Au cœur des temps anciens, le mal se répand sur terre, il faut se battre ou accepter de disparaître, le danger est partout...
 
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 Dans la combe de l'Aigle-Loup

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MessageSujet: Dans la combe de l'Aigle-Loup   Sam 3 Sep - 17:54



PNJ Méline Durafort, alias la Dame de l'Alberta

La pluie intense de cette nuit avait laissé place à un ciel couvert un sol très détrempé, le potager tenu derrière la maison avait beaucoup souffert de ces deux jours de pluie sans interruption. Tout comme le dos de Méline avait beaucoup souffert de toute cette humidité. Ce matin-là, elle repoussa les rideaux avec difficulté et ouvrit les fenêtres de sa maison de pierre, avec un toit en bois et en chaume, allant lentement à cause de son dos très raide. L'âge était décidément la pire des maladies qui soit dans ce monde. Allumant un feu sous sa vieille théière d'un claquement de doigt, elle prit dans son placard de la petite cuisine un pot rempli de feuilles de thé, qu'elle mit à infuser une fois l'eau assez chaude, et ajoutant des herbes médicinales. Il n'y a vraiment plus qu'avec cela qu'elle parvenait à soigner ses rhumatismes, même la sorcellerie n'y pouvait plus grand-chose. Il arrivait un âge où toute la magie du monde ne pouvait plus vous préserver de la vieillesse, c'était ainsi. Les jeunes ne réalisaient pas leur bonheur de pouvoir marcher et courir sans souffrance, c'était là une chose qu'on ne réalisait qu'avec le temps.

Cela étant, la vieille femme avait quelques connaissances à la fois chez les Elfes et les fées, qui lui apportaient de temps à autre des plantes médicinales plus efficaces que celles qu'elle faisait pousser dans son jardin. Assise à table, elle but son thé sans se presser, tout en posant le regard sur une gravure posée sur un meuble non loin. Une gravure de son défunt époux et elle-même, tenant un bébé dans ses bras. Ah, cela remontait à si loin. A quinze ans, toute jeune femme issue du peuple d'Argent, elle fut mariée à un homme d'à peine deux ans de plus qu'elle, un apprenti forgeron dont elle était tombée follement amoureuse. Puis la maladie était venue, une maladie venue par l'océan, qui avait emporté à la fois son époux et leur bébé, une petite fille, sa seule et unique enfant. Méline n'avait pas pu accepter qu'on lui prenne sa famille ainsi, son cœur s'était rempli de haine, elle avait cherché à les retrouver, les faire revenir auprès d'elle, dévoilant alors une magie qui était restée secrète au fond de son âme. Elle avait poussé si loin dans sa recherche de pouvoir pour braver la mort qu'elle en avait offensé les Dieux eux-mêmes...

Un Immortel s'était présenté dans sa demeure, elle s'en rappelait comme si cela s'était déroulé la veille. Il lui avait ordonné d'abandonner ses recherches et de détourner son regard de la magie, que rien ne lui donnait le droit de vouloir contacter sa famille depuis l'au-delà. Qui était-elle, simple humaine, pour chercher à entrer en contact avec le royaume des morts ? Cet Immortel condescendant et méprisant, qui ignorait tout des humains et de leurs peines... Elle avait voulu le frapper de ses nouveaux pouvoirs, il avait riposté. Blessée, elle avait mis bien longtemps à se remettre, puis avait renié les Dieux et leurs serviteurs. Devenant sorcière, elle avait continué sa quête, puis le temps avait un peu apaisé sa haine. Elle s'était coupée des hommes, s'exilant dans une combe célèbre pour avoir été le lieu de résidence d'un sorcier humain et puissant. Seule et veuve, elle était retirée du monde et n'avait plus aucun contact avec les humains ordinaires, vivant avec sa rancœur et ses souvenirs. Terminant son thé, elle chassa ces souvenirs, lavant le gobelet puis s'attelant à un travail de couture, pour des vêtements, qu'elle avait laissé la veille au soir.

– Bonjour, toi, sourit-elle en voyant le gros chat roux sauter au bord de la fenêtre, alors qu'elle s'installait pour coudre.

Il était l'un de ses rares visiteurs et venait parfois chasser les souris dans la maison. Il se glissa par la fenêtre qu'elle avait entrouverte puis vint miauler à ses pieds avant de se rouler en boule contre ses souliers noirs usés par le temps. La vieille femme passa un long moment à ses travaux, ne s'interrompant qu'à midi pour déjeuner, et sortant ensuite récolter les plantes et légumes qui pouvaient l'être. Elle se redressait avec son panier lorsqu'elle entendit le son de plusieurs chevaux, avec des voix. Serrant le long châle en laine qu'elle avait mis sur ses épaules, recouvrant une robe lui descendant jusqu'aux pieds, elle se rapprocha de chez elle avant de voir arriver tout un groupe de chevaliers d'Emeraude, avec leurs apprentis. Allons bon. Que voulaient-ils ? S'ils étaient venus en quête d'un combat... Méline les regarda approcher avec un air las, son panier contre elle, sous son bras, l'autre main tenant le châle. Son regard se posa sur un des écuyers, une petite fée qui n'avait pas encore ses ailes mais qu'elle avait déjà vue quelques fois.

