apaisement tomber sur elle, la rendant incapable de s’énerver comme les Chevaliers de la première génération présents à table lui en envoyèrent tous une en même temps. C’était bas ! Mais cela dissipa la colère, l’atténuant durant le repas lorsqu’ils s’installèrent autour de la table, elle-même aidée par Dempsey.

Mais le sujet ne quitta pas son esprit malgré tout. Chloé ne cessa d’y penser, mangeant du bout des lèvres ce qu’elle avait dans son assiette tout en discutant avec Dempsey de ce qu’elle venait de découvrir. Les morceaux de viande n’avaient aucun goût, elle peinait même à identifier ce qu’elle mangeait, portant chaque bouchée à sa bouche très difficilement. Elle ne voyait qu’une explication à ceci : son père avait enlevé ces enfants. Cette fille et son frère, comme elle en avait entendu parler au Royaume de Perle. Le décor avait beau être magnifique, les grandes assiettes dorées, les couverts par centaines, les invités de marque… Un banquet digne de ce nom avec le « meilleur des accueils possible » comme l’avait demandé le Roi. Elle avait envie de vomir à chaque bouchée, terminant son assiette à grand peine sans prendre de dessert lorsqu’il en fut l’heure. Des chandelles, des lustres, des rideaux soyeux, du rouge, du luxe… Tout lui donnait envie de vomir, réellement. La royauté. Elle avait envie de sortir, de partir loin d’ici. Non, mieux. D’aller trouver son père pour comprendre. De lui dire ce qu’elle pensait, ses quatre vérités, de lui hurler dessus. Être roi ne lui permettait pas d’enlever des enfants ! S’il n’y avait pas ce banquet, elle aurait déjà sauté sur son cheval pour prendre la direction de son royaume natal.

Wellan * Calme-toi, Chloé, nous sommes en public, fais bonne impression. Va te reposer dans ta chambre si ça ne va pas.

Chloé * Je suis calme, et c’est toi qui me dis ça, on aura tout vu. J’ai le droit d’être furieuse ! Mais ne t’inquiète pas, je fais bonne figure, comme mon père.

Wellan * Je ne veux pas que tu finisses en prison comme notre frère.

Jasson * Merci... J'apprécie l'attention, c'est touchant de prendre cet exemple.

Chloé lui lança un regard noir, pensant qu’elle ne risquait pas de finir comme Jasson puisqu’elle n’allait briser aucune loi. Elle avait seulement des comptes à régler avec son père. Qu’on la pardonne d’être furieuse alors qu’elle venait de découvrir que son propre père avait enlevé des enfants ! Il les avait enlevés juste pour assurer sa descendance ! Alors oui, elle pouvait être en colère. En plus de cela, voilà qu’ils se disputaient pendant le repas… Et Wellan qui parlait de faire bonne impression, hein ? Si elle gênait, elle pouvait s’en aller, pas de problème. D’ailleurs, elle allait partir, dès que ce repas serait terminé, dès que cette mascarade prendrait fin et qu’ils seraient libérés de leurs obligations. Au moins, il n’aurait pas à subir sa colère et à risquer un blâme parce qu’elle « n’aurait pas fait bonne impression ».

Wellan * Jasson, je ne voulais pas dire ça... Il faut être prudent. Et Chloé, dès que le repas est fini, va dormir une heure ou deux.

Chloé * Je ne pourrai pas dormir et laissez-moi être en colère à ma guise, j’ai des raisons valables. Mais j’irai dans ma chambre pour ne pas entacher notre image, ne vous inquiétez pas.

Wellan * C'est bon, on ne va pas faire une esclandre. Calme-toi.

Chloé * Arrête de me dire de me calmer, ça m’énerve juste encore plus ! Ce sont des enfants, Wellan ! C’est bon, on arrête de parler, on finit ce repas et je m’en irai. Content, j’espère ? Et bon appétit bien sûr.

Santo * Les enfants, n'écoutez pas... Ce genre de chose arrive. Ils s'aiment bien quand même.

Eh ! Chloé lança un regard noir à Santo qui avait parlé d’un ton désespéré, ne pouvant pas lui dire le contraire malgré tout. Et reçut un sourire en retour, sans qu’elle ne comprenne pourquoi tout de suite. Jusqu’à ce qu’elle sente toute colère se dissiper presqu’instantanément, reconnaissant là la vague d’apaisement de Santo mais elle ne parvint pas à lui en vouloir ou à lui râler dessus. Peu à peu, la tension qui s’était accumulée dans chaque muscle de son corps se relâcha, comme si elle était sur un nuage de douceur. Elle parvint même à esquisser un sourire à Ariane, pour la rassurer notamment, reprenant son verre pour le terminer mais évitant toujours les autres même si la colère s’était évaporée. Si le sujet de sa colère était compréhensible, elle était incapable de ressentir quoi que ce soit, comme si rien ne pouvait la toucher. Le repas se termina dans une ambiance plus douce, apaisée, sauf que Chloé ne parla qu’avec Dempsey qui était resté juste avec elle sans lui faire le moindre coup bas.

Vint le temps de la fête à proprement parler, avec le Roi qui présentait son invitée à chaque groupe important, la danse, les rires… Les convives quittèrent les tables qui furent poussées sur les côtés pour laisser plus de place au centre de la salle, chaque groupe se reformant pour discuter, échanger les nouvelles, apprendre ce qui s’était passé chez telle ou telle personne depuis les dernières festivités… Des paroles banales, que Chloé avait déjà entendues mille et une fois. Elle resta près de Dempsey, la fatigue la reprenant et l’obligeant à s’agripper à lui dans les limites de la décence, les Chevaliers ne pouvant s’éclipser avant la présentation de la princesse, ce qui signifiait un temps encore incroyablement long à attendre. Elle fut plus silencieuse que d’habitude, la dispute avec ses frères et la colère envers son père lui restant en mémoire, prête à ressurgir dès que cette maudite vague d’apaisement serait terminée. En attendant, tout n’était que brouillard et paroles polies pour les personnes qui venaient leur parler, les remercier de protéger le continent depuis toutes ces années. Beaux vêtements, sourires parfois faux, têtes connues et inconnues. Tout avait un goût amer, pour Chloé, en cet instant précis. Elle ne pouvait s’empêcher de jeter des regards vers la princesse de Perle, très discrètement. Jusqu’à ce que ce qu’elle vienne vers eux avec le Roi qui fit les présentations une nouvelle fois. Elle ne lui ressemblait absolument pas…

Elvira – Pourrons-nous parler plus tard ? Voilà longtemps que je vous voulais vous rencontrer, nous avons beaucoup entendu parler de vous, avec mon frère.

Chloé – Je n'osais vous le demander, j'ai également beaucoup entendu parler de vous.

Chloé s’était inclinée pour répondre, marquant ainsi le respect que l’on devait aux membres de la famille royale. « Faire bonne impression ». Qu’il ne s’inquiète pas, puisque la princesse l’avait invitée dans ses appartements, elles auraient une discussion ensemble, durant laquelle personne ne pourrait lui jeter de vague d’apaisement ou la sermonner. Oh oui, avec une bonne centaine de questions à lui poser. A commencer par son physique, par cette différence flagrante que le Roi avait pourtant ignorée en présentant la princesse comme la digne fille du Roi Pally. Pourtant, ce teint, ces cheveux, ces yeux, ce sourire… Rien ne ressemblait à Chloé ! Il ne pouvait nier cela, n’est-ce pas ? La colère grondait dans un coin de son esprit toujours embrumé, la vague de Santo empêchant la jeune femme de s’énerver une nouvelle fois. Sans oublier la fatigue due à ses blessures, à ce dragon, et à tout ce qu’elle avait appris en l’espace de quelques jours seulement. La colère l’avait aidée à rester parfaitement alerte durant le repas, mais ici… Elle avait beau apprécier ses frères d’armes, en cet instant précis, elle les détestait.

Dempsey dut entendre ses pensées, comme les autres sans doute qui la surveillaient à tous les coups, car il la tira doucement avec lui jusqu’à la sortie de la salle. Chloé ne résista même pas, incapable d’opposer la moindre résistance pour l’instant à cause de sa fatigue, se laissant entraîner avec son compagnon sans même jeter un regard au reste du groupe. Elle prit seulement le temps de dire à Ariane qu’elle pouvait rester pour la fête, lui demandant de rester auprès de Wellan le temps de la fête pour remonter lorsqu’elle serait fatiguée ou lassée. Si Chloé le détestait en cet instant précis, elle ne pouvait ôter la confiance qu’elle avait en lui.

Même le trajet fut très flou, elle tâchait de rester droite mais Dempsey devait l’aider en grande partie à marcher pour rejoindre l’aile des chevaliers et leurs appartements. Appartements qui la rendaient folle, actuellement, tant elle les côtoyait depuis son retour à Emeraude. Sortir, oui, mais les exercices physiques étaient impossibles, une horreur pour elle qui en faisait énormément afin de compenser sa faiblesse naturelle. Marchant en automate, elle salua les quelques domestiques qui apportaient encore boissons et mets digestifs dans les couloirs, comme Dempsey, et entendit le bruit distinctif de la porte de sa chambre lorsqu’on l’ouvrait.

Reconnaissante, la jeune femme se laissa faire également lorsqu’il la poussa à se mettre sur le lit, toujours l’esprit embrumé et le corps incroyablement détendu mais ses pensées recommençaient à fuser à mesure que l’effet de la vague de Santo s’estompait. Heureusement, il ne pouvait les enchaîner, conscient que s’ils continuaient comme ils l’avaient fait durant le repas, Chloé s’endormirait tout simplement et ne pourrait pas voir la princesse. En un sens, ce rendez-vous la sauvait, même si la future reine ignorait tout de leur dispute puisqu’elle s’était déroulée mentalement. Voyant et sentant Dempsey la rejoindre, à côté, dans le lit, elle se blottit dans ses bras et posa sa tête sur son torse, somnolant à moitié malgré elle. Elle ne devait pas… La seule chose qu’elle devait faire, c’était apprêter son cheval et partir pour le Royaume de Perle sur-le-champ plutôt que de traîner au lit. La discussion avec la princesse confirmerait ses hypothèses, alors à quoi bon ?

Chloé – Je ne devrais pas rester dans ce lit…, marmonna-t-elle tout bas. Il faudrait… Il faudrait que j’aille au Royaume de Perle immédiatement.

Dempsey ne répondit rien mais la garda dans ses bras, comme pour l’empêcher de partir après avoir dit cela. Elle-même savait qu’elle en était incapable, là, tout de suite, la vague de Santo ne s’arrêtant qu’au bout de deux bonnes heures en général. Elle ne pouvait pas le repousser, toujours incroyablement détendue même si son esprit commençait à travailler de nouveau, petit à petit. Elle se contenta d’essayer de jeter un regard noir à Dempsey, le croyant de son côté, mais ne dit plus rien et patienta. Tant que les vagues qu’elle avait reçues, en plus de celle de Santo, agissaient encore d’une manière ou d’une autre sur elle, Chloé ne pouvait rien faire et serait aussi molle que certains de leurs écuyers lorsqu’ils les tiraient du lit après une longue nuit de sommeil.

Elle resta donc blottie dans les bras de Dempsey, écoutant les bruits de pas de certains de leurs frères d’armes dans les couloirs qui remontaient petit à petit en somnolant. Même Ariane et Colville devaient être remontés, la fête touchant doucement à sa fin. Un après-midi comme cela, plus une partie de la soirée à n’en pas douter, il n’était guère étonnant que certains soient épuisés. D’autres iraient sans doute s’entraîner encore, comme Ariane depuis qu’elle avait ses ailes, mais Chloé ne pouvait que superviser de loin tant qu’elle n’était pas rétablie – ce qui la rendait malade, par moment, parce qu’elle ne pouvait protéger son écuyer comme à son habitude. Et même si l’avouer lui faisait mal, ces deux heures de repos lui firent un bien immense, sans aucune pression grâce à la vague d’apaisement de Santo, ce qui lui permit de se remettre d’aplomb pour son rendez-vous avec la princesse.

Ce fut Dempsey qui lui signala qu’elle devait y aller comme elle avait perdu toute notion du temps, ses pensées se tournant de nouveau vers ce rendez-vous et vers ce qu’elle venait de découvrir. Ses frères pouvaient comprendre que cela l’énerve, non ? Des enfants… Son père avait enlevé des enfants. Elle vérifia qu’elle était présentable et sortit de la chambre, escortée par Dempsey qui comptait attendre devant la porte malgré ses protestations. S’il restait, il risquait d’entendre, de pouvoir agir si elle s’énervait, ce qui l’effrayait plus qu’autre chose puisque Chloé voulait avoir une discussion avec sa « sœur » tranquille, sans autre intrus.

Ils quittèrent donc la chambre ensemble, devant rejoindre l’aile royale dans laquelle était logée la princesse pour la voir ce soir. Ils n’y allaient jamais, vivant principalement dans l’aile réservée aux Chevaliers avec tout ce dont ils avaient besoin, seuls certains d’entre eux se rendant dans les ailes royales plus privées mais ces personnes se comptaient sur les doigts d’une main. En général, tout le monde passait par Maître Elund ou Wellan, histoire d’éviter d’importuner le Roi inutilement s’il y avait des affaires urgentes. Pour le reste, les seules occasions où ils se rendaient dans les ailes royales étaient les jours de fête comme aujourd’hui ou pour effectuer des recherches ou lire à la bibliothèque. Chloé n’était donc pas habituée à ce raffinement dans les couloirs, à ces décorations, à ce surplus de richesses comme ils vivaient de manière assez sobre tout de même. Ils ne vivaient pas mal, non, mais évitaient l’opulence.

Ce n’est qu’en arrivant devant la chambre indiquée par un des gardes comme étant celle de la princesse de Perle que la jeune femme se détacha de Dempsey, lui faisant signe que tout allait bien. Elle se présenta et attendit que le garde prévienne la princesse pour lui demander si elle pouvait entrer ou non, même si elle connaissait déjà la réponse. Une nouvelle fois, Chloé assura à son compagnon qu’il n’était pas obligé d’attendre ici, qu’il pouvait retourner dans l’aile des chevaliers et qu’il l’entendrait lorsqu’elle aurait terminé mais cela ne changea absolument rien. Lorsque le garde rouvrit la porte, ils étaient au même endroit et annonça que la princesse voulait bien la voir, la laissant entrer dans sa chambre.