– Ton peuple t'a donc laissé partir, dit-elle d'un ton tranquille à la jeune princesse. Tes ailes n'ont pas encore poussées, tu es bien jeune pour porter les armes.

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Ariane d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Dans la combe de l'Aigle-Loup   Dim 11 Sep - 11:42

Même si Ariane avait déjà effectué un premier voyage avec son maitre jusqu’au Royaume des Elfes, celui-ci était beaucoup plus long et éprouvant, car il y avait beaucoup moins de pauses pour se dégourdir les jambes et ils devaient souvent galoper. La fillette était avec son maître, leur chef et Cameron en tête de groupe, afin de partager ses souvenirs et déceler les signes secrets des fées et des elfes pouvant leur donner diverses indications au cours des chemins. Il y en avait absolument partout, sur tout le continent, placés là en grande majorité par les elfes mais aussi, parfois, par des fées aventureuses qui avaient eu envie de découvrir ce territoire. Ces signes permettaient d’indiquer les lieux les plus chargés en magie, des temples enfouis ou secrets, d’informer sur la présence de magiciens et guérisseurs puissants et parfois de mettre en garde contre des endroits plus mauvais ou dangereux. Seuls les fées et elfes pouvaient les repérer, de façon innée, ce n’était pas une chose qu’on pouvait enseigner aux humains, par nature plus « fermés » aux signaux offerts par la nature et la magie, c’était bien dommage.

La jeune fille ne pouvait non plus expliquer à son maître comment elle s’y prenait, ce qu’elle lui avoua d’un air un peu gêné. C’était en elle, voilà tout, il n’y avait rien de très terre-à-terre. Le chant d’un oiseau soudain résonnait dans son cœur et lui indiquait un autre chemin, comme la forme particulière d’une pierre, le tronc élancé d’un arbre, autant de détails qui la poussaient, par pur instinct, à changer sa route et se fier à ce qu’elle ressentait. Tout en chevauchant, elle se laissait bercer par cette forme de magie ancestrale, bien plus vieille que celle apportée par les Immortels aux humains, une forme de magie venue d’autres mondes par le biais des elfes, dont les fées avaient adopté une partie en la mêlant à leurs propres pouvoirs. A moitié plongée en transe, Ariane avait le sentiment de voguer mentalement dans des mondes inaccessibles au commun des mortels, des mondes foulés par les Hauts Elfes, dont quelques descendants peuplaient aujourd’hui le royaume du roi Hamill. Elle souriait parfois toute seule, même sa voix était plus lointaine, comme si un autre esprit l’habitait et la guidait jusqu’à son but.

Sortir de cet état de transe avancé fut en revanche très long et laborieux, c’était la première fois que la fillette devait s’y plonger si profondément et durablement. En arrivant à destination, elle peina beaucoup à revenir à elle, clignant des yeux et se battant mentalement pour retrouver le contrôle d’elle-même. Elle bascula un peu sur le côté avant de se rattraper à maître Chloé, très proche heureusement, toussant un peu puis inspirant assez fort. Un long frisson la secoua de part en part en sentant son esprit quitter à contrecœur les flux de cette magie vieille comme le monde et se mêler de nouveau au lien mental unissant tous les chevaliers et écuyers, dont elle s’était coupée malgré elle au départ. Une fois revenue à elle, elle remercia son maître de ne pas l’avoir laissé s’écraser le nez par terre et se redressa, se frottant un peu les yeux. La première fois était très délicate… Et honnêtement, elle ne pouvait s’empêcher de regretter de s’être vue coupée de cette autre forme de magie. Avançant avec le groupe, ils arrivèrent près d’une petite maison de pierre, avec un potager et un jardin bien entretenu, où une vieille femme les regardait approcher. Vêtue d’une longue robe en laine et un châle sur les épaules, panier sous le bras, il suffisait de la sonder légèrement pour ressentir la puissance de la sorcellerie l’habitant encore, malgré son âge avancé. Ariane croisa tout à coup son regard, la bouche entrouverte, assez intimidée.

– Ton peuple t'a donc laissé partir, dit-elle d'un ton tranquille à la jeune princesse. Tes ailes n'ont pas encore poussées, tu es bien jeune pour porter les armes.

Elle la reconnaissait ? Surprise, Ariane se contenta de murmurer qu’elle ne combattait pas encore vraiment avant de détourner la tête, les joues plus rouges. Descendant de cheval avec un léger temps de retard, elle se rapprocha de nouveau de son maître, attendant de voir ce que Wellan pourra trouver pour inciter la vieille femme à les aider.

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Wellan d’Émeraude
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MessageSujet: Re: Dans la combe de l'Aigle-Loup   Dim 2 Oct - 20:47

C’était une sorte de magie aussi fascinante qu’effrayante… Wellan regarda à nouveau Ariane, qui les guidait sans peut-être même le réaliser. D’un naturel très curieux, le chef des chevaliers s’était déjà renseigné sur cette forme ancestrale de pouvoir, une magie uniquement maniée, de façon naturelle, par les Elfes et les Fées. Ils se retrouvaient comme liés, au sens propre du terme, au monde dans lequel ils vivaient à tous ses flux, toutes ses créatures, tout son pouvoir. La petite Ariane était plongée dans une longue transe, qui permettait de les amener sur le bon chemin. A plusieurs reprises, Wellan fut tout de même très inquiet pour elle, en la voyant parfois pâlir considérablement ou vaciller sur sa selle. Ils chevauchaient aussi vite qu’ils le pouvaient, ménageant leurs écuyers qui avaient moins l’habitude et les chevaux, qui ne pouvaient pas non plus tenir ce rythme trop d’heures d’affilée. Les paysages défilaient autour d’eux, tout comme les villages ou cités qu’ils croisaient en chemin, sans s’y arrêter. L’état dans lequel ils allaient retrouver Santo angoissait de plus en plus le grand chevalier. Avec leur lien coupé, s’il mourrait, ils ne pourraient même pas le savoir…

Après un long voyage rythmé par les idées noires, une chevauchée rapide et ardue et une bonne dose de stress et de peur pour tout le monde, ils arrivèrent enfin à destination. Ils ne s’arrêtèrent que pour permettre à Ariane de sortir de sa transe tranquillement. Enfin, « tranquillement »… Elle batailla un long moment à revenir à elle et aurait glissée au sol en se cassant le nez au passage si Chloé ne l’avait pas retenue, inspirant ensuite avec peine et toussant. Elle allait bien ? Il la couva du regard, inquiet, patientant le temps qu’elle se reprenne pour de bon, avant de repartir. Après avoir contourné une petite falaise, ils arrivèrent sur un long chemin cahoteux, voyant une maison en pierre d’où s’élevait une légère fumée, près d’un jardin et d’un enclos. Une rivière coulait non loin et la forêt des elfes était là, toute proche, la maison ne se trouvait qu’à une dizaine de mètres de son orée. Wellan conserva un visage très neutre en voyant une vieille femme non loin de la porte, un panier sous le bras. Assez grande, maigre, vêtue d’une longue robe de laine avec un châle sur l’épaule, elle les regardait approcher sans bouger ni parler. C’était donc elle, la Dame de l’Alberta ? D’où venait-elle ? Les humains étaient si rares, dans cette partie du continent, les Elfes et les Fées vivaient entre eux, sans s’occuper des autres peuples.

– Ton peuple t'a donc laissé partir, dit-elle d'un ton tranquille à la jeune princesse. Tes ailes n'ont pas encore poussées, tu es bien jeune pour porter les armes.

Étrange, comment une vieille femme vivant à l’écart de tous à la frontière de deux royaumes pouvait-elle connaître la plus jeune princesse du peuple des Fées ? Wellan garda la question dans un coin de son esprit pour y revenir plus tard, alors que la petite Ariane murmurait une vague réponse. Sautant de sa selle, il mit pied à terre et fit signe aux autres de l’imiter, donnant les rênes de son cheval à Cameron avant de s’approcher doucement de la vieille femme. On la disait sorcière, elle ne payait pourtant pas de mine, vue ainsi. Élégamment vêtue et coiffée, même avec une robe si simple, elle était plus droite que la majorité des personnes âgées, le regard brillant, les mains et le visage marqués par les rides et le temps. Wellan s’aventura par réflexe à la lisière de son esprit mais tomba très vite sur un mur infranchissable, l’empêchant de voir ses pensées. Bien entraînée, dans tous les cas. Il commença par la saluer et se présenter, de même que ses hommes, très rapidement. Voir une humaine sorcière était toujours perturbant et choquant. Une humaine… Une humaine ayant accepté de vendre son âme à la sorcellerie. Comment pouvait-on en arriver à ce point. Très bien. Inutile de tourner autour du pot et de parlementer durant des heures. Ou elle pouvait les aider, ou elle ne pouvait pas. Le temps qu’ils perdaient à discuter, Santo le payait en souffrances.

– Nous sommes venus demander votre aide, si vous acceptez de nous la fournir, dit-il d’un ton ferme. Un de nos amis a été enlevé au royaume des Ombres par un sorcier de l’Empereur Amecareth, un humain issu de ce même royaume. Nous ne pouvons pas les repérer car les flux de sorcellerie courant dans ces contrées nous empêchent d’utiliser correctement nos pouvoirs et de nouer un contact avec notre frère. Nous avons donc besoin d’une personne maîtrisant la sorcellerie afin de pallier à ce problème. Avez-vous la possibilité de nous accompagner ou bien de nous donner des informations pouvant nous aider ? Et que voulez-vous en échange ?

Rien n’était gratuit, Wellan n’était pas diot et se doutait bien que cette femme ne leur viendra pas en aide sans rien obtenir en retour. Après tout, elle ne leur devait rien, pourquoi leur fournir la moindre aide ainsi ? En tant que chevaliers, ils pouvaient faire pas mal de choses, restait à savoir ce qu’elle voudra comme paiement et s’ils seront en mesure d’y répondre.