Qui était digne d’un membre de la famille royale… Entre les rideaux, les fruits, le vin, le lit et tout ce qui représentait une certaine aisance, Chloé reconnaissait là le caractère royal qu’elle avait quitté en venant à Emeraude. C’était la première fois qu’elle pénétrait dans des appartements royaux, elle fut donc d’abord plus attentive à ce qui l’entourait, des rideaux aux tapis, avant de porter son regard sur sa sœur lorsque cette dernière la remercia d’être venue. La jeune femme hocha la tête pour lui montrer que c’était naturel, qu’elles avaient beaucoup de choses à se dire, tandis que la princesse versait du vin dans deux gobelets en lui en tendant un. Hum… Pas sûr que ce soit une très bonne idée, vu son état. Mais elle avait l’esprit clair et pouvait boire petit à petit, très prudemment, pour vérifier qu’elle supporterait malgré tout.

Elle-même la remercia pour le verre, l’observant et remarquant la gêne qui se lisait sur son visage. A cause d’elle ? Non… Vu sa posture, cela était plutôt dû à sa tenue et « au protocole ». Ce qui ne l’étonnait pas, cette jeune femme n’avait rien à faire dans un château. Chloé ignorait où son père l’avait enlevée, mais ce n’était certainement pas à Perle. Ou pas de Perle, tout du moins. Pour qu’elle puisse se mettre à l’aise, la Chevalier lui dit qu’elle n’était pas obligée de respecter le protocole avec elle comme elles étaient sœurs, sous-entendant qu’elle pouvait se mettre à l’aise sans culpabiliser. Chose qu’elle fit aussitôt en la gratifiant d’un sourire ravi, ôtant ses chaussures inconfortables pour se retrouver à pieds nus et détachant ses longs cheveux bruns. Bruns… Mais bruns, enfin ! Comment le peuple avait-il pu admettre sans ciller qu’il s’agissait de sa fille ? D’accord, il l’avait adoptée, mais elle ils la reconnaissaient comme fille biologique. Sans même chercher à savoir qui étaient ses vrais parents. Les avait-elle revus, d’ailleurs ? Ou alors son père les avait recueillis ? Il en aurait parlé…

Princesse – Je voudrai bien porter les cheveux courts comme vous, avoua-t-elle avec un léger rire. Vous voulez vous asseoir sur le balcon ou à l'intérieur ?

Chloé – Je préférerais sur le balcon, l'air nous fera le plus grand bien après cette longue soirée. Pour vous aussi, elle a dû être interminable, je suis désolée.

Cette adulte était coincée à Perle à cause de sa propre absence. Uniquement parce qu’elle avait des pouvoirs magiques et que son père avait accepté de la laisser partir. Enfin… « Accepté ». Non, il ne l’avait jamais accepté, ce qu’elle réalisait en cet instant précis. Il avait accepté pour tisser un lien avec Emeraude, se faire bien voir, mais n’avait jamais mesuré l’ampleur des conséquences de son acte ni ce que cela signifiait. Intérieurement, il devait espérer que sa fille reviendrait au Royaume de Perle un jour, qu’elle aurait changé d’avis, qu’elle ne se plaisait pas à Emeraude et qu’il ne s’agissait pas d’une vie pour une femme. Ce qui ne risquait pas de changer, Chloé adorait sa vie ici même si elle avait frôlé la mort il y a peu, ne s’en sortant que grâce aux facultés des guérisseurs du château. La vie de princesse n’était pas pour elle, ne l’avait peut-être même jamais été, et elle se serait incroyablement ennuyée là-bas. Elle était désolée pour la princesse. Vraiment. Entre ce qu’elle subissait et devait suivre, aujourd’hui, Chloé comprenait que sa sœur d’adoption ne devait pas mener une vie de rêve à Perle.

Les deux jeunes femmes sortirent sur le balcon, la Chevalier inspirant un peu d’air frais tant qu’elle le pouvait, l’orage approchant et la chaleur pesant de plus en plus, avant de s’asseoir comme la princesse sur une des causeuses installées dehors. Les nuages étaient plus sombres que d’habitude, chargés d’électricité et d’air très lourd qui annonçait l’orage et la nuit mouvementée. En cet instant précis, elle bénissait le fait de ne pas devoir porter son armure à tout moment de la journée, étant venue avec sa simple tunique pour voir la princesse. Au moins, elle pouvait respirer. Le soir tombait doucement sur les grands jardins du château, certaines parties du domaine devenant plus sombre à mesure que le temps passait. Chloé regardait devant elle, observant les jardiniers ou les servantes passer en vitesse dans les jardins pour rejoindre telle ou telle autre pièce du château par derrière. Ne pas se faire voir, rester discret, tels étaient leur mot d’ordre. La princesse s’étira soudain, attirant son attention et lui faisant tourner la tête vers son interlocutrice. Elle voulait lui parler, donc… Tenant toujours son verre dans ses mains, la jeune femme patienta par politesse, la laissant commencer.

Princesse – Accepteriez-vous de ma parler un peu de vous et la vie que vous menez ici ? finit-elle par demander, le regard brillant. Je suis très curieuse, cette mission diplomatique était aussi l'occasion de vous rencontrer enfin. Comment est la vie d'un chevalier, de vivre avec la magie ?

Chloé – C’est l’occasion de voir énormément de choses merveilleuses, dit-elle avec un sourire. C’est sans doute ce que je préfère, dans ma vie de chevalier : découvrir de nouveaux endroits. Je vois la magie comme un élément très utile mais également très dangereux. Nos prédécesseurs ont eu des ennuis à cause de la magie, nous y sommes sensibilisés et ne nous en servons que pour aider les uns et les autres.

Et pour s’ennuyer, également, mais Chloé se contenta de le penser très fort sans le dire, consciente que ses frères d’armes devaient sûrement encore la surveiller. Tous savaient qu’elle avait rendez-vous avec la princesse maintenant, alors ils allaient garder un œil sur ce qu’elle ressentait pour éviter qu’elle ne « dérape ». Il y avait des moments, comme celui-ci, où le lien qu’ils partageaient était un vrai fléau parce qu’ils ne pouvaient absolument rien garder pour eux. Ils s’autorisaient un peu d’intimité, bien sûr, mais si un élément préoccupait l’un d’entre eux, tous le savaient. Il n’y avait qu’à voir Jasson… Cependant, elle adorait sa vie ici et ne la regrettait pour rien au monde. Elle était désolée pour la princesse, désolée pour ce qu’elle vivait à cause d’elle même si elle était à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours. Chloé but une gorgée de vin, réfléchissant aux mots qu’elle allait employer et à ce qu’elle pouvait encore dire, regardant toujours la princesse pour s’assurer qu’elle ne voulait rien dire et éviter de la couper malencontreusement.

Chloé – Nous avons été élevés en même temps, mes frères d’armes et moi. Nous sommes la première génération des Chevaliers, comme vous le savez sûrement, et nous sommes donc très proches vu qu’il n’y avait pas de maître pour chacun de nous. C’était un peu particulier, chaque maître a un lien plus poussé avec son écuyer. Nous devons nous occuper de lui, le former, lui apprendre tout ce que nous savons durant sept ans jusqu’à ce que lui devienne chevalier à son tour et forme un écuyer. Nous l’emmenons partout et devons le protéger à tout moment, nous assurer qu’il va bien.

Chloé omit volontairement les dangers pour ne pas inquiéter davantage la princesse et faire croire à son propre père qu’elle risquait sa vie. C’était le cas, oui, mais elle refusait de donner matière à son père pour qu’il la récupère sans lui laisser le moindre choix. Elle aimait ce qu’elle faisait, voulait protéger le continent, les enfants qu’elle avait sous sa responsabilité. Elle était fière d’eux, fière de Wanda et d’Ariane qui grandissait et gagnait en confiance en elle à mesure que les jours s’écoulaient. Le plus dur était de se détacher de sa famille, de ne plus penser à ses parents sans les renier malgré tout. Il n’y avait aucune haine, seulement de la reconnaissance pour le passé et pour l’éducation reçue durant les quelques années partagées. Chloé voyait toujours ses écuyers comme des enfants à protéger, fragiles et influençables qui doivent se bâtir d’autres repères, surtout pour ceux qui étaient d’une espèce totalement différente de la leur. Elle prenait son rôle très au sérieux.

Chloé – Ces enfants sont très importants, pour nous, mais nous n’avons pas la vocation de remplacer leurs parents même si ce que je dis peut en donner l’impression, dit-elle après une courte pause. S’ils sont malheureux ou éprouvent des regrets, nous prenons le temps pour leur parler, nous nous préoccupons de leurs pensées lorsqu’il nous arrive d’aller dans leur royaume de naissance… Mais, en aucun cas, nous ne souhaitons qu’ils oublient leurs parents ou les détestent. C’est grâce à eux qu’ils sont avec nous. Et j’ai compris très récemment que tous les parents de chevaliers ou écuyers, encore aujourd’hui, ne réalisaient pas ce que cela signifiait.

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Elvira de Perle
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Mer 28 Juin - 8:21

Chloé – C’est l’occasion de voir énormément de choses merveilleuses, dit-elle avec un sourire. C’est sans doute ce que je préfère, dans ma vie de chevalier : découvrir de nouveaux endroits. Je vois la magie comme un élément très utile mais également très dangereux. Nos prédécesseurs ont eu des ennuis à cause de la magie, nous y sommes sensibilisés et ne nous en servons que pour aider les uns et les autres.

La découverte du continent, voilà bien une chose qu’Elvira aimerait faire en vrai plutôt que le nez fourré dans les livres. Grimper à cheval, porter un pantalon, galoper au loin et voir le monde de ses propres yeux, sans escorte autour d’elle, courir aussi vite que possible et dévorer du regard des centaines d’endroits qu’elle avait étudié sans jamais les approcher véritablement. Oh, bien sûr, elle en verra beaucoup, au cours de missions diplomatiques telles que celle-ci ou même lorsque son Père décidera finalement de la marier à un prince ou roi de ce continent. Mais ce ne sera sans doute jamais dans les mêmes conditions que sa sœur, Elvira doutait qu’on la laisse partir un jour en vadrouille toute seule, ce serait trop dangereux. Elvira sourit un peu, d’un air lointain, en songeant aussi aux endroits qu’elle ne verra jamais. Secrètement, elle serait très curieuse de voir comment vivaient les Fées mais aussi les Elfes, ce qu’il y avait au Nord, à quoi ressemblait la Forêt Interdite, ce qui pouvait bien se trouver au-delà des hautes chaînes de montagnes de l’Est, infranchissables et imposantes. Quatre royaumes bordaient ces montagnes, en plus de la forêt interdite, et pourtant, nul ne pouvait savoir ce qui se trouvait au-delà. La jeune femme espéra très fort qu’un jour, une personne parvienne à les franchir puis à en revenir et raconter ce qu’elle avait vu et découvert. Ce ne sera sans doute pas pour tout de suite… Ces monts étaient encore plus hauts et imposants que ceux du Nord du continent, or, les chaînes de Shola et du royaume des Ombres étaient déjà infranchissables, hormis quelques passages très peu connus. Et ceux qui ignoraient ces passages pouvaient rester coincés dans ces montagnes des jours durant, voir y succomber tant les risques mortels y étaient nombreux.

Chloé – Nous avons été élevés en même temps, mes frères d’armes et moi. Nous sommes la première génération des Chevaliers, comme vous le savez sûrement, et nous sommes donc très proches vu qu’il n’y avait pas de maître pour chacun de nous. C’était un peu particulier, chaque maître a un lien plus poussé avec son écuyer. Nous devons nous occuper de lui, le former, lui apprendre tout ce que nous savons durant sept ans jusqu’à ce que lui devienne chevalier à son tour et forme un écuyer. Nous l’emmenons partout et devons le protéger à tout moment, nous assurer qu’il va bien.

Un peu comme des parents, non ? En tout cas, c’était le sentiment qu’il renvoyait, par le biais de ces paroles. Elvira lui rendit son regard en portant le gobelet à ses lèvres, buvant une légère gorgée en réfléchissant. Pour sa part, jamais elle n’oserait emmener des enfants sur un champ de bataille, ceci étant, elle ignorait s’ils combattaient déjà, à onze ou douze ans. Peut-être n’était-ce que plus tard ? Lorsqu’ils savaient vraiment combattre ? Trop concentrée sur le protocole et les manières au cours du repas, la princesse n’avait prêté attention à aucun des enfants présents dans la salle, hormis à la jeune Kira car elle était assise juste en face d’elle. Et l’enfant mauve n’était pas un écuyer mais la pupille du Roi, princesse de Shola, l’un des dernières survivantes de son peuple. L’une, oui, car Elvira refusait de croire qu’il n’y ait pas d’autres survivants. Qui savait où ils se trouvaient, si loin au Nord, où ils avaient pu se dissimuler ? Mais le temps était passé, sans doute s’était-il regroupés, avaient-ils eu d’autres enfants, avaient-ils su redresser la tête, même un temps soit peu, en l’espace de sept années. Bientôt, lorsque cette jeune enfant mauve sera assez âgée, elle pourra les retrouver et prendre la tête d’un peuple si gravement meurtri pour lui redonner toute sa puissance. Cette idée réconfortait beaucoup la jeune femme… Elle avait été profondément bouleversée en apprenant le sort des Sholiens, ce qui était d’ailleurs loin d’être le cas de tous, et avait pris l’initiative d’envoyer un message de condoléance et soutien au roi Cull d’Argent, frère aînée du roi Shill de Shola. Son père n’en avait jamais rien du, les deux royaumes n’étaient pas amis. Néanmoins, Elvira respectait beaucoup le roi Cull, elle le trouvait différent, en un sens, et attaché à des valeurs de paix et d’entraide qui semblaient se perdre.

Chloé – Ces enfants sont très importants, pour nous, mais nous n’avons pas la vocation de remplacer leurs parents même si ce que je dis peut en donner l’impression, dit-elle après une courte pause. S’ils sont malheureux ou éprouvent des regrets, nous prenons le temps pour leur parler, nous nous préoccupons de leurs pensées lorsqu’il nous arrive d’aller dans leur royaume de naissance… Mais, en aucun cas, nous ne souhaitons qu’ils oublient leurs parents ou les détestent. C’est grâce à eux qu’ils sont avec nous. Et j’ai compris très récemment que tous les parents de chevaliers ou écuyers, encore aujourd’hui, ne réalisaient pas ce que cela signifiait.

Elvira – J’imagine que ça doit être difficile d’accepter d’envoyer un enfant au loin pour qu’il devienne chevalier et de ne plus penser à lui ensuite. Enfin, personnellement, je ne pense pas que je le ferai, même s’il possède la magie, à moins que je ne puisse être auprès de lui pour le veiller, être là lorsqu’il le faut. C’est sans doute égoïste de penser ainsi, après tout, il faut des personnes qui puissent avoir des atouts pour se battre, comme le premier Ordre.