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MessageSujet: Re: Dans la combe de l'Aigle-Loup   Mar 18 Oct - 19:33


PNJ Méline Durafort, dite la Dame de l’Alberta

Avec réacs de Wellan, merci

Voir autant de magiciens réunis en une fois était assez rare, ces dernières années, quoi que ça ne devrait guère l’étonner, les chevaliers se déplaçaient toujours à deux au minimum, plus lors des missions plus importantes. Méline resta parfaitement stoïque lorsqu’ils mirent pieds à terre, les rênes de leurs montures en mains, ne bougeant que pour resserrer un peu son châle légèrement usé autour de ses frêles épaules. Malgré son âge et son apparence, elle les choquait toujours, c’était visible. Humaine et sorcière… Donc traître à son propre peuple. Pourvu, tout de même, qu’ils ne veuillent pas combattre… La vieille femme était encore apte à se défendre, en se basant uniquement sur ses connaissances en sorcellerie, néanmoins, plus le temps passait et plus elle était épuisée, ce pouvoir demandait une énergie plus dévorante que la magie simple, une énergie que la vieille femme n’avait plus en même quantité que durant sa jeunesse. Elle en avait assez de se battre et de toujours lutter, aspirant à une retraite au calme, paisible, loin de l’agitation, des passions, des déchaînements, de la haine. La vie l’avait usée et s’il restait des sujets dévorant son cœur d’un feu encore très ardent, elle ne s’imaginait pourtant pas pousser la lutte dans un nouveau combat pour sa liberté. Plus à son âge.

Celui qui devait être leur chef glissa un instant son esprit contre le sien avant de se retirer. Bien essayé… Méline ne tiqua pas, ne montrant rien laissant remarquer qu’elle s’était aperçue de la tentative d’intrusion. Son esprit était très soigneusement bouclé, fermé naturellement par toute une vie d’entraînement, ce n’était pas un tout jeune homme qui allait réussir à percer les frontières de son esprit pour accéder à ses pensées. Il ne fit d’ailleurs pas de seconde tentative, se contentant de la saluer dans les formes puis de se présenter, ainsi que présenter ses compagnons de route, sans se perdre dans les détails. Une bien belle troupe que voilà, dommage qu’ils n’aient même pas le tiers des pouvoirs de leurs prédécesseurs… La sorcière ne pouvait chasser un mauvais pressentiment, fermement convaincue que si les Immortels ne leur accordaient pas les mêmes dons qu’autrefois, aux premiers chevaliers, leur Ordre allait se faire balayer, rayer de la carte avant d’avoir eu le temps de dire ouf. Le réalisaient-ils seulement ? La vieille femme l’espérait, pour leur propre bien, et pour celui de continent, des différents royaumes. Un autre massacre comme celui de Shola ne devait plus jamais arriver.

– Nous sommes venus demander votre aide, si vous acceptez de nous la fournir, dit-il d’un ton ferme. Un de nos amis a été enlevé au royaume des Ombres par un sorcier de l’Empereur Amecareth, un humain issu de ce même royaume. Nous ne pouvons pas les repérer car les flux de sorcellerie courant dans ces contrées nous empêchent d’utiliser correctement nos pouvoirs et de nouer un contact avec notre frère. Nous avons donc besoin d’une personne maîtrisant la sorcellerie afin de pallier à ce problème. Avez-vous la possibilité de nous accompagner ou bien de nous donner des informations pouvant nous aider ? Et que voulez-vous en échange ?

Oh… Donc un de ses confrères s’était vendu à l’Empereur ? Méline détourna un instant le regard, la bouche entrouverte et le regard dans le vague. Elle voyait de qui il pouvait s’agir… De tous les humains et humaines ayant appris la sorcellerie, sur Enkidiev, il y en avait beaucoup de particulièrement revendicatifs mais un seul qui serait prêt à aller si loin pour obtenir plus de pouvoir, un homme bien plus jeune qu’elle qui s’était lui aussi laissé dévorer par la haine. Elle ne se souvenait plus de son nom, en revanche, ni même de son visage, tout cela était tellement lointain… Le Royaume des Ombres n’était pas, non plus, une contrée où on avait envie de se rendre. Ce qui en restait d’habitants s’était retranché dans les confins du pays, au plus loin possible des volcans, proches de la mer et encerclés par de très hautes montagnes. Des maîtres bâtisseurs capable de creuser les monts eux-mêmes pour en faire d’immenses structures de pierre où ils creusaient et taillaient leurs maisons. Elle reporta le regard sur le chevalier, les yeux tout à coup empli d’une lueur d’espoir, l’espoir de voir certains liens renoués entre les peuples.

– Si je vous aide, dit-elle doucement, accepterez-vous de faire en sorte que votre souverain rencontre le Roi des Ombres afin de renouer des liens entre son pays et le reste du continent ?