Elle s’interrompit en entendant un coup de tonnerre lointain résonner dans le ciel, plus sombre que toute à l’heure. Elvira se leva de la causeuse en chêne puis avança un peu, posant les deux mains sur le rebord du balcon en observant, droit vers le Nord, quelques flashs rapides illuminer le ciel, au cœur de nuages très noirs qui s’amoncelaient. Aussi fascinée qu’effrayée par les orages, elle les observait dès qu’elle en avait l’opportunité, trouvant magnifiques ces éclairs qui déchiraient le ciel. Celui-ci venait d’assez loin, semblait-il, descendant à mesure vers le Sud, vers eux, passant sur Émeraude pour sans doute se perdre ensuite dans le désert. Les orages terrestres étaient néanmoins moins violents que ceux naissant en mer et s’abattant ensuite sur les royaumes côtiers, où la force du vent n’avait plus rien à voir avec ce qu’ils vivaient à l’intérieur des terres. Les tempêtes de mer, comme on les appelaient, étaient des forces de la nature qu’on ne pouvait guère défier. Elvira se retourna un peu, s’appuyant contre le balcon en pierre, les deux mains glissées sur le rebord et les accrocs du granit.

Elvira – Il y a bien des adultes qui rejettent des enfants sans raison, poursuivit-elle. Sans vouloir dire de mal de votre maître, Elund, je trouve déplorable qu’il tienne autant en agressivité la pupille du Roi. Ce n’est qu’une enfant, malgré son apparence particulière. Je reste convaincue qu’elle pourra retrouver les survivants de son peuple et travailler avec eux à reprendre leurs pays, lorsqu’elle sera adulte. On raconte que le château de Shola est fait de pierres blanches et de glace, j’ignore si c’est vrai… On dit aussi qu’il se trouve dans une immense vallée, aux portes de l’océan, perpétuellement recouverte de neige, et qu’il y a au Nord des peuples cachés et d’autres êtres de magie qui vivent dans les montagnes. Ce sont des légendes qu’on raconte aux petits enfants pour les endormir. Hum, je ferai mieux de les oublier, moi aussi, ce n’est pas très sérieux.

Une très légère rougeur colora ses joues, améliorant un peu son teint même si elle n’était pas bien pâle de nature, bien au contraire. Retournant vite la tête en entendant un coup de tonnerre plus proche, elle ouvrit un peu plus ses yeux marrons en amande, levant la tête pendant que ses boucles de même couleur tombaient de ses épaules pour glisser le long de son dos avec les autres.

Elvira – Les légendes nous bercent mais la réalité est plus dure, murmura-t-elle. L’Empire noir n’est hélas pas la seule menace, nous avons aussi les dissensions et conflits au sein même de ce continent. Peut-être aurions-nous pu éviter le massacre de Shola si ce pays n’avait pas été si isolé, qui sait ? Vous voyagez beaucoup, pensez-vous qu’il reste beaucoup de personnes croyant à une alliance saine entre tous les peuples ?

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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Lun 24 Juil - 19:17

Princesse – J’imagine que ça doit être difficile d’accepter d’envoyer un enfant au loin pour qu’il devienne chevalier et de ne plus penser à lui ensuite. Enfin, personnellement, je ne pense pas que je le ferai, même s’il possède la magie, à moins que je ne puisse être auprès de lui pour le veiller, être là lorsqu’il le faut. C’est sans doute égoïste de penser ainsi, après tout, il faut des personnes qui puissent avoir des atouts pour se battre, comme le premier Ordre.

Egoïste, peut-être, mais la princesse ne pensait pas à enlever des enfants, à les soustraire volontairement à leurs parents dans l’unique but de protéger sa descendance. Elle l’avouait, affirmait qu’elle serait incapable de laisser ses enfants partir pour Emeraude afin de devenir chevaliers, même s’ils avaient des dons pour la magie. Elle était honnête et ne commençait pas à faire de faux semblant, à dire oui pour penser non et à voler d’autres enfants innocents en prétendant qu’ils étaient les siens. Parce que, non, Chloé n’avait peut-être aucune confirmation, aucune preuve, cependant ce qu’elle avait sous les yeux et ses souvenirs d’antan suffisaient à lui prouver qu’elle avait raison. Cette princesse, aussi aimable et digne qu’elle l’était apparemment, n’était pas la fille du Roi Pally. Elle n’avait absolument rien en commun avec lui, ni même avec Chloé, sinon l’éducation qu’il lui avait fournie en omettant sans aucun doute l’existence de parents, quelque part sur le continent. A moins qu’il ne les ait enlevés ailleurs ? C’est vrai, après tout, pourquoi ne pas pousser le vice jusqu’au bout ?

Au loin, se mariant parfaitement avec ses pensées, un coup de tonnerre retentit dans le ciel, semblant se rapprocher du château à mesure que le temps passait et lui faisant relever la tête à son tour, en même temps que sa « sœur ». Il faisait beaucoup plus sombre, plus lourd, le ciel se faisant un peu plus menaçant à chaque minute jusqu’à ce qu’un torrent d’eau ne tombe sur le Royaume, accompagné d’éclairs. En tout cas, c’est ce qui correspondait le plus aux pensées et à l’état d’esprit de Chloé qui se contenait pour « faire bonne impression » mais bouillonnait intérieurement. La maîtrise de soi était mise à rude épreuve mais elle n’allait pas céder, refusant de donner cette satisfaction en plus à celui qu’elle considérait comme son père, il y a de cela quelques heures à peine. Si elle ne ressentait plus aucun attachement envers lui, n’étant pas touchée lorsqu’elle devait se rendre au Royaume de Perle, tout lien était désormais rompu à ses yeux, cet homme n’étant plus qu’un inconnu. Sa loyauté envers Emeraude n’aura jamais été aussi forte, c’était positif, n’est-ce pas ? Wellan devrait s’en réjouir. La princesse se détourna des orages pour s’appuyer contre la barrière tandis que Chloé, elle, serrait le verre de vin entre ses mains, tendue mais souriante malgré tout. Les bonnes impressions allaient être préservées, pas de problème.

Princesse – Il y a bien des adultes qui rejettent des enfants sans raison, poursuivit-elle. Sans vouloir dire de mal de votre maître, Elund, je trouve déplorable qu’il tienne autant en agressivité la pupille du Roi. Ce n’est qu’une enfant, malgré son apparence particulière. Je reste convaincue qu’elle pourra retrouver les survivants de son peuple et travailler avec eux à reprendre leurs pays, lorsqu’elle sera adulte. On raconte que le château de Shola est fait de pierres blanches et de glace, j’ignore si c’est vrai… On dit aussi qu’il se trouve dans une immense vallée, aux portes de l’océan, perpétuellement recouverte de neige, et qu’il y a au Nord des peuples cachés et d’autres êtres de magie qui vivent dans les montagnes. Ce sont des légendes qu’on raconte aux petits enfants pour les endormir. Hum, je ferai mieux de les oublier, moi aussi, ce n’est pas très sérieux.

Chloé se retint de faire un commentaire immédiat en la voyant rougir puis tourner la tête, une nouvelle fois, vers le coup de tonnerre qui venait d’éclater, beaucoup plus proche à présent. Ses longs cheveux bouclés retombèrent de ses épaules, aussi bruns que la Chevalier était blonde. Elle n’était pas sa sœur… Pourtant, la princesse le croyait sincèrement, sinon pourquoi avoir demandé à lui parler ? Pourquoi y tenir autant alors qu’elles n’avaient aucun lien de parenté ? Patientant, Chloé resta silencieuse comme son interlocutrice ne semblait pas avoir terminé de parler et qu’elle souhaitait rester polie, faire bonne impression. Rien à faire, la réaction de Wellan lui restait en travers de la gorge, mais bien moins que celle du Roi Pally.

La jeune femme leva la tête vers la princesse, l’observant pendant qu’elle ne la regardait pas, chaque détail marquant une différence supplémentaire. Sa silhouette, son physique, sa posture… Certes, elle avait l’éducation royale qui allait avec son rang, mais c’était tout. Elle était très gentille, très douce et pleine de vie, ce que le Roi lui avait pris en l’obligeant à être sa fille alors qu’elle ne le savait même pas. A quel âge l’avait-il enlevé, précisément ? Assez jeune, en tout cas, pour qu’elle n’en garde aucun souvenir. Ou alors, elle en gardait mais cela ne la dérangeait pas, ce qui était pire puisqu’il s’agissait de manipulation. Mais il fallait que Chloé reste concentrée sur la conversation, qu’elle rassure la princesse au sujet des légendes qui n’en étaient pas, ce qu’elle avait découvert sur le chemin du retour vers Emeraude après avoir essayé de récupérer Santo. Quant à maître Elund… Oui, elle ne pouvait le nier, il était dur avec Kira mais, depuis que Wellan leur avait avoué toute la vérité, elle comprenait un peu mieux pourquoi, ce qu’elle ne pouvait, naturellement, pas expliquer à son interlocutrice malgré tout le respect qu’elle lui devait.

Princesse – Les légendes nous bercent mais la réalité est plus dure, murmura-t-elle. L’Empire noir n’est hélas pas la seule menace, nous avons aussi les dissensions et conflits au sein même de ce continent. Peut-être aurions-nous pu éviter le massacre de Shola si ce pays n’avait pas été si isolé, qui sait ? Vous voyagez beaucoup, pensez-vous qu’il reste beaucoup de personnes croyant à une alliance saine entre tous les peuples ?

Chloé – Hélas, je ne peux vous l’affirmer, mais j’y crois. J’essaie de voir le meilleur en chacun et, bien qu’il existe des conflits importants entre certains peuples, la jeune femme que je suis essaie d’y croire là où le Chevalier se dit qu’il y a parfois du travail. Il est nécessaire, parfois, de faire la part des choses pour rester optimiste et rassurer au mieux les peuples du continent, tel est notre devoir. Vous préserver, utiliser les ressources de chacun tel qu’il est car, en temps de guerre, c’est avec ses ressources personnelles qu’il réagira le plus spontanément.

Elle fit une pause pour s’assurer que la princesse n’ait aucune question à ce sujet dans l’immédiat étant donné que le message était peut-être un peu difficile à comprendre pour un étranger à l’Ordre des Chevaliers. Message à double signification mais Chloé ne risquait rien, techniquement, elle n’avait fait aucun reproche direct. Les autres ne pouvaient lui faire aucune remarque, surtout qu’elle avait raison. Cette jeune femme avait été élevée et enlevée à sa famille pour devenir quelqu’un d’autre, sans même le savoir si cela se trouvait, et sa vraie nature reparaissait par moment dès que l’on ne la regardait plus. Comme avec elle, en somme, où elle n’était pas obligée de « respecter le protocole ». Et sa vie de princesse l’obligerait à rester une autre personne toute sa vie, surtout dès lors qu’elle serait mariée à un riche prince du continent pour nouer des relations. Elle ne pourrait jamais vivre la vie dont elle rêvait, serait obligée de subir un mariage arrangé pour satisfaire les besoins d’une personne qui n’était même pas son vrai père et qui ne le reconnaissait pas. Certes, les choses fonctionnaient comme cela depuis la nuit des temps… Mais Chloé n’admettait pas que l’on fasse subir une telle vie à une personne malgré ce que la Nature avait souhaité. Surtout sans le reconnaître.

Chloé – C’est pour cette raison que nous ne prenons pas en charge les enfants dès qu’ils arrivent à Emeraude et que nous ne les obligeons pas à renier les liens avec leur famille, même si un détachement est indispensable. Lorsque nos écuyers deviennent chevaliers, nous gardons toujours un lien un peu particulier avec eux. Je comprends donc votre réaction, ce n’est pas une honte de ne pas pouvoir laisser partir votre enfant loin de vous… Mais vous l’assumez parfaitement et il s’agit d’une valeur que je respecte beaucoup.

Chloé lui fit un sourire pour lui montrer qu’elle était sincère envers la princesse, comprenant ses réactions. Elle-même n’avait pas d’enfants et ignorait si elle en aurait un jour, d’ailleurs, tant l’éducation d’un écuyer demandait de temps et d’investissement. Et puis, même avec Wanda, il lui arrivait de veiller sur elle indirectement parfois, par habitude. Après sept ans à ses côtés, c’était normal ! Même si les autres la trouvaient surprotectrice à cause de cela, et de ses réactions avec Ariane, peu lui importait car les enfants ont besoin d’être protégés et guidés. Comme sa sœur qui, même si elle ne l’était pas vraiment, restait une enfant qui avait été enlevée et qui avait pourtant grandi avec les mêmes références que Chloé. Notamment les légendes autour de Shola, la peur des dissensions entre les différents royaumes et la menace de l’Empereur Noir. Il y a de cela quelques mois à peine, la jeune femme aurait affirmé que les légendes restaient des légendes. Mais, aujourd’hui, avec tout ce qu’elle avait découvert sur les dragons, sur les peuples vivant dans le Nord et le froid et sur les sorciers… Elle commençait à s’interroger sur la réalité ou la fiction de certaines légendes, préférant partir du principe que toutes celles qu’ils entendaient pouvaient être vraies.

Chloé – En ce qui concerne les légendes… Ne vous jugez pas trop vite. Certaines sont vraies au sujet de Shola, mes récentes missions me l’ont appris et les peuples qui doivent vivre dans ces montagnes sont plein de ressources et de mystère. Nous nous sommes retrouvés face à un peuple très spécial qui n’a pas hésité à nous venir en aide pour retrouver notre chemin. S’ils sont discrets, je pense que c’est seulement par désir de vivre tranquille, peut-être aussi parce que leur mode de vie est différent du nôtre. Si je peux me permettre un conseil, faites confiance à votre instinct. La vie avec des enfants m’a enseigné que leur innocence est souvent source d’ouverture d’esprit pour nous, adultes.

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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Sam 29 Juil - 18:31

Chloé – Hélas, je ne peux vous l’affirmer, mais j’y crois. J’essaie de voir le meilleur en chacun et, bien qu’il existe des conflits importants entre certains peuples, la jeune femme que je suis essaie d’y croire là où le Chevalier se dit qu’il y a parfois du travail. Il est nécessaire, parfois, de faire la part des choses pour rester optimiste et rassurer au mieux les peuples du continent, tel est notre devoir. Vous préserver, utiliser les ressources de chacun tel qu’il est car, en temps de guerre, c’est avec ses ressources personnelles qu’il réagira le plus spontanément.