– Le… Le Roi des… Je croyais que le peuple de ce royaume n’était plus ? Ou qu’il était habité par…

Il s’interrompit avec une légère rougeur lui montant aux joues et Méline secoua la tête. Habité par des démons, n’est-ce pas ? Non, ce n’était là que des légendes, même s’il était vrai que de très nombreuses créatures hybrides y vivaient depuis bien longtemps. La majorité de la population restante restait cependant bien humaine, tout ce monde vivait sous l’autorité de son Roi et sa Reine.

– Je suis trop vieille pour vous aider à détruire les protections de sorcellerie entourant les caches de l’homme que vous poursuivez, même si je peux les repérer. En revanche, je peux vous conduire près des personnes qui possèdent les mêmes dons que moi et qui seront à même de vous aider. Tout le royaume est soumis à des flux et des barrières magiques délimitant les endroits dangereux et incessibles des autres, on ne peut se rendre où on veut sans un guide. Si ce peuple vous aide à retrouver et sauver votre ami, faites en sorte que par la suite, le peuple des ombres ne soit plus isolé et repoussé comme l’ont été les Sholiens. Personne ne veut un second massacre.

Méline attendit, silencieuse, serrant son panier et son châle contre elle, pendant que le chevalier réfléchissait et sans doute échangeait mentalement avec ses confrères. Au bout de quelques minutes, il finit par hocher la tête et accepta qu’elle les conduise jusqu’au peuple du royaume perdu, ils négocieront plus avant avec lui. La vieille femme eut un sourire autant ravi que fatigué. En tant que sorcière, elle était plus intimement lié à ce peuple qu’aux autres, comme elle l’avait été avec les Sholiens, car les trois royaumes du Nord comptaient beaucoup d’adeptes de la sorcellerie. Cela leur procurait une puissance nécessaire pour survivre et surtout, une puissance plus exacerbée et efficace que la magie. Elle prit des affaires pour se couvrir du froid terrible du Nord puis un des écuyers lui prêta son cheval, grimpant derrière son maître. Elle le remercia, se mettant en selle avec l’aide d’un autre soldat, peu à l’aise sur cette monture. Voilà bien longtemps qu’elle n’avait plus eu l’occasion de grimper à cheval. La petite troupe se mit aussitôt en route, partant sur le chemin le plus rapide pour le Nord.

En cours de route, le chef des chevaliers lui demanda de leur en dire un peu plus sur les Ombres et ses habitants. Méline hocha la tête puis dit que ces contrées étaient habitées en majorité par des humains mais qu’on y trouvait aussi un grand nombre d’hybrides en tout genre. Elle conta ensuite que ce royaume avait été abandonné par le dieu chargé de sa protection, ce qui avait réveillé la colère des éléments, la fureur des volcans, détruit la stabilité magique régnant sur tout le continent, sauf au Nord dorénavant. De nombreuses villes avaient été ainsi détruites par les volcans ou par des tempêtes de neige et de glace très violentes. D’une voix plus sombre, elle expliqua ainsi que si une partie de la population avait choisie de fuir vers Shola, le reste s’était tourné vers les montagnes reculées du pays, non loin de l’océan, y creusant de véritables citadelles de pierre, extérieures mais aussi souterraines, des réseaux complexes où l’habileté des forgerons et des tailleurs de pierre avait eu une importance vitale. Pour survivre dans leur royaume troublé, beaucoup s’étaient initiés à la pratique de la sorcellerie. Wellan écoutait très attentivement, tout comme chacun des autres soldats.

– Qui les dirige ?

– Le Roi Björn et la Reine Alvae. Il est Humain et elle est Elfe. Leur fils doit avoir environ dix ans, aujourd’hui… Là-bas, comme je vous l’ai dit, les hybrides sont nombreux, là-bas, et les unions entre différentes espèces n’a jamais été interdit, ni n’a été un tabou. Ce peuple ressemble un peu aux Sholiens, mais ils sont plus… Plus amers. Les Sholiens avaient moins de problèmes à voir des étrangers sur leur territoire et entretenaient de bonnes relations avec les Fées et les Elfes. Les Alhombriens sont déjà plus méfiants et renfermés, ils n’avaient de relations qu’avec Shola et le royaume des Esprits.

– Un royaume habité lui aussi, je suppose ?

– Il est le plus dépeuplé des trois contrées du Nord. Les Espéritiens sont dispersés en plusieurs tribus dans leurs montagnes et ne les quittent jamais. Ils sont pacifiques, en revanche, ils n’ont aucune armée. Les Alhombriens en possèdent une et sont de redoutables combattants, bien plus que leurs voisins. Ce sont surtout des cavaliers et des archers. Tout comme Shola, ils ont des ancêtres navigateurs et explorateurs, ils ont gardé cette attitude un peu sauvage, fière, ce ne sont pas des hommes et femmes du genre à plier la nuque devant les difficultés.