Oh, pour cela, oui, Elvira ne pouvait qu’être d’accord. Même si l’optimisme n’était, bien souvent, pas l’option première dans la plupart des problèmes et la jeune femme ne pouvait affirmer qu’elle l’était vraiment dans beaucoup de situations. En temps ordinaire, pourtant, si, elle tâchait toujours de relativiser et de se dire « Ce n’est pas important », « Tu peux y arriver envers et contre tout », « Tu n’as pas le choix mais tu peux réussir à être heureuse tout de même ». Garder un esprit ouvert et toujours rechercher le bon, dans n’importe quelle situation, pour ne pas en devenir fou. Elvira sourit à cette pensée, appuyée contre la balustrade et respirant à fond l’air du soir, même si le temps était lourd et que l’orage approchait. Au fond, elle parvenait quelque peu à imaginer ce que le chevalier pouvait ressentir, dans ce contexte de guerre, en plus des conflits pouvant éclater entre les royaumes mêmes de ce continent. Levant le nez, elle observa les nuages de plus en plus noirs s’accumuler au-dessus de leur tête puis s’éloigna de la balustrade, prenant le gobelet de vin entre ses mains fines, sans cesser de regarder l’orage arrivant sur eux. Depuis enfant, elle éprouvait un mélange de crainte et de fascination envers ces démonstrations de force, bien que ce ne soient là que de « petits » déchaînements de la nature. Les plus grands étaient les ouragans, les tsunamis et les éruptions volcaniques, mais ces derniers n’arrivaient jamais sur le continent, les Dieux y veillaient.

Chloé – C’est pour cette raison que nous ne prenons pas en charge les enfants dès qu’ils arrivent à Émeraude et que nous ne les obligeons pas à renier les liens avec leur famille, même si un détachement est indispensable. Lorsque nos écuyers deviennent chevaliers, nous gardons toujours un lien un peu particulier avec eux. Je comprends donc votre réaction, ce n’est pas une honte de ne pas pouvoir laisser partir votre enfant loin de vous… Mais vous l’assumez parfaitement et il s’agit d’une valeur que je respecte beaucoup.

C’était gentil, ça, merci. Elvira lui rendit son sourire puis but une petite gorgée de vin, ramenant sa seconde main sur le gobelet, avec l’autre, toujours en observant la formation de l’orage. Ah, des enfants, ses enfants… Elle en aura un jour, c’était certain, ayant même déjà dépassé l’âge où elle devrait être mariée. Les filles de rois étaient toujours données entre quinze et vingt ans, d’ordinaire, hors, Elvira avait dépassé cette date depuis maintenant quelques années. Père devait sûrement lui rechercher un « bon parti » pour la marier, à un prince du royaume allié, afin d’assurer à la fois une alliance et la succession de ce royaume. Son souhait le plus cher était d’avoir un fils, afin d’accomplir son devoir, un fils comme premier-né et ainsi faire honneur à ses parents et à sa contrée d’origine. Père ne cessait de lui répéter, le premier devoir d’une princesse, et plus important encore d’une reine, était donné en premier lieu naissance à un garçon. Il le lui serinait depuis ses quatorze ans, le message était bien rentré, il fallait que son premier enfant soit un garçon. « Au contraire de ta mère qui a d’abord donné naissance à une fille ». Pauvre Ella… Elvira avait de la peine pour elle lorsqu’elle entendait ce reproche, que son premier enfant était une fille. Revenant à la réalité, elle revint plus près de Chloé, espérant qu’elle au moins était partie du royaume de perle avant d’avoir entendu cela. C’était possible, après tout, si elle était arrivée ici à trois ou quatre ans.

Chloé – En ce qui concerne les légendes… Ne vous jugez pas trop vite. Certaines sont vraies au sujet de Shola, mes récentes missions me l’ont appris et les peuples qui doivent vivre dans ces montagnes sont plein de ressources et de mystère. Nous nous sommes retrouvés face à un peuple très spécial qui n’a pas hésité à nous venir en aide pour retrouver notre chemin. S’ils sont discrets, je pense que c’est seulement par désir de vivre tranquille, peut-être aussi parce que leur mode de vie est différent du nôtre. Si je peux me permettre un conseil, faites confiance à votre instinct. La vie avec des enfants m’a enseigné que leur innocence est souvent source d’ouverture d’esprit pour nous, adultes.

Il y avait vraiment des peuples éloignés et inconnus vivant dans les montagnes, ce n’étaient pas des légendes ? La jeune femme ouvrait la bouche pour répondre lorsqu’un puissant coup de tonnerre la fit sursauter. Aussitôt après, quelques gouttes de pluie commencèrent à rentrer et il fallut rentrer dans les appartements. A l’intérieur, Gwen avait déjà pris le soin d’allumer les chandelles et elles ne se retrouvèrent pas plongées dans le noir. Elvira rit un peu en voyant les trombes d’eau tomber maintenant sur le balcon et les causeuses en pierre, puis referma les portes et grandes fenêtres, pour que la pluie ne rentre pas à l’intérieur, après avoir déposé son gobelet sur la table. La Nature dans toute sa splendeur, la saison des pluie débutait toujours par quelques coups de semonces tel que celui-ci puis c’était le déferlement durant quelques mois. Si cette saison semblait morne à beaucoup, elle permettait néanmoins de remplir les lacs et les rivières, de gorger les terres de pluie et donc de nutriments. Les récoltes étaient toutes terminées, à présent, c’était la saison de l’élevage, du tissage, de la préparation des stocks de nourriture, et ainsi de suite. La vie s’organisait en fonction des saisons et du temps dans tous les royaumes, la Nature guidait le rythme de vie de chacun.

Elvira – Vous savez, plusieurs choses se préparent. Les Rois Cull d’Argent et Vail de Zénor sont actuellement en train de pousser tous les souverains du continent à se réunir pour tâcher de renforcer les liens entre tous et prévoir une stratégie globale de défense. C’est une idée entre autres, mais j’ignore si elle est réalisable. Beaucoup de royaumes ne se sentent pas concernés par la guerre. Il y a également les Fées qui ne quittent pas leur contrée ou rarement, tout comme les Elfes, d’ailleurs. Mais je ne perds pas confiance, il y a bon espoir que cela se fasse.

Elle sourit à Chloé, espérant qu’elle aussi porte cet espoir, pour l’avenir de ce continent.

Elvira – Comment faites-vous, face aux hommes-insectes ? Vous ne craignez pas de mourir ?

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Dim 6 Aoû - 0:22

Chloé termina à peine de répondre à sa sœur qu’un coup de tonnerre retentit, faisant sursauter la jeune princesse. Oh, elle avait peur de l’orage ? Presqu’immédiatement, des gouttes de pluie se mirent à tomber, les obligeant à rentrer pour se mettre à l’abri dans l’appartement royal qu’elles avaient quitté quelques minutes plus tôt. L’air était plus lourd mais la pluie permettait de rafraîchir l’atmosphère, ce qui collait parfaitement avec ce que ressentait la jeune femme. Désolée, vraiment, mais la princesse était fragile ! Plus Chloé discutait avec elle, plus elle avait l’impression d’être face à une jeune femme délicate qui n’avait rien à faire ici, qui n’avait pas l’étoffe d’une reine, non, mais celle d’une femme libre de choisir ce qu’elle voulait faire de sa vie. Et cette vie n’était pas celle qu’elle avait choisie, c’était celle qu’une personne odieuse lui avait imposée par simple désir égoïste. Il n’avait pas le droit ! S’il ne voulait pas donner Chloé à Emeraude, pourquoi avoir accepté ?! Les autres avaient beau vouloir la calmer, non, elle ne pouvait pas se calmer, ne pouvait penser à autre chose que cet enlèvement pur et dur à des fins personnelles.

La chevalier réalisa que la chambrière avait allumé toutes les bougies de l’appartement uniquement lorsque la princesse éclata de rire, refermant les grandes fenêtres donnant sur le balcon. Elles avaient échappé de peu au déluge, des trombes d’eau se déversant sur Emeraude en même temps que quelques coups de tonnerre résonnant au loin. Mais elle y était insensible, en cet instant précis, ne songeant toujours qu’à son « père » et à ses réactions, à cette mentalité nouvelle qu’elle lui découvrait et à l’étranger qu’il était devenu. Le côté positif était qu’elle pouvait parler sans problème, critiquer son propre père sans que ses frères d’arme ne disent quoi que ce soit tant qu’elle ne disait rien d’explicite. Et puis, de toute manière, ils allaient lui tomber dessus tôt ou tard, autant que tout sorte avant, n’est-ce pas ? Chloé avait besoin d’extérioriser, de dire ce qu’elle pensait. Elle ne digérait pas cette histoire, même si la rancune n’était pas son trait de caractère le plus flagrant, elle ne pouvait laisser passer ce genre d’acte. Des enfants…

Princesse – Vous savez, plusieurs choses se préparent. Les Rois Cull d’Argent et Vail de Zénor sont actuellement en train de pousser tous les souverains du continent à se réunir pour tâcher de renforcer les liens entre tous et prévoir une stratégie globale de défense. C’est une idée entre autres, mais j’ignore si elle est réalisable. Beaucoup de royaumes ne se sentent pas concernés par la guerre. Il y a également les Fées qui ne quittent pas leur contrée ou rarement, tout comme les Elfes, d’ailleurs. Mais je ne perds pas confiance, il y a bon espoir que cela se fasse.

Chloé l’espérait aussi, répondant au sourire que la princesse lui fit même s’il arrivait des moments où elle doutait sincèrement. Comment tous les peuples pourraient-ils s’entendre s’ils conservaient la moindre animosité en eux ? Certes, une trêve était possible, mais il fallait une véritable union pour combattre ce qui allait arriver d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre. En repensant au dragon, Chloé ne pouvait ignorer l’urgence de la situation, le combat qu’ils avaient mené étant si ridicule que cela en était risible. Une flèche. Il avait suffi d’une seule flèche pour le tuer, eux-mêmes n’ayant pas réussi à atteindre son cou comme elle l’avait dit à ses frères. A côté de cela, l’entente entre les royaumes paraissait bien moins importante tant le danger semblait primordial, pressant, Chloé se disant que les rois ne se feraient pas la guerre face à un ennemi commun.

Enfin… C’est ce qu’elle espérait. Mais la conduite de son père remettait tout en question, dans sa tête. Et si tous les rois agissaient ainsi ? Nouer des alliances, oui, mais à n’importe quel prix ? Était-ce donc indispensable ? Ils devaient protéger leur peuple ! Cela ne suffisait-il pas ? Quelles étaient les valeurs que son père avait gardées, si chères à son cœur autrefois ? Et voilà qu’elle se découvrait une sœur… qui n’avait rien d’un membre de sa famille, si ce n’est le nom que son père lui avait donné. La différence se voyait à des kilomètres à la ronde, sa nature de fille libre ressortant parfois comme maintenant avec la peur de l’orage et ce désir ardent de voyager et ne plus tenir le protocole sitôt la solitude retrouvée. Où étaient les histoires lues aux petites filles ? Où étaient les heures perdues dans les champs à jouer avec l’innocence des enfants ? Chloé déposa son propre verre à côté de celui de la princesse, préférant éviter une catastrophe en sentant la colère monter.

Princesse – Comment faites-vous, face aux hommes-insectes ? Vous ne craignez pas de mourir ?

Chloé – Je ne fais que mon devoir… Mais cela ne m’empêche pas d’avoir peur malgré tout. Peur pour mon écuyer avant toute autre personne, peur pour mes frères d’armes. L’adrénaline du combat fait que… ma propre peur est souvent reléguée au second plan. A force des combats, je prends confiance, surtout face aux hommes-insectes qui répètent tout le temps les mêmes stratégies. Seulement, le plus important est de ne pas se croire invincible, de douter de ses techniques et de s’entraîner continuellement pour se connaître.

Mais face à des ennemis plus puissants et inconnus… Chloé fit un maigre sourire à la princesse, les images du dragon lui revenant à l’esprit. Son devoir était de défendre la population, en tant que chevalier, mais sa nature profonde n’était jamais loin. Comme pour sa « sœur ». Ce qu’elle fit bien comprendre aux autres en insistant très longuement dessus mentalement sans rien montrer à son interlocutrice. Le devoir… Devoir qui l’empêchait, actuellement, d’insulter ouvertement son père et de demander tout simplement à la princesse qui elle était, en réalité, et à quel âge son père l’avait adoptée. Si elle avait déjà vu ses parents biologiques, si elle gardait un quelconque souvenir d’eux, si son père l’avait adoptée avec son frère par un geste de bonne volonté ou par pur intérêt personnel. Si ses parents avaient le droit de les voir, son frère et elle. Mais elle ne pouvait pas, pas directement, pas sans tourner sa question poliment pour ne laisser transparaître aucune colère ou rancœur dans sa voix. Chloé croisa doucement les bras, toujours près des grandes fenêtres, observant la pluie tomber sur les jardins avec de plus en plus de force avant de tourner à nouveau la tête vers la princesse.

Chloé – Je ne peux être vraiment à l’abri de la peur… J’essaie de me tenir alerte, prête à affronter de nouveaux ennemis dans le but de protéger mes proches. Comme avec cet orage. Nous sommes en sécurité ici, mais une infime partie de nous nous rappelle le danger qu’il peut représenter, ce qui nous pousse à nous abriter. Notre vraie personnalité, atténuée par le devoir pour vous comme pour moi, ressort par moment parce qu’elle en a besoin. Le monde extérieur est comme une… pièce de théâtre dans laquelle nous avons chacun notre rôle. Même nous, les femmes, votre présence ici le prouve tout comme la mienne en tant que chevalier. Mais, sitôt le rideau fermé, nous nous écoutons.

Et laissons tomber les faux-semblants, comme la princesse et sûrement son propre père dès qu’il n’y a plus personne pour l’observer. A moins qu’il ne soit réellement convaincu par son propre mensonge mais Chloé ne le croyait pas capable de cela. La métaphore de la pièce de théâtre, ici, avait tout son sens étant donné que tous ne faisaient que jouer un rôle, porter un masque, en particulier sa sœur et son père qui devaient préserver les apparences. La pauvre petite n’avait même pas dû remarquer quoi que ce soit, le roi Pally ayant fait preuve d’une brillante manipulation à quel point que sa fille adoptive-enlevée-à-ses-vrais-parents le considère réellement comme son père. La seule question que Chloé se posait concernait la santé des parents… Seulement, s’ils étaient morts, jamais son père n’aurait caché la vérité au peuple, au contraire, il s’en serait vanté, aurait dit qu’il recueillait les enfants pour leur éviter une vie précaire et une mort certaine dans les rues, aussi jeunes. Or, il ne l’avait pas fait. Resserrant un peu sa prise sur ses bras, très légèrement, décroisa ses bras pour regarder sa sœur, consciente que ses gestes pouvaient la trahir. Il fallait qu’elle se dépense, qu’elle évacue cette colère accumulée, qu’elle… fasse quelque chose. Après.

Chloé – Je m’excuse de cette question mais… J’admets que j’ai été sincèrement étonnée par votre requête, tout à l’heure. Vous m’avez dit que mon père vous avait parlé de moi ? Il m’a, pourtant, semblé très heureux la dernière fois que je l’ai vu. Je ne pensais pas que mon apprentissage à Emeraude avait laissé des traces après toutes ces années… Ma vie de chevalier est dangereuse, oui, mais je suis en parfaite santé comme vous pouvez le voir. Comment se porte-t-il ? À quoi ressemble votre vie au château ?

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Elvira de Perle
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Dim 6 Aoû - 11:36

Chloé – Je ne fais que mon devoir… Mais cela ne m’empêche pas d’avoir peur malgré tout. Peur pour mon écuyer avant toute autre personne, peur pour mes frères d’armes. L’adrénaline du combat fait que… ma propre peur est souvent reléguée au second plan. A force des combats, je prends confiance, surtout face aux hommes-insectes qui répètent tout le temps les mêmes stratégies. Seulement, le plus important est de ne pas se croire invincible, de douter de ses techniques et de s’entraîner continuellement pour se connaître.

La princesse ignorait totalement comment elle-même se sentirait face à un ennemi très nombreux fonçant vers eux, des montres venu massacrer tous les humains. La question de la mort était déjà plus « simple », puisqu’après leur mort, ils partaient rejoindre tous leurs ancêtres et êtres aimés dans les Grandes Plaines de Lumière, en ce cas, pourquoi craindre de partir ? En revanche, Elvira avait peur de souffrir en mourant et peur aussi de partir en laissant derrière elle un enfant encore trop jeune pour être privé de ses parents. La peine était pour ceux qui restaient. La jeune femme répondit doucement au petit sourire de sa grande sœur, s’asseyant sur une banquette au pied du grand lit, les mains croisées devant elle, sur ses genoux. Comment, dans un combat, l’adrénaline prenait-elle le pas sur tout le reste ? C’était tant instinctif ? Même si, après tout, c’était vrai de prendre plus confiance en soi à force de bataille, comme pour n’importe quel autre sujet. C’est à ce moment qu’Elvira réalisa à quel point sa propre vie était éloignée de celle de sa sœur, lorsqu’elle l’imaginait sur les plages face à ces monstres, épées à la main, combattant auprès de ses frères d’armes, pour sa vie et la protection du continent. A côté, Elvira se sentait tout à coup très inutile, personne n’attendait rien d’elle sinon de se marier sagement et faire des enfants. Ce n’était pas cela qui allait préserver l’avenir d’Enkidiev…

Chloé – Je ne peux être vraiment à l’abri de la peur… J’essaie de me tenir alerte, prête à affronter de nouveaux ennemis dans le but de protéger mes proches. Comme avec cet orage. Nous sommes en sécurité ici, mais une infime partie de nous nous rappelle le danger qu’il peut représenter, ce qui nous pousse à nous abriter. Notre vraie personnalité, atténuée par le devoir pour vous comme pour moi, ressort par moment parce qu’elle en a besoin. Le monde extérieur est comme une… pièce de théâtre dans laquelle nous avons chacun notre rôle. Même nous, les femmes, votre présence ici le prouve tout comme la mienne en tant que chevalier. Mais, sitôt le rideau fermé, nous nous écoutons.

Sur ce sujet-là, difficile de ne pas être d’accord, la jeune princesse était consciente que sa personnalité différait entièrement lorsqu’elle était face à son Père, à des seigneurs, aux Rois ou seule, ou même encore lorsqu’elle était en compagnie de Gwen, sans personne auprès d’elle pour les entendre. Egalement lorsqu’elle était avec d’autres personnes dont elle se sentait proche, mais qu’elle ne reverra sans doute jamais. Une pointe de mélancolie la traversa un moment, alors qu’elle tournait le regard vers la pluie battante, qu’on entendait si fortement, un très faible sourire s’échappant de ses lèvres. C’était ainsi. Le Devoir primait, avant tout et avant les sentiments personnels, elle savait qu’elle avait commis une erreur en se laissant entraîner dans tout cela, Père le lui avait très bien fait comprendre et admettre. Elle le revoyait encore lui expliquer durant de longues heures que cet homme avait abusé d’elle et de son innocence, qu’il avait profité qu’elle ne connaisse rien à ce genre de chose pour lui retourner l’esprit mais qu’elle ne devait à présent plus s’en soucier, car il était parti au loin, elle ne le reverra plus. Donc quoi en penser ? D’un côté, Elvira se surprenait à regretter ces moments qu’ils avaient passé ensemble, et d’un autre côté, elle avait confiance en son père, s’il lui affirmait que cet homme avait simplement abusé d’elle, elle le croyait. Lui avait-il vraiment voulu du mal ou profiter d’elle ? Elle l’ignorait. Mais tout ceci était une histoire passée.

Chloé – Je m’excuse de cette question mais… J’admets que j’ai été sincèrement étonnée par votre requête, tout à l’heure. Vous m’avez dit que mon père vous avait parlé de moi ? Il m’a, pourtant, semblé très heureux la dernière fois que je l’ai vu. Je ne pensais pas que mon apprentissage à Emeraude avait laissé des traces après toutes ces années… Ma vie de chevalier est dangereuse, oui, mais je suis en parfaite santé comme vous pouvez le voir. Comment se porte-t-il ? À quoi ressemble votre vie au château ?

Elvira – Oh, heu…

Tirée de ses pensées, Elvira mit un petit instant avant de revenir à la réalité, tout occupée qu’elle était à tâcher de démêler le vrai du faux, de savoir si oui ou non, Callum n’avait fait qu’abuser d’elle et si Père avait raison. Ou si, au contraire, Père avait été trop sévère, si le soldat avait été sincère et ne lui avait voulu aucun mal. Pourtant, il avait été si patient et convaincant lorsqu’il lui avait expliqué que c’était mal… Elle le revoyait encore, un soir comme celui-ci, assis près d’elle à lui tenir les mains en lui disant qu’elle ne devait plus s’en faire, que cet homme ne la touchera plus jamais, qu’il l’avait banni. Se reprenant, elle sourit à Chloé et lui confirma que Père se portait bien, en ce moment, et qu’il était très occupé, à cause de toutes ces tensions ravivées entre les différents royaumes. Elle ajouta ensuite que c’était bien plus Mère qui parlait d’elle, pour Elvira et son frère jumeau, de temps à autre lorsqu’ils étaient avec elle et qu’elle éprouvait le besoin de parler un peu du passé. La douceur dans sa voix était revenue, car si Elvira portait une crainte respectueuse envers le roi, elle était en revanche très attachée à la reine Ella et l’aimait profondément, ce que sa mère le lui rendait bien, elle avait passé bien des heures dans ses bras.

Elvira – En ce qui concerne la vie au château, je n’ai que peu à vous dire, je n’ai pas une vie aussi mouvementée que la vôtre. Les cours ont occupé une majeure partie de mon temps, à venir jusqu’ici, il y a tant à apprendre. Je ne sors que très peu, ce voyage est le premier où je vais aussi loin, Père ne souhaitait pas que je quitte la sécurité du château.

Hormis quelques fois, en secret. Dans le plus grand des secrets, des moments volés où elle était grimpée à cheval derrière Callum, à la façon des hommes et non en amazone comme l’exigeait son rang social. Des moments volés où ils étaient parti en plein galop dans les campagnes et les chemins de forêt, où elle s’accrochait à lui autant pour ne pas tomber que par sursaut d’adrénaline et de vie. Son regard s’était un peu perdu dans le lointain, à l’évocation de ce souvenir, un écho qu’elle se devait pourtant d’effacer. Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble à lire, discuter, se balader à cheval, elle l’avait observé s’entraîner à l’épée ou à l’arc, dans la cour des gardes, depuis une fenêtre du château. Puis il était parti. Banni. Les Dieux seuls savent où ils pouvaient bien se trouver aujourd’hui.

Elvira – Merci d’avoir accepté de me parler, en tout cas, j’étais très curieuse de vous rencontrer. Mais vous avez l’air très fatiguée, ou tendue, vous êtes sûre d’aller bien ?

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Dim 6 Aoû - 15:08

Princesse – Oh, heu…

Chloé fronça légèrement les sourcils, se demandant si elle avait commis une erreur en posant cette question à la princesse. C’était comme si elle l’avait tirée de ses pensées, comme si son interlocutrice était loin, très loin, occupée à se poser de nombreuses questions. Qu’avait-elle dit… ? Soucieuse, tout à coup, le Chevalier sonda discrètement la princesse à la recherche de ce qui occupait tant ses pensées si soudainement alors qu’elle discutait et était pleine de joie il y avait de cela à peine deux minutes. Rapidement, un visage apparut à Chloé, celui d’un homme en armure aux cheveux blonds, châtains et relativement longs, attachés. Le prénom de Callum sortit également du cours de ses pensées ainsi que le visage de son père, assis près d’elle, qui lui avait dit que ce fameux Callum avait abusé d’elle et qu’il avait été banni en conséquence. Un brusque sentiment de colère refit surface chez Chloé tandis qu’elle faisait tout pour se contenir et ne rien montrer à la princesse, comprenant ce qui avait déclenché cet élan de mélancolie, de tristesse.

Son père était un tyran. Quel autre mot pouvait convenir ? La fille qu’il avait enlevée dès la naissance était amoureuse d’un soldat, un homme qu’elle aimait sincèrement et qui semblait l’aimer, et le Roi… Il ne l’avait enlevée que par pur souhait de progéniture et descendance ! Il ne ressentait aucun amour pour sa fille, aucun souhait de bonheur, aucune volonté de protection, rien ! Enfin, si, attention, si jamais sa descendance et ses possibilités d’alliance avec d’autres royaumes étaient compromises, , il y faisait attention et était présent pour sa soi-disant fille ! Fulminant, Chloé garda un sourire très crispé, s’appuyant contre le mur près d’elle pour donner une image détendue, consciente de l’importance que « l’image » représentait dans le milieu royal. Les impressions, les rôles, les faux-semblants… Une vague de nausées envahit le Chevalier tandis que sa sœur lui répondait que son père se portait bien, qu’il était très occupé par les tensions entre les royaumes et qu’elle parlait bien plus à sa mère. Un père absent qui a enlevé à une fille et son frère la possibilité d’être heureux. Pinçant les lèvres, serrant les poings dans son dos, Chloé se sentait incroyablement tendue et bénissait la mélancolie de la princesse, pour une fois. Désolée, Wellan, les « impressions » n’étaient pas simples à préserver en toutes circonstances.

Princesse – En ce qui concerne la vie au château, je n’ai que peu à vous dire, je n’ai pas une vie aussi mouvementée que la vôtre. Les cours ont occupé une majeure partie de mon temps, à venir jusqu’ici, il y a tant à apprendre. Je ne sors que très peu, ce voyage est le premier où je vais aussi loin, Père ne souhaitait pas que je quitte la sécurité du château.

Evidemment, il voulait préserver son héritage. Heureusement, la princesse ne semblait pas l’avoir écouté, Chloé percevant de nombreuses images de moments échangés et passés avec ce Callum qu’elle semblait aimer profondément. L’image de son père revenait, comme menaçante, ainsi que celle plus douce de Callum, et elle comprit que sa sœur hésitait. Elle hésitait… Elle croyait vraiment son père ? Mais vraiment ? Il lui mentait ! Il ne faisait que cela ! La protéger, ne pas s’éloigner du château pour elle, parce que c’était trop dangereux… Naturellement, le destin de la princesse était d’être mariée, d’avoir des enfants et de bien se tenir pour rattraper les bavures qu’il avait réalisées en envoyant sa propre fille à Emeraude sans l’assumer une seule seconde ! Elle ignora complètement les pensées de ses frères d’armes, fermant son esprit autant qu’elle le pouvait, incapable de se détendre pour l’instant. Et les vagues d’apaisement ne changeraient absolument rien, ils le savaient, cela ne faisait que retarder l’inévitable, il fallait qu’elle sorte, qu’elle prenne l’air, qu’elle hurle un bon coup très loin d’ici et qu’elle dise tout ce qu’elle pensait plutôt que de le hurler en penser. L’homme qu’elle appelait autrefois « père » n’existait plus à ses yeux. Il n’était qu’un tyran, un homme mauvais, cupide et intéressé par tout ce qui le touchait de près ou de loin. S’intéressait-il réellement à sa femme, au moins ?

Princesse – Merci d’avoir accepté de me parler, en tout cas, j’étais très curieuse de vous rencontrer. Mais vous avez l’air très fatiguée, ou tendue, vous êtes sûre d’aller bien ?

Chloé – Heu… Oui, tout va très bien, je suis désolée, c’est que…

Cette fois, ce fut Chloé à son tour d’être ramenée à la réalité par la question de la princesse qui la refroidit sérieusement. Elle n’avait presque rien écouté des paroles de son interlocutrice, entièrement focalisée sur ses pensées et sur son père qu’elle détestait un peu plus à chaque seconde. Si elle avait hésité à dire la vérité à propos du dragon, à tout cacher, elle hésitait très sérieusement à avouer qu’elle se remettait d’une blessure et qu’elle était donc très fatiguée, que c’était très récent. Trois jours, en réalité, mais elle avait l’impression que cela faisait beaucoup plus longtemps, ne supportant pas rester au repos autant de jours. C’était possible. Et puis, dire qu’ils venaient de combattre contre un dragon pourrait inquiéter son père, lui prouver qu’une femme n’était pas destinée à avoir des enfants et à être protégée toute sa vie. De toute manière, il était hors de question qu’elle admette être tendue, tout allait parfaitement bien physiquement, même si elle bouillonnait intérieurement à cause de cette histoire. Elle se redressa un peu, se frottant les bras avec un léger sourire pour rassurer la princesse, faisant taire un minimum sa colère pour lui répondre. La princesse Elvira n’était responsable de rien, seul le Roi Pally était en faute.

Chloé – Je ne voulais pas que vous vous inquiétiez inutilement et j’avais, moi aussi, envie de vous rencontrer, dit-elle enfin. Nous avons essuyé un combat plus difficile que les autres il y a quatre jours et je vous avoue être un peu plus fatiguée que d’habitude, je suis désolée. Il s’agit de notre quotidien, ce n’est pas très grave. Mais cela m’a fait plaisir de vous rencontrer et de vous parler, nous pourrons nous revoir un peu plus tard avant votre retour si vous le souhaitez pour parler plus longuement. La journée a été longue pour vous aussi.