La vieille femme se demandait s’ils avaient compris à quel point l’accueil sera glacial. Peut-être, peut-être pas. Si le roi était très ouvert d’esprit et acceptait bien les visiteurs étrangers, ce n’était pas le cas de son peuple qui s’en méfiait comme de la peste et haïssait, bien souvent, les autres peuples du continent qui les avait fait tomber dans l’oubli et pensait le royaume peuplé de démons, trop aride et glacial pour qui que ce soit d’autre puisse y survivre. Pendant le reste du voyage, elle resta assez silencieuse, fatiguée par les remous de sa monture et les cahots du voyage, n’ayant plus l’habitude se rendre si loin. En arrivant près des premiers contreforts rocheux, elle leur indiqua un sentier étroit et assez dangereux, serpentant entre les roches, qui donnait un accès plus direct au royaume des Ombres, plutôt que de passer par le sentier plus connu menant à Shola puis aux contrées voisines. Le froid était de plus en plus mordant, il fallut se couvrir chaudement et affronter le vent qui hurlait plus fort à chaque mètre parcouru. Au-delà de la frontière, en quittant les premières montagnes, on arrivait aux portes du royaume des Ombres.

Entendant les murmures en passant non loin d’une ville détruite, figée dans la cendre, Méline expliqua qu’il s’agissait de l’ancienne capitale, ravagée il y a des années par l’explosion d’un volcan. Elle fit un signe druidique, de respect, en passant au loin, baissant la tête comme pour saluer les divinités. C’était un hommage aux très nombreuses personnes ayant trouvé la mort ce jour-là et dont les cadavres étaient encore figés dans leurs coquilles de cendre et de roche. Une fois la ville dépassée, ils arrivèrent sur une très grande lande, avec parfois quelques forêts, assez vallonnée, où des sentiers tracés par des groupes d’animaux serpentaient. Pas une maison, pas un village à l’horizon, simplement cette lande s’étendant sur des kilomètres. Ils virent simplement un important groupe de chevaux sauvages au loin et un aigle passer à bonne hauteur en poussant un cri perçant. Un non-magicien aurait lui aussi perçu le malaise permanent, qui rongeait ces lieux. On ne pouvait pas se sentir en parfaite sécurité. Cette contrée avait cependant une beauté frappante, très fière et sauvage. Ici, la nature n’avait pas été domestiquée par l’homme, on ne voyait aucune culture.

Le vent ne cessa pas durant leurs avancée, s’accentuant encore et apportant avec lui des gelées difficiles. Ils parcoururent une longue distance, rien dans les alentours ne laissant croire que ce royaume était véritablement habité. Il n’y avait pas de fermes, pas de moulins près des torrents, aucune cabane de bûcheron près des rares bois et forêts, pas non plus de véritables routes ou chemins tracés pour les voyageurs. Après plus de deux heures de route, toujours dans la lande déserte, le chef décida d’une brève pause, pour permettre aux chevaux de se reposer et à chacun de boire et manger un peu. Méline s’aida de la jeune femme blonde pour descendre de sa monture, faisant quelques pas dans l’herbe. Voilà bien longtemps qu’elle n’était plus venue dans ce royaume isolé… Peut-être bien dix ans. Les flux de sorcellerie étaient si puissants, ici. Après cette pause, ils reprirent la route, continuant de s’enfoncer toujours plus avant, en direction de l’océan. Le voyage durait depuis bien longtemps lorsqu’ils entendirent les bruits d’un galop effréné, au moins une vingtaine de montures, si ce n’est plus.

En quelques minutes, la petite troupe des chevaliers fut rattrapée et encerclée par un important groupes de cavaliers, portant tous des heaumes et casques, certains avec des lances, d’autres de grands arcs sur le dos. Ils portaient des habits en cuir doublés de fourrure, des gants noirs, des armures discrètes frappés d’un blason, montant des chevaux racés aux muscles saillants et puissants. Trois fois plus nombreux que les chevaliers, ils formèrent un cercle serré autour d’eux, les menaçant de leurs armes, et même de magie, ou plutôt de sorcellerie, la plupart tenant entre leurs mains un feu étrange et non naturel, de couleur noire. Méline tourna la tête lorsqu’un des cavaliers traversa la ligne formée par ses hommes pour venir dans l’espace dégagé où les chevaliers et écuyers étaient réunis. Cet homme portait lui aussi des gants, une armure, un casque, mais son visage était entièrement masqué par un large foulard noir épais, on ne voyait qu’à peine ses yeux. Deux yeux à la pupille mauve, fendu par des iris noirs comme ceux des chats. Il leur demanda qui ils étaient, dans la langue commune, frappé d’un fort accent du Nord.

– Je me nomme Wellan d’Émeraude, chef de l’Ordre des chevaliers d’Émeraude, en charge de la protection de ce continent contre l’Empire noir et Amecareth. Voici quelques uns de mes hommes, ainsi que nos écuyers. Nous sommes venus rencontrer votre Roi, afin de négocier une aide pour l’un de nos compagnons, en échange de notre soutien pour des échanges entre votre pays et ceux du continent.