Chloé lui sourit sincèrement, espérant pouvoir lui parler avant son départ, et la salua en suivant le protocole avant de lui souhaiter une très bonne nuit ainsi qu’un bon début de séjour ici si elles ne se croisaient pas avant son départ. Dehors, il pleuvait toujours assez fort, un autre éclair éclatant alors qu’elle se dirigeait vers la porte, suivie de la chambrière qui avait dû entendre que la discussion touchait à sa fin. La fatigue n’était pas du tout présente, évidemment, mais Chloé s’obligea à ne pas marcher trop vite pour ne pas inquiéter sa sœur qui n’était pas la cible de sa colère. Sitôt la porte d’entrée franchie, elle voulut filer vers les jardins pour prendre l’air, laissant la colère revenir, mais fut aussitôt interceptée par Dempsey qui l’attira dans ses bras pour prendre la direction de la chambre. Non mais eh ! Ce n’était pas là qu’elle voulait aller ! Ralentissant, de mauvaise grâce, Chloé lui lança un regard noir, toujours aussi tendue en essayant de se libérer.

Chloé – J’ai besoin d’air, tu le sais aussi bien que moi, lâche-moi, ce n’est pas la chambre qui va me calmer.

Dempsey – Ne dis pas de bêtise, on y va, je resterai près de toi.

Mais elle n’avait pas envie qu’il reste près d’elle ! Tout ce qu’elle voulait, pour l’instant, était frapper dans quelque chose, s’entraîner, se défouler, hurler contre son père pour lui dire quel monstre il était. Chloé insulta Dempsey mentalement, sachant que cela ne changerait rien, incapable de l’empêcher de la ramener dans la chambre comme il était beaucoup plus fort qu’elle tant qu’elle n’avait pas recouvré toutes ses forces. Résistant tant bien que mal, elle fut bien obligée de capituler lorsqu’ils croisèrent d’autres personnes, ne souhaitant pas se montrer en spectacle ou faire croire que les chevaliers ne s’entendaient pas alors qu’ils devaient rester unis en toutes circonstances. Et du monde, ils en croisèrent, contrairement à tout à l’heure… Ou alors, Chloé avait l’impression de croiser énormément de personne parce qu’elle était épuisée en venant et qu’elle ne faisait pas attention au chemin. Ils n’étaient pas loin, n’avaient pas énormément de couloirs à traverser, mais ce chemin lui sembla incroyablement long maintenant qu’elle était alerte et on ne peut plus réveillée. Les couloirs eux-mêmes lui donnaient la nausée, tout ne transpirant que faux-semblants et richesse incroyable en plus des apparences si précieuses à préserver.

Seule l’Aile des Chevaliers atténua un peu sa colère, Chloé suivant à contrecœur Dempsey qui ne l’avait pas relâchée durant tout le trajet, comme s’il pressentait qu’elle allait filer à la première occasion. Pourtant, il ne pouvait le lui reprocher. Elle avait le droit d’être furieuse ! Son père avait enlevé des enfants et ne les aimait même pas, ne s’occupait pas de leur bonheur, les manipulait et les gardait enfermés dans une prison dorée ! Se laissant conduire, croisant quelques frères d’armes avec leurs écuyers qui rentraient à cause de l’orage qui avait dû interrompre leur entraînement, Chloé ne prononça pas un mot avant d’arriver dans sa chambre, constatant qu’Ariane n’était plus là, sans doute occupée à se divertir comme c’était l’heure habituelle. Il n’était pas si tard que cela, après tout, même s’ils allaient bientôt devoir se coucher comme ils se levaient tous très tôt pour s’entraîner dur. Maintenant plus que jamais avec cette récente attaque de dragon, les Chevaliers devaient revoir leurs techniques d’attaque et se mettre, d’urgence, à apprendre à utiliser un arc à flèche. Mais ce n’était pas le sujet qui était au centre de ses préoccupations, loin de là, et Dempsey dut le sentir puisqu’il continua à la garder dans ses bras, même lorsqu’ils furent dans sa chambre, pour la câliner et essayer de la détendre.

Chloé – Tu peux me lâcher, je ne vais pas filer, vous passez votre temps à me répéter que « je dois me reposer », c’est bon le message est passé, j’ai compris, je ne vais pas bouger d’ici.

Etrangement, cela n’eut aucun effet… Chloé eut beau envoyer balader Dempsey plusieurs fois, son frère d’armes resta près d’elle, patient, attendant que l’orage passe. Pourtant, il savait que l’orage ne passerait pas aussi facilement, pas en se contentant de câlins dans une chambre, surtout qu’ils l’empêchaient de faire quoi que ce soit. Pas d’entraînement, elle ne pouvait même pas superviser Ariane alors qu’il suffisait de l’observer attentivement lorsqu’elle voulait voler. Où était le problème ? Elle n’avait eu qu’une morsure, une simple morsure ! Oui, oh, c’était grave, elle avait perdu beaucoup de sang, etc. mais s’en était remise ! Santo faisait très bien son travail, elle avait avalé le remède dès que le dragon avait été tué, alors où était le problème ?! Gardant ses pensées pour elle et uniquement pour elle, refermant toujours son esprit, Chloé resta silencieuse tout le reste de la soirée. Dempsey eut au moins le mérite de l’apaiser assez pour qu’elle ne ressente pas le besoin de lui hurler dessus, la jeune femme souriant même à Ariane et l’interrogeant sur sa journée lorsqu’elle revint dans la chambre, pour suivre ses progrès de loin au moins et lui montrer que tout allait très bien.

La nuit arriva très vite, l’extérieur devenant très sombre et l’air plus frais grâce à la pluie qui était tombée. Cela n’avait pas duré, heureusement, la princesse allait pouvoir dormir sur ses deux oreilles sans craindre qu’un éclair n’enflamme le château. Son père pensait-il à ce genre de choses ou seul son devoir lui importait ? Chloé rouvrit les yeux, contemplant la petite Ariane couchée dans son lit près d’elle depuis son propre lit. Elle la couva un moment du regard, incapable de s’endormir tout de suite, veillant simplement sur son écuyer comme se devait un père ou une mère, en fin de compte. Mais eux le faisaient parce qu’ils avaient la responsable de veiller sur ces enfants, de les voir grandir et s’épanouir, de les protéger au péril de leur vie sans aucune arrière-pensée. Pleine de rancœur, Chloé finit néanmoins par s’endormir dans son lit, même si elle ne ressentait aucune fatigue, pour se réveiller à l’heure où les chevaliers commençaient leur journée par la force de l’habitude. Elle ne pouvait plus faire de grasse matinée, pas après autant d’années passées à vivre à ce rythme.

Après avoir réveillé Ariane et s’être lavée, préparée, et tout ce qui entrait dans leur petite routine quotidienne, Chloé l’aida à passer sa tenue en prenant garde à ses ailes avant de sortir de sa chambre en même temps que les autres chevaliers, dont Dempsey. Heureusement, aucun ne fit de commentaire sur la discussion qu’elle avait eu la veille avec sa « sœur », tous sentant probablement que la colère grondait de manière sourde, menaçant d’éclater à tout moment. La jeune femme ne voulait pas délaisser sa protégée, aussi tâcha-t-elle de se détendre au maximum en apparence pour être disponible et présente durant le petit-déjeuner. Elle rejoignit les autres avec Ariane, s’installant à leur côté comme s’il ne s’était rien passé mais ne parla pas, évitant les regards de ses frères d’arme qui risquaient de lui tomber dessus au moindre faux-pas. Pas d’inquiétude, la princesse ne se doutait de rien, alors où était le problème ? Elle avait dormi, était reposée et ne ressentait plus aucune fatigue. Alors, qu’ils la laissent tranquille, ils le pouvaient, plus besoin de « faire bonne impression » ici. Si elle voulait ruminer dans son coin… Tant qu’elle restait ouverte, attentive et présente pour Ariane, le reste importait peu. Elle était obligée de se reposer cinq jours, non ? Eh bien voilà, elle allait se « reposer » cinq jours.

Lorsque le petit-déjeuner toucha à sa fin, Chloé laissa son écuyer filer avec ses frères d’armes, chacun accompagné de leur écuyer également. Elle leur souhaita un bon entraînement, restant courtoise malgré sa colère, et se releva pour prendre la direction opposée à la leur. Encore retourner dans l’Aile des Chevaliers, encore passer une journée à ne rien faire, encore se reposer alors qu’elle se sentait plus en forme que jamais. Elle allait devoir fournir le triple d’efforts sitôt remise pour récupérer son retard, apprendre à tirer à l’arc à flèches à son tour et ne plus risquer de finir dévorée par un dragon lors de la prochaine attaque. Et puis, il y avait toujours ce mystérieux archer qu’il fallait retrouver, celui à qui elle devait la vie. Comme sa sœur, quelqu’un hantait ses pensées, même si les autres maintenaient qu’ils pouvaient retrouver l’inconnu même une semaine plus tard. La différence était que Chloé savait que cet homme l’avait sauvée, elle ne doutait pas, contrairement à sa sœur qui ignorait qui croire, qui hésitait entre la parole de son père et de celui qu’elle aimait et qui l’aimait. Personne ne lui avait menti, personne n’avait remis la parole de cet inconnu en question, personne n’avait menti sur ses véritables intentions.

Chloé ne le connaissait pas, non. Elle n’avait aucune idée de qui il était, de ce qu’il faisait là, pourquoi, mais il l’avait sauvée. Il s’agissait d’un excellent archer, qui connaissait déjà les dragons puisque ses flèches avaient été empoisonnées, et qui n’avait pas demandé son reste en fuyant aussi vite. Sortant de l’Aile des Chevaliers, la jeune femme marcha sans s’en rendre compte jusqu’à l’extérieur, observant les autres de loin sans s’interposer. Et son père voulait la priver de tout cela ? Le besoin d’air se fit de nouveau sentir, en même temps qu’elle vit ses frères d’armes se disperser un peu partout pour aller s’entraîner à tel ou tel endroit. Il n’avait pas le droit d’imposer cela à ses enfants, à des enfants qu’il avait kidnappés et qui n’étaient pas destinés à cela. Son statut de roi ne lui donnait pas tous les pouvoirs, contrairement à ce qu’il pensait, il ne pouvait pas enlever des enfants à sa guise, les modeler comme il le souhaitait et les envoyer à l’autre bout du pays sans aucun remords puisqu’il n’était pas attaché à eux. Par contre, pour elle, il regrettait amèrement ce qu’il avait fait, la questionnant sur son quotidien de chevalier à chaque fois qu’elle revenait au Royaume de Perle. Il essayait de la faire culpabiliser, de lui faire croire qu’elle manquait des choses incroyables, la protection d’une famille, d’un toit, de… Chloé serra les poings, à nouveau, incapable de se retenir, et jeta un œil par la fenêtre pour guetter ses frères d’armes. Elle souffla un coup, essayant de se calmer sans succès. Tant pis.

Préférant les éviter autant que possible, la jeune femme guetta le moment où chaque Chevalier était occupé avec son écuyer pour sortir de la tour et se retrouver dans la cour, filant ensuite discrètement jusqu’au coin où étaient entreposés les mannequins de bois. Au moins, là, elle serait tranquille, il s’agissait d’un renfoncement inutilisé pour l’instant comme les écuyers avaient dépassé le stade du combat contre les mannequins, cette semaine. Une fois arrivée dans le coin, elle se rapprocha d’un mannequin sans même prendre d’arme et frappa encore, et encore, déchargeant la colère accumulée depuis la fête, imaginant intérieurement qu’il s’agissait de son père sans aucune honte comme personne ne la surveillait, pour une fois. Chaque coup qu’elle portait représentait une des paroles qu’elle se voyait prononcer face à son père mais qu’elle ne pourrait jamais dire à cause du « protocole ». Des coups, des coups et encore des coups après ces quatre jours immobilisée. Les faux-semblants, l’opulence, la richesse, la protection des souverains, l’abus de repos après une blessure bénigne, la descendance…

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Santo d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Dim 6 Aoû - 19:26

Santo – Si ce n'est pas Hamill le vrai roi, je ne sais pas s'il pourra faire beaucoup. Et vu la manière dont on s'est fait jeter hors de la forêt la dernière fois...

Wellan – Si tu vois une autre solution, je t'écoute.

Il ne faisait que cela, en chercher ! Depuis des jours, depuis qu'ils étaient revenus sur le continent d'une manière très peu conventionnelle et qu'ils avaient atterri chez les Elfes. Des Elfes bien moins accueillants et hospitaliers, depuis l'arrivée de leur souverain, ni Wellan ni Santo n'avaient pu en placer une, afin d'aider leur frère, et avaient été "raccompagnés", joli mot pour dire qu'ils avaient été traînés pieds et poings liés, aux frontières du royaume avant qu'on ne les pousse brutalement à l'extérieur en leur lançant qu'ils n'avaient plus intérêt à revenir ici. Santo reposa la carte sur la table en réfléchissant, son écuyer, à côté de lui, y portant aussi un regard curieux. Il ne voyait pas d'autres solutions, non, et il faudra de toute façon se rendre sur place, car l'envoi de message ne servait à rien, peu importe qui les adressait. Le Roi, Émeraude 1er, avait tenté, tout comme maître Elund et eux-mêmes, et rien, aucune réponse. L'envoi d'un simple message, que ce soit pour accepter ou refuser leur demande, n'était visiblement guère utile pour le roi Thranduil. Seul son frère avait fini par réagir, sans que les chevaliers soient cependant sûrs d'avoir plus de succès dans leur démarche pour autant.

Ils parlaient à Jasson tous les jours, surtout Bergeau qui avait de longues discussions mentales avec lui, dans l'objectif avoué de le soutenir au maximum pour le moral, et ils savaient que leur frère n'était pas maltraité, ce qui était déjà un bon point. En revanche, pour le reste, la situation n'évoluait pas d'un pouce. Ils pourraient s'adresser à la poignée de la porte avec le même résultat... Maître Elund avait pris soin de traduire la majorité des missives en Elfique, sans plus de succès, les Elfes étaient plus silencieux et retirés que jamais. Santo discuta de la stratégie à prendre avec Wellan pendant tout le reste du repas du matin, sélectionnant les arguments à conserver et ceux à mettre à l'écart, pour le jour où ils retourneront vers les Elfes. Hettrick apporta tout à coup doucement l'idée que maître Hawke pourrait aussi les aider, ce qui était loin d'être idiot. Le guérisseur sourit à son apprenti, continuant de discuter avec Wellan tout en terminant de manger. Ils devaient tout tenter, se faire accompagner d'un membre du peuple des forêts ne pouvait que leur être profitable, et ce même si Hawke n'avait pas grandi parmi les siens. Falcon se pencha un peu vers eux en ajoutant qu'ils pouvaient aussi, sans doute, essayer de contacter l'autre Elfe bizarre du Nord, car il connaissait le roi Thranduil. Peut-être pourra-t-il également les aider.

A la fin du repas, ils avaient assemblé un début de plan, néanmoins, Wellan préférait en parler avec maître Elund avant de décider de quoi que ce soit. Il devait le voir ce matin-même, profitant que le vieux magicien n'ait pas ses classes avant l'après-midi. Hawke s'occupait de la prochaine génération d'écuyers le matin, Elund l'après-midi, et ce jusqu'au moment où une autre promotion d'élèves arrivera au château. Ce jour-là, les petits d'aujourd'hui atteindront douze, dix ans, leurs propres écuyers actuels seront adultes, et plein de jeunes enfants âgés entre deux et cinq ans arriveront au château. Tout cela leur donnera un autre coup de vieux. Même si Kerns, son premier et ancien écuyer était grand, maintenant, Santo ne pouvait pas s'empêcher de continuer à veiller sur lui autant qu'il le faisait avec Hettrick aujourd'hui, et savait que c'était aussi le cas pour les six autres. Leurs anciens élèves pouvaient bien râler parfois qu'ils n'avaient plus besoin qu'on veille sur eux à ce point, aujourd'hui, c'était ainsi, les vieilles habitudes étaient dures à perdre. Dans la cour, les jeunes chevaliers s'attelaient déjà à la tâche, avec leurs écuyers, s'entraînant autant au combat à mains nues, avec des armes ou à la magie. Le guérisseur avait pour aujourd'hui un autre objectif, faire prendre un peu de force à Hettrick, qui avait du mal à tenir une épée plus d'un quart d'heure sans s'essouffler.

Tout en surveillant son élève faire les exercices qu'il lui avait donné, corrigeant parfois sa posture ou ses gestes, Santo réfléchissait aux récents événements, notamment l'attaque du dragon. Ils auraient pu le tuer avec deux ou trois coups de plus mais Chloé y serait sans doute resté et d'autres blessés. Puis il y avait eu ces deux flèches, la première ratée, la seconde en plein dans le mille et mortelle. L'inconnu avait atteint une cible grosse comme une pièce, mouvante et très rapide, en seulement deux coups, et avait en plus pris le soin auparavant d'empoisonner le carreau de la flèche. Santo ne cessait d'y repenser, ces trois derniers jours, il n'avait eu que le temps de sonder très rapidement les environs car il devait se soucier de Chloé, ayant "capté" bien vite l'aura de l'inconnu avant de se concentrer sur la blessure de leur sœur. Il savait que c'était un homme, d'environ leur âge, mais rien de plus. Le retrouver était encore possible, cependant, et le guérisseur avait pas mal de questions à lui poser. le remercier puis lui demander ce qu'il faisait là-bas, dans quel but, d'où il venait, etc. Les bras croisés, pensif, il sonda les alentours par pure habitude pour s'assurer que personne n'avait besoin d'assistance puis surprit Chloé en train de s'entraîner. Santo leva les yeux au ciel puis tendit la main vers le recoin où elle était puis lui arracha l'épée qu'elle tenait avec la magie avant de la laisser tomber à ses pieds.

Santo *Il va falloir qu'on discute, deux minutes...*

Les autres eurent la très bonne et intelligente idée de ne pas s'en mêler, restant concentrés sur leurs propres affaires sans regarder dans leur direction. Santo fit signe à Chloé de le suivre, avec un regard n'admettant pas de refus, puis dit à son écuyer de continuer ses exercices et aller voir Wellan en cas de besoin. S'éloignant avec Chloé, il fila avec elle dans les jardins intérieurs du château, dans un coin tranquille, se tournant vers elle dès qu'ils furent seuls et tranquilles.

Santo – Je peux savoir depuis quand tu fais de telles caprices ?! Lorsque je te dis que tu dois te reposer, c'est trop dur à comprendre ?! Une blessure, même soignée par magie, a besoin de temps pour cicatriser, si tu comptes la ré-ouvrir aujourd'hui, autant te filer un coup de poignard dans la cuisse ! Il faut vraiment que je t'assomme complètement pour que tu restes tranquille ?!

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Chloé d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Lun 7 Aoû - 11:36

Chloé s’arrêta, sentant une légère douleur dans ses mains pendant qu’elle frappait le mannequin, essoufflée à force de donner des coups contre le bois. Grimaçant, elle constata qu’elles portaient des égratignures, se faisant prendre à son propre jeu de « ne pas toucher d’arme » comme Santo le lui avait dit en lui imposant du repos pendant cinq jours. Elle revint alors en arrière, attrapant une des épées rangées pour frapper avec plutôt que de s’abîmer davantage les mains. Se remettant en position comme elle l’avait appris il y a des années maintenant, et comme elle l’apprenait à ses écuyers à leur tour, Chloé porta un premier coup au mannequin de bois en soulevant plus péniblement l’épée que ce qu’elle ne l’aurait cru. Se maudissant, maudissant son père et le dragon, elle concentra toute son énergie dans les coups qu’elle donnait à sa cible jusqu’à ce que son épée lui glisse soudainement des mains. Non… Elle ne lui avait pas glissé des mains. Santo la lui avait retirée, à distance, grâce à la magie. Mais comment est-ce qu’il… Elle était venue jusqu’ici sans se faire voir !

Santo * Il va falloir qu'on discute, deux minutes...

De tous ses frères d’arme, il aura fallu que ce soit précisément le guérisseur qui la grille pendant qu’elle s’entraînait… Retenant une grimace, Chloé se contenta de dissimuler ses mains légèrement abîmées alors que Santo lui faisait signe de le suivre avec un regard qui n’augurait rien de bon. Elle savait que la santé était importante pour lui mais était sûre d’avoir bien vérifié avant de venir ! Pourq… Oh. Il avait dû sonder les environs, percevoir sa présence dans le coin alors qu’elle ne devait pas être ici, à s’essouffler contre ce mannequin. Se baissant pour ramasser l’arme que Santo avait fait tomber à ses pieds, Chloé la prit pour la ranger à sa place et le suivit alors qu’il demandait à son écuyer de continuer ses exercices et d’aller trouver Wellan si nécessaire. Bon…

Silencieuse, évitant clairement le regard de son frère, la jeune femme le suivit sans mot dire, essayant de comprendre ce qu’il allait faire, en prenant soin de cacher ses mains derrière elle jusqu’aux jardins intérieurs du château. Chloé passa par la porte du rempart intérieur située derrière la bibliothèque de leur aile afin d'éviter de gêner les domestiques occupés dans le potager du château. Longeant le palais royal, passant à côté des jardiniers en s'éloignant le plus possible pour ne pas entraver leurs mouvements, ils durent s'arrêter pour laisser passer deux domestiques portant des brouettes vers les cuisines du palais avant de pouvoir reprendre leur chemin jusqu'aux jardins intérieurs. Était-ce absolument nécessaire de s'éloigner à ce point de leur aile… ? Il n'allait pas hurler uniquement pour cela, n'est-ce pas ? S'il souhaitait s'éloigner, cependant, Chloé sentait très mal la suite de la discussion. Et ils arrivaient aux jardins intérieurs, malheureusement déserts et tranquilles à l’heure qu’il était. Et aucun de leurs frères d’arme ne s’en était mêlé. Naturellement. A choisir, elle préférait parler à Wellan que de recevoir un sermon de la part de Santo. Elle n’avait pas fait grand-chose ! Il allait lui faire la remarque pour une petite demi-heure d’entraînement ?

Santo – Je peux savoir depuis quand tu fais de telles caprices ?! Lorsque je te dis que tu dois te reposer, c'est trop dur à comprendre ?! Une blessure, même soignée par magie, a besoin de temps pour cicatriser, si tu comptes la ré-ouvrir aujourd'hui, autant te filer un coup de poignard dans la cuisse ! Il faut vraiment que je t'assomme complètement pour que tu restes tranquille ?!

Chloé – Ce n’est que cela, pour toi, un caprice ?! Ce sont des enfants, Santo, et je viens de découvrir du jour au lendemain que mon père les avait enlevés, qu’il avait manipulé la fille qu’il présente comme ma sœur pour la marier à la personne qu’il aurait choisie sans l’avouer tout simplement et qu’il ne reconnaît même pas qu’il s’agit d’une adoption !

Chloé parlait sur le même ton que lui, assez fort, incapable de retenir ce qu’elle avait gardé en elle depuis la découverte de la veille, à la fête. Elle ne comprenait pas comment le Roi Pally avait pu agir ainsi, elle ne comprenait pas où étaient passées ses valeurs, ne comprenait pas pourquoi il avait accepté de l’envoyer à Emeraude si c’était pour kidnapper des enfants plus tard. L’excuse de la tristesse n’était même pas valable, il ne voyait jamais la princesse ! Connaissait-il au moins la couleur de ses yeux ? De ses cheveux ? Le son de sa voix ? Ses grimaces ? Sa démarche ? S’était-il intéressé à elle pour autre chose que sa descendance et ses alliances ? C’était comme cela qu’il voyait ses propres enfants ?! Chloé serra les poings avant de passer une main dans ses cheveux dans le but de se calmer un peu, la replaçant ensuite le long de son corps. Elle ne comprenait pas, voilà ce qu’il y avait. Elle ne le reconnaissait plus, avait envie de vomir en pensant à ce qu’il avait fait. Que lui avait fait cet homme, pourquoi le bannir alors qu’il aurait pu tout simplement dire à sa fille qu’il n’était pas digne de son rang ? D’accord, c’était dur, mais c’était le devoir d’une princesse, tout le monde le savait. Et là, non, il se plaçait en père protecteur qui ne voulait que son bien alors qu’il était incapable de la consoler devant un orage.

Chloé – Je ne peux pas rester sans bouillir intérieurement alors que celui que je considérais encore comme mon père agit de la sorte, même si je ne suis plus attachée à lui depuis des années. Sous prétexte d’être le Roi, il a tous les droits, c’est cela ? Je sais, il y a le protocole, les impressions, et tout ça, mais désolée, les enfants, c’est sacré ! Pourquoi n’a-t-il rien dit en m’envoyant à Emeraude, dis-moi ?! Pourquoi avoir pris des enfants sans même reconnaître l’adoption ?! Je me disais qu’il s’agissait d’un geste de père triste et désespéré, mais ici, je découvre qu’il manipule même sa fille adoptive sans une once de remords ! Alors, pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir dit la vérité, pourquoi ne pas avoir remercié le couple, pourquoi ne pas avoir reconnu qu’il s’agissait d’orphelins si tel était le cas ? Pourquoi ?!

Chloé ajouta qu’elle avait besoin de comprendre, le ton de sa voix diminuant un peu, que cette histoire la travaillait, en plus de tout le reste, de Jasson, de l’archer qui l’avait sauvée, de la révélation soudaine de Dempsey, de… Tout, en fin de compte. Elle acceptait, elle essayait d’aider, passait ses journées à réfléchir et ne pouvait s’empêcher de faire des crochets par la bibliothèque pour se rendre utile depuis qu’elle pouvait se lever – ce qui restait ridicule… Mais là, désolée, non, c’était trop. Si Santo trouvait que c’était un caprice, eh bien soit, mais elle avait eu besoin d’extérioriser tout ce qu’elle ressentait sans prendre le risque que cela ne lui retombe dessus. Et ce n’étaient pas quelques égratignures aux mains qui allaient la tuer, loin de là, elle n’était pas fragile même s’ils avaient tendance à la couver depuis l’attaque du dragon. Au fond, elle n’avait rien contre eux, sachant qu’ils avaient eu très peur, sans doute plus qu’elle qui était envahie par l’adrénaline sur le moment-même, mais c’était une conséquence de tout le reste. La fatigue, la blessure, le fait de ne pouvoir veiller sur Ariane…

Chloé – Je suis désolée, je ne le ferai plus. Tu peux me hurler dessus, me reprocher de m’être entraînée, mais vous m’empêchez de bouger depuis quatre jours et je ne peux rien dire tout haut, rien faire, rien penser. Tu t’attendais à ce que je reste sagement dans mon coin sans avoir besoin d’évacuer à un moment quelconque ?! C’était idiot, peut-être, mais j’en avais besoin, je ne suis pas une personne habituée à l’inactivité, surtout après une attaque de dragon. J’ai peut-être été blessée mais la vie continue, tu m’as soignée, je suis prudente ! D’ailleurs, tu n’as qu’à regarder ma jambe si tu as si peur que cela, je n’ai rien rouvert du tout et je me laisserai faire.

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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Mer 9 Aoû - 10:31

Chloé – Ce n’est que cela, pour toi, un caprice ?! Ce sont des enfants, Santo, et je viens de découvrir du jour au lendemain que mon père les avait enlevés, qu’il avait manipulé la fille qu’il présente comme ma sœur pour la marier à la personne qu’il aurait choisie sans l’avouer tout simplement et qu’il ne reconnaît même pas qu’il s’agit d’une adoption !

Quel rapport avec… De quoi parlait-elle, tout à coup, comment était-elle passée de l’attaque du dragon à ça ? Un peu éberlué, il lui lança un regard aussi perplexe que perdu, les deux mains sur les hanches, essayant vainement de faire le lien entre « Blessure par un dragon » et « Enlèvement avant mariage de force », sans en trouver aucun. Le guérisseur fronça légèrement les sourcils, plongeant doucement dans l’esprit de sa consœur pour comprendre ce qui la faisait tant bondir, exactement, n’ayant pas suivi toute l’histoire précisément lors du banquet de la veille, plus occupé à discuter avec maître Elund de la meilleure façon de faire libérer Jasson, maintenant qu’ils étaient sûrs que les lettres et l’aide du Roi d’Emeraude ne changeaient rien à cette affaire. Laissant les sentiments pour le moment, il observa ses pensées et ses souvenirs, écartant la colère d’une vague mentale pour voir précisément ce qui la travaillait tant et écouter les paroles échangées. Il revit la princesse, la comparant avec leur sœur, puis écouta les paroles échangées, la colère de leur sœur, les liens qu’elle tissa à mesure de la soirée et de ce qu’elle observait. D’accord… Il en voyait toujours pas le rapport qu’il pouvait bien avoir avec ce qu’il voyait dans son esprit et le fait de s’entraîner alors qu’elle ne devrait pas, mais au moins comprenait-il ce sursaut de colère.

Chloé – Je ne peux pas rester sans bouillir intérieurement alors que celui que je considérais encore comme mon père agit de la sorte, même si je ne suis plus attachée à lui depuis des années. Sous prétexte d’être le Roi, il a tous les droits, c’est cela ? Je sais, il y a le protocole, les impressions, et tout ça, mais désolée, les enfants, c’est sacré ! Pourquoi n’a-t-il rien dit en m’envoyant à Emeraude, dis-moi ?! Pourquoi avoir pris des enfants sans même reconnaître l’adoption ?! Je me disais qu’il s’agissait d’un geste de père triste et désespéré, mais ici, je découvre qu’il manipule même sa fille adoptive sans une once de remords ! Alors, pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir dit la vérité, pourquoi ne pas avoir remercié le couple, pourquoi ne pas avoir reconnu qu’il s’agissait d’orphelins si tel était le cas ? Pourquoi ?!