Leur interlocuteur partit dans un très grand rire narquois, reprit par la plupart de ses hommes. Méline se crispa un peu, fermant les yeux un bref instant. Ça, c’était parfaitement prévisible, on ne pouvait demander à un peuple aussi renfermé d’accepter ce genre de discussion avec bonne humeur ou même respect, ils ne croyaient tout simplement pas à ce genre de promesses. Élevés à la dure, ils baignaient depuis toujours dans une méfiance instinctive contre le reste du continent, pour la simple et bonne raison que leur royaume en était brutalement écarté depuis toujours. L’homme enleva tout à coup son casque et le foulard lui dissimulant le visage. Âgé d’une quarantaine d’années, sans doute, il avait la peau mauve et les cheveux d’un violet foncé, les oreilles pointues comme celles des Elfes et des dents tout aussi acérées, qui se dévoilaient lorsqu’il souriait d’un air goguenard à l’encontre de Wellan et de sa troupe. Son attitude, ses gestes, son regard, on aurait dit un grand félin sauvage, aux réflexes de puma.

– Ainsi ce vaillant continent nous envoie ses fidèles « protecteurs » pour rencontrer notre roi, faisant fi des légendes grotesques nous entourant, sans peur d’être dévorés par les démons. Nous connaissons déjà l’existence de votre Ordre, les nouvelles du continent nous parvienne jusqu’ici, figurez-vous. Dommage que ça ne fonctionne que dans un seul sens, rares sont ceux qui viennent prendre la peine de vérifier qui habite ces contrées.

Le cavalier porta ensuite un long regard sur chacun des écuyers et chevaliers, s’arrêtant un moment sur elle, puis fixant à nouveau Wellan. Méline pouvait sentir, même sans l’aide de la magie, l’animosité et la méfiance très prononcées de ces hommes… Et femmes, également, la sorcière en repéra quelques uns, sous les heaumes. Elles étaient même en nombre presque égal à celui des hommes, très étonnant. La sorcière se décida à intervenir, approchant un peu son cheval, saluant l’homme mauve avant qu’il ne rouvre la bouche et posant son poing serré contre son cœur, inclinant la tête, à la façon des adeptes humains de la sorcellerie.

– Ces chevaliers sont à la poursuite de Fréhor de Nomicant, dit-elle en redressant la tête. Celui des nôtres qui a accepté de travailler pour Amecareth. Ils ont besoin de l’assistance d’un sorcier ou une sorcière ayant le pouvoir de briser les protections de sorcellerie et de guider à travers les flux. C’est pour cela que je les ai conduit jusqu’ici, je suis moi-même trop âgée pour tout cela, il faut une autre personne. Le Roi Björn saura mieux que quiconque qui sera capable d’aider et ce qu’il voudra en échange.

Méline ajouta dans la langue du royaume des Ombres qu’elle pensait qu’il y avait là un moyen d’apaiser un peu les tensions entre les peuples, ce qui devenait d’une importance vitale contre la menace de l’Empire Noir. Le chef de la troupe se mordilla les lèvres, plongé en pleine réflexion, son regard violet pensif. L’argument avait un certain poids et il finit par accepter de les conduire jusqu’au Roi, tout en prévenant Méline, toujours dans la même langue, qu’il valait mieux ne pas trop espérer, sur des échanges possibles entre leur royaume et celui-ci. Elle le savait bien… Souriant faiblement, elle suivit le mouvement lorsque l’imposante troupe escorta les chevaliers le reste du voyage. Ils avançaient vite, empruntant des chemins pentus où n’importe qui d’autre aurait fait ralentir sa monture. Le voyage fut encore bien long avant d’arriver à destination. La vieille femme eut un murmure d’admiration en levant la tête, toujours éblouie, comme au tout premier jour où elle avait découvert cela.

C’était une forteresse de pierre absolument gigantesque, prenant tout le flan de la montagne, dont seule une petite partie ressortait à l’air libre, mais quelle partie ! Des portes de pierre et de fer, à l’échelle d’un géant, des colonnes et piliers, des balcons où étaient installées des armes, avec deux immenses statues de pierre de chaque côté des doubles-portes impressionnantes. Les deux statues représentaient, comme Méline l’avait appris, les deux fondateurs du royaume des Ombres, deux frères qui avaient gouverné ensemble et qui avaient parcouru les différents continents et océans en compagnie du célèbre roi-fondateur du royaume de Shola. Les statues faisaient environ cinquante mètres de hauteur chacune, les tailler avait été un exploit remarquable et un travail qui avait duré bien des années. La citadelle s’enfonçait dans la montage, taillée dans la roche en un travail unique sur le continent. Une fois les portes passées, ils arrivèrent dans un immense hall de pierre, soutenu par des piliers et colonnes à ogives, s’entrecroisant les unes aux autres. Il fallut poursuivre à cheval sur une route dallée de pierre, dans cette immensité caverneuse.

– Comment avez-vous bâti tout cela ? demanda tout à coup le petit chevalier blond, qui s’appelait apparemment Nogait.

– On ne peut pas se servir de bois pour construire, il n’y a pas assez de forêts, répondit leur guide du jour en tournant brièvement son regard mauve. La citadelle toute entière a été taillée dans le cœur même de la montagne au fil des ans, des siècles, à la force des hommes mais aussi avec la sorcellerie. Presque tout est fait en pierre, comme les portes. Elles sont inviolables par des armées de guerrier insectes, il faudrait la force conjointe de plusieurs gros dragons pour les briser.