Il soupira en lui disant de se calmer un peu, croisant les bras pendant qu’elle ajoutait, sans l’avoir écouté visiblement, qu’elle voulait juste comprendre et que toute cette histoire la travaillait, en plus de tout le reste. Soit, soit, il avait compris, mais qu’elle ne mélange pas tout ! D’autant plus en tant que chevalier, même face à des situations très sensibles et compliquées, ils devaient garder leur sang-froid, peu importe ce qui arrivait, ils n’avaient pas le droit de paniquer ou de craquer, car si eux se laissaient aller, comment pourraient-ils protéger les autres et veiller sur leurs écuyers ? Être un soldat, et un chevalier, impliquait beaucoup de responsabilités, les erreurs n’étaient pas tolérées, ils devaient travailler sur leur comportement au quotidien et apprendre à se contrôler, même lorsqu’ils étaient entre eux, au château, même lorsqu’ils n’étaient pas sur un champ de bataille ou au milieu d’une mission ! Ils devaient apprendre, écouter, observer, être attentif à leur environnement, savoir battre en retraite lorsqu’il le fallait et savoir quand il était temps de tout donner, quitte à y perdre la vie. Chloé le savait, tout cela ! Et comme Wella, comme Jasson, comme Bergeau aussi, parfois, elle devait apprendre à se contrôler te garder son sang-froid en toutes circonstances.

Chloé – Je suis désolée, je ne le ferai plus. Tu peux me hurler dessus, me reprocher de m’être entraînée, mais vous m’empêchez de bouger depuis quatre jours et je ne peux rien dire tout haut, rien faire, rien penser. Tu t’attendais à ce que je reste sagement dans mon coin sans avoir besoin d’évacuer à un moment quelconque ?! C’était idiot, peut-être, mais j’en avais besoin, je ne suis pas une personne habituée à l’inactivité, surtout après une attaque de dragon. J’ai peut-être été blessée mais la vie continue, tu m’as soignée, je suis prudente ! D’ailleurs, tu n’as qu’à regarder ma jambe si tu as si peur que cela, je n’ai rien rouvert du tout et je me laisserai faire.

Santo – Tu mélanges absolument tout, répliqua-t-il d’un ton ferme. Pour commencer, je ne te parlais que de l’attaque et de ta blessure, rien d’autre, et tu devais seulement rester tranquille quelques jours, personne ne t’a interdit de « penser » ! Alors sur ce point, oui, je l’affirme, il s’agit d’un pur caprice de gamin et même si tu as été soignée, la peau reste forcément plus fragile quelques jours. C’est purement physique, Chloé, la magie peut accélérer les processus de guérison mais ne retire pas tous les droits de la nature ! Bergeau aussi a dû rester tranquille quelques jours et pourtant, lui avait été soigné par Kira, et je peux te garantir que ses pouvoirs de guérison dépassent largement les miens. Ça, c’était pour le premier point.

Il s’interrompit un peu brusquement lorsque quelques chambrières passèrent non loin, les bras chargés de paniers de linges et tenant aussi des seaux remplis de brosse, bavardant entre elles le temps de traverser les jardins pour atteindre les remparts et filer vers le lavoir, en contrebas du château, au bord d’une petite rivière allant plus tard se jeter dans le fleuve. Il attendit qu’elles soient passées, afin que les gens du château ne croient pas que leurs protecteurs se disputaient entre eux. Une fois fait, il reporta le regard sur Chloé, tout en secouant un peu la tête.

Santo – Deuxièmement, et pour ça que je sais que c’est cruel, on ne peut pas, hélas, faire payer ce genre d’actes à un Roi à moins de lui déclarer la guerre. Et ce n’est pas notre rôle, nous devons défendre tous les peuples de ce continent, qu’importe qui est à leur tête. Même si les actes de certains souverains peuvent nous faire vomir, agir contre n’est pas notre devoir. La seule chose que tu peux faire, c’est d’être, dans ce cas, un soutien pour ta petite sœur et faire en sorte qu’elle puisse au moins avoir des moments de bonheur, même si cette vie ne lui était pas destinée dès sa naissance. Tu es comme Wellan et Jasson, tu as vraiment besoin de travailler sur toi-même pour garder ton sang-froid dans toutes les situations possibles. C’est notre devoir, Chloé, tu comprends ? Je n’ai jamais affirmé que c’était simple mais c’est ainsi.

Il soupira un peu en posant une main sur l’épaule de leur sœur, pour l’inciter à se calmer et lui envoyer en même temps une vague d’apaisement. Il voulait qu’elle comprenne que, de part leur position, il y a bien des choses sur lesquelles ils n’avaient pas le droit de parole ou même de colère car ils devaient rester neutres et se concentrer sur la défense globale du territoire.

Santo – Enfin, dernier point, plutôt que de t’entraîner bêtement, tu pourrais plutôt participer à une tâche tout aussi utile et qui te concerne directement. Je ne t’empêche pas de sortir ni de « penser », ce que tu affirmais stupidement mais soit. En revanche, je ne veux pas que tu t’entraînes, ni aujourd’hui, ni demain. Tu ne penses pas que tu aurais meilleur compte à partir à la recherche de cet archer ? J’ai eu le temps de repérer son aura avant qu’il ne fuit.

Il commençait à ajouter autre chose lorsqu’une certaine agitation s’empara tout à coup du château royal, juste derrière eux, le poussant à se retourner en fronçant les sourcils. En sondant les lieux, il comprit vite ce qui se passait, les Héraults du Roi venaient de clamer dans une grande annonce officielle le mariage prochain du souverain avec la princesse Elv… La bouche de Santo se décrocha, alors qu’il calculait immédiatement la différence d’âge entre eux deux. Une vague envie de vomir le prit et il reposa la main sur l’épaule de Chloé.

Santo – Bon, viens. On va partir tout de suite, il faudra bien quelques heures avant de capter sa trace.

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MessageSujet: Re: Une sœur à Émeraude   Dim 20 Aoû - 13:21

Santo – Tu mélanges absolument tout, répliqua-t-il d’un ton ferme. Pour commencer, je ne te parlais que de l’attaque et de ta blessure, rien d’autre, et tu devais seulement rester tranquille quelques jours, personne ne t’a interdit de « penser » ! Alors sur ce point, oui, je l’affirme, il s’agit d’un pur caprice de gamin et même si tu as été soignée, la peau reste forcément plus fragile quelques jours. C’est purement physique, Chloé, la magie peut accélérer les processus de guérison mais ne retire pas tous les droits de la nature ! Bergeau aussi a dû rester tranquille quelques jours et pourtant, lui avait été soigné par Kira, et je peux te garantir que ses pouvoirs de guérison dépassent largement les miens. Ça, c’était pour le premier point.

Chloé avait croisé les bras très rapidement, consciente qu’elle se fermait complètement mais devant se calmer. Elle le savait, elle n’était pas idiote et connaissait le pouvoir de guérison de Santo, inutile de le lui rappeler. Oui, d’accord, cela prenait du temps, il fallait qu’elle reste tranquille sinon la blessure risquait de se rouvrir, et tout ça. Si c’était juste pour cette raison qu’il était furieux, qu’il soit tranquille, elle allait se calmer. Mais ici, peu importe qu’il pense qu’il s’agissait d’un caprice de gamine, elle l’assumait. Pour une fois qu’elle perdait son sang-froid, qu’elle avait besoin d’évacuer, ce n’était pas la fin du monde. Ses frères d’arme ne pouvaient lui en tenir rigueur, Santo y compris, même s’il lui en faisait la remarque ici. Il n’allait pas, non plus, surveiller ses pensées tous les jours pour voir ce qu’elle pensait, il s’agissait d’un simple écart de conduite et d’un besoin de… de… d’évacuer, point. Rien d’autre.

Des chambrières passèrent avec les bras chargés de paniers de linge, de seaux et de brosses en direction de la rivière un peu plus bas. Elles discutaient entre elles, traversant le jardin en ligne sans leur prêter plus attention que cela, se contentant de leur adresser un sourire sans ralentir. C’est ce qui avait incité Santo à s’interrompre, les autres personnes du château ne devant pas penser que les Chevaliers se disputaient. Chloé ne comptait pas le montrer, raison pour laquelle elle se contentait d’attendre avec les bras croisés sans bouger, ayant au moins fait l’effort de leur sourire. C’était une simple discussion entre chevaliers, rien de plus, pas de quoi s’alarmer. Progressivement, elles s’éloignèrent, n’ayant rien remarqué d’anormal apparemment puisqu’elles parlèrent sur le même ton. Ce n’est qu’à ce moment que Santo reporta son regard sur elle en secouant la tête pour reprendre la discussion là où il l’avait laissée tandis qu’elle-même restait dans la même position, soutenant son regard. Elle assumait tout ce qu’elle avait fait.

Santo – Deuxièmement, et pour ça que je sais que c’est cruel, on ne peut pas, hélas, faire payer ce genre d’actes à un Roi à moins de lui déclarer la guerre. Et ce n’est pas notre rôle, nous devons défendre tous les peuples de ce continent, qu’importe qui est à leur tête. Même si les actes de certains souverains peuvent nous faire vomir, agir contre n’est pas notre devoir. La seule chose que tu peux faire, c’est d’être, dans ce cas, un soutien pour ta petite sœur et faire en sorte qu’elle puisse au moins avoir des moments de bonheur, même si cette vie ne lui était pas destinée dès sa naissance. Tu es comme Wellan et Jasson, tu as vraiment besoin de travailler sur toi-même pour garder ton sang-froid dans toutes les situations possibles. C’est notre devoir, Chloé, tu comprends ? Je n’ai jamais affirmé que c’était simple mais c’est ainsi.

Mais c’était injuste ! Elle le comprenait, oui, elle connaissait la théorie et avait suivi la même formation que ses frères d’armes mais trouvait cette protection parfaitement horrible. Le meilleur des rois pouvait donc tuer impunément et se faire aimer malgré tout… Pourquoi se battaient-ils, dans ce cas ? A quoi bon protéger tous les peuples si jamais, un beau jour, les rois décidaient d’agir autrement ? Santo soupira avant de lui poser une main sur l’épaule, Chloé se retenant de bouger pour ne pas aggraver sa situation. Elle devait se calmer, d’accord. Mais jamais cela ne lui aura semblé aussi difficile… En même temps que ce sentiment d’impuissance et d’injustice, elle sentit un léger apaisement se diffuser en elle, consciente qu’il s’agissait de Santo qui essayait de la calmer avec une vague « classique ». Leur devoir, travailler sur soi-même… Elle soupira à son tour, ne le regardant plus dans les yeux et ayant baissé la tête. Elle comprenait, oui, mais cette colère sourde qu’elle ressentait en elle ne s’en irait pas de sitôt, malgré tous ses efforts. Peut-être grâce à l’entraînement et à l’occupation, à la recherche de solutions pour Jasson ou… Elle ne savait pas. Être un simple soutien pour sa sœur, lui dire qu’elle était présente les rares fois où elle viendrait, cela suffirait-il vraiment ? Rien ne lui récupérerait la vie que Chloé lui avait volée en allant à Emeraude, son « père » ne l’acceptant pas même s’il l’affirmait au Roi d’Emeraude. Des paroles. De simples paroles sans vraies promesses.

Santo – Enfin, dernier point, plutôt que de t’entraîner bêtement, tu pourrais plutôt participer à une tâche tout aussi utile et qui te concerne directement. Je ne t’empêche pas de sortir ni de « penser », ce que tu affirmais stupidement mais soit. En revanche, je ne veux pas que tu t’entraînes, ni aujourd’hui, ni demain. Tu ne penses pas que tu aurais meilleur compte à partir à la recherche de cet archer ? J’ai eu le temps de repérer son aura avant qu’il ne fuit.

Chloé releva la tête vers Santo, ne pensant pas que quelqu’un ait perçu l’aura de l’archer qui lui avait sauvé la vie comme Dempsey s’était précipité vers elle sans se soucier du dragon. Comme les autres restés sur place… Elle avait bien pensé qu’il fallait retrouver l’inconnu avant qu’il ne parte, essayé de le dire, mais personne ne l’avait écoutée. Donc Santo l’avait vraiment repéré aussitôt ? Elle s’apprêtait à le remercier avant qu’il n’ajoute autre chose lorsqu’une brusque agitation commença à s’emparer du palais royal, les esprits en ébullition et les habitants du château bougeant avec plus de vivacité. Santo se retourna, Chloé n’ayant qu’à se tourner légèrement pour se concentrer sur ce qui se passait. Tout comme lui, elle sonda l’intérieur du château et découvrit que les Héraults du Roi avaient annoncé un mariage proche avec… Pardon ?! Avec sa sœur ?! Mais… Mais elle… Il… Elle avait dû mal entendre, c’était un cauchemar, une mauvaise blague, une horreur. C’était une plaisanterie de mauvais goût ou alors s’étaient-ils trompés, ils ne parlaient pas du Roi d’Emeraude mais d’un prince quelconque.

Chloé sentit une main se poser sur son épaule tandis qu’elle fixait toujours l’intérieur, l’agitation, les rires, les sourires, les… Mais Elvira avait à peine le même âge que Chloé ! Elle n’était pas plus âgée, jamais ! Une envie de vomir la prit soudainement, l’obligeant à décroiser les bras, lui coupant littéralement le souffle. Mission diplomatique… Mission diplomatique de rien du tout ! Tout n’était qu’illusions, manipulations, et ce depuis le début. Celui qu’elle avait considéré comme son père durant toutes ces années n’était qu’un imposteur, un roi immonde, peut-être même le plus immonde et immoral de tous ceux qu’elle avait pu croiser jusqu’à présent, en l’espace de presque dix ans. Pourquoi diable avoir accepté qu’elle parte ?! La colère reprit, tant et si bien qu’elle faillit envoyer Santo balader purement et simplement, n’ayant que faire de l’archer à présent. Bon sang, le Roi allait se marier avec Elvira qui n’avait même pas trente ans !

Santo – Bon, viens. On va partir tout de suite, il faudra bien quelques heures avant de capter sa trace.

Chloé ravala la remarque cinglante qu’elle faillit faire à son frères d’arme, consciente qu’il aurait tout de même le dernier mot et qu’il ne lui laisserait pas l’occasion de rester ici. Pas seule, pas alors que l’agitation n’allait faire qu’augmenter dans la journée, pas alors qu’elle était dans un tel état de colère. Autant récupérer leurs écuyers et partir, il n’y aurait plus d’image à tenir, sur le chemin, si cet homme s’était écarté des villages.

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