Les premiers habitants se firent voir après de longs mètres, enfin. Ils étaient vêtues de vêtements amples aux couleurs vives, contrastant avec les riches grises et noires autour d’eux. Les humains les regardaient passer, mais il n’y avait pas qu’eux, les hybrides vivant dans cette citadelle étaient plus hardis et curieux. Ils purent ainsi voir des êtres avec des écailles, des plumes, des griffes, des becs à la place de la bouche, un homme squelettique avec deux immenses ailes faites de plumes blanches, un mélange entre un lézard et ce qui semblait être un puma un peu spécial, ainsi que quelques autres humanoïdes à la peau tout aussi mauve que le chef de la troupe cavalière. Certains des habitants,s ‘ils ne manifestaient aucune intention agressive contre eux, ressemblaient bel et bien à des démons. La plupart en étaient sans aucun doute permis. L’impression générale restait angoissante, y compris pour Méline qui avait perdu l’habitude côtoyer ce genre d’espèce et surtout tant d’hybrides. Réflexion faite, elle était moins sûre que le reste du continent soit près à accepter les Alhombriens… Ils avaient déjà du mal avec les Elfes Violets, comme on les appelait, alors avec ces hybrides ? Il n’y avait quasiment aucune chance.

Au bout d’un moment, ils purent mettre pied à terre dans une autre salle toute ronde et confier les chevaux à des pages. A ce moment, une autre personne entra dans la pièce et Méline eut un bref sursaut, reculant de trois bonds mètres et restant près des chevaliers. Une Elfe Noire. C’était une Elfe Noire ! Cette femme était très grande, avec une silhouette très fine. Sa peau était blafarde comme celle d’un mort, ses cheveux aussi noirs que la nuit, comme ses longs oncles. Ses yeux étaient d’un blanc lumineux sans pupille, sa bouche fine était elle aussi d’un noir soutenu, comme la longue robe légère qu’elle portait. Même si elle ne portait pas d’arme, la menace qui se dégageait d’elle était tangible. La sorcière reprit son souffle, regardant le soldat mauve saluer l’Elfe comme une vieille amie avant de les désigner d’une main.

*C’est une Elfe Noire*, dit alors Méline en pensée aux chevaliers et écuyers, ouvrant pour la première fois son esprit afin de communiquer avec eux. *Une branche cousine des Elfes que vous connaissez, je croyais leur espèce éteinte depuis longtemps… Méfiez-vous, ne lui tournez jamais le dos ! Ils sont imprévisibles, rapides, très dangereux, même le plus faible d’entre eux pourrait vaincre n’importe quel humain en combat et ce sans jamais avoir subi le moindre entraînement. S’il existe vraiment un peuple sur ce continent qui peut être qualifié de démons, c’est le sien.*

Retrouvant la solitude de son esprit, Méline lança un regard aux chevaliers, pour s’assurer qu’ils avaient bien enregistré le message, bien compris. Leur guide s’était éclipsé derrière une porte, comme tous les autres cavaliers, ne restait que l’Elfe Noire et eux. Elle s’avança avec une grâce féline et curieusement hypnotisant, dégageant un charme aussi doux qu’il était menaçant. Même son sourire était prédateur, tout en elle clamait sa dangerosité, malgré sa taille très fine et ses membres qui l’étaient tout autant.

– Je vais vous conduire jusqu’au Roi, susurra-t-elle. Suivez-moi.

Elle passa devant eux, empruntant un long corridor bien éclairé où passait parfois d’autres personnes. Méline ne se sentait plus du tout à l’aise ou rassurée, pas tant que cette femme sera dans les parages. Elle connaissait très bien les légendes terribles entourant ce peuple et était terrifiée de voir qu’ils n’avaient pas disparu, comme le prétendait l’Histoire. Le corridor les mena à une autre salle elle aussi bien éclairée, spacieuse, avec plus de meubles et des tapis au sol, rendant l’atmosphère plus confortable. Deux trônes siégeaient au fond de la salle, vides, leurs occupants habituels venant à la rencontre du groupe. L’homme semblait être âgé entre trente et quarante ans, les cheveux mi-longs et souriait aimablement en les saluant. Son épouse, aussi grande que lui, était une elfe tout ce qu’il y a de plus ordinaire, les cheveux noirs longs et vêtue d’une robe rouge un peu moulante, elle aussi souriante. Méline s’inclina pour les saluer, comme les autres, gardant un regard sur l’Elfe Noire. Elle s’était écartée et se tenait à présent debout à côté de leur guide mauve, attentif et silencieux. Tous deux restaient là, les bras croisés dans le dos, sans bouger d’un pouce. Comme gardes du corps, difficile de trouver mieux, entre cette créature blafarde sortie tout droit des pires légendes et le garde mauve surentraîné et à la magie puissante.

– C’est un honneur de vous revoir, majestés, dit-elle doucement.

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